HÉRODOTE, I
(2) C. I. A , II, 841, Rec. des Inscr. gr. de Ch. Michel, n» 686.
(3) Aristote, Rép. Àtli., 47; Harpocration, au mot àTiô [jna6wjjiâTwv; c. I. A., IV, 53 => {Rcc. de Gh. Michel, n-» 77).
également yjiopoi iepoi (1), il ne peut en être question ici. Car on ne voit pas de raison pour qu'il fût interdit d'y chasser.
'EAOôvTeç yàp TipoS-tov eu 'ôpviç, outw irpo; ocTravra
[TpsTïsaSe, 718 Tipoç t' ê[ji.7ropiav xal upôç [^toTou xrTia-Lv xal -pôç
[yâjjiov àv5pd;.
Fàuoç -t'.voç, c'est l'union par mariage avec quelqu'un; yâjjLoç âvopô<;, le mariage avec un homme. Cela n'est ni français, ni allemand, ni anglais, mais cela est grec. Et dès lors je ne saisis pas les objections. La question du mariage était capitale pour l'Athénienne : on s'en douterait un peu, quand le poète ne se serait pas chargé de nous l'apprendre (2). Faut-il s'étonner si, impatiente de se faire une idée de ce que l'avenir lui réservait, elle avait recours à toutes les pratiques de la superstition? Cela s'est vu ailleurs qu'à Athènes. Aristophane nous le redit dans une autre circonstance : « La femme qui n'a pas trouvé de raari7 passe son temps à tirer des présages», d~euo[jisyr, xàOr,Ta!. (3). Et la note du scholiaste sur ce dernier passage s'applique exactement au nôtre : Trepl yi^oo ^p-^(T{jiwoo'j{Ji£vyi- al yàp ^'^ipac o-uve^wç L;.avTeûovTa!, tz6x£ yafjL'/iQria'ovTat,.
Les éditeurs ont tort, suivant moi, de détériorer à l'envi
(i) P. GuiRACD, La propriété foncière en Grèce. Paris, 1893, p. 367.
(2) Lysislr., v. 593; Thesmoph., v. 410.
(3) Lysùtr., v. 697.
le texte pour lui faire dire que c'est, non la femme, mais l'homme que le mariage inquiétait. Rien n'autorise pareille interversion. Nous n'avons que faire en cette matière du témoignage d'Hésiode. Des siècles s'étaient écoulés depuis, et les temps avaient complètement changé. Si pour la généralité des Athéniens le négoce et le soin de la subsistance, e|j.7Top{a xal fitÔTou xTrio-tç, étaient de justes sujets de préoccupation, le mariage, à leurs yeux, n'avait pas tant de conséquences qu'il leur fît l'effet, comme à nous, d'une chance à courir. Le rôle des femmes était trop effacé, et trop mince leur considération, pour que celui qui se décidait à se marier attachât beaucoup de prix, soit à la nature intellectuelle ou morale, soit aux attraits physiques de celle qu'il épousait. Il savait d'avance que, se déplaisant avec elle, il ne tiendrait qu'à lui de se dédommager ailleurs, sans que nul, pas même la délaissée, y trouvât à redire. Mais ce n'est pas le lieu de nous espacer sur ce sujet.
El 5' è n£'.o-{ou Trpooo'Jvai, toiç dTtfjLOt,; xàç TiuXa;
768 wç Tzy.p' ■f\^.iv oôoïv a''o"y^pov i'yzf.v éx7iep8i.x{arai.
'ExTiepo'.x'Ze'.v signifie proprement « se tirer d'affaire à la façon de la perdrix ». Mais le mot comporte encore une autre interprétation, comme l'a vu un ingénieux érudit du XVII^ siècle. Le Paulmier de Grentemesnil. Dspouxîî^etv c'est être du parti de Perdiccas (cf. cpO^i-Tti^eiv, â-Tixi^eiv, éXXïivîJ^e'.v, etc.). Non moins rusé que la perdrix.
c'est le cas de le dire, le roi de Macédoine prenait parti tour à tour pour Athènes ou pour Sparte. En ce moment il était en guerre avec les Athéniens (1). D'après le scholiaste, le fils de Pisias, déjà noté par Cratinos, mais d'ailleurs un inconnu pour nous, avait été impliqué dans l'aflaire des Hermocopides. Nous savons que la plupart des accusés avaient fui avant le commencement du procès, et sans doute il était de ce nombre. Rien n'empêche de supposer que, réfugié chez Perdiccas, il tramait ou était censé tramer une trahison qui lui permît de rentrer à Athènes avec les bannis (tel serait le sens de TipoSoùvai. Toîç d-ziiJL(ji<; xàç Tzùly.c,). La préposition ex est souvent intensive, mais je croirais plutôt qu'elle marque ici un changement d'état, comme dans é^eXXv^vîî^stv, éx|3appapoùv, etc., de sorte que êx7rep8uxi^e!.v signifierait : devenir partisan de Perdiccas.
Tout cela, je l'avoue, est assez incertain. Mais deux raisons me portent à conclure dans le sens de Paulmier. La première, c'est qu'à s'en tenir à l'acception rigoureuse du verbe, le jeu d'esprit ne laisse pas que de paraître assez banal. La seconde, c'est qu'une fois données les circonstances, 1^ public ne pouvait manquer de faire lui-même le rapprochement, et je ne crois pas Aristophane assez naïf pour avoir usé insciemment d'un mot à double entente.
(1) Thucydide, VI, 7.
"Avw 8s tÔv 'JTraywyéa
Tûv TCTjXov £v ToiTç TTÔfJLaTiv al ^e)aoôv£(;.
Ce passage est altéré. Je ne vois pas d'autre moyen d'en tirer un sens plausible que de lire, comme au vers 4140, è-fopouy, au lieu de etcétovt'. Cela rentrerait assez dans la manière d'Aristophane, qui, nous l'avons montré ailleurs, aimait en pareil cas à se répéter (1). Les mots TÔv ù-aytoyéa eyouo-ai xaTÔTriv seraient |)lacés oià péa-ou, comme disent les grammairiens : c'était l'affaire de l'acteur de marquer la parenthèse par un changement d'intonation.
Du moment où l'on assignait un rôle aux hirondelles dans la construction de la muraille, deux allusions étaient non seulement indiquées mais en quelque sorte inévitables : 1" celle à la forme de leur queue, la fameuse queue d'aronde : ici nous avons le choix entre les deux interprétations proposées du mot ÙTraywyeùç, soit niveau de maçon, soit truelle, la première paraissant de beaucoup la plus probable; 2° l'allusion au ciment fabriqué par elles pour la construction de leur nid,
Ce nid qu'avec tant d'art, Au même ordre toujours architecte fidèle, A l'aide de son bec maçonne l'hirondelle.
(1) C'est ce qui me fait préférer ècpdpouv à èxo'|jLiCov, qui donnerait le même sens.
Lu comme je le propose, le passage ne me semble plus guère prêter à la critique :
Les canards, affublés de tabliers, portaient des briques; et, comme de petits goujats, le niveau derrière le dos, les hirondelles portaient en haut le ciment dans leur bec.
1234 I. Tioio'.cTiv ; r\iJ.ly, -oï^ ev oûpavt^ Geor;.
Quand dans une réponse on répète la question, le pronom ou l'adverbe répétés prennent la forme corrélative. Ainsi : il T^cL^wy ; — ôti ; ou bien tzoù ' -r-iv ; — ô-oj ;
Telle est la règle, disent les grammairiens dressés à la discipline latine. Tel est simplement l'usage, répliquerons-nous sans hésiter, usage souffrant d'ailleurs des exceptions fréquentes et d'autant plus formelles que dans la plupart des cas il n'y a pas moyen de corriger sans violenter le texte (1). Cette prétendue règle, je défie qu'on explique sur quoi elle repose, ni pourquoi les copistes se seraient mis d'accord pour l'enfreindre aux mêmes endroits et en usant des mêmes termes. Que si, hors d'état de trouver la retouche, on a recours à de subtiles distinctions, je m'avancerai jus(|u'à soutenir qu'entre Tiapà toj, par exemple, et tzt.^' ôtou, il n'y a pas plus de différence qu'en français, entre quel des deux? et lequel des deux?
(I) Outre notre passage, on cite : Nuées, 664; Paix, 847; Oiseaux, 608: Grenouilles, 1424; Ecclés., 762; Antiphane, Fragm. Coin. Gr., t. III, p. 9.
C'est Elmsley, je crois, qui est le père de ce canon, pour parler comme les grammairiens, à moins que ce ne soit quelque autre. En tous cas c'est bien Elmsley qui a établi ou cru établir ce canon-ci, l'analogue mais à l'inverse du premier : quand dans une même phrase un verbe se trouve répété sous deux formes, le composé précède le simple. Exemples : xaTÎSeT' lùt-s., ûixâxouo-ov axou3-ov (1). La curiosité ne m'a jamais pris de vérifier jusqu'à quel point les Altiques ont pratiqué cet usage, dénué, je n'ai pas besoin de le dire, de tout fondement logique. Mais le hasard m'a fait tomber sous les yeux nombre de passages où c'est le simple qui précède le composé, entre autres ceux-ci : tQxsov èxo-wo-ov Ô' ê(/é (Eur. Iph. T., 984), 7t{vo[jL£v £v.7rîvo{jiev {Fr. Com. Gr., t. III, p. 394), Aa,3o'ja-a, TrapaXaioOaa (Xén., Ec, 7, 41). Faudrat-il aussi changer cela? Ou si la règle d'ElmsIey n'est comme la précédente qu'une pure lubie de grammairien?
Pareilles lubies, j'en ai signalé, et des mieux caractérisées, à propos de l'emploi personnel du verbe Soxetv (2), et de l'usage de la particule av (3) ; il serait tout aussi facile de montrer l'inanité des distinctions qu'on a voulu établir chez Aristophane entre la forme ordinaire de l'optatif aoriste et la lorme éolique ou attique en o-e'.aç,
Que des linguistes se soient amusés à noter ce qui est d'emploi ordinaire chez les Attiques, si cela ne sert guère, du moins cela ne peut-il faire de mal. Mais quand ils
(1) A propos du y. 1252 de la Médée d'Euripide.
(2) Sur le v. 1311 des Cavaliers.
(3) Sur le v. 1193 des Grenouilles.
prélendent ériger l'habitude en règle et nous l'imposer comme loi, c'est une autre affaire. Des éditeurs en quête seulement de conjectures s'en prévalent aussitôt pour patrouiller les textes, et je ne connais pas de plus méchante besogne que celle qui consiste à substituer partout le compassé au naturel, le banal et le convenu à l'aisance et à la vivacité du tour.
Il ne faut pas se rebuter de le dire, nous savons fort mal le grec. Les plus infatués sont souvent ceux qui le savent le moins, car ils font pis que de l'entendre mal, ils en méconnaissent complètement l'esprit. Parce qu'ils sont enfarinés d'une doctrine toute verbale, et se sont empêtrés d'un tas de conventions gratuites et de formules ne répondant à rien, ils se persuadent volontiers que l'art d'interpréter est proprement leur partage. Ils sont loin de compte. La règle, quand elle n'est pas la simple expression du bon sens et du goût, est dans toutes les formes d'art ce qui répugne le plus au génie grec. On ne citera pas une page d'un auteur attique qui ne fourmille d'incorrections voulues ou, pour mieux dire, de ces négligences qu'on appelle justement heureuses « parce qu'elles achèvent de faire, disparaître non seulement l'empreinte, mais jusqu'au soupçon du travail » (1). Des grammairiens à courte vue se sont évertués à réduire la syntaxe grecque aux limites étroites de la syntaxe latine. Tout ce qu'ils ont statué à propos de la construction, de l'accord des mots, de la concordance des temps, de l'adverbe de situation et de l'adverbe de mouvement, que sais-je encore? tout cela n'est à accepter que sous béné-
(1) La définition est de d'Alembert, dans son Éloge de Massillon.
lice d'inventaire. Les Grecs, dans l'occasion, en laisaienl bon marché, non i»ar caprice, il s'en faut bien, mais par des raisons que noire raison à nous, sinon notre goût, n'est pas toujours habile à pénétrer. Au lieu de nous poser en magisters, accommodons-nous du rôle plus modeste et plus sûr d'admirateurs dociles. Ce qui revient à cet axiome tant rebattu mais plus souvent encore mis en oubli : avant de corriger, tâchons de nous déprendre de nos préjugés et de notre assurance, et surtout tâchons de comprendre.
1 3G5 T7,v TTTep'jya xai to'jtI tÔ TiX-^xTpov OaTepa, vojjioraç â)vexTp'Jôvoç e'^eiv rovôl Xô'iov, (pooùpe',, (TTpaTe'Jo'J...
Il est inouï qu'on ait pu prendre le change sur un passage si clair. La plupart des éditeurs, entendant au pied de la lettre ce qui est dit au figuré, supposent qu'à dessein de faire un guerrier du fils dénaturé, Pisthélaire le pourvoit d'une aile d'oiseau, d'un ergot et d'une crête. Une seule aile, notez-le bien, et non deux, laquelle aile doit être tenue d'une main, et de l'autre l'ergot. Cet ergot, vous le figurez-vous, et l'accès d'hilarité que ne pouvait manquer de provoquer cet objet d'abord, et ensuite la crête? D'autre part, qui s'est jamais avisé de dire, en présentant une crête de coq : « Imagine-toi que ceci est une crête de coq »? Enfin, et pour comble, observez que le jeune homme ainsi équipé, on le renvoie de la cité des oiseaux, vivre de sa solde et combattre où? Sur les confins
de la Tlirace, parmi les soldats d'Athènes. En vérité, jamais qu'il me souvienne langage figuré n'a donné lieu à plus plaisant quiproquo.
Les fils des citoyens morts à la guerre étaient adoptés par l'État. Quand ils avaient atteint l'âge éphébique, on les conduisait au théâtre; là le héraut les présentait au public, armés de toutes pièces, et les déclarait solennellement citoyens. Cette touchante cérémonie avait lieu aux Grandes Dionysiaques, avant l'ouverture des représentations dramatiques. Elle avait donc dû se passer le matin même, à moins que ce ne fût la veille ou l'avant-veille, du jour où Aristophane donna sa pièce. C'en est une contreépreuve, non une parodie, vous pensez bien, que nous offre le poète patriote, quand il fait équiper le jeune homme, « à la façon d'un orphelin », d'un bouclier, d'une épée et d'un casque, aux frais de la cité des oiseaux.
