‹ Notes sur AristophaneChapitre 6 sur 13 · SI · texte numérisé non relu

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divagations de ses interprètes? On m'accordera, j'espère, que la première des règles, quand on lit un texte, est de n'y rechercher que ce que l'auteur y a mis.

Nous n'avons pas besoin du scholiaste pour savoir que Philoclès était fort laid (1), et que sa laideur était encore rehaussée par un toupet de cheveux qu'il portait sur le sommet du front. Dans les Oiseaux même (v. 1295), Aristophane le gratifie du surnom d'Alouette huppée. Il n'est donc pas étonnant que par surcroît il lui donne pour fils, pour femme et pour beau-père des huppes.

E. T'! 5s yJTpa vw y' wcpeVfiO-c'. ; 358 E. yXaGç |jisv où ■rrpô'ye'.a-'. vwv.

L'interprétation donnée par Elmsley de ce passage nous paraît indubitable; on regrette seulement que le savant anglais n'ait pas jugé à propos de s'expliquer.

Dès le début de la pièce, Pisthétaire et son compagnon ont déclaré qu'écœurés du train de ce qui se passe à Athènes, ils ont résolu de chercher un endroit paisible pour s'y établir à demeure et y passer le reste de leurs jours. Le premier soin de ceux qui allaient fonder une colonie ou une cité nouvelle, était d'emprunter du feu du Prytanée de leur ville natale (2). Car le Prytanée renfermait le foyer de la cité : le feu qu'on y entretenait à cette fin était appelé sacré, et il était interdit aux colons de s'en pourvoir ailleurs (3). Suivant un usage

(i) Thesmoph., v. 168.

(2) Hérodote, I, 146, et les interprètes.

(3) PiNDARE, Ném.. XI, 1, et le scholiaste.

attesté par quantité de témoignages, on emportait ce feu dans une marmite, et de fait il eût été difficile de l'emporter autrement.

Quand donc Evelpide a spécifié qu'en se mettant en route avec Pisthétaire et ses serviteurs, ils n'ont pas manqué d'emporter « une corbeille, une marmite et des myrtes » (v. 43), le public a compris, et ne pouvait comprendre autrement, que les futurs colons avaient quitté Athènes sans esprit de retour, et décidés à instaurer quelque part un nouveau Prytanée, avec son foyer sacré et son autel d'Hestia.

Dès lors le sens du vers auquel se rapporte cette note ne fait plus question. « A quoi pour notre défense une marmite peut-elle bien servir? » Réponse : « Une chouette du moins ne nous attaquera pas. » Cela signifie simplement qu'en oiseau de nuit qu'elle est, la chouette n'aura garde d'approcher d'une marmite contenant du feu. Rien n'est plus clair de soi, et nous savons en outre qu'Aristophane fait allusion à un dicton athénien : yù-zpoLy -zai-sE'.y, cité par Suidas et expliqué par lui de la sorte : è~i twv TÉywv STiSesav, ottwç ut, Tzpoaép'/wvzai aL yAaGxe;. Le bon sens de M. van Leeuwen s'offusque de cette définition, on ne sait vraiment pourquoi. Rien n'est plus agaçant la nuit que le hôlemenl de la chouette. Les Athéniens, qui regorgeaient de ces oiseaux, étaient, qu'on nous passe l'expression, payés pour le savoir. Il y a même là-dessus un trait piquant dans Lysistrata (v. 760). Suidas nous apprend qu'afin de parer à cet inconvénient, certains posaient sur le toit plat de leur maison une marmite oîi ils nourrissaient du feu. C'est ce que signifie ^^ûxpav xpécpeLv. Nous dira-t-on ce qu'il y a là de « souverainement absurde » ?

507 To'Jt' àp' èy.zW r,v to'jttoç àAT,9wç • xôxx'j, t|>wAo'.,

Voici, selon moi, comment il faut entendre ce passage.

Le coucou apparaissait en Grèce au printemps. Pline nous apprend que les laboureurs qui n'avaient pas fini de tailler leurs vignes à l'équinoxe de cette saison étaient en butte à des propos Sâ]és, pelulanliœ sales, qu'on leur jetait en imitant le chant du coucou (1). Le dicton consacré par l'usage, nous l'avons ici en original : xôxxj, iJ^wXol, r.eoioyZt. Il avait cours, ce qui n'a rien d'étonnant, en Italie aussi bien qu'en Grèce, et Horace y fait également allusion (2). U*'w)xôç était le terme cru pour désigner un débauché; les Latins disaient verpus, et nous renverrons ])0ur le sens du mot, tant au propre qu'au figuré, à la dclinilion de Forcellini citée ci-dessus. En français on traduirait assez exactement : « Coucou, déprépucés, aux champs! (3) » On conçoit que pareil lardon, jeté en passant au vigneron négligent, soit appelé par Pline une exprobratio fœda. C'est, n'en doutons pas, pour amener cette équivoque cynique, familière à la généralité de ses auditeurs, qu'Aristophane a fait du coucou le roi des Égyptiens et des Phéniciens, lesquels, comme on le sait par Hérodote, étaient des circoncis (({;waoî, au sens de TreptTOfJiO'.).

11 ne sera pas inutile d'observer, ce que certains parais-

(i) Hist.nat , XVIII, 66.

(2) Salir., I, 7, 29.

