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ARTICLE DEUXIEME - ELOQUENCE DE LA TRIBUNE

L'éloquence de la tribune que l'on appelle aussi éloquence politique, éloquence parlementaire, ou éloquence délibérative, est l'art de concourir par la parole au bon gouvernement de l'Etat, en persuadant les électeurs ou les députés de prendre les mesures qui sont vraiment utiles au bien général. Elle a pour but la confection des lois et le contrôle de leur exécution.

Travaux qui se rapportent à l'éloquence de la tribune.

Les uns sont destinés à la simple lecture, les autres doivent être débites.

a) Les exposés des motifs des projets de loi.

b) Les rapports des comités.

c) Les déclarations ministérielles dans certaines conjonctures particulièrement délicates et graves.

d) Les discours du Trône, composés par les ministres responsables et lus par le Souverain ou son représentant lors de l'ouverture des Chambres.

Toutes ces pièces doivent être rédigées avec méthode, clarté, précision, sobriété et correction. Si elles expriment les opinions des supérieurs, elles doivent être d'une scrupuleuse exactitude.

Parmi les discours qui se débattent dans les assemblées publiques, la discussion (attaque ou riposte) roule sur l'équité, la constitutionaalité, la- possibilité, l'opportunité d'une loi à voter, ou sur l'approbation ou la désapprobation de la conduite des gouvernants.

Qualités requises pour l'éloquence parlementaire.

L'orateur parlementaire doit avoir, en plus des mosurs oratoires ordinaires, les connaissances nécessaires pour trouver la vraie solution des problèmes qui se posent à toute société bien organisée. Il doit avoir surtout, la connaissance parfaite de l'histoire do pays, de ses besoins et de ses aspirations, des principales statistiques telles que ressources financières, commerciales ou agricoles. Il doit avoir aussi la force de caractère pour faire prévaloir la vraie solution, la clairvoyance nécessaire pour distinguer toutes les conséquences bonnes ou mauvaises d'une loi quelconque.

Dans les discours parlementaires il faut: a) "La. loyauté, qui défend de faire dévier le débat, d'altérer les paroles ou les actes de ' ses adversaires, ' de recourir au sophisme et d'exciter les mauvaises passions. : , b) La courtoisie.: Même -entre adversaires, on se' doit le respect.

cr): Le sérieux dans le fond et dans la .forme. Il faut avant tout des faits, des données exactes. Rien n'est aursi insupportable à la tribune, que le verbiage, 'la diffusion, le faux pathétique, et surtout la comédie,

d) L'habile : à mettre en oeuvre toutes les ressources légitimes pour déjouer les ruses de ses adversaires et pour profiter de leurs gaffes. Cette habileté suppose v.n grand talent d'improvisateur em même temps qu'une préparation éloignée-- très... sérieuse et très étendue.

e) La correction élégante do la phrase, ainsi que l'accent convaincu et la perfection du débit,

N.B. Gomme les débats sont publics, les orateurs doivent calculer l'effet de leurs pci-oles.l0 sur leurs collègues dont ils veulent influencer le vote, et 2° sur le pays et sur les électeurs (c'est-àdire, sur l'opinion publique) qui, par la voie des journaux, ne tarderont pas à. avoir l'écho des discours et qui jugeront les orateurs en conséquence.

À l'éloquence parlementaire se rattachent aujourd'hui les harangues militaires, les proclamations des généraux, qui semblent s'adresser tout autant au public qu'à l'armée.

ARTICLE TROISIEME - L'ELOQUENCE ACADEMIQUE.-1 i

L'éloquence académique c'est l'art oratoire mis au service de l'enseignement sous toutes ses 'formes. Elle a pour but dé convaincre plutôt que de persuader, .et, par suite, ne comporte pas l'emploi du pathétique. C'est la leçon du maître qui veut instruire ses' élèves dans un cours soigneusement préparé et donné sous forme de discours, de .conférence, de causerie. .. ; :

Les qualités essentielles de ce genre d'éloquence sont la clarté, l'ordre, et la méthode." - '•:,

N.B. Souvent, les orateurs académiques se permettent de lire leur travail, afin' de ne rien manquer, pas même le, joindre détail. C'est, à notre avis, une bien mauvaise habitude, mise" en vogue par des gens trop affairés, mais qui dénote souvent; urne faiblesse incontestable et une paresse mal déguisée. r'

'' ■ ' ' , Principaux travaux d'éloquence ac adémique.