On ne manquera pas de se demander où Pisthétaire s'est procuré les armes ainsi offertes au futur guerriei'. Il y a là en effet une de ces invraisemblances dont s'accommode assez mal notre lourdeur d'esprit, mais auxquelles le public athénien ne prenait pas même garde. Si mince détail, en un sujet de pure fantaisie, n'était pas pour le préoccuper, non plus que de savoir d'où provenait le bouc destiné à être immolé (v. 848), ou les arcs et frondes dont Pisthétaire a menacé la messagère des dieux (v. 1 186), ou encore la chlamyde nuptiale qu'il se fera apporter plus tard (v. 1693). Rappelons-nous toujours, en lisant Aristophane, que soucieux avant tout de la vérité dans l'art, ce grand idéaliste ne cherche jamais à donner à l'illusion l'apparence de la réalité.
B oûXe». Si.Sâo'xei.v xal Trap' r\y.h oùv usvwv AewTûO'iiSrj yopôv TreTOu.évwv dpvswv 1407 Kexpo-ioa cpu).r,v;
Léolrophidès, d'ailleurs inconnu, avait ceci de commun avec Cinésias, qu'il était d'une maigreur phénoménale. Le souvenir ne s'en était pas perdu à l'époque de Lucien, lequel juge impossible de convertir « le plomb en or, l'étain en argent, et de faire un Milon d'un Léotrophidès » (1).
Ce personnage falot appartenait à la tribu Cécropide. C'est pour cela, plus encore que pour sa maigreur peutêtre, qu'Aristophane fait ici de lui son plastron. Voilà ce que n'ont pas vu les éditeurs, qui prêtent au poète de l'esprit de leur cru (Das ist Spass! disait en pareil cas le bon Miiller-Striibing), en lisant, les uns Kspxw-ioa, les autres Kpsxo-ioa.
On sait que dans les concours dithyrambiques, chacune des dix tribus avait à fournir un choeur de cinquante membres, dont un citoyen riche faisait les frais. Pourquoi le comique a-t-il fixé son choix sur la tribu Cécropide? Rien de plus simple. Non content de lutter de maigreur avec Léotrophidès, Cinésias était bancroche, en quoi il ressemblait à Cécrops « Dracontide par les pieds » (2). La tribu et le poète pouvaient se réclamer du même patron.
(1) Comment il faut écrire l'histoire, 34.
(2) Guêpes, V. 438. — Voir la figure dans Roscher, 1, art. Erichthonios.
Ce détail, qui a échappé aux interprètes, pas un enfant à Athènes ne l'ignorait. Au défaut des oreilles, il suffisait d'ouvrir les yeux. Ne fût-ce que quand on traversait l'Agora, où se dressaient les dix statues des éponymes, il ne se pouvait pas que les regards ne s'arrêtassent sur celle du héros, qui « homme jusqu'au bas des hanches, ressemblait par-dessous à la femelle du thon » (1).
DP. Tl'/jvtx' £0":',v apaT^ç vjfjiépaç; 1499 nE. OTcrivwa; (jjjiupôv Tt. |ji.eTà {i.E<7r,{ji.j3ptav.
dXky. <7Ù "ilç si; DP. ^ouXutÔç 'i\ TrepaiTepu;
J'ai signalé naguère l'erreur où était tombé M. van Leeuvven en fixant aux environs de midi l'heure où s'ouvre la pièce des Acharniens (2\ J'en ai pris occasion pour montrer que chez les Grecs, en dépit des dictionnaires, le mot p.£0"/i[jLppi7 ne signifie point midiy pas plus d'ailleurs que [létyon, vûxtsç ne signifie minuit.
M. Wieseler avait commis la même erreur à propos de notre passage, où Prométhée, s'informant de l'heure du jour, reçoit cette réponse : a-jxwpôv il ue-y. fxECTip.^piav. Comme il confondait la [jL£7ri|jLSp{a avec le midi, le savant allemand en avait conclu à tort que l'heure où la scène est censée se passer coïncide avec celle de la représentation.
(4) EuPOLis, 156.
(2) Notes supplémentaires sur les Guêpes, v. 774.
La suite du dialogue aurait dû le mettre sur ses gardes. Qui donc, aux environs de midi, s'avisera de demander s'il fait encore clair? Telle est pourtant la (|uestion qui vient sur-le-champ aux lèvres de Prométliée : ;3o'jautôç 7, Tzzoxi-hiù ; « Est-ce le moment de dételer les bœufs ou plus tard? » Pareille question se conçoit de la part de l'ancien Titan, soucieux avant tout d'échapper aux regards de Zeus. En effet, à la y.z'jr^iJ.ppioL, c'est-à-dire à l'après-midi, succède la brune (ri oeikri). C'est déjà quelque chose, et il faudra bien qu'il s'en contente (1); mais à quoi il aspire, c'est au ^ojÀ-jto;, à savoir au plein crépuscule, tj ZvXw-r^ à'\)iy., comme le délinissent Hésychius et le Grand Étymologique.
Quoique averti, M. van Leeuwen n'a pas hésité à faire sienne l'erreur de M, Wieseler. De plus, entant sur ce contresens un contresens nouveau, il traduit pooku-oç par le terme néerlandais schoftlijd, lequel désigne les pauses ou intervalles de repos accordés aux ouvriers. C'est ce qui s'appelle, littéralement cette fois, chercher midi à quatorze heures. Que des ouvriers suspendent leur travail dans la journée pour casser une croûte, que voulez-vous bien que cela fasse à Prométhée? Ce n'est vraiment pas la peine de détourner un mot de sa constante acception pour prêter au poète l'inconséquence la plus criante.
Le sens de ^ojAuto; est hors de doute, et je ne sache pas qu'on s'y soit jamais trompé. Déjà Homère nous montre « le soleil déclinant [sol decedens, Virgile) vers le i'vojajtô; » (âj. Depuis lors le mot a été employé souvent,
{[) C'est ce qu'il exprime par ojioj, quand, à moitié rassuré, il déclare : ouxco p-èv £>'.-/C£xaXû<J/opat. (ij yL, XVI, 779; Oi., IX, 58.
sans que sa signification ait varié. Si l'on en veut une définition exacte et précise à souhait, on la trouvera dan.*, ce passage des Argonautiques :
T,p.oç 0£ TpÎTaTOV ^^âyoç ■f^ixy-0(; âvofjL£vot,o XeiTtexat. é^ '/joOç, xaXiouo''. os xex^jiiriwTeç épyartvat y)vuxep6v a-ç;tv atpap pouXuzbv IxésGat (1).
Littéralement : « Quand la troisième partie du jour finissant se trouve dépassée depuis l'aurore, et que les laboureurs fatigués appellent la prompte venue du doux ^ouAjTÔ;. )) L'aurore, comme on le sait, faisait partie de la nuit; les trois parties écoulées du jour sont le Tipwt, l'âyopâç TzXrfiwp-i] el la [jL£a"/)[;L,Spîa. Le laboureur impatient n'attend plus que la fin de la Ze>Xf], savoir la odlr, ot};{a, pour dételer les bœufs. Cela convient exactement, on le voit, el avec le passage d'Aristophane et avec la définition des lexicographes citée ci-dessus. Ainsi aussi, chez les Latins, l'ont entendu Cicéron [ad Au., io, 27), Virgile {EgL, II, 66) et Horace [Od., III, 6, 42).
On nous pardonnera d'insister. Parmi les questions qu'il n'est pas permis d'ignorer, il n'en est guère qu'on méconnaisse plus souvent que celle de savoir comment les Grecs distribuaient la journée. On vient de lire sur ce point le témoignage d'Apollonius. Trois siècles plus tard, Dion Chrysostome s'en tient encore aux mêmes divisions du jour, en upo^tl, Tz'/.rfioù'jr^ç, àyopàç, iiEi-riiiipiv. et ùe'Xri (2). El il se trouve que ces divisions correspondent exactement
(i) Apollonius, Argonant., III, w. {SiO-iZA'i. (2) Orationes, p. 614 de l'édit. de Morel.
à celles données par Xénophon (1). 11 est donc établi d'une manière irrécusable que, depuis le V'^ siècle avant jusqu'au IP siècle après J.-C, les Grecs n'en ont pas connu d'autres.
Comme ils ignoraient notre manière de compter par heures, ils n'avaient pas de terme spécial pour désigner midi, non plus que minuit. Celui qui correspond le mieux à notre midi, c'est l'âyopâ; 8t.àÀuc7t,(; (2). Quant à la fjLeo-rifjifipta, c'est proprement la troisième partie, la partie la pUis chaude de la journée, comprise entre midi et le crépuscule (5). Toutes les fois que rriç ueo-riijippia; est
(1) Anabase,!, 8, 1 et 8.
(2) Induit en erreur par les commentateurs de Platon et par les lexiques, j'avais cru d'abord que « midi » se disait en grec |jL£aT)[jLPpîa (jxaOcpâ. Rien de plus inexact. M£c7Ti[ji.!3pta aTa6£pâ, ailleurs xo ata- OcpwxaTov TY)ç [X£aT)[jipptaç, est « le fort de l'après-midi », l'heure delà journée où la chaleur, xo xauua, est le plus accablante (en ancien français : la ckaline). Lisez \e Phèdre depuis le commencement, vous verrez qu'il n'y a pas moyen de comprendre autrement. De même xô ÔÉpoç axaOspo'v, c'est le fort de l'été, vjy.xôt; xo axa'iEpo'jxotxov le plus fort de la nuit. Ce que Platon appelle ainsi, Apollonius le désigne par CTXQcÔEpov ^[jiap, et le définit admirablement dans ces trois vers (I, 450) :
T)[jLOç S'riéXioç axaôspov TtapajJLetPsxat îjjjiap, al 8è vEov axoTTc'Xoiaiv UTrojxto'covxai àpoupai, OEisXtvôv xXivovxoç Ùtio Çdtcov rieXtoto.
« Quand le soleil dépasse le plus fort de la journée, et que déjà les rochers étendent leur ombre sur les campagnes, au moment où le soleil décline vers le demi-jour du crépuscule. » Et lisez là-dessus le scholiaste, qui est parfait de précision.
(3) Si c'en était le lieu, je démontrerais sans peine qu'Homère exprime par evôiot; le terme [xeaTjjjifjptvo'!;, qui n'existait pas de son temps. Depuis lors les deux mots sont restés synonymes pour dési-
employé absolument {Guêpes, 500, Paix, 290, Lysistr., 418), il signifie V après-midi. Faute d'avoir tenu compte de ces données fort claires, on a commis les plus singuliers contresens. Pour s'en faire une idée, il n'y a qu'à lire le chapitre CIV du troisième livre d'Hérodote.
Parfois, il est vrai, u.ei77)p.ppia se prend au sens large, abstraction faite de l'âyopà; TrXYiOtopTi, c'est-à-dire i^ £wOt.vo'j pié'/pt, ozl\-r\c, : ainsi dans le passage des Lois de Platon que j'ai cité ailleurs. Cela n'a rien d'étonnant. En français le mot matinée, et le mot jour lui-même, se prennent également en un sens indéterminé.
"Sp 710 6 ' OÙ8u(70-£IJÇ dcTiflXOs'
xàr ' âv7i)\9 ' aùrô) xaTwOev 1563 "poç TÔ \'xZ\).y. xît\c, xafji -/i^ou
Xatpeccwv -r\ vux-epiç.
Le lieu de la scène est chez les Sciapodes. Un mot d'abord à ce sujet. Les Sciapodes sont ce peuple fabuleux de la Libye lorride qui se garantissait de l'ardeur du soleil en se couchant sur le dos et en s'abrilant du pied comme d'un parasol. Pourquoi met-on Socrate chez les Sciapodes? Évidemment à cause du manque de propreté
gner l'après-midi. Bornons-nous à citer les verbes [X£<Tïi[jLppidcÇeiv et evSia'Ceiv, faire sa méridienne, faire la sieste pendant le gros de la chaleur, et surtout l'étymologie proposée par Plutarque pour le Prandiiim latin, qu'il tire de Trpd et l'vSiov, ajoutant immédiatement : evo'.ov yàp xo OîtXtvov, xal tt)v (xsx' àpiTtov àvaTiauaiv, âvStaî^eiv (Quœst. conv., 6, 5.)
qu'à tort ou à raison on lui reprochait : l'épithète dO.ou-o; souligne nettement l'intention. Socrate avait l'habitude de marcher sans chaussures, âvt7rTot.ç toîç Too-iv, dirait Lucien (1). Le « pieds nus » des Nuées (v. 103) devait facilement être pris pour un « Pieds d'ombre ».
Dans les vers cités ci-dessus, M. Kock, et d'autres après lui, déclarent d-rihh « indubitablement corrompu », étant inadmissible, alors qu'Homère nous montre Ulysse se retirant pour laisser Tirésias s'abreuver de sang, qu'Aristophane l'ait fait s'en aller. Là-dessus M. van Leeuwen, sans plus de contrôle, et apparemment pour se rapprocher davantage d'Homère, s'avise de lire è'(jiet.v£ « il demeura »; conjecture dont il s'applaudit tellement, qu'il prend sur lui de la mettre dans le texte.
Quand donc apprendrons-nous à nous défier de notre premier mouvement? De ce que âTisp-j^sa-Oai. signifie d'ordinaire s'en aller, partir, pourquoi nous hâter d'en conclure qu'il ne peut signifier se retirer, reculer, se mettre à l'écart? Mais ce dernier sens est au contraire des plus fréquents, nous n'irons pas chercher loin pour le démontrer. Au vers 29 des Cavaliers, le scholiaste explique, ne pouvant d'ailleurs faire autrement, àTzipyeTxi par b-oyio^zï oTtio-Oev. Dans les Thesmophories, v. 626, c'est le poète lui-même qui interprète àîîsXGe par âTroo-TYiGî [j.ot (2). A
(1) Rhetor. Prœceptor, 14.
(2) Voir aussi Sophocle, OEd.CoL, 1647; Euripide. Phénic, 907; Oreste, S48 : àTrôXOÉTO) ofj toI; XoyoïiTtv ixTroSwv. Schol. : àvTt tou au àvayo'jpôi; XÉNOPHON, Anab., V, 2, 20 : aTreXôeiv expliqué six lignes plus bas par àTro-y^copelv.
plus forte raison, s'il a jugé à propos d'user ici de ce verbe, au lieu du âva^ài^ea-9at. homérique, comment des spectateurs s'y seraient-ils mépris, qui savaient par cœur la Nexuîa de V Odyssée?
La difficulté est plus sérieuse au vers 1365, car il paraît infiniment douteux que XaîTfjLa soit grec. Malheureusement les corrections proposées sont illusoires et ne méritent pas d'être relevées. Il me semble que le texte pourrait être restitué moyennant un très léger changement. Au lieu de XaiTixa lisez ).at,[xâv, qui d'ailleurs ne vaut que mieux au point de vue métrique (cf. le vers 1704 de l'antistrophe). Le verbe Xaipiàv veut dire avaler avec avidité, engloutir; il est à Xai^xôç ce que se gorger est à gorge (i) ; et comme les verbes de sens analogue il se construit avec le génitif partitif (cf. eo-Oio), -axsofxa-., Èp.SàAÀopia!., Paix, 1512, etc.). L'infinitif précédé de l'article ne fait pas difficulté (2). Nous traduisons donc :
Quand il lui eut coupé la gorge, comme Ulysse il s'écarta : puis de dessous terre il vit surgir, pour se gorger du chameau, Chéréphon, la chauve-souris.
