‹ Notes sur Ingersoll [microforme] :Chapitre 14 sur 34 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Tolérance Religieuse. — Libre-Pensee. — Trahison.

Jngersoll. — “ L'intolérance religieuse de l’Ancien Testament se basait pour se justifier sur ce point (que le blasphème était une infraction à lu fidélité politique) et l’idolâtrie un acte de trahison ouverte,et qu’adorer les dieux des païens hostiles c'était passer à un ennemi public et lui donner caution et appui.”

Commentateur.— Si ces positions de M. Black sont bien prises, il est difficile de voir comment on peut échapper à leur conséquence logique.

Car il faut bien l’admettre, la trahison ouverte, l'infraction à la fidélité politique, le secours et l’aide prêtés aux ennemis sont des crimes qui méritent un châtiment sévère. Si vous aviez été un vrai logicien, vous auriez su que pour réfuter M Black il fallait montrer que le blasphème et l’idolâtrie n'étaient pas des actes de trahison. Vous n'avez pas même essayé de le faire. Ainsi, pou ce qui a trait à l'argument, M. Black a justifié ce

que vous appelez l’intolrance de l’Ancien Testament. Un gouvernement est-il intolérant parce qu'il ne voudra pas supporter la trahison ? S'il ne l'est pas, le gouvernement des Juifs ne l'était pas non plus, et parce que Dieu était son chef direct, ceci ne change en rien la nature du cas. Tout gouvernement digne de ce nom doit être implacable et intolérant pour tout ce qui touche à son honneur, à sa dignité et à son autorité. La révolte du Sud n’était pas plus une trahison contre les Etats-Unis que ne l’étaient l’idolâtrie et ic blasphème. Vous avez été fait colonel pour seconder le gouvernement dans le châtiment qu'il allait infliger à cette révolte portant atteinte à son honpeur, à sa dignité et à son autorité. Quelle est donc la nouvelle lumière qui a pénétré dans votre cervelle que vous défendez maintenant la trahison en Judée? Est ce parc: que Dieu, contre qui vous semblez avoir une rancune personnelle, en était le chef direct? Si vous poussiez vos théories de tolérance jusqu’à leurs conclusions logiques, jusqu'à les mettre en pratique ouvertement dans ce pays, on vous verrait, au moment opportun, pendu à un gibet. Il semble que pous n'avez pas songé qu'il était nécessaire de réfuter l’assertion de M Black, faisant de l’idolâtrie un crime de trahison avant qu’il vous fût possible de le chasser de sa

position. Si vous accordez que l’idoiâtrie a été une trahison contre l'Etat Juif, vous faites abandon de votre cas, et justifiez le châtiment que l'Etat infligeait contre l’idolâtrie. Aucun homme qui possède une bribe de raison n'’essaiera de le nier. Pour vous opposer à M. Black, face à face et logiquement, il vous aurait fallu prouver que l'idolâtrie n'était pas une trahison, et si vous n’aviez pu le faire, comme la chose est certaine, vous auriez dû ‘‘aller droit comme un homme ” et admettre que les Juifs avaient raison. Plus que cela, vous auriez dû avouer qu'ils devaient punir de mort l’idolâtrie et le blasphème, tout comme la trahison est punie dans tous les temps et par toutes les nations, que Dieu soit ou non le chef immédiat du gouvernement.

Zngersoll. — “ D'après M. Black, nous devrions tous avoir la liberté de conscience, excepté lorsque nous sommes directement gouvernés par Dieu.”

Commentateur. — Si, par “liberté de conscience ” vous entendez la liberté de commettre, à ciel ouvert, des actes de trahison, il ne devrait pas être besoin de vous dire qu’une telle liberté de conscience n'est, ni devrait être tolérée nulle part, pas même dans des maisons d’aliénés mal réglées.

La conscience du possesseur d'esclaves lui disait que la sécession était juste. Tant que sa conscience le laissa purement dans le domaine spéculatif, le gouvernement des Etats-Unis lui permit ce jeu. Mais lorsqu'il traduisit les croyances de sa conscience par des actes, par exemple en tirant sur le Fort Sumpter, le gouvernement envoya le colonel Ingersoll et d’autres Lesars à l’état d’embryon, pour s'entendre avec lui et lui dire que la liberté de conscience était, en un sens, une bonne chose -- par exemple pour occuper l'esprit — mais que s’il poussait la bêtise jusqu’à s’imaginer que le gouvernement des Etats-Unis avait la prétention de lui laisser publiquement pratiquer cette liberté, il aurait à rajuster ses idées sur une base plus solide.

