‹ Notes sur AristophaneChapitre 9 sur 13 · HÉRODOTE, IV · texte numérisé non relu

HÉRODOTE, IV

(3) XÉNOPHON, Mévior., III, 7, 6.

étonne moins encore : il devait si bien s'en accommoder qu'au besoin il l'aurait inventée. Mais les Aristide, les Alcibiade, les Nicias, évidemment il nous répugne, habitués que nous sommes à nous les figurer dans des altitudes de statues, de nous les représenter assis à même le roc, en attendant leur tour de parler. Et pourtant, quoi qu'il en coûte, il faut prendre son parti et se rendre à l'évidence.

El puisque nous en sommes sur ce point d'antiquité, peui-être y a-t-il lieu d'aller plus loin et d'étendre la portée des observations qui précèdent. L'habitude de sasseoir sur le sol était beaucoup plus générale qu'on ne suppose. La chaise était en somme un meuble de luxe dont les Athéniens se passaient volontiers, du moins les Athéniens contemporains de Périclès. Autrefois, quand ils vivaient à l'ionienne, ils poussaient la mollesse jusqu'à se faire suivre d'un esclave, porteur d'un pliant, « pour n'avoir pas, nous dit-on, à s'asseoir à l'aventure (1) ». Mais depuis les guerres médiques ils avaient pris en dédain ces mœurs efféminées et, le cas échéant, ne faisaient pas difficulté de se reposer à plate terre. N'est-il pas singulier que dans les onze comédies qui nous restent il ne soit question nulle part de siège, sauf en un seul endroit? C'est dans les Cavaliers, lorsque Démos, toujours assis dans l'orchestre, se voit offrir à dîner par ses deux flatteurs. Le charcutier, ne sachant qu'imaginer pour lui être agréable, s'avise, à défaut de lit, de lui offrir une chaise, Sî-fpov : le mot dans Aristophane ne se trouve que là (2).

(1) HÉRACLIDE du Pont, cité par Athénée (1. XII, p. Si2, c).

(2) Cavaliers, v. 1164.

L'exception, comme on voit, confirme la règle. Partout ailleurs les choses se passent d'une façon toute primitive. Mnésiloque, pour se faire faire la barbe, s'asseoit sur le sol (4). Bdélycléon, donnant à son père des leçons de savoir-vivre, lui demande s'il sait seulement comment on se couche à table chez des gens comme il faut; et le vieux, sans plus de façon, de s'étaler sur la scène, en disant : « Est-ce ainsi, selon toi, qu'il convient de se coucher (2) ? »

Même la nuit on se résignait sans trop de peine à dormir dans la rue, appuyé à une borne ou à un seuil de porte, comme autrefois, à Naples, les lazzaroni. Témoin Strepsiade qui pour s'abandonner au sommeil s'allonge devani sa porte, enveloppé dans son manteau (3). Plus loin le même Strepsiade, qui sur l'ordre de Socrate a pris place sur un grabat où les punaises l'incommodent, demande comme une faveur de pouvoir se coucher par terre (4).

(1) Thesmopk., v. 221.

(2) Guêpes, V. 1211.

(3) Nuées, V. 11. — C'est à M. van Leeuwen que nous devons cette précieuse indication. On supposait jusqu'ici, sur la foi du scholiaste, que la première scène des Nuées se passait à l'intérieur de la maison de Strepsiade. Mais comme cela ne se conciliait ni avec la suite du dialogue, ni avec les traditions du théâtre antique, on faisait intervenir l'eccyclème. On omettait toutefois d'expliquer par quelle ouverture de porte on poussait sur la scène, pour la faire disparaître ensuite, une estrade supportant toute une chambre à coucher à deux lits; non plus qu'on ne justifiait l'exceptionnel emploi de cette machine de tragédie, chère à Euripide, mais dont les comiques n'ont jamais usé que pour s'en moquer. M. van Leeuwen a nettement établi, en s'appuyant sur le mot l'xcpeps du vers 19, que l'action se passe, comme toujours, en plein air, devant la maison.

(4) Nuées, V. 697.

L'esclave de Démos, c'est Démosthène, qui pour se tirer d'un pas difficile a pris le parti de chercher dans le vin une inspiration, s'étend également sur la place avant de recevoir la coupe (1). Cela s'explique d'autant mieux qu'on ne faisait pas autrement au cabaret. En veut-on la preuve? On la trouvera dans les Grenouilles. Héraclès, descendu dans l'Hadès, s'est arrêté dans une auberge pour se refaire. Quand il a dévoré toutes les provisions et qu'on lui réclame l'écot, il met en fuite les deux patronnes en feignant la démence « et s'élance hors du logis en emportant les nattes (2) ». Qu'est-ce à dire? et que nous importe ce dernier trait? Il signifle que, non content d'avoir manqué à la probité, Héraclès a commis un vol en faisant main basse sur le mobilier de l'établissement. Car, à part les ustensiles de cuisine, il tombe sous le sens qu'il n'y en avait pas d'autre. C'est sur une natte qu'il a pris son repas. Un personnage plus cossu aurait obtenu ou apporté avec lui un tapis de Miîet (3). Mais les nattes conviennent aux petites gens qui forment la clientèle ordinaire d'un cabaret. L'archer Scythe s'en va également chercher une natte quand il se dispose à monter la garde devant Mnésiloque attaché au poteau (4).

Une question resterait encore à vider, mais qui n'est pas de ma compétence. Je disais tout à l'heure qu'il y a diverses manières de s'asseoir; j'ajoute qu'il en est plus d'une d'être assis par terre. Les Athéniens se tenaient-ils à croupetons, ou bien allongeaient-ils les jambes, ou bien

(1) Cavaliers, v. 98.

(2) Grenouilles, v, 567.

(3) Grenouilles, v. 542.

(4) Thesmoplu, v. 1007.

enfin les repliaient-ils sous eux, à la turque? Cette dernière attitude paraît la plus probable, étant à la fois la plus aisée et la moins encombrante. Et cette question en appelle une autre. Est-il à supposer qu'imitateurs en cela comme en tant de choses, les Turcs aient emprunté aux Grecs cette coutume, si tant est qu'elle subsistât chez ces derniers au temps de Byzance? Il se peut, mais j'ai peine à le croire. Les Turcs autrefois étaient nomades, et c'est surtout aux nomades que la posture semble convenir. Selon toute apparence, non plus que les Grecs, les Turcs ne l'ont inventée. Me tromperais-je en estimant qu'elle se perd dans la nuit des temps, et qu'à bien chercher on la retrouverait d'original, si j'ose dire, chez tous les peuples asiatiques, jusqu'aux confins extrêmes de l'Orient?

NOTES

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