(1) On disait Xat[jiâcL) et Xai[j.âjaa), comme àXôto et àXûjato, ùttvo'w et ÛTrvwao-co, ïlésychius : Xatjxàv, saôûtv àfxÉxpw; ; CRAMER, Anecd., t. II, p. 9 : XaifJiqc, elç ^pôijtv oipjXïiTai.
(2) Xénophon, Mémor., I, 2, 1 : IIpoç zo fXcTpîwv Ss^aOai TTîTraiSsu- [xÉvoç; Corn. Anon. {Fragin. Com. Gr., t. IV, p. 691) : xal Tiâvca TTotw Tzpoç 10 ooCivat xal Xa|3£"îv ; ARISTOPHANE, Guêpes, 94 : uttô toû xtjv ipTJ'^o'v y' ^X''"' îlwôÉva'. ; ibid., 104o : a; 'Jito xou [j.t) y^'wvat xaôapûç èTtoti^ffax' àvaXSeïi;, etc.
NOTES
SOR Li LÏSlSTMTi D'ARlSÎOPHii
PAR
Alphonse ^WILLEMS
PROFESSEUR A L'UNIVERSITÉ DE BRUXELLES
BRUXELLES
HAYEZ, IMPRIMEUR DE l'aCADÉMIE ROYALE DE RELGIQUE
Rue de Louvain, 112
NOTES
m LÀ LÏSlSTHATi D'AHISTOPMI
PAR
Alphonse WILLEMS
PBOFESSEUR A L' l!NIVERSITÉ DE BRUXELLES
BRUXELLES
HAYEZ, IMPRIMEUR DE l'aCADÉMIE ROYALE DE BELGIQUE
Rue de Louvain, H2
Extrait des Bulletins de l'Académie royale de Belgique (Classe des lettres, etc.), n» 12 (décembre), 1904.
NOÎES Sllll LA LÏSlSîHm DlUtSîOPBAi
En écrivant ces notes, j'ai eu constamment sous les yeux l'édition de Lysistrata publiée l'an dernier par M. van Leeuwen (1). Je ne voudrais pas qu'elles parussent déprécier en rien l'estime qu'il convient de faire du rare talent et de la solide érudition de l'éditeur. La plupart de mes observations s'adressent d'ailleurs moins à lui qu'à ses prédécesseurs. En effet, il s'est formé petit à petit pour l'interprétation, non moins que pour la transmission des textes, une sorte de vulgate que l'on est porté à accepter de confiance, et qu'en bien des cas l'on ne songe pas même à contrôler. Que si vous remontez jusqu'à la source, vous aboutirez presque invariablement à l'autorité de €e qu'on appelle « le scholiaste ».
On oublie trop souvent que ce terme n'est qu'un collectif, servant à désigner des choses de nature et de valeur très différentes. Le fonds premier de nos scholies, et le seul qui compte, nous en sommes redevables aux Alexandrins. Nul n'ignore que ceux-ci les premiers entreprirent de donner des éditions critiques des clas-
(1) Aristophanis Lysistrata, cura prolegomenis et commentariis edidit J. van I^eeuwen, Liigd. Batav., A. W. Sijthoff, 1903, in-S".
siques de la Grèce, et sans doute que si nous possédions dans leur intégrité les travaux de cette illustre école, la tâche des éditeurs modernes se réduirait à peu de chose. Par malheur il en est arrivé tout autrement. Aux doctes commentaires des Alexandrins sont venus d'âge en âge s'en ajouter d'autres, qui n'avaient plus le même prix, mais qu'on confondit tout de même avec les précédents ; et le tout, successivement remanié, résumé, écourté au point d'en devenir méconnaissable, s'est trouvé à la fin noyé et dilué dans un déluge d'insipidités byzantines. Il en résulte que du noyau primilif il ne reste plus que de rares débris, souvent difficiles à dégager du fatras où ils sont comme ensevelis, (le qu'il y a de bon dans nos scholies, et de fructueux pour nous, pourrait aisément être condensé en une centaine de pages. Il est vrai que, réduit à ces proportions, pareil recueil devrait être tenu pour un vrai trésor de documents linguistiques, historiques et archéologiques, sans lesquels quantité de passages d'Aristophane, et de bien d'autres auteurs, seraient pour nous lettres closes.
Le reste, qui est l'œuvre des savantasses de Byzance, ne mérite pas un moment d'attention. Au moyen âge, on avait perdu le sens des chefs-d'œuvre de l'antiquité, ou si, grâce à une tradition ininterrompue, on en saisissait vaguement la lettre, on n'en comprenait plus du tout l'esprit. Les notes et paraphrases de cette triste époque, quand elles ne sont pas un simple guide-âne, n'offrent qu'un amas confus de contre-sens, de subtilités et de contradictions.
Tout cela a été dit bien des lois, et, par exemple, le
jugement du dernier éditeur des scholies, M. Rutherford, est peut-être plus sévère encore que le mien. Mais il ne faut pas se lasser de le redire. Car l'action que les scholies ont exercée de tout temps et qu'elles exercent encore sur l'esprit des éditeurs est plus considérable qu'on ne pense. Cela tient, suivant moi, à une raison qui paraîtra peut-être paradoxale, mais n'en est pas moins très réelle. Supposez-les rédigées en français ou dans n'importe lequel de nos idiomes, leur médiocrité sauterait tellement aux yeux, que la pensée ne viendrait à personne de les consulter. Mais comme elles ont la chance d'être écrites en grec, nous ne pouvons nous détendre, non seulement de les lire, mais, à moins qu'elles ne mettent notre bon sens à une trop rude épreuve, d'en tenir très sérieusement compte. Même quand nous n'y prenons pas foi, nous ne laissons pas de subir leur influence, le plus souvent à notre insu.
Ces réflexions, quiconque s'est appliqué peu ou prou à l'étude des lettres grecques, n'a pu manquer de les faire à l'occasion. J'en ai été particulièrement frappé en mettant au nel les notes qui vont suivre. Car il se trouve, comme par un fait exprès, que presque toutes les interprétations, erronées à mon sens, que j'ai cru devoir relever, ont pour premier auteur le fatrassier byzantin.
. Pour se croire en droit de jeter la pierre aux savants qui ont donné dans le piège, il faudrait être sûr soimême de ne s'y être jamais laissé prendre.
42 Tî ô'av yuvaÛEç cppov.tjiov spyao'aiaTO
T, la{j.7rpôv, aï xa9-/i[j.£0' £çr|vO!.(7[j.£vai....
Clément d'Alexandrie, qui cite quelque part ce passage, écrit epyao-aiuiefia et £qav9!,a[jL£va'., et il n'en a pas fallu davantage aux éditeurs d'Aristophane pour adopter cette double leçon. La raison n'est pas seulement fragile, elle est nulle, comme il est facile de le montrer. Pour ce qui est du premier mot, à qui fera-t-on admettre que les copistes ayant sous les yeux la forme banale ÊpyaTaijjLEBa, se soient avisés d'y substituer la tournure bien plus élégante et rare, en même temps que plus complexe, car elle implique un changement de construction, résultant de l'emploi de la troisième personne épique de l'optatif?
'E^av8t.c-jjL£va!. (de qavf)iÇ£crOa',) signifierait teintes enblond. Qu'il y eût des Athéniennes qui se teignaient en blond, comme d'autres évidemment se teignaient en noir, à l'exemple de Lysicratès (1), le fait est attesté à la fois par Euripide et par Ménandre, et je n'ai garde de le nier. Mais je maintiens que £;Tjv6!.T{jL£va', (de £;avf|{Cea-Oa',), voulant dire simplement peintes, s'applique bien mieux, ou plutôt s'applique seul à la généralité des femmes. Ainsi d'ailleurs a compris Lysistrata, puisque, reprenant d'après Calonice là liste dés objets de toilette indispensables à son sexe, elle mentionne expressément l'orcanète. Le mot évxe- Tpt.[jLijLéva!., dont elle use plus loin (v. 149), ne veut pas dire autre chose.
(1) Ecclésie, v. 736.
Aristophane marque ici d'un trait ce que le comique Enboulos amplifie à plaisir, quand il fait dire à un de ses personnages, parlant à des Athéniennes : « Si vous sortez en été, de vos yeux coulent deux ruisseaux d'encre, la sueur vous tombant des joues sur le cou forme un sillon de fard, et les cheveux qui ballottent sur votre front vous font ressembler à des vieilles, tant ils sont pleins de céruse (1). »
Il n'y a rien dont il faille se défier davantage que des citations. Les anciens sur ce point ignoraient nos scrupules et ne s'embarrassaient guère pour citer de mémoire, le fond chez eux emportant la forme; sans compter que les vérifications étaient tout autrement malaisées à faire dans les rouleaux manuscrits dont ils se servaient, que dans nos volumes distribués par chapitres, pourvus de tables et rapidement feuilletés.
Le curieux de l'histoire, c'est que pour annuler le témoignage de Clément, il n'est que d'alléguer Clément lui-même, qui, citant ailleurs le même passage, le donne conformément à nos manuscrits. Quand donc cessera chez les éditeurs (et il est à regretter que Bentley soit ici du nombre) la manie de dénaturer, sur les plus frivoles motifs et pour l'unique plaisir du changement, les textes les plus précis et les plus authentiques d'Aristophane?
(1) Fragm. Corn, grœc, éd. Meineke, t. III, p. 250.
' H yoûv Beoyévouç 64 wç ôeDp io~J<7a. zdv.y.'zwv rjpexo.
« La femme de Théogénès, pour venir ici, a hissé l'acation. » VivA-zio^ était une voile auxiliaire (une voile latine, suivant M. Cartault) à laquelle on recourait quand il fallait imprimer au navire une vitesse exceptionnelle. L'expression arpeo-Oai. -ô àxâTiov se lit deux fois dans Plutarque : « Les Épicuriens exigent de leurs partisans qu'ils hiient loin des jouissances trop vives en hissant l'acation (1). » Et ailleurs : « Contraindrons-nous les jeunes gens à hisser la voile auxiliaire acation, pour éviter la poésie, en la côtoyant et en passant au delà (2)? »
D'autre part, àxaTo; était le nom d'une coupe à boire que, plus petite, on appelait àxâTiov (5). On disait a'I'peiv ou aCpecjQat âxaTLov, lever une coupe (4), comme on dit en français lever son verre. L'expression signifie donc aussi : « La femme de Théogénès, pour venir ici, a levé la coupe. ))
C'est bien là ce qu'Aristophane a voulu faire entendre, en jouant sur les mots, suivant son habitude. Elle a hissé l'acation, c'est-à-dire : « elle a fait diligence pour fuir de chez elle », ou bien : « elle a haussé le coude pour se
(1) Non posse suaviler vivi, 12.
(2) De audiendis poetis, 1.
(3) Athénée, XI, 22 : àxaToç, Trotrjpiov âotxô; TrXoîif)- — Hésychius : àxaTtov l'aTt xal cs'.àXT), 'taux; 8tà tô eotxsvai axpoyyûXtjj TrXot'tjJ.
(4) Fragm. Corn, grœc, t. III, pp. 5 et 372.
donner du cœur (1) ». Évidemment l'amie de Calonice était de ces Athéniennes dont le poète nous parle si souvent, toujours altérées et trouvant partout matière à boire (2).
Faut-il relever l'objection de Brunck, la seule qu'on ait faite jusqu'ici? Sans doute, car l'expérience nous a appris qu'il faut répondre à tout. Brunck donc écarte l'acation pour la raison qu'Acharnes étant située en pleine Attique, on ne pouvait se rendre de là à Athènes que par terre et non par mer. Il a eu tort de prendre au pied de la lettre une métaphore. Soyons indulgent pour cette distraction d'un savant qui n'en est pas coutumier, et bornons-nous à le renvoyer à Plutarque.
Le passage est donc fort clair, et le scholiaste l'avait bien compris, qui disait : le poète qui vient de parler xÉX-riç (chaloupe) continue en parlant àxâTwv.
Les éditeurs et traducteurs, à l'exception toutefois de M. van Leeuwen, n'en ont pas moins adopté une interprétation toute différente. Suidas, sur la foi d'une glose reproduite dans le Ravennas, s'était imaginé qu'il s'agissait de l'Hécatéion, ou statuette d'Hécate, qui dans certaines maisons ornait le vestibule extérieur. "HpeTo devient de la sorte l'aoriste de eî'pofjia!.. Afin de rendre la phrase correcte, on lit Oojxy-ô'.ov, et l'on traduit : « Pour
(i) La pénultième est longue dans àxaTiov, voile, brève dans àxâxtov, coupe. Cela ne doit pas nous arrêter. C'est le calembour par à peu près, dont il y a plus d'un exemple dans Aristophane. Un jeu de mots tout pareil se lit dans un fra^çment d'Epicratès (t. III, p. 372), où xara^SaXXs xàxst-ia veut dire à la fois : amène les voiles, et : dépose les petites coupes .
(2) Thesmoph., v. 735.
venir ici la femme de Théogénès a interrogé son image d'Hécate. >) Suidas explique que Théogénès était un poltron qui ne manquait pas en sortant de chez lui de consulter Hécate.
Cette explication ne tient pas debout. Car enfln, s'il se conçoit à la rigueur qu'on invoquât Hécate (pourquoi Hécate?), comment s'y prenait-on pour l'interroger? Et si cette pratique était courante à ce point qu'il suffisait de l'indiquer d'un mot, d'où vient que personne, pas même Théophraste, dans son portrait du superstitieux, n'y fasse pas la moindre allusion? Enfin, et c'est là le point, admettons que Théogénès fût dévot, bien que Suidas nous paraisse avoir tiré cela de sa minerve, ce n'est point de lui qu'il s'agit ici, mais de sa femme. Si le mari était ridicule, qu'est-ce que sa femme avait à y voir? Et dire que cette rêverie de Suidas a été soigneusement recueillie dans la plupart des traités d'antiquités grecques!
Maintenant faut-il imprimer àxâ-rwv ou àxâTewv? La seconde orthographe est celle des inscriptions, la première celle de tous les auteurs grecs, au témoignage unanime des manuscrits. Il n'y a aucune raison de préférer l'une à l'autre : on trouve de même )uyv£rov et Au^^viov, oervo; et oCvo;, etc. Nous n'avons jamais ouï dire qu'il y eût à Athènes un corps savant chargé de régenter l'orthographe. En France, où il y en a un, on écrit pourtant gréement ou grément, assujettir et assujétir, etc.
