ARTICLE PREMIER: FORME DES PREUVES
Les différentes espèces d'arguments.
On peut classifier les arguments d'après leur forme ou d'après leur nature. D'après^la forme, on en distingue cinq espèces: le syllogisme, l'épichérème. l'enthymeme, le dilemne et le sorite. D'après la nature, il y en a également cinq: par déduction, par induction, par autorité, ad hominem, et ab absurdo.
Le syllogisme.
Le syllogisme est un ensemble de trois propositions qui permet de faire ressortir l'union logique de deux idées, en appliquant l'axiome: "duex choses égales à une même chose sont égales entre elles. n La première proposition s'appelle la majeure, la deuxième s'appelle la mineure . et la troisième, la conclusion. Les deux premières ensemble s'appellent les prémisses.
Majeure: A ■ 3
Mineure: B = C ou (A = C).
Conclusion: A = C ou (B ■ C),
Le syllogisme rigoureux est trop nu et trop aride pour être employé habituellement dans un discours. Afin de le rendre acceptable, il doit être habille et même toiletté; mais sous cet habit, sous cette toilette, il faut qu'en dernière analyse il s'y trouve. C'est la charpente obligatoire sur laquelle doivent s'appuyer toutes les parures et toutes les décorations. Il est donc souverainement important, pour un orateur, avant de se lancer dans les développements oratoires, de réduire chacun de ses arguments en un syllogisme rigoureux. Ce syllogisme lui servira de plan pour ±' empêcher de dévier. Le grand danger, pour les orateurs jeunes et ardents en particulier, est de se laisser emporter par leur imagination et de manquer de suite dans les. idées. Après un sérieux apprentissage, cet exercice devient inutile, mais il est essentiel à une bonne formation. ■ - . -^ .
L' épichérème . '■-..!
L* épiohérème est une syllogisme dont;' chacune des prémisses est accompagnée de ,sa preuve, et dont la conclusion est. développée. C'est à peu près le syllogisme oratoire dont nous avons parlé plus haut. Exemple: -q £gt permj s de r tuer quiconque nous tend des embûches pour nous ôter la vie à nous-mêmes:!, la loi naturelle, les lois positives, les exemples le prouvent. Or, Cl'odius a dressé des embûches ai Milon: ses armes, Ses manoeuvres le démontrent. Donc, il a été'permis à Milon de tuer Clodius, ..et vous ne sauriez l'accuser en ce moment devoir commis un crime, alors qu'il n'a fait que se défendre contre un injuste agresseur. • ,
L* enthymême.
L'enthymêmé, ou syllogisme des orateurs, s'éloigne de la forme rigoureuse de l'équation, soit en transposant les termes, soit en supprimant tout ce qui n'est pas essentiel pour l'intelligence de la preuve .
Exemples: Clodius a attenté à la vie de Milon, donc, il a été permis 1 à Milon de tuer Clodius.
T'ai pu te conserver, et -tu demandes si je puis te perdre!
Le dilenme, '• - ' ' .'
'Le dilemne, ou argument à' double prise, force l'auditeur à choisir entre deux propositions ou suppositions qui sont les seules possibles dans un cas donné, et qui mènent exactement à la même conclusion.
Il est une arme mor telle ; lorsque nanié par un maître. On le réserve généralement peur le coup de grâce, à la fin du discoui'So
Exemple:. A une sentinelle: qui a laissé passer l'ennemi, . wQu tu étais- â ton. poste o.u tu n'y é/fcais pas.. Si tu étais â ton pos-
té",'tu. as trahi. Si tu n'y étaio pas tu a désobéi. Dans les deux cas, tu as- fo .'fait àr ton devoir,.5'
Qn peut réfuter un dilemne en montrart qu'il y a un milieu entre les deux suppositions proposées, ou en montrant que l'une d'elles est fausse, ou en rétorquante
Le sorite. ,
Lé sorite est une série de propositions dont la seconde doit expliquer l'attribut de la première, la troisième, l'attribut de la deuxième, et ainsi de suite, jusqu'à es qu'on arrive à la conséquence qu'on veut tirer, :/ [ i . ■
Exemple : Les avares sont pleins de desirs; Ceux qui son; pleins de èésirs manquent de beaucoup de chose?. Ceux.qUJ manquent de beaucoup ,J ■ de choses sont misérables:; Banc; les nvarôs" sont Msérablé'Sa
L'argument par déduction .
L'argument par -."duc tien passe dû général au, particulier. Il est le plus généralement emploi, logiquement bâti, il est inattaquable et engendre la certitude.
L'argument par induction,
L: argument par induction conclut de -plusieurs cas particuliers au principe général, ou d'un cas. particulier à un autre cas particulier, par ressemblance ou par ca fortiori '■ c :
L'induction scientifique complète engendre la certitude, mais l'induction oratoire, parce qu'incomplète n'engendre ordinairement que la vraisemblance,, . ;
Exemple : Dieu prend soin des passereaux, à plus ..orte raison prend-il soin des nommas, "Depuis les grandes créatures jusqu'aux plus .petites, la Providence de Dieu se répand partout. Elle nourrit les petits oi:? seaux qui l'invoquent dès le matin par la mélodie de leurs chants; et ces fleurs dent la beauté est si tôt. flétrie, elle l;j habille .si superbement, durant ce petit moment de leur, être, que ."Salomon, -dans toute sa gloire, n'a rien de comparable à cet ornement. Et vous, hommes qu'il a faits à son image, qu-il a éclairés de sa connaissance, pouvezvous croire qu'il. vous oublia», et que vous soyez l'es seules créatures 8ur lesquelles les yeux vigilants de sa Providence ne soient pas ouverts?" (Bossuetc). .
L1 argument d"' autorité .
L'argument d'autorité tire sa conclusion du témoignage des maîtres. Sa valeur est proportionnés au prestige de l'autorité invoquée. Si i'autcrité invoquée est infaillible j elle engendre la certitude; si elle, ne l'est pas,' elle engendre'].0 croyance à différents degrés,, ,
L'argument ad homlnem»
L'argument 'ad hominem' , ou argument personnel, consiste à tirer une conclusion des paroles ou des actes de son auditoire ou de son adversaire, pour le plus grand bénéfice d'une thèse. "Vicieux, suivant la logique, il triomphe par la passion." (Géruzes). C'est surtout dans la réfutation et la controverse que cette arme est utile. C'est l'argument favori de nos orateurs d'élections. C'est ce qu'on appelle "faire des personnalités." C'est avant tout une arme défensive.
L'argument ab absurdo.
L'argument 'ab absurdo' consiste à prouver que les principes sur lesquels s'appuye l'adversaire mènent à l'absurde. C'est une autre arme défensive.
Exemple ; "Si tout meurt avec le corps, il faut que l'univers prenne d'autres lois, d'autres moeurs, d'autres usages, et que tout change de face sur la terre; si tout meurt avec le corps, les maximes de l'équité, de l'amitié, de l'honneur, de la bonne foi, de la reconnaissance, ne sont donc plus que des erreurs populaires, puisque nous ne devons rien à des hommes qui ne nous sont rien, auxquolû aucun lien de culte et d'espérance ne aous lie, qui vont demain retomber dans le néant, et qui déjà ne sont plus; si tout meurt avec nous, les doux noms d'enfant, de père et d'époux, sont donc des noms de théâtre et de vains titres qui nous abusent, puisque l'amitié, celle même qui vient de la vertu, n'est plus un lien durable." (Massillon.)