C'est ce que l’on a fait pour le blasphème et l'idolâtrie sous le gouvernement juif. Un homme pouvait être idolâtre dans le fond de son cœur, il pouvait vouer à la damnation toute chose, sans être pour cela justiciable du code juif ; mais lorsqu’il traduisait ouvertement par des actes de tra. hison Îles sentiments de son âme, l'épée de Gédéon sortait du fourreau.

Le Mormon entendit parler de cette ‘ liberté de conscience ” et de cette ‘liberté de penser.” Vous prenant au mot et pensant que cette devise

“ honneur irréprochable ” signifiait quelque chose, il crut qu'il était libre dans sa conscience. Il finit par prendre deux femmes. Jugez de son étonnement lorsqu'il apprit que vous ie dénonciez. Ilen conclut, ainsi que tout homme nossédant une teinte légère de conscience le ferait, que tous vos discours sur la liberté de conscience et de pensée ne sont qu’un bavardage propre à donner le change. Il est évident que “ liberté de conscience ” signifie, selon vous, le droit de faire seulement ce que vous approuvez. Vous condamnez la polygamie.

Ne faites vous pas de votre jugement la limite de la liberté de conscience du Mormon ? Jéhovah a fait de son jugement la limite de la liberté pour le Juif, et vous le condamnez pour cela, tandis que vous tirez autour du Mormon un cercle limité. Vous devriez au raoins vous efforcer d’être conséquent avec vous-même.

Zngersoi!. — Dans un pays où Dieu est le roi, il ne saurait y avoir de liberté.”

Commentateur. — C'est votre conclusion, non celle de M. Black. Admettez une société et un gouvernement, et il est de nulle importance que X, Y, ouZ en soit le roi ; son principe d’action doit être toujours le même en ce qui regarde et touche son autorité.

Là il y a une liberté plus parfaite où il y a un

gouvernement plus parfait — ceci vous l’admettez. Le plus parfait gouvernement est celui qui est gouverné par la sagesse et le jugement les plus parfaits, qui sont les attributs exclusifs de l’£tre le plus parfait. Dieu est l’Etre le plus parfait, ceci vous devez le confesser en admettant son existence. Il en résulte que là où Dieu dirige le gouvernement, doit se trouver la liberté la plus parfaite. Assurément, par liberté, j'entends le droit de faire ce qui est juste. Aucun gouvernement civilisé ici-bas qui s’arroge le droit de décider entre le juste et l’injuste, ne se réclame de la liberté ou du droit de faire le mal ; il n’admet pas non plus un droit semblable dans ceux qui sont soumis à son autorité. Sans nul doute, il y a des particuliers qui réclament le droit de faire le mal, mais ils sont relativement en petit nombre.

Quelques-uns d’entre eux sont morts subitement ou prématurément par la dislocation de leur cou, et d’autres sont dans des maisons de correction. C’est un bien faible encouragement pour les disciples de la liberté, de la licence, et les héros de la libre-pensée.

Ængersoël. — Dans l'Ancien Testament on ne trouve rien de semblable à la tolérance religieuse.

Commentateur. — Assurément non, et pour la raison suffisante qu’en donne M. Black. Tolé-

rance religieuse, signifie liberté de trahison. M. Black vous a dit que l'idolâtrie était une trahison contre l'Etat et contre son chef reconnu. La nation juive ne pouvait pas plus tolérer la trahison que les autres nations.

Zngersoll. — Dans ce livre on ne trouve aucune miséricorde pour l'incrédule.

Commentateur. — Si l'incrédulité en arrive à une trahison acharnée, elle ne trouve de miséricorde dans aucun gouvernement digne de ce nom.

Jngersoll. —— Pour tous ceux qui pensent par eux-mêmes ily a de terribles malédictions, de menaçants anathèmes.

