‹ Notes sur de vieux manuscrits abénakis [microforme]Chapitre 2 sur 6 · ANS · texte numérisé non relu

ANS

CAE

haut de chacune des pages de ce dictionnaire, Ce manuscrit n'est pas paginé et j'ai dû compter les pages moi-même pour en constater le nombre comme je Lai fait en commençant. La reliure ainsi que celle des deux autres volumes qui vont suivre en étant plus que fatiguée, j'ai dû les faire relier à neuf pour qu'il n'en soit rien perdu.

Je vois dans l'ouvrage du Rév. Eugène Vétromile, The Abenakis and their History,” publié à New- York, en 1866, que cet auteur cite souvent le dictionnaire abnaki du Père Râle, ainsi que le dictionnaire etchemin, manuscrit du Père Demilier ou Demalier, comme l’a imprimé alternativement un typo peu versé dans le frauçais, et du manuscrit du Père Mainard en langue micmaque, ou ia concernant, mais je n’y vois pas mention du présent dictionnaire du Père Aubéry. Ainsi que l’indiquent les mots latins au bas de la signature, notre exemplaire est la seconde édition, on ne sait rien qui puisse indiquer ce qui est advenu de la première. On ne trouve pas non plus parmi les manuscrits de la mission de Saint-François, le ‘ Rudiment Abnaquis” dont parle le Père Aubéry dans ses ‘“ Quelques notes,” mais il y a deux copies d’un dictionnaire des racines dont il est fait mention plus bas, et qui a eu probablement pour base le petit dictionnaire des racines fait par le Père Aubéry qui ne nous est pas parvenu, à moins qu'il ne désigne par là le dictionnaire abénakis-français ci-après mentionné. L'abbé Joseph Maurault, l’auteur de l’histoire des Abénakis, qui fut le dernier missionnaire à Saint- François connaissant la langue de ces sauvages, avait, m'a-t-on dit souvent, entrepris de faire une grammaire

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de cette langue ainsi qu’un dictionnaire abénaquisfrançais, mais je ne pense pas qu'il les ait jamais terminés, et il n’en a rien fait imprimer.

Le Père Vétromile, mort il y a quelques années, qui était missionnaire des Etchemins à Passamaquoddy et à la rivière Penobscot, dans l'Etat du Maine, diocèse de Portland, prétend que le mot abnaki, tant en mohégan qu’en micmac et en etchemin et autres dialectes de la Nouvelle-Angleterre et de l'Acadie, signifie Nos Ancêtres de l'Orient,” des mots wanb, blanc, l'aurore, et naghi, ancêtres, et que ce nom Jeur était donné par d’autres tribus tels que les Etchemins, les Micmacs et autres. Il ne s'accorde pas avec le Père Aubéry, qui dit que ce nom signifie “qui a sa terre à L’'orient.”

Le père Vétromile, dit que, d’après le dictionnaire abnaki du père Rasle, p. 384, weganni arenanbak, signifie “ les ancients du temps passé,” et il cite cela comme argument à l'appui de son opinion, contraire à celle de tous ceux qui se sont occupés de la signification de ce nom, qui tous, dit-il, n’ont pas fait attention au mot naghi, ancêtres, anciens, en divers dialectes. Dans le dictionnaire français-abnaquis du Père Aubéry, on lit bien pareillement au mot “ancêtres”: weganni arenanbak où begak (kettai idini8ak, en algonquin cela étant d'une autre écriture.) Nos ancêtres, em8ss8msena8ak, nS8gak ; (algonquin, #émis8misenabanik ); et au mot “ancien ” : negannt dans la composition segannié, negann8io, Ï st plus ancien que moi, we8sesisin, nhaghé 8dokkanin, eghema neseghir; anciennement naighé, naigié nan8at, nan8at. Ce qui n'empêche que dans

son dictionnaire abnaquis-françois, on trouve au mot :

‘ anbann, aurore.

“ pét-anbann, elle commence.

‘4 8tska8-anbann, à peine elle commence.

‘ 8ranbann, elle est belle.

tek-anbann, elle est froide.

& Sém-anbann, 8em-hamitté, elle finit.

‘ aneghi 8tska8-anbaghé, à la pointe du jour.

€ dar-anbann-nam8kizSs, la lune se trouve sur l'horizon, à la pointe du jour.

“Sanbann-akkét, abnaguis, qui a sa terre à L’orient.”

