DES MINES
Le sol algérien offre de grandes richesses métallurgiques.
Plusieurs mines ont déjà été explorées ; on a acquis la certitude que quelques-unes sont de nature à être immédiatement exploitées. Nous croyons inutile d’en donner ici la nomenclature.
Nous nous bornerons à dire quelques mots sur l’état actuel des travaux d’exploitation des mines qui ont été concédées, en manifestant le vœu qu’une solution favorable de la question sur le système à adopter pour les concessions futures, fasse cesser les incertitudes de l’administration , et lui permette de livrer le plus tôt possible à l'industrie minière les gisements dont les essais du minerai ont été reconnus favorables.
La province de Constantine renferme des mines de fer oxydulé d’une puissance de gisement considérable. On peuteiter particulièrement, comme très-remarquable, celle de Makta el-lladin, près de Bône, ordinairement désignée sous le nom de Aïn-Morkhra.
Au mois de mai 1846, M. l’Ingénieur en chef des mines en Algérie a découvert une mine de zinc sulfuré (blende) et de cuivre mélangé de galène, dans la forêt de l’Edough, près de Bône, au lieu dit Ain-Barbar. Bien des considérations doivent faire espérer de rencontrer des gisements de cuivre et de galène.
Déjà on a découvert dans la même province des indices de sulfure de mercure (cinabre). Un gisement de galène existe aux M’bails du Nador, au nord-est de Guelina : au M’fecya, au sud-ouest de Guelma se trouve de l’antimoine sulfuré.
Quatre concessions de mines de fer ont été accordées dans celte province, savoir :
Celle de Beleleïta , à MM. Bassano et Ce ;
Celle de Karégas, à M. Girard ;
Celle de Benhamra , à M. Peron ;
Celle d’Àïn-Morkhra , à M. Talabot.
La compagnie Bassano a monté sur place deux hauts fourneaux qu’alimente une belle et puissante souflerie : ils ont commencé à fonctionner. La nature du minerai , l’étude des fondants qu’il convient de leur appliquer, n’ont pas permis encore d’atteindre à des résultats , mais on ne peut tarder d’y arriver.
Les autres concessionnaires ont commencé des travaux d’exploitation, et transporté en France le minerai extrait, afin de soumettre à des essais ayant pour objet de constater sa qualité aciéreuse.
M. Talabot, en particulier, a obtenu des résultats qui donnent lieu d’espérer que la France n’aura plus rien à envier à la Suède, pour la qualité et la nature des fers qui servent seuls à la fabrication de l’acier fondu.
Si ce résultat était atteint , assurément les gisements des fers de Bùne acquerraient une importance extraordinaire , la France ne possédant pas un seul gisement de fer doué de ces précieuses et rares qualités, qui ^appartiennent qu’à quelques gîtes encore exceptionnels de la Suède.
Ce qu’il y a déplus intéressant pour la France, dans les richesses minérales de l’Algérie, c’est qu’elle y trouve non-seulement le minerai de fer en abondance , mais encore précisément le minerai dont elle est totalement dépourvue et qu’elle est obligée de tirer de l’étranger.
Ainsi , la France n’a point de mines de fer oxydulé pouvant produire les aciers fondus qu’emploie l’industrie; elle n’a point de mines de cuivre, de plomb, d’antimoine, de zinc. L’Algérie lui offre déjà ces précieuses ressources. L’existence de toutes ces mines a été constatée.
Plusieurs personnes se sont livrées aux recherches si pénibles et si coûteuses de ces minerais; il paraît qu’elles sont prêtes à consacrer de grands capitaux pour leurs exploitations, souvent si chanceuses, si le gouvernement leur accordait les concessions pour lesquelles elles sont en instance.
Une seule mine de cuivre a été concédée : c’est celle du col de Mouzaia , entre les villes de Blidah et Médéah ; il paraît que le gisement est d’une étendue considérable, les filons abondants et la qualité du minerai très- appréciée.
Celte mine, qui est en pleine exploitation , occupe 400 ouvriers, qui habitent un beau village fortifié, construit sur un pic élevé à 1,200 mètres au-dessus du niveau de la mer; car il est à remarquer que les gisements en Algérie sont en général placés sur des points élevés.
Le minerai de la Mouzaia est transporté en France ; les expéditions commencent à prendre quelque importance.
La houille n’a pas été trouvée sur le sol de l’Algérie. Les quelques indices signalés à Ténès, au Fondouk et au camp de Smendou , près Constantine, n’ont pris encore aucune signification; des hommes spéciaux , qui ont exploré quelques parties de l’Algérie , ne donnent pas de grandes espérances ; quoi qu’il en soit , nous conservons l'espoir que la question houillère algérienne n’est pas encore jugée en dernier ressort.