AT. Tiç 5' àcTÉoa uatTç ; AAM. ^aîa val tw (Tt,w Kop!.vO{a 5'au. MYP. yala v>, 70v Ma
92 S-fi^-r) ' (TT'.v ouTa TayTayt, Tc?.vxeu9£v'!.
La Spartiate Lampito a présenté l'une de ses deux compagnes à Lysistrata. — « Et l'autre? » demande celle-ci. — « Elle est de bon lieu (yaia), par les Dioscures : une Corinthienne, elle. » L'adjectif yaia, synonyme de âya6/i ou eûyivri;, est un terme purement dorique, et qui par là même sonne singulièrement à des oreilles athéniennes. Aussi Myrrhine, l'une des plus délurées parmi les conspiratrices, se méprend -elle, à dessein, n'en doutons pas, sur le sens du mot, et comme s'il dérivait de -^/aivtù ou yâaxw, feint d'y voir une forme adoucie de yauvoTzpwx'ioç ou eupÙTupcoxTOç. — « Xaia, ditelle, elle l'est, par Zeus : il y paraît assez par ce côté que voici. »
Il faut être bien naïf pour ne pas comprendre qu'Aristophane a voiilu signifier par là que la Corinthienne en question est une callipyge. Le rôle d'ailleurs le voulait ainsi, car si la Béotie était renommée pour la beauté de ses champs (v. 88), Corinthe ne l'était pas moins pour les attraits plantureux de ses femmes. Une allusion, moins voilée encore, à ce genre de beauté des Corinthiennes se lit dans le Ploutos (vv. 149-152), et j'ai mes raisons pour me borner à y renvoyer le lecteur.
Bentley trouve que le poète n'en dit pas assez, et corrige sans sourciller :
0YjÀ-/]''7T!.v o'jo"' évTauQay!. xàvTS'J^cv!,
J'en suis bien fâché pour l'illustre philologue (de quoi
aussi va-l-il se mêler?), mais j'ose dire qu'elle est inepte cette correction, si complaisamment admise par les éditeurs. Myrrhine est une étourdie peut-être, mais point une sotte, et elle a assez de sens pour ne juger que de ce qu'elle a pu constater ou du moins présumer avec quelque apparence. Placée à l'égard de la Corinthienne dans la même situation que l'esclave de Trygée devant, ou plutôt derrière Théoria (1), la même réflexion lui vient à la bouche. Seulement l'esclave ne s'effarouche pas du terme cru, tandis que l'Athénienne y met quelque façon : TrjTa -rà èvTSjGev, un euphémisme dont le chœur usera à son tour (v. 802).
Tenez donc : Utrinque sane est pervia, interprétation du dernier éditeur, pour un pur non-sens. Myrrhine n'en sait pas si long. Dispensez-moi d'en dire plus clairement la raison : elle n'est que trop aisée à entendre, mais décidément trop difficile à expliquer.
E'' yàp xaQr,uLc6' e^/oo^^ £VT£Tp'.|JL}ji.Évx!,, xâv Tor? yi'Ziùyio'.'Si "zoïq àtj.opyivo'.; ISl yjjjLva!. 7:ap{o',u£v, ôiXra TrapxTST'.Ay-sva!....
ùiàX-za. 7:apaT£7!,A;jL£va'. est exactement la même chose que TÔv /orpov 7rapaTeTt.).[jiévat, qui se lit ailleurs (2), sauf que l'article manque devant oez-y.. C'est une anomalie, j'en conviens, car les mots désignant les parties du corps prennent d'ordinaire l'article. Mais il y a des exceptions : âiim Ploutos, V. 756, dçpùç c-jvYJyov; Cratinos {Fr. C. G.,
(1) Paix, V. 876.
(2) Ecclésie, v. 724.
t. II, p. 72), x£'-pa).T,v £p£-70[jLa',, xâpa -•jxâ>:^oij.a', ; Platon, Gorg. 496 A, vouerv d'-pGaXaoù;; Xénophon, .4po/., 27, ô'ij.[j.aa-t cpaLopôç. Je me borne à ces exemples, qu'il serait facile de multiplier (i).
AÉATa est un synonyme de y'jva'/xerov aïoo-Tov, au témoignage d'Eustathe, de Suidas et de notre scholiaste. Ce dernier aurait mieux fait de ne pas ajouter : to-.ojtov yàp TÔ c-yr,[jLa. Plaisante bévue, à laquelle pourtant FI. Chrestien paraît s'être laissé prendre, lui qui dit : quid sit Se)-a neque ipsœ nesciunt vestales. Je crains qu'il ne se soit fait illusion sur les lumières de ses vestales. Car c'est à peine si aujourd'hui, grâce à l'étude comparative des langues, nous sommes fixés sur la valeur du mot (2).
(1) Je ne citerai pas, avec M. Blaydes, le v. 423 des Grenouilles :
£V IcCiç -CLO'X'.-l TCOW/TOV
qu'il propose d'ailleurs de corriger, en lisant xov au-oû au lieu de sau-Loû. L'article est inutile devant rpw/.xo'v, puisqu'il est exprimé devant yvâ^ouç. Cf. Archippos (t. II, p. 727), ;yxaçp£ù(jt, XTiTToupoTat Tott; X o'vYiXâ-a'.ç; Eur. Phén. 49o, àXXà xal ctocûoTi; xal xoldi cpaûXoiç ivotxa; El. 1332, oTatv S'ô'aiov xal to oîxaiov cpîXov; Soph. fJL 26S, XaSsTv 6' ofjLoîoj? xal xo XT)xâ(76at tteXîi ("aussi OEd. R , 417, 0£^rf. C, 1399). Et même en prose : Xén. Cyr. VII, 1, 33, èttXôovÉxxouv xal TiXi^ôct xal xoT; ottXo-.ç. (Corrigez en ce sens Kûhner-Gerth, § 463, 2 fin.) C'est toujours la même manie qui consiste à substituer la formule banale au tour élégant et original.
(2) On a mis en rapport le grec osXxa, dont le o peut provenir d'une gutturale primitive, avec le sanscrit jartush, « vulva », le gothique kilthei, « matrice », le grec ôsXtfû;, « matrice », oÉXcpa^, « petite truie », SoXao; • tj [i.Tjxpa (Hésychius). Je dois ces renseignements à mon collègue et ami, M. £m. Boisacq, dont le Lexique étymologique de la langue grecque est actuellement sous presse.
Comme notre passage a été compris d'autre façon, je ne puis faire autrement que de prendre les choses d'un peu haut. Les verbes 7rapa-0.)vet.v et à-o-iWt<.y signifient épiler ou déplumer, mais aussi dépiler. Dans ce dernier sens à-o-Chletj^y.i est souvent remplacé par xsipea-Oa',; suivis d'un déterminatif, ils servent l'un et l'autre à désigner certains modes de se couper les cheveux ou la barbe.
Prenons pour exemple le vers 806 des Oiseaux :
o-'j Oc xo^j/ilyw ye a-/.àcp!,ov y.TzozezO.^ivcù,
mot à mot : « Tu ressembles à un merle déplumé en nef. » Cela est moins diftîcile à comprendre qu'il n'en a l'air. Dans un petit roman intitulé la Pasquette, Champfleury parle d'une coiffure rustique appelée le télot. Les barbiers de village la façonnent en appliquant sur le sommet de la têle une grande jatte, dont ils suivent le contour avec leurs ciseaux. Voilà qui peut nous donner l'idée du o-xâcp'.ov. Le nom est le même : une têle, en patois wallon, signifiant un vase, une terrine, tout comme o-xâcp-.ov désigne un vase à boire de forme allongée : en français, une 7ief. On disait également o-xa-^'.ov â-oxeipso-Sat, (1), et ailleurs qu'en attique, T.epL-pôyjxXy. xeipea-Oat., « être tondu en rond » (2).
Nous trouvons une tournure, je ne dis pas pareille (car il s'agit, non plus d'un mode, mais d'une mode, ce qui est différent, et de barbe au lieu de cheveux), mais
(1) Thesmoph., v. 838.
(2; Hérodote, III, 8; Plutaiique, de Mul. virt., p. 261 F.
une tournure analogue dans les Acharniens (v, 849) : xexapfjLsvoç [ji.ot.yov [xw. [t.oiyoi.ipct., ce tondu au rasoir, à la mode des libertins (1) ». Et aussi dans un fragment d'Hermippos (2) : 7'J[j.jjo).ov xsxapfj-évoç, <( tondu à la tessère », c'est-à-dire « à moitié tondu », par allusion à la tessère d'hospitalité, qu'on rompait en deux et dont chacun gardait la moitié.
Par une autre allusion à une coutume des Scythes rapportée par Hérodote, Sophocle use de cette périphrase : Sxu9t,<7-t. yet.p6[ji.axTpov £xx£xapu.£voç, pour dire simplement « scalpé » (3). Xet.pôp.axTpov implique une forte ellipse : « pour que la peau de son crâne servît d'essuie-main ».
On voit que dans ces locutions l'accusatif doit s'interpréter de diverses manières. Ainsi encore (sans qu'il soit plus question de la tête), si xôpa^ -à pôôa xexap[j!.£va'. (4) est exactement synonyme de tôv '/pipoy Tzy.py.ze-'.Au.é'/y.i, par contre dans -z-r^y [jA'oX'^ 7rapa-£-:'.Xp.£vri {Lysist., v. 89) l'accusatif détermine, non la partie du corps, mais l'objet
(1) Les interprétations proposées jusqu'ici, sur la foi d'une assertion plus que suspecte du scholiaste, me semblent forcées Nous n'avons que faire du scholiaste pour comprendre un tour qui s'explique tout seul. En prose, on le rendrait par xaT£^upT)[j.Évoç tov Ttioycava. Les Athéniens, à cette époque et jusqu'au règne d'Alexandre (Athénée, XIII, p. 565 a), se taillaient la barbe avec des ciseaux, 8nzlJ^ ij.%'/aipc(.. Seuls les efféminés, comme Agathon {Thesmoph., 191 et 2J8), et les débauchés, comme Cratinos, se faisaient tondre au rasoir, [ki^ piayaîpa.
(2) Fragm. Corn, gr., t. II, p. 385.
(3) OEnom., fr. 420.
(4) Phérécratès, MétalL, v. 28, Fragm. Corn, gr., t. II, p. 300.
affecté par l'action (1); car t->iv 'p^ri'/w, il est singulier qu'on s'y soit trompé, ne veut dire autre chose que tt,v è-avBo'JTav Tpiya (2).
Dobree confond tous ces cas et veut les réduire en une règle unique. Selon lui, chacun des verbes susdits, en telle acception qu'il soit pris, peut être suivi d'un accusatif équivalent à un adverbe de manière. C'est, comme on sait, une habitude passée en nature chez certains érudits d'inventer des règles pour avoir le plaisir de les appliquer. L'application ne s'est pas fait attendre; le passage de VEcdésie que nous citions en commençant en a fourni l'occasion :
àXky. 7zy.py. ~oîq ooùàO'.t!, xo'.tjLàa-Qat. {jiôvov, xa~(i)vâcx7] tÔv yolpov â7îOTeT'-Ajj.£va(;.
Rien de plus naturel et de plus clair : « Qu'il leur suffise (aux courtisanes) de coucher avec les esclaves, et qu'elles s'épilent le ventre pour la catonacé. » La catonacé était un vêtement d'esclave qui n'allait qu'aux genoux et était bordé par bas en peau de brebis avec la laine. Employé métaphoriquement, ce mot exprime l'ensemble des esclaves, comme en français « la livrée » exprime l'ensemble des domestiques. Tout de même le poète désigne ailleurs par zo ^uTiTca-aî les équipages d'une flotte (3), par xoà; xoâ; les grenouilles (4). Ka-wvâxr, est
(1) Cf. Guêpes, V. d313, xà axôudtpta ota-/,Exap|j.Év(o ; Eurip. Héc. 910, «TTO 8è «ruEcpâvav xÉxaptrai Ti'jpyojv.
(2) Ecdésie, v. 13.
(3) Guêpes, V. 909.
(4) Grenouilles, v. 222.
donc ce que les grammairiens appellent un dativus commodi, et ainsi l'ont compris entre autres Kuster, Brunck et Droysen {fur Lwnpenkittel) .
Dobree, en vertu de sa règle, corrige xaTwvâxriv, qu'il traduit : ut sunt al xaTwvâxai,. Émendation adoptée d'emblée par la généralité des éditeurs. Il n'y a pas trop lieu de s'en étonner, car que n'ont-ils pas adopté les éditeurs? Ce qui s'explique moins aisément, c'est que, l'ayant adoptée, ils ne se soient pas seulement mis en peine d'en saisir la portée. A quoi sert d'aligner des mots, si ces mots ne représentent aucun sens? Et c'est le cas ou jamais du vers amendé par Dobree. Pour ma part, j'offre, comme ce héros de Shakspeare, la couronne d'Angleterre, et le cheval par-dessus le marché, à celui qui réussira à me l'expliquer.
Sur osÀTa 'n:apa-eT!,)v[Ji£vat. Dobree hésitait {forsan, ditil), on se demande pourquoi. Plus logique à sa façon, et moins aventureux, car au moins n'altère-t-il pas le texte, le dernier éditeur de Lysistrata, au lieu de l'interprétation donnée ci-dessus, rend intrépidement oiX-za par : in formant litterœ A. Et voilà le problème posé une seconde fois.
Il n'y a qu'une solution qui vaille. On savait que les femmes grecques, ou du moins la plupart des femmes (4), s'épilaient : il ne faut pour en avoir la preuve visible que parcourir n'importe quel musée d'antiques. On savait en outre comment elles s'y prenaient. Les témoignages
(i) Cette réserve m'est commandée par certains passages, qui autrement seraient difficiles à expliquer, entre autres Thesmoph., V. 538 et ss.
sur ce point sont tellement nombreux et explicites (1) qu'ils ne laissent pas de place au doute : elles se flambaient au moyen d'une lampe ou d'une torche (2). Ce qu'on ignorait absolument, c'est que cette opération fût d'un détail infini, et qu'il y eût autant de modes de dépiiation que de modes de coifî'ure. Il sera désormais entendu que, lorsqu'on voulait plaire à son mari, on se flambait ou s'épilait en delta, que pour faire sa cour à des esclaves on se flambait en calonacé. Voilà du moins ce que vont se transmettant l'un à l'autre sans rire les pontifes de l'exégèse.
La philologie est une belle chose. Il est fâcheux seulement qu'elle serve de passe-port à tant de visions cornues. Si, pour faire justice de celle-ci, il m'a fallu, suivant le mot de Molière, tenir la pudeur en alarme et salir l'imagination, je m'en excuse auprès du lecteur. Qu'il s'en prenne aux éditeurs d'Aristophane s'ils m'ont fait dire des sottises.