Les discours du genre académique sont aussi nombreux que variés. Nous ne parlerons ici que de ceux qu'*on appelle communément 'discours de' circonstance' , Ce sont les discours dans lesquels la parole publique est mise su service des convenances sociales. Il y en a

plusieurs espèces que nous réduirons à trois l les compliments, les ha'rangues et les tostes.

Le ton de ces discours est essentiellement variable; il passera du grave au doux, du plaisant au léger, selon les circonstances et. les motifs, du discours.

Qualités requises dans tous les discours de circonstance.

a) Actualité, à-propos, tact, présence d'esprit. "Le meilleur discours

.■ de circonstance est celui qui ne saurait être utilisé une seconde fois."

b) Correction et élégance du style et du débit.

c) Brièveté et animation.

N.B. Le grand écueil du genre, c'est la banalité. Comme tous les compliments ont pour but de manifester l'admiration, le respect, la sympathie; toutes les harangues, de relever l'éclat d'une solennité; les tostes, d'exprimer les hommages et les voeux communs, il arrive que tous ces discours se ressemblent plus ou moins dans leurs grandes lignes. Si bien que souvent ils ne' confie rt .que dans de vaines formules, dont il suffirait de modifier trois ou quatre mots, pour les adapter à n'importe quelle circonstance. Ils perdent alors toute leur saveur et prennent l'allure de vieux clichés, débités sans conviction et imposés par l'étiquette.

Le grand secret de paraître sincère, si par malheur on ne l'était , pas, c'est de chercher le 'cadre' de son discours dans l'examen intelligent des circonstances de lieu, de' temps, de personnes surtout, fallûtil recourir parfois à l'évocation des absents. Une simple comparaison, un rapprochement heureux comme point de départ, suffit souvent pour bâtir toute la trame. Si l'orateur a un peu de coeur et d'esprit, les conclusions affluent d'elles-mêmes.

Les compliments; Sous le nom de compliment on entendtles souhaits de fête ou de bienvenue, les- félicitations à l'occasion d'un événement heureux (naissance d'un héritier, mariage, succès dans un concours...), l'éloge-discours ou adresse à l'occasion d'une manifestation en l'honneur d'un homme méritant.

Il faut se rappeler ici le mot de La Bruyère: "Ce sont les faits qui louent, et la manière de les présenter." On s'efforcera donc d'exalter les actes du héros, les services qu'il a rendus, et, en même temps, la cause dont il est le champion, en soulignant dans tout cela ce qu'il y a d'honnête, -d'utile et de glorieux.

Dans sa réponse, le héros de la fête remercie les manifestants. Il doit faire preuve de beaucoup de modestie; remercier sans réserve, protester de son dévouement plus entier que jamais à la cause, et rapporter sur ses collaborateurs les louanges qui Lui sont -décernées.

Les harangues destinées à relever l'éclat de certaines solennités. L'orateur doit faire ressortir la signification et la portée de la fête; puis passer en revue (historique), s'il y a lieu, les événements qu'elle rappelle; enfin, énumarer les sentiments qu'elle doit faire naître.

Ordinairement la harangue ne demande pas de réponse. Dans les cas où il en faudrait une, elle consisterait dans une louange habile de l'orateur. ■ '-

Les tostes, ou santés, sont de courtes et vibrantes allocutions, affirmant avec chaleur les .motifs des sentiments communs à l'endroit d'une personne ou d'une "chose déterminée.

Dans une réponse à un toste, il est à-propos de mettre en évidence en les résumant fidèlement les pensées principales que l'orateur vient de faire "entendre, de les approuver sans réserve en termes délicats. La modestie et le désintéressement sont les deux moeurs oratoires les plus opportunes en cette •circonstance.

Celui qui doit- faire une réponse à un toste (ou à une adresse) peut toujours, sans blesser les convenances, demander à prendre connaissance de l'adresse ou du discours auquel il doit répondre. Ceux qui ont une réputation à soutenir et ne sont pas trop sûrs de leur improvisation n'y manquent jamais.

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