Je ne suis pas assez versé dans la connaissance de ces langues pour trancher le différend par un raisonnement de a plus #, mais je demeure décidément de l'avis du Père Aubéry qui donne d’ailleurs la version adoptée, à quelque variante près, par tous ceux qui sont accrédités comme connaissant la langue à fond.

Le ÆAadicum Sylva, où dictionnaire des racines abénakis-latin dont il sera question ci-après, daté de 1760, donne le même sens: “ Uanbanaki, terra ad ‘ orientem, Acadiæ, undè nominantur Uanbanakæ:i.”

M. Joseph Laurent, chef sauvage de Pierreville, dans la préface de son ouvrage ‘“ Abnakis and English Dialogues,” publié en 1884, s'exprime ainsi : “ Aborigines called Abenakis, which, from the original word Wôbanaki, means:peasant or inhabitant from the East.” Et à la page 205 du même ouvrage il écrit : ‘ Abenakis, from : ‘“ Wôbanaki, land or country of the ‘“ East. This name comes from: wôben, daybreak, ‘ and kr, earth, land, or rather ak which is a term em-

ali

‘“ployed in composition for land, ground, region. ‘ Wôbanaki, Abenakis, means also: An Indian from ‘where the daylight comes.” M. l'Abbé Maurault, Hist. des Abénakis, introduction, p. II, résout d’ailleurs la question quand il écrit: “ Le nom ‘ Abénakis” prouve d’une manière évidente que ces sauvages ne sont pas originaires du Canada. Ce mot vient de ‘ Abanki,’ terre du Levant, nom que les Algonquins donnaient au pays des Canibas et des autres sauvages de l’Acadie. De là les Français appelèrent ces sauvages ‘ Abénaquiois, ce qui veut dire: ceux de la terre du Levant.”

No. 2.— DICTIONNAIRE ABNAQUIS-FRANGOIS,

C'est un volum ‘n-4. de 927 pages, à deux colonnes, mais dont un grand nombre sont en blanc. Il est écrit de la main du Père Aubéry, mais n’est pas signé, ni daté. La manière dont sont disposés les espaces en blanc, indique que l’auteur laissait ces espaces pour y insérer d’autres mots selon que l’occasion s’en présenterait, ou que ses études les lui suggéreraient. Il n’est précédé d'aucun préliminaire, pas même de titre, et se termine de même ; commençant par le mot ou la lettre “a figurative de la 3e ‘ pers.,” et finissant par les mots “ :8548:8;, étendu sur “le dos, z8sk8-esin, il est ainsi couché.” On y voit quelque chose écrit en une main étrangère de temps à autre, des mots ajoutés, d’une écriture ancienne ; et aussi quelques notes de la main de l'Abbé Maurault surtout pour indiquer l’'étymologie des noms de

places : v.g. Titiskik, à la terre du petit enfant; Titicut,(Mass.), Saag-aliph8ôn(r), mauvais refuge, lieu où l’on se sauve et qui donne peu de sûreté, havre dangereux, Sag Harbour, (Long Island). Oâlemasailtsik, ceux qui sont réunis en grand nombre, Willimantic, (Conn., Sesum-tek8, rivière qui se réduit presqu’à rien, qui va toujours en diminuant ; Sesumtek8k, à la rivière, etc., de là Chesuncook et Suncook, (Maine.)

C'est un ouvrage dans le genre du précédent, et qui a nécessité un travail considérable à l’auteur. Il est paginé, mais on n’y retrouve pas la petite croix + signalée dans le dictionnaire françois-abnaquis. Parfois la signification du mot sauvage est indiquée en latin, sans donner le mot français, mais rarement.

Il est à noter que les lettres c, /, 7, /, g et v, ne figurent pas dans l’alphabet abénakis d’alors ; la lettre 8 se prononce 04 devant une consonne et comme le æ anglais devant une voyelle.

Comme cela a lieu généralement, surtout pour les langues non écrites, le langage abénakis a beaucoup varié depuis le temps du Père Aubéry, et chose singulière la lettre Z/ inusitée alors s'y rencontre très-souvent aujourd’hui, ayant partout remplacé la lettre 7 très employée autrefois. Comme il est constaté ci-après cette manière de parler a été empruntée aux Mohicans ou Loups. Ainsi, je prends dans les dictionnaires le mot arsi que le Radicum Sylva traduit par vacuitfas et qui dans le langage moderne se prononce a/si avec la même signification,

(1) On voit par l'introduction que fait l'abbé Maurault de la lettre / qu’il écrivait d’après la prononciation abénakise moderne.

vide, rien. Le dictionnaire ne donne pas la traduction de ce mot lui-même; voici textuellement ce qui s'y trouve :

‘ Arsi ‘{arse-tai 8ig8aüm, la maison est vuide, il n’y a ‘ personne, ‘“ arse-tai higan, lieu où il y a eu cabane, ‘item, cabane habitée, où il n’y a personne.