158 Tô TO'J <ï>ep£xpàTouç, xùvx SspeLv oeoapfjiÉv/iv.
(c Écorcher un chien écorché », c'est proprement se donner un mal inutile. Telle est l'explication des parémiographes, et je ne veux pas y contredire, mais je n'en crois rien du tout. Un dicton populaire ne se tire pas de
(1) Paix, V. 892; Lysistr., v. 827; Tkesmopk., v. 216; Ecdés., V. 12; Platon le Corn. [Fr. Coin, yr., t. II, p. 674, vv. 14-lS].
(2) Thesmoph., v. 238.
si loin et n'a pas ce caractère conventionnel et technique. De plus le proverbe, si proverbe il y a, ne serait guère en situation ici.
Selon moi, cette locution est bien du cru de Phérécratès, et elle exprime un tout autre sens; non toutefois celui du scholiaste, auquel se sont arrêtés les commentateurs : -âX'.v èli'7'za.'. dX{o-|3oi; ^p/ia-aa-Qat, ; car il a le double inconvénient d'échapper à l'interprétation littérale, et d'être en contradiction formelle avec les vers 108 à 110.
Le verbe oipev/ et ses composés £xô£p£t.v et âTroSspeiv ont une acception obscène, dont nous avons parlé à propos du vers 392 des Acharniens. Kùwv est dans le même cas (Hésychius : xùwv Sri)vOÎxal tô avôpeîbv p.op(ov). Kùwv 8£5ap|ji.£V0(; équivaut à aLOoCov àvaTeTa|/£vov (voir plus loin le vers 933), et xûva 5£p£'.v B£Bappi.£vov, c'est, pour emprunter à Hérodote une expression qu'on pourrait également détourner de son acception première, SEçpetTv 5(ei,pl xb 8épaa (IV, 64), ou simplement Zé'fe<j^ct.\. Si Lysistrata emploie ici le féminin ->;v xjva, c'est qu'elle s'adresse à des femmes. Il y a là une malice du poète, car évidemment Phérécratès avait écrit tov xjva (1).
Rien ne concorde mieux avec cette interprétation que la réponse de Calonice : cpX-japia -y-ù-' è'j-l -y. a£fj(.',[jL-/ip.£va.
(1) C'est très probablement à notre texte qu'Eustathe fait allusion clans ce passage d'un fragment, assez peu clair d'ailleurs, de ses Commentaires (1822, 15) reproduit par Meineke (t. IV, p. 630] : îv 8t)
xal T!xpyùpt,ov -wp'JO'O'ov rj — apà Ta aiw.
Malgré de subtils efforts d'interprétation, on n'est pas parvenu à donner au premier vers un sens plausible. Évidemment s--oôà; (ou aTcouoàç, d'après le Ravennas) est altéré. La plupart des éditeurs se sont rabattus, faute de mieux, sur la conjecture de Vaickenaer : àç izoSaç è'ywvT',. Bien à tort, car on n'en imagine pas de plus saugrenue. Que peut bien signifier : tant que les trières auront des écoutes? à moins qu'on ne veuille faire entendre que l'excellence de la flotte d'Athènes tenait à des ficelles. M. van Leeuwen, tout en maintenant TiôSaç, lui donne le sens de rames; ce qui n'est guère plus admissible, car encore laudrait-il, comme dans l'unique et singulier exemple qu'il cite, une épilhète pour fixer la nature et l'importance de ces soi-disant « pieds « des vaisseaux. La conjecture de Bergk, <77zrAy.ç, pour o-roXàç (un dorisme bien spécial pour un public athénien), prête à la même objection. Du reste, dire que les Athéniens ne céderont point, tant que les trières auront des écoutes ou des rames ou des agrès, c'est attacher trop d'importance à des accessoires. Les agrès ne sauraient entrer en ligne de compte, surtout dans un pays qu'on nous montre disposant d'un trésor « sans fond », où il n'y avait qu'à puiser à pleines mains.
ïl n'existe qu'une manière d'entendre le passage. Les Athéniens seront intraitables aussi longtemps qu'ils domineront sur mer, ewç av GaÀacrcroxpaTwcrLv, comme le dit le scholiaste et le bon sens, c'est-à-dire aussi longtemps que leurs trières garderont leur supériorité. Or
cette supériorité ne tenait pas à tel ou tel détail du grément, mais d'abord et avant tout, d'une part à l'énergie et à l'intrépidité du commandement, de l'autre à l'ardeur et à la discipline des équipages.
Je crois qu'on obtiendrait un sens satisfaisant en lisant ŒcpoSpw; au lieu de c-ocàç. L'expression o-çoopwç S7£!.v est correcte et claire, et se lit d'ailleurs dans Xénophon (1). En attendant mieux, je proposerais donc :
oùy^ àç ccpoBpwç è'-y^wv:!, rai 7G!.T,p£S(;,
« Point, tant que les trières auront leur impétuosité et que l'inépuisable trésor subsistera près de la déesse. »
176 [KaxaXrid)6[Jie6a yàp ty^v àxpôrïoX'.v ■^r^u.epoy.]
Tar? 7îpe(7[3'J~â-at,ç yàp —poazézy.y.'y.i to'Jto opàv,... 6ùe!,v ooxo'jTat.ç y.yzct.koLpzv/ tt,v àxpÔTtoA'-v.
Il est hors de doute qu'il faut supprimer avec Bergk le vers 176, qui non seulement ne sert à rien, mais crée la plus insupportable des tautologies. Car d'objecter, comme on l'a fait, que si l'on ne maintient ce vers, ToÛTo ôpàv n'aura plus où se rattacher, cela n'est vraiment pas sérieux. Le démonstratif se rapporte, non à ce qui précède, mais à ce qui suit : -o\j-o, à savoir v/j-'xX'xfjzv/ TT.v àxpô-oÀt,v. Idiotisme sur lequel tous les grammairiens
(1) Économ., I, 21. Voir aussi dans notre pièce les ^-^^ 182, 419 et passim.
ont insisté (Matthiae, § 472, 3; Kiiliner-Gerth, § 469, 3) et dont Aristophane use constamment (1).
Si certains annotateurs anciens cultivaient la paraphrase, d'autres aimaient à récapituler. De candides copistes ont pris souvent ces notes marginales pour des passages omis et les ont introduites dans le texte. Trois cas tout pareils au nôtre se trouvent dans les Grenouilles, où le vers 790 résume avec le même à-propos les deux vers qui précèdent, les vers 978-979 six des vers suivants, et le vers 1431 également les deux suivants.
180 flâwa x' zyo'. xal -Me yàp Xéyziç xaXwç.
Telle est la leçon du Ravennas. Mais le vers cloche, et sans doute le sens ne fait pas question, mais nous sommes tenus de le deviner.
On a recouru jusqu'ici à des remèdes violents, alors qu'il suffit de peu de chose, je crois, pour restaurer le texte. Il n'y a qu'à rétablir au commencement du vers une syllabe omise par le copiste, et lire :
eu TzâvTa x' i'/o'. y.y., xal xâBs yàp \tyzii; xaXwç,
« 11 se peut que tout aille bien, car tu dis cela fort à propos. )) C'est la formule de Platon : eu av iyo'., w
(1) Je me borne à citer quelques exemples où le démonstratif est, comme ici, suivi d'un infinitif : Nuées, 215, Paix, 1075, Grenouilles, 1368, Pbuios, 898 et 921.
Iwxpaxeç {Thœet., 146 B). KaL yàp répond à etenim, nom etiam, quippe et.
On pourrait également lire, avec un des manuscrits, Tcâvra y'. Mais je ne vois pas trop ce que signifierait ici ve, tandis que la répétition de xa se justifie facilement : cf. Eur. HippoL, v. 961 : -rive; ^ùyoi TYia-5'av ylvot-T'av. Que le second xx ait disparu devant xai, cela se passe de commentaire (1).
NGv Sri y^-P £fJt~A-ri<7i7pivri T->|V ûSpiav xv^içaia 329 [Jiô)a<; dizo y.privr\^...
Est-ce de l'Ennéacrounos qu'il est ici parlé? se demande M. van Leeuwen. Gardons-nous d'en douter. Kprivri, « la Fontaine », est un nom commun converti en nom propre. De là l'absence de l'article, comme avec âyopâ, TrôAiç (au sens de citadelle), r.^'j-oLvzZoy, (iouX£UTt.xôv {Oiseaux, 794), etc. (2). Pour toute autre fontaine l'antonomase cessait d'être de mise et il eût fallu spécifier. Une seconde raison, non moins décisive, c'est qu'il n'existait pas à Athènes d'autre source d'eau potable (5) ; de là vient que « la coutume s'était établie de l'employer pour les cérémonies nuptiales et pour d'autres usages religieux (4) ». Aussi, quand plus tard la coryphée videra
(1) Sur xa (long) que les Doriens élidaient, même devant une voyelle brève, cf. Ahrens, de Dialecto dorica, p. 382.
(2) Cf. là-dessus 3Ieisterhans, Gramm. d. AU. Inschriften, p. 187.
(3) Pausanias, 1, 14, 1.
(4) Thucydide, 11, 15.
son pot à l'eau sur la têle d'un des vieillards, sous couleur de lui administrer un bain, sera-t-elle en droit d'ajouter : « et un bain nuptial encore » (v. 578).
On voit combien se sont abusés ceux des éditeurs qui ont vu ici une allusion à la Clepsydre, fontaine située près des Propylées, au-dessous de la grotte de Pan. S'ils avaient visité l'Acropole, ils se seraient aperçus au premier coup d'œil que la scène décrite par Aristophane n'aurait en tous cas pu se passer là. D'ailleurs l'eau de la Clepsydre était saumâtre, âXpiupôç, suivant l'expression du scholiaste des Oiseaux (v. 1695), et bonne, au plus, pour des ablutions (v. 915).
L'Ennéacrounos (littér. : dont l'eau est distribuée par neuf bouches), que naguère encore les archéologues plaçaient tout au sud de l'Acropole, près de l'Ilissus, M. Dôrpfeld a cru en retrouver les débris au pied des roches du Pnyx, à environ 500 mètres en ligne droite de l'entrée des Propylées (1). Cela concorde beaucoup mieux avec notre teste. On conçoit que de ce côté et à pareille distance les femmes du chœur aient pu discerner cette lueur rougeàtre et fumeuse, émanant de torches et de marmites, que les Grecs désignaient sous le nom de l'.ywq (v. 519).
549 'AaX' (0 TTj^wv àvSpeiOTaTri xal p.yj'rp'.oiwv âxaX7)cpwv.
L'explication qu'on donne de ce vers est singulièrement tirée par les cheveux. Traduisez : « 0 la plus mâle des grand'mamans et des mamans orties. » Lysistrata
(1) Athenische Mitleilungen, XIX, pi. 14.
est en effet la générale d'une armée de femmes, toutes mariées (cf. les vv. 400 et 592) et sachant à l'occasion se comporter en orties, on dirait aujourd'hui : en fagots d'épines. T/.fJTj est un synonyme de [jiâ|j.|j.a, grand'mére ; p.Y,-rpiowv, un diminutif régulier de ix.r-r^p, comme T.y-pioioy de itaTTiû; àxoikri(^r, , ortie, est pris dans le même sens métaphorique qu'au vers 884 des Guêpes.
[.ysistrata se verra adresser la parole un peu plus tard dans les mêmes termes, w Ttao-wv àvôpEWTâT/i (v. 1108) ne différant en rien, que je sache, de w tt.Qwv àvôpe!,oTâTr, xal fjLYj'ïpt.oiwv. Pourquoi le poêle a-t-il ajouté àxaX-riçwv? Rien de plus simple. L'apposition en soi était piquante (je parle à mon tour au figuré) et, de plus, lui fournissait l'occasion d'un jeu de mots. C'est Athénée qui nous en avertit (1), et il y aurait de l'impertinence à ne pas nous fier à un érudit si compétent en matière de comédie antique. En effet t/iOwv, génitif de ~-r^fr,, pouvait l'être aussi de Tr^Oo;, mollusque (huître ou ascidie), et àx7.AT,(pwv, comme urlica, se disait à la fois de la plante et du zoophyle connu sous le nom d'orfie de mer. Ajoutons qu'Aristote rapproche plus d'une fois les -:r,OTi des âxalr.cpa!., animaux bien connus du public athénien, vu qu'ils étaient l'un et l'autre comestibles (2).
L'interprétation généralement admise du scholiaste, d'après laquelle [jLT,-:p'.oîwv serait un adjectif, n'est pas SOUlenable. Si âvopst.oTà7r, ;jLr,Tpw{wv est clair, à.voov.o-y.-zr^ àxaXT,cpwv forme la plus incohérente des métaphores et ne saurait se traduire en aucune langue. En second lieu,
(1) Ddpnosopk., 1. III, p. yO c.
(2) Hist. AniinaL, IV, 6, et VIII, 1, 'â.
le sens de « monté en graine » prêté à [jLYi'rpiôt.oç répugne à toutes les règles de la dérivation. En supposant même que p.riTpa puisse désigner l'ovaire d'une plante, jamais |j.riTpLO!.oç ne pourra signifier « portant de la graine », car je défie qu'on cite un adjectif où le suffixe loioç joue le rôle qu'on prétend lui attribuer. Mais la supposition est gratuite : précisément en parlant d'une plante, ce n'est pas ici le lieu d'expliquer pourquoi, p/Zj-rpa veut dire moelle et non ovaire. Tout cela paraît d'une telle évidence qu'on conçoit à peine que tant d'hellénistes sérieux aient pu se prendre au radotage du seholiaste.
602 ATI! Aa[j£ -rauTl xal T-recpâvwo-a'.. FIN. A Kal Ta'JTao-l Beça!, TcapÈp-oG.
rYN B Kai. TO'JTOvyl Aa[jk tov UTS'^avov.
Passage imparfaitement compris.
On a vu plus haut le probule affublé par Lysistrata d'un voile de tête et d'une corbeille à laine {vv. 531-555). Ici le jeu de scène est absolument différent. D'abord parce que le poète est trop riche d'invention pour qu'on le soupçonne de se répéter sans agrément ni sel; en second lieu, parce que les situations n'ont entre elles aucune analogie : tout à l'heure les femmes s'amusaient du magistrat, maintenant elles ne songent plus qu'à s'en débarrasser.
