‹ Notes sur Ingersoll [microforme] :Chapitre 12 sur 34 · LE · texte numérisé non relu

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de couleurs et de formes qui frappent la vue; de lettres et d’autres signes qui en appellent à l'intelligence à l’aide de la vue ; de mouvements vibratoires qui atteignent le sens de l’ouie — appelés musique ; de formes tangibles qui parlent au sens du toucher ; et de combinaisons qui ont trait au goût.

Or, la mort de l’art c’est la destruction de toutes ces méthodes pour rendre le beau. Prétendez-vous que le premier commandement dét'uit et ruine toutes ces méthodes d'expression ou de manifestation du Beau? Non. Ainsi donc, le premier commandement n’est pas la mort de l’art, quand même je vous concéderais tout ce que vous avancez, ce que je suis loin de faire. La poésie est un art —— et où pouvez vous en trouver de plus sublim.s exemples que dans les psaumes de David, le livre de Job, les majestueux essorts d’Isaïe et les touchantes lamentations de Jérémie? Ici, nous avons le plus grand génie et l’art le plus élevé. Et cependant, parce qu’ils n’ont pas couvert la toile de peintures lascives, ou taillé dans la pierre des Vénus impudiques, ils n’ont pas été artistes |! Le commandement a eté la mort de l’art ! — bagatelle !.…

Jngersoll. — Dans le dixième commandement, nous trouvons que les femmes ont été mises sur

un pied d'égalité avec les autres propriétés, ce qui, pour ne rien dire de plus, n’a jamais été de nature à améliorer leur condition.

Commentateur. — La valeur relative et la nature des personnes et des choses protégées par la loi n'est pas spécifiée par la loi qui les met sous sa sauvegarde. Une loi peut défendre le meurtre et le vol en même temps sans mettre ces deux crimes dans le même plan, ni sur un pied d'égalité, En qualité d'avocat, vous devriez être familiarisé avec ce fait. Le dixième commandement défend à la fois de convoiter la femme de son prochain et ses biens. Cette prohibition, vous l’admettez, est sage et juste quand elle se rapporte à ce que l’homme aime le plus et a de plus sacré. Elle est également sage et juste lorsqu'elle protège ce qui, pour lui, a moins de valeur et d’importance. Or, prétendez vous que ces deux objets ne peuvent être en même temps défendus sans les mettre sur un pied exact d'égalité? Si ce commandement n'avait fait aucune mention de l’épouse, vous auriez pris avantage de cette omission et soutenu qu'il laissait l’épouse à la merci du libertin, ou qu’il tenait en plus haute estime le cheval et le bœuf du mari que l'épouse de son cœur, ou bien encore qu’il protégeait l'un sans défendre l’autre. Ainsi, soit que le commandement

défende de convoiter la femme de son prochain, soit qu’il garde le silence, vous n'êtes pas satisfait. Vous êtes comme le malheureux qui devait être pendu, à qui une corde longue ou courte ne savait convenir.

Mais encore : en tant qu’avocat vous devriez savoir que la distinction entre les objets protégés et défendus par la loi ne peut être trouvée dans la loi, mais dans le châtiment infligé. La loi civile défend pareillement de voler cinquante sous comme cent piastres. Est-ce que la loi met ces sommes sur un même pied d'égalité? Non; car elle met à l’écrou le voleur de cinquante sous, tandis qu’elle envoie le compagnon plus ambitieux dans les prisons de l'Etat. De la même manière, le code criminel juif condamnait à mort le ravisseur d’une femme, tandis qu’il infligeait au voleur d’un bœuf une lourde amende et lui imposait l’obligation de le rendre. Par la différence de punition, vous pouvez voir que le commandement, tel que compris par ceux à qui il était donné, faisait une distinction entre une femme et un bœuf, et ne les mettait pas sur un même pied d'égalité.

Vous raisonnez comme un homme qui met la plus grande confiance dans la crédulité de ses lecteurs, et s’imagine “ue, tandis qu’un petit nombre va rechercher et connaître la vérité, la plu-

part accepteront sa parole sans se livrer à d’autres recherches. Cette politique montre une bonne connaissance de la nature humaine, car la moyenne des hommes n’a pas de discernement plus qu'il ne lui en faut. Ils sont aptes à mettre trop de confiance dans les assertions ignorantes de ce monumental ennuyeux des temps modernes, le conférencier ambulant -— entrée, cinquante sous.

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