‹ Notes statistiques sur l'Algérie et considérations sur l'origine et les effets de la crise actuelleChapitre 44 sur 64 · DES ARABES · texte numérisé non relu

DES ARABES

C’est une des plus importantes questions du pays : elle se rattache à sa possession et au développement de la colonisation, au succès de laquelle les Arabes contribueront pour leur part.

Le pays est conquis. On sait par combien de sacrifices d’hommes et d’argent, et par quels efforts de constance et d’intelligence on y est parvenu. Il s’agit actuellement de maintenir et d’assurer la conquête en la rendant profitable à la colonie aux meilleures conditions d’économie.

L’organisation ferme et paternelle des indigènes se présente tout d'abord.

La rude guerre qui leur a été faite, leur a appris que toute résistance de leur part deviendrait nulle à l'avenir; ils savent que l’armée est échelonnée de telle sorte qu’un mouvement d’insurrection, pour si loin qu’il éclatât du centre du gouvernement, serait comprimé et châtié aussitôt qu’il serait connu.

D’un autre côté, ils savent très-bien apprécier la différence, toute à leur avantage, du régime que nous leur imposons, en le comparant à celui si désordonné et si dissolvant qui les dominait avant la conquête.

Les Arabes, en général, aiment la guerre et les désordres qu’elle traîne à sa suite ; mais ils aiment encore mieux l’argent. Or comme la guerre entre les tribus à des chances relatives, ils commencent à comprendre que l’état de 'soumission à notre pouvoir, à des conditions de justice et de fermeté de notre part, leur est plus profitable, et que cet état de tranquillité leur permet de mieux soigner leurs cultures et leurs troupeaux, et d’en venir convertir les produits sur nos marchés contre des écus, ou

en échange de marchandises et d’objets utiles aux besoins de la famille. Ils ont encore souvenance de la manière dont ils étaient traités par les soldats du dey, rudes collecteurs des impôts dont ses caprices ou son avidité les frappaient. Les maux produits dans leurs tribus pendant la guerre sont trop grands et trop difficiles à réparer, pour qu’ils soient tentés de la recommencer. Et d’ailleurs, la prise d’Abd-el-Kader a éteint pour long- temps les ferments d’insurrection que son génie et sa grande activité fomentaient dans le pays.

Tout porte donc à avoir la certitude de leur fidélité, à la condition qu’ils ne seront point inquiétés dans le libre exercice de leur religion, ni dans la possession tranquille de leu rspropriélés ; à moins, dans ce cas, d’une compensation raisonnable, ou d’une juste indemnité, pour celles qui pourraient leur être prises pour cause d’utilité publique.

Nous pensons qu’il convient de faire connaître ici succinctement le système adopté à l’égard de l’administration intérieure des indigènes, et nous analysons ce qui suit d’un exposé publié à Alger en 1844 par ordre de M. le maréchal Bugeaud ;

« Cette organisation a été calquée sur celle que nous avions trouvée chez Abd- el-Kader, au moins » quant à ce qui concerne la hiérarchie adoptée par les chèfs indigènes; mais elle a été rendue » mixte par l’adjonction des agens français qui représentent, aux yeux des Arabes, l’autorité su- » prème dont ils sont les délégués.

« En créant celte hiérarchie, on a voulu imprimer la preuve de la conquête et en marquer la » trace dans leurs transactions civiles, judiciaires et politiques. C’est le rôle réservé aux agens » français qui, comme chefs militaires et comme chefs politiques, tiennent en leurs mains la source « réelle du pouvoir.

» Il a été établi, sur ces bases, à Alger, une Direction centrale des affaires arabes ; une direction » divisionnaire par province, ayant chacune des subdivisions territoriales, avec des bureaux de lre » et de 2e classe.

» Il est placé dans toutes les subdivisions, dans tous les cercles et dans tous les lieux importants, » des officiers français parlant l’idiôme arabe, qui sont spécialement chargés d’être les organes de » notre autorité auprès des indigènes. Il leur est prescrit d’acquérir la cbnnaissance du pays , des » coutumes et des lois qui y sont en vigueur; de visiter les tribus, les marchés ; d’écouter, sur les » lieux mêmes, toutes les réclamations et d’y faire droit.

» Toutes les fautes politiques, dilapidations, concussions, abus de pouvoir, etc., dont pourraient » s’être rendues coupables les autorités indigènes, sont jugées par les commandants français qui , » selon la gravité des circonstances, peuvent les faire arrêter et les faire passer, s’il y a lieu, devant » des conseils de guerre. »

Comme on le voit, celte organisation est toute militaire, et il ne pouvait en être autrement ; mais il nous semble que dans la prévision d’un retour à un système mixte, militaire et civil, qui peut être amené par une réduction de l’effectif de l’armée, ou par toute autre cause, il conviendrait de faciliter, dès à présent, l’étude de la langue et des moeurs arabes à des jeunes gens que l’administration destinerait à concourir, plus tard, avec les officiers de l’armée, à cette importante mission.

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