Jl est vrai que l'analogie dont il n'y a pas trace dans le texte, un éditeur allemand, Enger, s'est appliqué à la rétablir, en vertu de ce qu'il lui plaît d'appeler l'accord strophique. Pour que cet accord existe, il ne s'en faut.
paraît-il, que de trois mètres anapestiques, ce qui n'est guère. Il suflira donc, dans la première scène, de couper en trois la tirade de Lysistrata, et de glisser entre l'offre du voile et celle de la corbeille : 1° un bout de phrase complétif; 2" quelque chose dans ce goùt-ci : une femme : Reçois de moi cette ceinture, ou bien cette laine brute (Enger vous laisse le choix), ou encore ce fuseau (conjecture de M. van Leeuwen). Avouez que c'est d'une simplicité touchante; de plus, voilà de la besogne toute taillée pour de futurs éditeurs, qui en seront ravis (vous savez, les conjectures des autres!). Il y en aura qui, plus positifs, préféreront la quenouille au fuseau; d'autres, n'en doutez pas, opineront pour une crocote, un encycle, un strophion, peut-être un parasol, que sais-je encore? Sur quoi tout cela se fonde, je laisse à de plus habiles que moi de l'expliquer. En tous cas il vaudrait la peine de préciser une bonne fois ce qu'il faut entendre par un morceau strophique. Tout ce qu'il m'a été donné de saisir, c'est qu'avec celte faculté laissée à chacun de composer des vers pour le compte d'Aristophane ou de Sophocle, il dépendra du premier cuistre venu, sachant sa prosodie et sa grammaire, de tourner en strophe et antistrophe n'importe quelle scène du théâtre grec. Dites-moi, si vous le voyez, ce que le théâtre grec y gagnera.
Revenons à nos moutons. Les femmes sont donc décidées à en finir avec le probule et le prétexte est tout trouvé. Puisqu'il n'est plus en état de s'acquitter du devoir conjugal, oÙY.i-'. cr-js-a'. ojvaTÔ;, il n'a plus qu'à mourir. L'heure est venue, le cercueil sera prêt à temps, ainsi que le gâteau à offrir à Cerbère. 11 ne reste qu'à lui
rendre les derniers devoirs, et heureusement nous savons en quoi ces devoirs consistent. Avant de procéder à la toilette du mort (tel est au fond le sens de xal a-xecpâvwo-at,), on commencera, c'est le point essentiel, par le laver. Lysislrata s'en charge : « Reçois de moi ces ahlutions, dit-elle, et fais-toi couronner » ; et en même temps elle lui vide sur la tête un des pots à l'eau déposés dans l'orchestre par les femmes du chœur. Tajri sont, à n'en pas douter, les louroà. zol Tz^^q-cuTa d'Euripide, les \o'j-pà. oo-'.a de Sophocle (i). — « Et ces bandelettes, accepte-les de moi, » reprend une autre, en le coifl'ant également d'un seau d'eau. TajTac7L, sous-entendez -b.ç Ta'.via;, comme le veut le scholiaste (2). — « Oui, et cette couronne, prends-la, » ajoute une troisième conjurée, toujours avec le même geste. Et voilà le probule accommodé de telle sorte qu'il n'a plus qu'à se retirer.
Je ferai observer, sans attacher plus de poids qu'il ne convient à cet argument, que telle est aussi l'interprétation du scholiaste. Quand excédé d'avanies le magistrat déclare en partant : « Je vais de ce pas me montrer aux probules dans l'état où je suis », le scholiaste explique w; ï^hi par TisJ'ipsvLi.ivov, c'est-à-dire « tout trempé ».
(1) Euripide, Héc. 611, Oresle, 367, Electre, 157; Sophocle, Ajax, 140o. Voir aussi Lucien, de Luctu, 11.
(2) Cf. Ecdés., 1032.
633 'Ayopâaw t'sv zoÎç ôttào'.ç kc,T^ç 'Ap'.aToysiTov,,
~r\ç 6eor<; lyGpâç Traxi^a!, Tf,<ySe ypaôç — >iV yvâOov.
Quelques mots d'abord sur la valeur exacte de chacune des expressions.
Le verbe àycpâJ^et.v signifie à la fois, suivant les cas, vendre, acheter, trafiquer, ou, particulièrement en attique, (syoXà^ziv £v xrj dyopà, pour dire comme Xénophon, hanter fagora, perdre son temps sur l'agora, et simplement flâner, badauder. C'est le sens qu'il a ici, et de même au vers 556 (1), où la délinition suit presque immédiatement : irept.Épyea'Oa!, xaxà Tr,v âyopàv.
(l) Je ne m'explique pas pourquoi M. van Leeuwen s'est fait une loi de traduire partout àyopà^siv par mercari ou nundinari, malgré tant d'exemples contraires cités dans les lexiques, malgré Mœris : àyopâ^siv, ol 'Axt'.xoî • sv àyopa o<.%zp'.^jZ'.^j, "EXXyive;, malgré le scholiaste d'Aristophane, qui ne perd pas une occasion d'insister sur ce sens « essentiellement attique » de ev àyopa q:%zo<S^i<m (sur Ach. 623 et 720, Cav. 1373, Lys. oo6 et 633). C'est ainsi que l'éminent philologue s'est trouvé amené à déclarer corrompu le v. 1373 des Cavaliers, alors qu'il n'en est pas de plus clair dans toute la pièce. Quand Thucydide (VI, 51) nous montre les soldats d'Alcibiade forçant les portes de Catane et se répandant dans la cité, est-ce que par hasard il conviendrait de traduire ïizk^rrm:, Tjyo'paCov sç xt\^ tto'X'.v par « ils avaient pénétré en ville pour faire leur marché »?
Cette diversité et, si j'ose dire, cette élasticité des acceptions enfermées dans àyopâî^siv ne doit pas nous surprendre. 11 en va de même de tous les verbes en a^oj et i^w, et c'est une des richesses du grec. Il importe de lire Ik-dessus la précieuse note de Lobeck sur le Y. 268 de VAjax.
'E;-^; 'Ap'.TToysÎTov!. (non "ApiTToyeiTovoç, proposé par M. Blaytles et qui fausse le sens) veut dire à l'exemple d'Aristogiton, « unserm Arislogeiton gleich », coname traduit Droysen. Lisez le récit de Thucydide (VI, 54 et ss.), vous saisirez l'allusion. Du temps d'Hippias, les citoyens ne pouvaient sans éveiller de soupçon se rassembler en armes dans les rues, si ce n'est à la fête des Panathénées; encore n'assislaient-ils au cortège qu'en tenue de parade, avec le bouclier et la lance, mais sans épée ni poignard. C'est de quoi Aristogiton n'avait point tenu compte, et l'on conçoit que la légende populaire lui en ait su gré.
Je ne sais qui le premier a imaginé cette énormité de rendre C)Zz étt/.çw -ap'aÙTov par slalua in honorem mei ponetur. Où prend-on que TTY.o-a-. T-.va puisse signifier dresser une statue à quelqu'un, et conséquemment ïn-fi/.vrj.'. se voir dresser une statue? Cela n'est pas plus grec que ériger quelqu'un ou être crigé n'est français. Ne voit-on pas qu'un déterminatif est indispensable, MÔivoç, ya\y,o\ji;, '/zj70'Ji, comme dans les exemples cités par M. Blaydes, 7C'jpY,AaTo;, comme dans Platon, etc.? D'ailleurs les exemples, fussent-ils probants, n'ont rien à voir ici. Quel homme, je ne dis pas de goût, mais de bon sens admettra que pour un coup de poing administré à une vieille femme, un simple coryphée, personnage toujours effacé et sans individualité, n'ayant mission de parler qu'au nom du chœur, se croie l'émule d'Aristogiton et réclame une statue à côté de celle du libérateur d'Athènes? Pareil trait ne serait pas du tout comique, ni même bouffon, il serait pitoyablement ridicule, pemd«cM/um, le mot est de M. van Leeuwen, et je ne lui fais pas dire. Or Aristophane est parfois exubérant dans ses plaisanteries, et même outré, mais jamais ridicule.
L'expression aûtô yap ^xo: yiyyô-ai est correcte, quoi qu'en dise M. Blaydes. Car ce savant, pour qui la grammaire n'a pas de secrets, et qui peut se flatter d'avoir découvert une faute de langue, sinon deux, par vers d'Aristophane, nous certifie avec une tranquille assurance que, bien qu'admis par tous les éditeurs, y.ù-ô ne saurait offrir de sens. Oserai-je, après cela, insinuer qu'ajTo pourrait bien être mis pour aù-o to'jto, ceci tout juste, précisément ceci, et m'appuyer d'un passage tout pareil de la Paix (v. 4248) :
a'JTO <70', Y£V'/,a£Ta',
« cela te fera tout juste de quoi peser à la campagne les figues pour les serviteurs (1) »? Traduisons donc :
Mais elles ne me commanderont pas, vu que je serai sur mes gardes, et porterai désormais mon glaive dans un rameau de myrte; je hanterai l'agora tout armé, à l'exemple d'Aristogiton, et me planterai ainsi près de lui (U lève haut le poing). Car justement l'occasion s'offre à moi de paumer la mâchoire de cette vieille haïe des dieux.
J'ai hâte d'en finir avec ces discussions : trois pages
(1) J'ai par devers moi bien d'autres exemples, sans compter ceux qui se lisent dans les grammaires. Ainsi, dans les Mémorables de Xénophon, comparez oC aùxô -uouto (III, 12, 2) avec aÙTÔ ot 'ô'-îp (III, 10, 14, et les notes de Kuhner), ou cette phrase de la Cyropédie : xoûxo [jLovov opav 7ràv-a<; xt^j TrpoaOsv sTieaôa'. (II, 2, 8), avec ce vers d'Agathon {Frag. Trag., p. 58, éd. Didot] :
aovoo yàp aùxoD y.où 6èo<; axîpîaxîxai àyî'vTixa TroteTv àW av t, 7r£7rpaY[j.£va.
pour expliquer trois vers, on conviendra que c'est beaucoup. Je n'écris pas un commentaire perpétuel, et me limite de parti pris aux seuls passages qui me semblent mal entendus ou corrigés à tort par la généralité des éditeurs. S'il fallait m'arrêler à toutes les fantaisies individuelles, aux corrections vaines, aux conjectures prodiguées sans choix, aux bizarreries d'interprétation, je n'en serais pas quitte à moins d'un volume par comédie. Mais les remarques qui précèdent étaient nécessaires pour fixer le sens et je ne pouvais les esquiver. J'arrive maintenant au véritable objet de cette note, qui est d'attirer l'attention sur un point spéciald'archéologie.
On connaît l'histoire des statues d'Harmodios et d'Aristogiton, qui faisaient le plus précieux, sinon le plus bel ornement de l'Agora. Érigées peu de temps après la chute des Pisistratides (510), elles avaient été enlevées par Xerxès, en 480, lors de la prise d'Athènes, et transportées comme trophées à licbatane. Deux siècles plus lard, Antiochus, fils de Séleucus, les restitua aux Athéniens. Mais dans l'intervalle entre l'invasion médique et le règne des Séleucides, on les avait remplacées par deux nouvelles statues, celles qu'Aristophane avait sous les yeux. Les artistes (ils étaient deux) chargés de ce soin avaient-ils fait œuvre originale ou s'étaient-ils bornés à de simples copies? On l'ignore. Mais, étant donnée la vénération presque religieuse dont les lyrannicides étaient l'objet, il est sur qu'ils se seraient fait scrupule de modifier les altitudes consacrées par la tradition.
Une réplique de ces statues se trouve au Musée de Naples. Les meurtriers d'Hipparque ont tous deux l'épée à la main. L'un, la jambe gauche en avant, l'épaule effacée, le poignet près de la cuisse, s'apprête à frapper
d'estoc. L'autre, droit sur ses pieds, le bras plié au-dessus de la tête, se met en devoir de frapper de taille. Lequel des deux est Harmodios, et lequel Aristogiton?
Dans la réplique de Naples, la tête d'un des héros, celui qui porte la garde basse, a été rapportée; elle est d'un style beaucoup plus récent et rappelle l'école de Lysippe. Mais sur deux des monuments librement imités de l'œuvre originale, cette même figure a de la barbe (1). On en a conclu qu'elle représente l'aîné, à savoir Aristogiton.
Selon moi, ce détail ne prouve pas grand'chose. Harmodios, au dire de Thucydide, était dans la fleur de l'adolescence, ce qui n'implique pas qu'il fût imberbe. Prenons, pour nous en tenir à un exemple, le début du Protagoras. Socrate y est agréablement raillé à cause de l'amitié amoureuse qu'il porte au jeune Alcibiade. Le dialogue étant censé se passer avant la mort de Périclès, il en résulte qu'Alcibiade devait avoir à peu près l'âge d'Harmodios. Or Alcibiade aussi porte la barbe (-wycovoç ■fiù/] !j7ioTc'.|j.-).â[j.£vo;), ce qui, est-il dit, lui donne déjà l'air d'un homme, mais ne nuit nullement à sa beauté.
L'absence de barbe chez l'autre des héros n'est pas plus concluante. S'il paraît établi, comme nous l'avons dit ci-dessus, qu'en général les Athéniens contemporains d'Aristophane ne se rasaient pas, nous ignorons comment les choses se passaient avant les guerres médiques. Depuis
(1) Relief décorant un siège de marbre trouvé à Athènes (aujourd'hui à Broom-Hall, en Angleterre), reproduit dans VHistoire de la sculpture grecque, de M. CoUignon, t. I, p. 369. Peinture sur un stamnos de Wurzbourg, repr. dans Duruy, Hist. des Grecs, t. I, p. 4o2.
lors, d'après Thucydide lui-même, de grands changemenls s'étaient produits dans le costume et la toilette. Bon nombre de bustes et de statues d'hommes faits, datant à peu près des Pisistralides, entre autres la plupart de celles du fronton d'Égine (entre 480 et 470), n'ont trace ni de barbe ni de moustache. Il est certain que le premier auteur du groupe des Tyrannicides n'a pas travaillé suivant sa fantaisie; il a dû représenter ses héros comme il les avait connus lui-même, ou comme les lui dépeignaient ceux qui les avaient connus. Au surplus, si Aristogiton était l'aîné, rien dans le récit de Thucydide ne donne à entendre que la différence d'âge fût notable.
Quoi qu'il en soit, je crois qu'il y a lieu de reviser l'opinion consacrée, et qu'on ne risque pas de se tromper en atBrmant, d'après Aristophane, qu'Aristogiton est celui qui tient l'épée haute. On objectera que sur un fragment de vase trouvé récemment en Sicile, et qui paraît bien se rapporter au meurtre d'Hipparque, le bras levé appartiendrait selon l'inscription à Harmodios (1). Mais ce fragment peut-il faire foi? 11 est trop exigu et trop détérioré pour qu'on puisse lui assigner une date. Mais quand il serait démontré qu'il remonte à l'époque de Périclès, ce serait simplement pour nous le cas de choisir entre l'autorité du peintre céramiste et celle d'Aristophane, et je ne crois pas que le choix fasse un pli.
Le texte du comique est trop précis et trop formel pour qu'on puisse s'y méprendre. « Je me planterai près de lui, dit le coryphée, dans la posture que voici (w5e) »,
(1) Atti délia R. Accademia dei Lincei, 1900, p. 276, art. de P. Orsi. Voir aussi Mitteil. des Archœolog. Instituts, Rom., 1901, pp. 97-108, art. de E. Petersen.
posture facile à déterminer, vu qu'il ajoute : « Car je suis tout juste dans le cas de paumer la mâchoire de cette vieille. » On ne donne pas du poing dans le visage de quelqu'un sans lever le bras. Tel est donc le geste d'Aristogiton, puisque tel est le geste du coryphée qui se pique de l'imiter. Jl est de la dernière évidence que ce dernier n'aurait pas même eu l'idée de cette pose s'il s'était figuré debout à côté de la statue d'Harmodios.