Commentateur. -— Ceci je le nie. Il n’est pas défendu de penser par soi. Penser est un acte dont, étant donné sa nature, le gouvernement ne peut prendre connaissance. Le châtiment infligé par la loi juive n’était que contre les actes extérieurs. La pensée n'était punie que dans le cas où elle se traduisait par la trahison mise en acte. Il y a énormément de fausseté dans tout ce bavardage touchant la liberté de pensée, de penser comme il nous plait, etc. L'intelligence, j’entends, cela va de soi, l’intelligence saine, est gouvernée par des motifs et des principes de raison et non par les caprices de la volonté. Pensez que

deux et deux font cinq, que deux lignes parallèles se rencontrent, et voyez si votre raison le tolérera.

Zngersol!. -— Songez à un Etre infini qui est si cruel, si injuste, qu'il ne laissera pas à ses enfants la liberté de pensée.

Commentateur. — C'est parce qu’il est infini, qu'il ne peut sanctionner l'erreur, j’idolâtrie et d'autres maux dans l'ordre moral. Parce qu'il est infini il ne peut permettre à ses enfants de désobéir à sa volonté connue, ou de rejeter son enseignement comme s’il était un menteur. La seule liberté de pensée qu’il n’admet pas, c'est la liberté de penser l'erreur, de méditer le mal, de comploter le crime. Insistez-vous sur cette manière de penser? Si oui, soyez sage, gardez-la soigneusement dans votre esprit, car si vous traduisez cette liberté par des actes, elle peut vous conduire au pénitencier, où il y a bon nombre de philosophes partisans de la liberté de penser.

{ngersoil — Songez à un Dieu infini qui agit comme le gouverneur direct d’un peuple, et qui cependant n’est pas capable de commander leur amour,

Commentateur. — C'est un sujet, il est vrai, digne d’une sérieuse attention. Dieu a délivré ce peuple de l'esclavage d'Egypte par une série de

. miracles des plus étonnants, il l’a nourri, pendant près d’un demi siècle, dans le désert, il lui a donné, pour y vivre, la Palestine, il l’a béni de mille manières, et cependant il n’a pu lui commander son amour ! Vraiment c'était un peuple endurci. Ce manque de reconnaissance pour les bienfaits divins, est une des preuves les plus frappantes de la faute originelle de l’homme.

Ingersoll. — Songez à l’auteur de toute miséricorde trempant ses mains dans le sang d’hommes, de femmes et d'enfants sans défense, simplement parce qu'il ne leur a pas donné assez d'intelligence pour comprendre sa loi !

Commentateur. — Songez à un homme qui parle sans cesse ‘ d'honneur irréprochable” de virilité et de vérité et présentant à ses lecteurs intelligents de si fausses assertions dénuées de tout fondement. J'ai mis en italique, dans la citation ci-dessus, les mots qui contiennent une fausseté blasphématoire Sur quelle preuve ou autorité affirmez-vous que des hommes, etc... ont été punis smplement parce qu'ils n'avaient pas assez d'intelligence pour comprendre la loi? Quelle preuve avez vous qu'ils n’ont pas compris la loi P Les peuples punis ont ils jamais fait valoir cette excuse pour atténuer leurs crimes ? Cette calomnie contre votre Créateur et votre juge est, de

votre part, une invention pure et simple. C’est un principe de la morale révélée que ceux qui n’ont pas assez d'intelligence pour comprendre la loi, n’y sont pas soumis, Les idiots et les fous ne seront pas jugés par la loi.

Vous citez un passage du Deutéronome XIII, où la peine de mort est portée contre ceux qui excitent les autres à commettre l'idolâtrie et vous ajoutez :

Ingersoll. — Voïlà la liberté religieuse de la Bible.

Commentateur. — Nous avons vu que l’idolätrie était une trahison contre l'Etat. Entendezvous par liberté religieuse le droit de trahir ? Si oui, la liberté religieuse est incompatible avec l’ordre social, rendant impossibles toutes les formes de gouvernement. Nous avons un exemple qui va bien au sujet. Le major André a excité Arnold à commettre un acte de trahison. Washington étaitil un ennemi de la liberré parce qu'il fit pendre l'espion ?

Ingersoll. — Si vous eussiez vécu en Palestine, et que l'épouse de votre cœur, que vous aimiez plus que votre âme, vous eût dit : “ Je préfère la religion de l'Inde à celle de la Palestine,” votre devoir eût été de la mettre à mort.

Commentateur. — Ce n’est pas vrai, car la loi

défend l'excitation à l'idolâtrie, aux actes de trahisor. Et la simple expression d’une opinion, bien qu'elle füt la preuve d’un mauvais goût et d’un jugement pire encore de la part de la femme, ce n'était pas ce que la 15i puissait.