(3) C'est à Voltaire que j'emprunte l'équivalent du terme grec. Je ne crois pas avoir à m'en excuser : avec Aristophane, ce n'est pas le lieu de faire la petite bouche.

sent avoir oublié, qn'I-^velpide est un pur campagnard, habitant à Halimus (vv. 496 et 080), et que les exemples qu'il cite sont empruntés à la vie rustique.

Nous savons, depuis Mannbardt, combien les mêmes croyances et pratiques se retrouvent chez les populations rurales de tout le groupe indo-européen. C'est ainsi que dans certaines parties de l'Allemagne les paysans ont encore coutume de se rouler par terre à la première apparition, non du milan, comme dans Aristophane (v. 502), mais du coucou (1). La présente note complète ce que dit Mannhardt à propos de l'usage mentionné par Pline (2). Entre autres rapprochements, le savant mythographe cite l'épithèle de Horbuck lancée aux passants par les ruraux du Schleswig, Ce mot de patois (en allemand Hurenbock) est bien l'équivalent du •];w).ô; des Grecs.

ol4 '0 Zeùç yàp ô vûv ^aa'As'jwv

a^ETOV op^^i"^ â'a-Tïixev è'ywv ÊtzI tt); xe^aA'/jç j5a<n).eùç wv, 7] ô'aO B'jya-rip yAa'jy ' , b 0' 'A— ôX)^wv WT-ep Gspâ-

[ttuv lÉpaxa.

Il est entendu que ce dernier vers est corrompu, et le diable est qu'il n'y a pas moyen de l'amender, Meineke lui-même y ayant échoué. Car il n'y a pas à dire, pas plus que les autres, Meineke n'a soupçonné de quoi Aristophane a voulu parler. Décidément il ne faut s'étonner de rien. Conçoit-on que pas un éditeur ne se soit seulement souvenu de VAlceste d'Euripide? Faudra-t-il donc

(1) Der BaiLmkidtus. Berlin, 1875, p. 483.

(2) Mythologische Forschungen. Strassburg, 1884, p. o3.

que nous retournions à l'école pour y apprendre l'histoire d'Apollon servant chez Admèle ?

On est confus d'avoir à le constater, mais ce n'est pas plus compliqué que cela. Le contempteur des dieux qu'était Aristophane a tout uniment fait son profit de celte légende, une des plus populaires de la mythologie grecque. S'il consent à laisser à Zeus son aigle, à Athéna sa chouette, depuis qu'il a servi, Apollon, « le dieu exilé du ciel » (1), n'a plus droit au xôp-/;, le corbeau fatidique; désormais il aura pour attribut l'oiseau qui convient à un serviteur : c'est le Lspac, l'épervier, emblème de la rapacité (2).

Et il y revient au vers 584 :

£^6' 'At:ô).Awv Carpôç y' wv '.'âo-Ow y.'.i^zoozîl ùi.

Y a-t-il rien de plus clair? En sa qualité de médecin, de dieu Péan, Apollon pourra rendre la vue aux troupeaux mis à mal par les oiseaux; «mais il est ixit^^ô^oç,^) et il faudra, comme Admète, lui payer un salaire. Maintenant lisez là-dessus ce qu'ont écrit les interprètes, on ne se fait pas l'idée d'une pareille aberration. Le dernier est tenté de lire v.'.orfiG^ops'r yo-jv, et s'il se résout à maintenir la leçon des manuscrits, ce n'est qu'au prix d'un contresens.

Savez-Yous bien qu'on tremble pour le texte d'Aristophane, quand on voit des générations d'éditeurs patauger à propos d'une donnée si simple?

(i) L'expression est d'Eschyle : 'Atto/Xw (fjyâ^ ' à-' oùpavoô Oco'v, SuppL, V. 214,

(2) Cfr. le V. 1112, et CauaL, v. lÛo'i, oii Gléon se dit l'épervier de Démos.

o2o Kàv Tor? Upoi;

[V-riT', jjpô^ouç, Trayi'ia;...

Le texte est parfait, et les éditeurs qui se sont mis en frais (Je platitudes {y.yoo~.^ ou ôpuii-o^;; substitué à Uporç), en sont une fois de plus pour leur peine. Kàv -zoïc, lepor<;, traduisez : etiani in fanis (non in templis). Ta Upâ sont les enclos sacrés. M. Kock était pour sûr distrait <|uand il a écrit que le mot ne se prend dans celte acception que (juand il est formellement opposé à vaoç.

L'oracle des Branchides traite Aristotlikos d'impie pour avoir enlevé les passereaux qui avaient leur nid dans ini temple, et étaient comme les suppliants du dieu (I); alors que, dans Euripide, Ion chasse à coups de llèches les oiseaux qui veulent pénétrer dans le sanctuaire. Il n'y a pas là de contradiction. Autre chose était le temple, autre chose l'enceinte sacrée. C'est à cette enceinte, jardin ou bois, (]ue notre texte fait allusion. Nous savons par ailleurs qu'elle était assez peu respectée, les Athéniens n'étant pieux que (juand ils avaient intérêt à l'être. On a conservé une ordonnance d'un prêtre d'Apollon Érilhaséen, qui interdit sous des peines sévères « de couper des arbres ou d'emporter du bois en dehors du témenos », £x ToO iepo'j, c'est l'expression même d'Aristophane (12).

Une distinction est à faire. Certaines propriétés des dieux étaient données à ferme (3). Quoiqu'on les appelât

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