Voilà donc, au moins dans mon opinion, un problème d'archéologie éclairci, grâce à Aristophane. Je ne dirai pas qu'il soit de grande conséquence, mais on s'est donné parfois bien du mal pour en résoudre de moins importants.
99o 'Opcà Aax£ôa{jji.wv Tiàa xal toI uù^xcuyoi
iTiavTeç ÈcytuxavT'.* DcVAâvaç ok 8sC.
Je n'hésiterais pas de lire, avec Boissonade, y-r^xoLv-i, ou plutôt és-Tâxav":!,, au lieu de eo-ruxav-!,. Il faut tenir compte de la pruderie de langage de l'envoyé de Sparte; de plus, il répugne de voir celui-ci se servir sans la moindre nécessité du mot dont il vient précisément de se choquer (v. 990).
D'autre part la locution ôp^ç, ['crao-fla', est des plus fréquentes (1). Ici ÔQ^y. se rapporte à la fois aux deux sujets, en vertu d'un idiotisme bien connu, car il remonte jusqu'à Homère : af'el yàp -zoi è'p'.ç ts aCk-r[ TzôXtiioi ~£ p-â'^ai. -ze (2).
(1) Hérod. V, 111; opôôi; laxïixtoç, Plat. Men. 93d; laxwc; opOo;, Loix, II, 665e; opôôii; Isxâvat, Arist. Part. Anim., IV, 10, So, et passim.
(2) Iliade, I, v. 177.
En français l'ellipse serait tout aussi hardie, mais porterait sur le verbe : « Tout Lacédénione est debout, et debout tous nos alliés. »
Quant à IleWâvaç oz ôeC, je ne vois aucune raison pour le déclarer suspect, Pellène était une bourgade d'Achaïe où l'on fabriquait d'amples manteaux de laine, dits pelléniques (1). De là ce dicton, auquel il est également fait allusion au vers 1421 des Oiseaux ; car, à prendre le texte dans sa suite, on voit que ce dernier vers pourrait être rédigé de la sorte : où Ti-epwv, Il£A).Tivr,ç ok oer. Le héraut veut donner à entendre que le mal dont ses concitoyens sont frappés a pris de telles proportions que la chlamyde laconienne ne sullil plus à le dissimuler (v. 987). Il leur faut des pelléniques.
Kàv tzot" £''pTiVTi çav/j, ô(7Tt,ç av vuvl Savcio"/-)- Tat, 7rap'rjp.wv, 10o8 av ).âj37) ut\y.i'z' dTzooîù .
La conjecture de Bentley, av pour av, est indigne de ce grand critique, et l'on ne s'explique guère qu'elle ait trouvé crédit auprès des éditeurs. D'après cette leçon, le chœur serait censé dire : « Si tel a besoin d'argent, nous avons de quoi prêter. Et vienne un jour la paix, quiconque nous aura emprunté ne rendra rien de ce qu'il aura reçu. » C'est d'une naïveté par trop risible. Car
(1) Stuabon, Vlll, 3.
enfin, cette guerre dont on se plaint, il faudra bien qu'elle cesse un jour, et, la paix faite, qui sera dupé? Ce sera le prêteur.
Le chœur n'est pas si sot que cela, bien au contraire; lisez la strophe en entier et l'anlistrophe, vous verrez qu'il s'amuse et se moque. Sa générosité n'est qu'un leurre. Il promet beaucoup sans tenir. Car chaque promesse est suivie d'une restriction qui en annule l'effet. ce J'invite tout le monde à dîner, la chère sera bonne, mais la porte sera close (v. 1071 ). Souhaitez-vous vêtements et bijoux? Venez les chercher, mais vous ne trouverez rien (v. 1202). Êtes- vous à court de vivres? Accourez chez moi avec sacs et besaces, mais gare au chien (v. 1215). )^ Ainsi ce qu'une main donne, l'autre le retire, et chaque clausule est une attrape.
Il en est de même pour le vers cité ci-dessus. La leçon des manuscrits donne un sens irréprochable (1), et c'est pitié que de voir tout ce qu'on a fait depuis Bentley pour la défigurer. Aa^isîTv est pris absolument, ce qui n'est pas rare, et de même d-oZ'.o6yy.i (2). « Quiconque aujour-
(1) Il y a deux manières de lire ce vers : ou d'après le Ravennas, en supprimant une syllabe : av ÀâSr, p.)] à-ootoûTco; ou, mieux, avec le ms. de Paris et le scholiaste : iv Xi^Sri [Ltiy.éz' à-oofjj. Pour la satisfaction de ceux qui aiment les conjectures, j'en ajouterai une troisième : ï^v Xâ3Ti [jltioèv àTioow, laquelle m'est suggérée par le vers cité ci-dessus ; il n'est besoin d'être né malin pour avoir trouvé cela. Mais il n'y a rien à changer : [).-t]y.i-: vividius diclum quam \xr^, comme dit G. Hermann sur Pind. 01., I, 5 (aussi 104, Soph. Elect., 1223, 1474, et cent fois ailleurs).
(2) Pour Xa^SsTv, cf. Guêpes, 786, Ecdés., 778, Ploutos, 1009. Pour à-TcoSioovai, cf. ^uées, 1246, Guêpes, 1348, Ploutos, 1031.
d'hui viendra nous emprunter, s'il a reçu, qu'il ne rende point. » Le tour est à la fois concis et piquant et porte la marque d'Aristophane, Que si vous trouvez qu'il n'est pas assez clair, que direz-vous de ce monostique de -Ménandre :
Xajjwv d-6ooq, àvOpw-£, xal )vTi'i>rj -â),',v (1),
OU de ce vers-ci, que nous empruntons à un autre comique :
è oè Xy.u.py.yz'. [;.kv, àTrooi^wTt, o'oûok ev (2)?
N'est-ce pas la même pensée, rendue dans les mêmes termes, ici en forme de précepte ou d'aphorisme, là par manière d'hypothèse?
"Av est mis pour sàv; c'est la forme ordinaire dans Platon et dans Xénophon. Les grammairiens prétendent, il est vrai, qu'elle est étrangère à l'ancienne comédie, mais j'avoue que ces sortes d'assertions me laissent assez sceptique. En quelle année finit l'ancienne comédie et commence la moyenne? Nous dira-t-on aussi, pour nous borner à un exemple, à quelle date exacte on a commencé d'écrire en français,/'ai;a<s pour /ayoïs/' Mettons d'ailleurs que la remarque soit fondée, on en sera quitte pour substituer y,v à àv, comme on l'a fait en quantité d'endroits, par exemple Lysist., v. 901-902, Oiseaux, v, 55, et Thesmoph., v, 151.
(1) Fragm. Corn, grœc, t IV, p. 349.
(2) Ibid., t. IV, p. 691.
1108 Aer o-f\ v'jvi o-e yevso-Qaî.
oetvTiV, âyaO-fiV, (paO).Y|v, asy-VTiV, dyœ/r^v, 7ïo)vû-£t,pov.
Il manque un pied au vers, évidemment le second, à savoir un qualificatif mis en contraste avec osivt.v, car nous sommes en présence d'une triple antithèse, àyaB/iV étant opposé à çpaJÀT.v dans le sens où les dyaOoi le sont aux çaùXou L'adjectif -oA'J-£!,pov, « riche d'expérience », résume le tout.
Le mot qui manque me semble facile à suppléer. Lisez : oslvtiv, [;)^pri(7T->iv,]âya9T,v.-- ^<^ C'est le moment de te montrer redoutable et facile, distinguée et vulgaire, sévère et douce. »
XpTiOTÔç, pris dans son acception première (yp-/,'3-'.[ji.o<;), équivaut à euxo).o<;. Ce dernier mot qui, quoique dactyle, pourrait à la rigueur entrer dans le vers, serait parfait, s'il ne rompait ce que les grammairiens appellent la paréchèse ou assonance. De plus, on comprend mieux que ypr,a-TTiV ait disparu du texte devant âyaOr,v, le copiste l'ayant considéré comme formant tautologie.
La scène delà réconciliation (vv. 1112-1188).
La scène qui voit s'accomplir la réconciliation entre les Athéniens et les Spartiates forme la situation essentielle de la pièce. C'est le moment de l'action vers lequel tout converge et pour lequel tout l'ouvrage a été fait.
Lysistrata a pris sur elle d'accommoder les choses. Mais, malgré l'autorité qu'on lui reconnaît, elle se voit à maintes reprises couper la parole. C'est sur le sens et la
portée de ces interruptions que je voudrais attirer l'attention du lecteur.
Une observation générale est à faire d'abord. Chacun a pu constater avec quel art consommé Aristophane, quand il raisonne sur des matières sérieuses, ou même dans les passages où il se montre l'émule des grands lyriques (chœur des Nuées, chœur des initiés dans les Grenouilles, etc.), sait toujours s'arrêter à temps, pour ne point détonner. Lui qui reproche à Euripide ses harangues judiciaires (1) n'a garde de tomber dans le même travers, et il eût été capable de dire avant La Fontaine :
Je hais les pièces d'éloquence hors de leur place et qui n'ont pas de fin.
Or les conseils et remontrances de Lysistrata risquaient fort de dégénérer en une harangue politique à débiter, non sur la scène, mais au Pnyx. Cette considération suffit à justifier des interruptions destinées à maintenir le morceau dans le cadre de la comédie.
Mais il en est une autre, plus grave que celle des convenances scéniques. Avant tout il convenait de ménager la flbre patriotique chez un public ombrageux sur ce point et prompt à se cabrer. Faire appel en pleine guerre au sentiment de la confraternité, tenir la balance égale entre des ennemis exaspérés, en montrant que les torts étaient réciproques, songe-t-on combien la tâche était délicate? Le moyen de désarmer les gens est connu, c'est de les faire rire. Mais dans la circonstance il s'agissait de les faire rire aux dépens de ceux-mêmes
(1) Paix, V. 534.
dont on plaidait la cause, et c'est ainsi que le poète s'est trouvé amené, nous allons essayer de le faire voir, à prêter aux Lacédémoniens ce que, faute d'un mot plus expressif, j'appellerai des mœurs de caserne.
1/imputation n'était pas nouvelle, le vocabulaire même en témoigne. Le verbe Xax(ov{J^st.v était synonyme de -olz, ~y.io:xo~.ç ypridOa'. (Hésychius et Photius); Xaxwv.xôv tûÔ-ov était une expression courante pour désigner le même vice (Suidas). Était-elle fondée? Sans aucun doute, mais les Athéniens ne laissaient pas de la mériter euxmêmes (1); on ne serait pas en peine de le prouver par le propre témoignage d'Aristophane (2). Dans la bouche d'un Grec, elle avait d'ailleurs moins de gravité qu'on ne serait tenté de le supposer, étant de celles qui rendaient un homme plus ridicule qu'odieux.
Quoi qu'il en soit, c'est là-dessus que le poète compte pour faire passer la scène. Cette intention on l'entrevoit déjà plus haut, quand les Athéniens, en veine de raccommodement, se sont avisés de dire : « Que n'appelonsnous Lysistrata? » — « Bien, par les Dioscures, répondent les Spartiates, et même Lysistratos, si vous voulez (v. 1105). »
Lysistrata accourt d'elle-même et se met en devoir de
(1) La différence était pourtant appréciable. La dépravation était poussée si loin chez les Spartiates, qu'il est des détails qu'on hésite à transcrire, celui-ci par exemple, que nous donnerons en grec : riapà S-rrapt'.atatc;, wç "Ayvcov cfTjat, Trpo xûiv yâii-wv zoiç Tiapôévot; (h:, TTaw'.xotç vo'fAo? Effxlv 6[j.iXtvj (Athénée, XIII, p. 602 d). Si dissolues que fussent les mœurs à Athènes, la loi du moins ne mettait pas le vice à couvert.
(2) Entre autres Nuées, v. 1098.
prêcher la concorde, après avoir appelé à son aide la Conciliation, qui descend du ciel toute nue. Le porteparole des Laconiens, dès la première interruption, dévoile le fond de sa pensée : 'Aoixio^ueç, dit-il en reluquant la Conciliation, d\X b TrpwxToç àcpaxo; w; xaAô; (v. 1148). Et pour bien montrer le contraste, l'Athénien s'écrie à son tour : 'Evw oï xùdSov y'(ô'-o)Ka) oûoiitco xaÀÀîova (v. 1158).
Voilà qui est net, et le public sait d'emblée à quoi s'en tenir. Le reste de la scène roulera sur la même antithèse. « Que ne faites-vous la paix, demande Lysistrata : voyons, qui vous relient? » Et le Lacédémonien de répondre : « Nous voulons bien, pourvu qu'on nous rende l'encycle. » Il est clair que ce dernier mot est détourné de son acception ordinaire. L'adjectif è'yxjxloç répond à rotundus. Que le neutre àyxjxXov puisse signifier 7(:ept.,joXr|, mur d'enceinte, ceinture de murailles, ici boulevard, je n'en disconviens pas, mais tenez pour acquis, encore que je ne sois pas en mesure d'en citer des exemples, que dans le langage courant zb è'yxjxXov était un synonyme de ■}] -rroy/i (1).
Lysistrata, qui ne songe pas à cela, ne comprend guère. « Qu'entends-tu par là? » demande-t-elle (remarquez Tcowv, sans l'article; -zb tzoio^ voudrait dire lequel?). — « Pylos, répond l'autre, que depuis longtemps nous convoitons et patinons, »
aTTiep -âXai osojjieBa xal [jX'.fxâooousç (v. 1164).
A noter le choix des mots : oercrGat, s'entend de soi ;
(1) '0 Opiyxo'ç, si mal à propos corrigé par M. Blaydes au v. 60 des
Thesmophories, n'est autre chose qu'un équivalent de tô l'yx'jxXov,
pXifxàÇsiv est parfaitement défini par le scholiaste des Oiseaux (v. 530) : xup{w; -o toù ÙTtoyaff-p (o'j xal -zoù TT-rfio'jç à-Tso-Qai.. J'ajouterai, pour plus de clarté, que Lucien parlant d'un misérable adonné aux mêmes pratiques que les Spartiates, nous le dépeint âva'^>.wvTa xal pX'.fjiâJ^ovra (1).
Les Athéniens, eux, expriment des vœux plus naturels. «Qu'on nous rende Echinos, le golfe Maliaque et les longs murs de Mégare, »
TîpwTioTa tÔv 'E^!.vo'JVTa xal tov Mr^Xiâ xôXtcov xèv OTtidOev xal xà Meyapixà (7y.i\-ri.