‘ Arsi-kantek8, rivière où il n’y a plus personne. ‘ C'est la Rivière de St-François.”

Ce mot peut se décomposer comme suit : Ars, vacuitas, vide ; Â'an où gan dans la composition et à la fin d’un mot signifie cabane, si ce mot se prête à ce sens, et ’tteg8, ou teg8, ou tek8, rivière, rivière où la cabane est vide, où il n’y a plus personne dans la ou les cabanes.

C'est le nom que les Abénakis ont donné de tout temps et donnent encore aujourd’hui à la Rivière Saint-François, mais je ne puis m'expliquer pourquoi d'une manière tout à fait satisfaisante ; je risque cependant, sous toute réserve, la version que voici: Les Abénakis ne sont venus s'établir à Saint François qu'à la fin du 17e siècle, les Français les y ayant attirés surtout pour protéger les colons contre les Iroquois qui s'y montraient souvent et qui d'après l'Abbé Maurault y avaient massacré presque tous les habitants. Les Abénakis arrivant après ce massacre et constatant que les maisons étaient v4es, qu'il n'y avait plus personne, ou plus guère d'habitants, nommèrent la rivière d’après cela Arsikanteks, rivière où il n’y a plus personne.

On pourrait peut-être aussi trouver l'explication de

ce nom dans ce fait relaté par l'Abbé Maurault et rapporté par la tradition que, les premières années de leur établissement à Saint-François, les Abénakis furent décimés par une maladie, un fléau, tellement qu'ils durent changer leur village de place. Après ce fléau, bien des cabanes durent être vides par suite des ravages de la mort et ils ont pu d’après cela nommer la rivière Saint-François la rivière où la cabane est vide, où il n’y a plus personne. Les Abénakis de nos jours mettant une / à la place de 7, et changeant le # en g par euphonie (ainsi que cela se pratiquait même du temps du Père Aubéry, de même que en 1760, lorsque le Xadicum Sylva a été co-ordonné), prononcent maintenant A/sigantegs, et c’est probablement ce qui a induit M. l'Abbé Maurault et M. Jos. Laurent dans l'erreur quant à l’étymologie et la signification de ce nom. Le premier écrit qu’il signifie la rivière aux herbes traînantes, du mot alsial, herbes aquatiques ; etle second (Dialogues, p. 206), qu’il signifie rivière où les coquillages abondent, du mot moderne, a/s, coquilles, coquillages ; ce qui ne peut être, car au temps du Père Aubéry, contemporain de ceux qui avaient ainsi nommé la rivière, ce mot a/s n'existait ps et coquille et coquillages et le poisson ou mollusque qui est dedans se disaitéss, (1) éssis, éssissak.

Je crois que ces auteurs ont en outre été portés à adopter ces traductions par suite de l’idée préconçue sous laquelle ils étaient que ce nom, selon

(1) Prononcez é presque comme a bref, ce qui explique comment les Abénakis modernes, qui ont une tendance à mettre partout la lettre /, ont fait a/s de éss.

l'habitude des sauvages, devait désigner quelque chose se rapportant à la nature même de la rivière ou des choses naturelles qui s'y trouvent. De fait on y rencontre des herbes en assez grande quantité qui font l'ennui du pêcheur à la ligne trainante, et on y trouve aussi des huîtres de rivière qu'on désigne sous le nom de “coquilles.” Quant au mot moderne ‘ a/sia/” et mieux a/esia/, il remplace le mot ancien aresiar, pluriel de aresi, que le Radicum Sylva traduit par erbe aguatice et le dictionnaire Abnaquis François par ces mots: “ petites herbes qui croissent au fond de l’eau, longues et flottantes.” C’est en mettant / à la piace de 7 que de aresiar On a fait a/esial.

On retrouve dans ce dictionnaire les noms que les Abénakis avaient donnés à divers endroits du pays, v. g. au mot: anmké terre, sable ; il y a Meksanmkés terre rouge, Sillery, et MékS8-ankéssek à terre rouge, à Sillery. “ Mémera8-béghat il y a beaucoup d’eau, nom d’un lac de la Rivière Saint-François,” d’où les Anglais ont fait Memphramagog.

FT ET ONTNNEEES

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