JIngersoll. — Si elle eût dit :‘‘adorons le soleil,” c'eût été votre devoir de la mettre à mort.

Commentateur. — Nous avons ici un cas très précis d’excitation‘à la trahison, ce qui est en soi une trahison. L’idolâtrie était une trahison contre le souverain de l'Etat Juif. Les lois de toutes les nations punissent de mort la trahison, et nous ne pouvoas voir quelle différence il peut y avoir que le traître soit un homme ou une femme. On devrait retrancher le traître du corps politique, tout comme vous retrancheriez un cancer de votre joue, nonobstant votre fade sentimentalisme.

Zngersoll, — ‘ Est-ce possible qu’un être d’une infinie miséricorde ait pu imposer à un mari de mettre à mort sa femme pour avoir commis le crime de dire son opinion sur un sujet de religion P ”

Commentateur. — La loi du Deutéronome, que vous avez citée, ne dit rien au sujet des sentiments que l’on exprime sur un sujet religieux. Voici comment elle s'exprime : ‘‘ Si ton frère, ton fils, ta fille ou la femme de ton choix... t'excitent

secrètement en disant : adorons d'autres dieux." Il semble qu'il y a ici plus que la simple expression d’une opinion sur le sujet de religion.

{nger 017, —— “ A-t-on trouvé, dans les annales d'un monde sauvage, rien de plus parfaitement infernal que ce conmandement de Jéhovah ? ”:

Commentateur. — Je ne connais pas grand’chose des annales des sauvag:s, et j'ignore qu'ils se soient occupés d’annales, inais ce que je sais bien, c'est que la loi qui punit la trahison de mort se trouve dans toutes les annales des peuples civilisés de l'univers.

Ingersoll, — “ Pour le justifier, on s'appuie sur ce que le blasphème était un manquement à la fidélité politique, et l’idolâtrie un acte de trahison ouverte.”

Commentateur. — Si vous étiez seulement doué d’une moyenne de pénétration logique, vous verriez que, jusqu’à ce que vous ayez renversé cette position, la justification est complète. Il n’y a que deux moyens de renverser la position de M. Black. D'abord, en niant son affirmation comme un point historique ; ensuite, en prouvant que la trahison n’est pas un crime et ne devrait pas être punie de mort. Vous n’essayez pas même l’une ou l’autre de ces réfutations. Vous vous contentez de donner une demi-page de la plus sotte supposition

dans laquelle vous déployez, jusqu’à un remarquable degré, la faculté du maître d'école de Goldsmith, qui, bien que battu, pouvait encore argumenter. Voici un spécimen de votre manière de procéder :

Zngersoll. — Nous pouvons comprendre qu’un roi de la terre ait besoin des services de son peuple ; que la désertion d’un de ses soldats affaiblisse son armée ; mais si ce roi avait une puissance infinie, sa force resterait toujours la même, et jamais, dans aucune circonstance l'ennemi ne pourrait l'emporter.

Commentateur. — Puisque vous comprenez tant de choses il serait aussi bien de comprendre que Dieu n'inflige pas de châtiment parce qu'il craint de perdre son pouvoir, mais parce qu’il doit insister sur l’obéissance et le respect dûs à son autorité suprême, et parce que aussi il ne peut pas être traité en roi idiot et menteur. Vous devriez également comprendre que la culpabilité de la trahison ne repose pas sur le succès. La trahison est-elle moins criminelle parce qu’elle s'élève contre Dieu, ou bien doit-il s'abstenir de mettre en exercice son pouvoir de nous contraindre à obéir, parce qu’il est tout-puissant P

Ingersoll. — Sa force resterait la même.

Commentateur. -- À coup sûr, mais il n’est

os 118.

nullement question ici de force mais bien d’awtorité, Vous devriez comprendre que la force d’un roi ou d’un gouvernement n'est pas la mesure ou le critérium de la trahison. La trahison s’en prend à l'autorité ou au droit et au titre de gouverner, C’est là que réside sa malice et non dans le succès ou l’insuccès. Dieu n’a aucun besoin de son peuple, mais il insiste sur l’obéissance et le respect dûs à son autorité suprême. Celui qui a le droit de faire des lois à aussi le droit d’en im poser l'exécution en punissant ceux qui les enfreignent.

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