Pourquoi ces trois localités-là? Car en vérité ils avaient bien autre chose à réclamer, et d'abord, et avant tout, Décélie qui leur était comme une épine au pied, Paulmier n'a pas manqué d'en faire la remarque. Aussi gardons-nous de croire qu'Aristophane ait songé un instant à jeter les bases d'un traité, et bien candides me paraissent les interprèles qui là-dessus se sont rais à piocher Thucydide et Diodore. Echinos, le golfe Maliaque et Mégare, le poète s'en souciait comme d'une pomme. Ce qu'il a voulu marquer, c'est la différence des appétits et que, pour n'être pas plus modérées peut-être, les prétentions des Athéniens sont au moins avouables. Echinos signifie hérisson, et l'on me dispensera d'insister sur le sens métaphorique en grec aussi bien qu'en français; xôX-o; c'est sinus, et -y. pir^Xa, en termes de
(1) Lexipfiane, 12.
comédie, signifie mamillœ (1). Quant à la troisième place, on constatera que l'Athénien réclame, non Mégare, ni même les !j.axpà -dyj^, mais tout uniment zy. ny.iKr^, les jambes. Or les « jambes )> de Mégare n'existaient plus : elles avaient été rasées dès 4i24 (:2j et ne furent rétablies que par Phocion. L'intention est donc d'autant plus évidente, et la réponse de Lysislrata, si maladroitement corrigée par Bentley, vient encore la souligner.
Lysistrata coupe court aux contestations, et voilà tout le monde d'accord. « Maintenant, dit l'Athénien, je veux dépouiller mes vêtements et labourer tout nu. » Un tel souhait chez des gens qui n'aspirent qu'à retourner aux champs est tout à fait en situation. Mais veuillez bien peser la réplique du Spartiate, comprise de si étrange façon parles interprètes. Le verbe yewpyerv, quoique plus précis encore en grec que labourer en français, avait reçu de l'usage une grande extension de sens (3). Le Lacédémonien feint de l'entendre dans celui du « labour qui sème et féconde en vue de la procréation des enfants» (4).
(1) Ta jj.TjXa signifie aussi les joues. A cause de Tépithète tov oTriffOev, je serais tenté, je l'avoue, de soupçonner que le Mt^Xic-j? xoÀ-o: se rapporte à d'autres joues que celles qu'on supposerait d'abord. 3Iais il faudrait qu'un texte vint à l'appui de cette interprétation.
(2) Thucydide, IV, 109.
(3) Cf. ffTTEÎpEiv TÉxvwv àXoxa, Eur. Plién., 18; aTisîpsiv àpoypav, Esch. Sept. c. Th., 7o3; à'pouv, Soph. OEd. R., 1485 et 1497; cputeÛE-.v, etc. Maxime de Tyr use de la même inétapLore quand il dit : Tpé<l>o\ £7:1 TTjv yecopyiav toô; dtpOaXijLoûî, Dissert. 26, siib fin.
(4) Plutarque, Conjug. prœcepta, 42.
Que les Athéniens labourent, soit, lui aspire à d'autres satisfactions :
éyw 5e xoTTpaywyTiv ya ■rcpà), val tw aiw.
KoTrpaywyerv n'est pas, comme on l'a cru, un équivalent de xoTzpi^£iv, y,6-^ov T-^ yrj irapé^st.v (1), ni même de xoTToo^poperv. L'adjectif âywyôç a ici le sens de educendi vim habens. L'Jopaywyta est un canal pour l'eau, auquel est préposé l'Oopaywyô;. Faites l'application, et vous verrez, sans même qu'il faille recourir au vers M de la Paix, que dans le langage populaire ou populacier le xoTtpaywyoç désigne le xa-:a-uyojv. Dans notre passage, xoTcpaywysw esl donc mis pour y.y.zo-uyiÇevr, et le poète, pour lever tout doute, ajoute l'adverbe ripw, dans le sens de Toùç opOpouç, ainsi qu'il l'a fait aux vers 966 et 1089 {^).
Ceux qui ont donné à ce verbe la signification de fumer la terre n'ont pas pris garde que le langage qu'ils prêtent aux Lacédémoniens est en contradiction avec toutes les données de l'histoire. Qu'esl-co qu'un Spartiate pouvait avoir de commun avec le fumier? Sparte était un camp. Le travail de la terre, regardé comme indigne d'un homme libre, était interdit aux citoyens et dévolu aux seuls hilotes (5). Le mot doit donc être entendu figuré-
(1) Xénophon, Économ., 16, 12.
(2) Le Ravennas porte Tipcoxa, qui pèche contre le mètre. La correction est de Biset, et c'est une des plus sûres qu'on ait jamais faites sur Aristophane. Car le mol est indispensable, tant pis pour Elmsley s'il ne l'a pas compris. Dans les Oiseaux, au v. 129, le copiste a également confondu irpcoT et Trpwî.
(3) Pour l'interdiction faite aux Spartiates de s'occuper d'agriculture, bornons-nous à citer Ps. -Xénophon, Républ. Lacéd., 7, et Aristote, Polit., II, 7 : yz(jip-fo~j(ji ts yip xoT; (xèv [STrapTiixaiç] e'iXioTe;, toTç 8è KpTjdlv o'i Trepîotxot.
ment, et dès lors la signification n'en peut être douteuse. Tout cela est fort malpropre, j'en conviens, mais ce n'est pas une raison de ne point l'expliquer. La comédie grecque avait ses mœurs, que nous avons quelque peine à comprendre. Sachons gré en tous cas au poète de son intention, qui est très haute. 11 a usé du seul moyen qu'il avait de se faire écouter. Lysistrata est d'un bout à l'autre une priapée; mais cette priapée n'est pas seulement un chef-d'œuvre d'esprit et de verve, elle est avant tout un monument de patriotisme et de bon sens.
"Etti. 7cap'£|ji.o'J XajBerv TtupW'.a AeTità p-kv, 1209 b o'àpToç àrcb yoivt.xoç ^oeîv |jiâ"Aa veaviaç.
« On peut se procurer chez moi un tantel de fromenl, mais mon pain d'une chenice a l'air un peu bien frais. » "Aproç veavtaç, comme on dit yspwv oho^. L'adjectif veavîa; a donc ici le sens de veapô; ou veaV/jÇ. Le confondre avec vsavuo;, comme on le fait d'ordinaire, et le traduire par énorme, est insoutenable. La chenice, valant un peu plus d'un litre, marquait une mesure de farine très petite. Deux chenices d'orge formaient la ration journalière d'un soldat (1); et Xénophon parle quelque part d'un Arcadien, fort mangeur, il est vrai, qui consommait en un repas, outre sa part de viande, un pain de trois chenices, -pijoiv<.y.ov ap-ov (2). Comment donc un
(1) Thucydide, IV, 16.
(2) Anabase, VII, 3, 23.
pain d'un litre peut-il être dit énorme? De plus, car ce n'est pas tout, le moyen de se figurer un pain de celte taille excédant en volume tout autre pain d'un litre?
La scène du Flâneur (vv. 121(1-1245).
Le scholiaste entre dans peu de détails sur la scène comprise entre les vers 4216 et 1245, mais on voit qu'à ses yeux elle forme une sorte d'intermède burlesque, uniquement imaginé pour l'ébaudissement des spectateurs, à qui même les acteurs sont censés s'adresser directement (vv. 1217 et 1221). Adoptant ce point de vue, M. de Wilamowitz a proposé du dénouement de la pièce une interprétation complète (1), qu'à cause de la juste notoriété qui s'attache au nom de l'auteur, il convient d'examiner.
L'éminent critique suppose qu'un Athénien ivre et porteur d'une torche sort du banquet pour s'en retourner chez lui (v. 1216). Trouvant la route barrée par une foule d'esclaves attendant leurs maîtres, il essaie de les écarter avec sa torche. Les esclaves résistent, et une mêlée s'ensuit (le public le voulant ainsi), où ils ont le dessous et sont forcés de fuir. Puis un Laconien sort à son tour du festin (1223), suivi de près par un Athénien (1226). Un dialogue s'engage entre eux, interrompu par un retour
(1) Die Textgeschichte der qriechischen Lyriker. Berlin, 1900, pp. 88 à 96.
offensif des esclaves (v. 1259). Enfin la masse des conviés déborde sur la scène, et la pièce se termine par des chœurs d'Athéniens et de Spartiates en l'honneur de la paix.
l.e défaut capital de cette interprétation, c'est qu'elle met la première scène tout à fait hors d'œuvre. Rien au monde n'est plus étranger à la manière d'Aristophane, et plutôt que d'en passer par là, je n'hésiterais pas pour ma part à supprimer cet épisode sans lien aucun avec le reste de la pièce, et à le tenir pour la plus maladroite des interpolations. Au surplus, les objections se pressent si nombreuses qu'on ne sait à laquelle entendre. Pouniuoi l'Athénien sortant de table est-il seul à porter une torche, tandis que les autres conviés n'en ont point? Comment, pour quitter l'Acropole, n'ouvre-t-il pas lui-même la porte, à l'exemple de tous les personnages de la pièce, y compris Lysistrata, mais s'adresse-t-il au concierge? D'où surgissent tout à coup ces esclaves, accourus soidisant pour attendre leurs maîtres? Qui les a avertis? Quand sont-ils arrivés? Est-il admissible que le poète se soit empêtré de ces fantoches pour l'unique plaisir de les faire s'enfuir après une volée de coups? Vous figurez-vous donc le public athénien à ce point épris de batteries que, sans lieu ni prétexte, l'homme de goût qu'est Aristophane ait cru devoir lui en servir une, et cela quand la pièce touche à son dénouement et qu'il ne reste plus qu'à célébrer par un chant triomphal la paix définitivement reconquise?
Une remarque fort simple nous servira de fil dans ce labyrinthe et remettra les choses au point. Quand s'ouvre la scène que nous examinons, le chœur divisé en deux
parties, l'un de vieillards, l'autre de vieilles femmes, occupe l'orchestre, d'où, suivant l'usage, il ne s'est point écarté depuis la parodos. Maintenant son rôle est terminé, ou plutôt ce rôle se transforme. Le poète n'a plus que faire de vieillards querelleurs et d'insolentes commères. Il lui faut deux nouveaux chœurs, l'un de Spartiates, l'autre d'Athéniens, représentant dignement la cité qu'il s'agit de glorifier. De là le passant ou, si l'on aime mieux, l'oisif des rues voulant entrer dans l'Acropole, et le chœur prenant fait et cause pour lui. Que ce passant soit ce qu'on appelle un rôle en l'air, j'en conviens, mais il n'en manque pas de pareils dans le théâtre d'Aristophane (1). Seulement on ne dira pas que son intervention n'est point motivée. Car elle met le gardien de l'Acropole en occasion de s'élancer dans l'orchestre, la torche au poing, et de disperser le chœur, lequel s'enfuit par la parodos. Quant à l'Athénien qui sur ces entrefaites sort le premier du banquet et fait part au public de ses impressions, son petit discours, d'ailleurs très spirituel, n'est introduit que pour donner le temps aux choreutes de changer de costume. On voit combien se sont mépris ceux qui ont coupé ce monologue — car c'est bien un monologue (2) — pour en donner la moitié au chœur.
(1) Je comparerais volontiers ce rôle à celui du mort qu'on porte en terre, dans les Grenouilles (vv. 171 à 177). Ils ne consistent l'un et l'autre qu'en deux ou trois phrases.
(2) M. de Wilamowitz donne le v. 1225 à un Laconien, en se fondant uniquement sur le mot oTtwTra. Cette raison n'est guère suffisante. Mettons que la forme oTicoTia ne soit pas d'emploi courant
Il me semble que de la soiie tout s'explique. Si la scène du flâneur est purement épisodique, du moins estelle imposée par les nécessités du plan, et le public, qui n'est rien moins que naïf, entre dans la vue de l'auteur et s'amuse du truc.
Maintenant que signifient les mots cpopTixàv tô ywpiov (v. 1218), et à qui faut-il les donner? La question est des plus controversées. iN'élant guère en mesure de la trancher, je risque toutefois une explication. Tb ^wpîov est évidemment le ywpîov zb T:pô; t:oX',v du vers 287. Le sens de çop-ixô;, c'est grossier, d'où vulgaire, banal, qui sent son lieu commun. C'est dans cette acception que l'emploient le plus souvent Platon et Aristophane. Ne pourrait-on pas dans notre passage le rendre par banal, commun à tous, et le tenir pour une sorte de synonyme de 7iàvor,ao;, or,[j.Ô7!,G; (le latin trivialis et le français banal serviraient d'exemples, mais en sens inverse)? Le flâneur qu'on veut chasser répondrait : « Cette place est à tout le monde, je ne m'en irai pas. )j Après cela, je donne
cliez les Athéniens, en tous cas elle est ionique bien plus que dorique. Eschyle et Sophocle en font usage, ailleurs même que dans les morceaux lyriques, et, qui plus est, elle se lit dans un fragment du comique Épicratès [Fr. C. Gr., t. III, p. 369). Si Aristophane la prêle k son Athénien, c'est qu'il avait ses raisons pour cela. Un homme sort de table en pointe de vin et ravi d'enthousiasme, pourquoi ne lui échapperait-il pas un terme emphatique? En outre, nous serions obligés, avec M. de Wilamowitz, de changer dans les vers suivants T, xa\ en Et y,où, et rip.t1(; o en t,[j.e1i; y, ce qui est de la fantaisie pure. Rien ne serait plus facile, en procédant de la sorte, que de couper eu dialogue n'importe quelle tirade.
cette traduction pour ce qu'elle vaut, car il m'est impossible de relayer par un exemple, et je ne serais pas éloigné d'admettre que le texte est altéré.
129S Aàxcov, Tipôçaive ot, o-j p.o'js-av
êttI vsa veav.
Il saute aux yeux que ces mots n'appartiennent pas au chœur qui précède. Là-dessus tout le monde, je crois, est d'accord, et que c'est Lysistrala qui, faisant son rôle, adresse cette invitation aux Laconiens.
D'autre part la structure du vers dénote au premier coup d'œil un Irimètre iambique altéré par les copistes, ce qui arrive fréquemment quand un senaire se trouve mêlé à des chants lyriques (entre autres Écclés., vv. 914 et 920). M. de Wilamowitz a fort bien vu que la faute provient d'une dittographie (Mss. : vea vsav, viav véav, veavîav). La correction est des plus simples. Lisez :
Aâxwv, Ttûôcpa'.ve 3->, <T'j [jLO'Jo-av Èt!. véav,
«Laconien, fais-nous entendre encore un nouveau chant.» "E~i est réclamé par le sens, et c'est pourquoi M. Blaydes proposait de lire xal crû, au lieu de o-ri au, conjecture qui maintenant devient inutile. A hi répond auTE dans le chant qui suit.
se»<«JiPMB-