‹ Notes sur Ingersoll [microforme] :Chapitre 18 sur 34 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Les droits de la femme. — La Maternité. — La condition de la femme parmi les Juifs et les paiens. — Quelques erreurs de M.

Ingersoll.

Jngersoll. — Où trouverons-nous, dans l’Ancien Testament, les droits de la femme, de la mère et de la fille définis ?

Gommentateur. — Nous les trouvons dans la trame et dans le tissu de tout le livre. Mais, avant de particulariser, il est nécessaire de savoir ce que vous entendez par ces ‘droits ” et si vos notions sur le sujet sont exactes. Je puis nier ce que vous affirmez comme des ‘“ droits ”. Jusqu’à ce que ces droits soient bien définis, indépendamment de vos sentiments et des miens, on ne pourra intelligiblement discuter ce que la Bible dit sur ce sujet.

Ingersoll. — Même dans le Nouveau Testament on lui dit qu’elle ‘la femme ” doit ‘“apprendre en silence et dans toute soumission.”

Commentateur. — Excellent avis pour l’homme,

la femme et l'enfant. Comment pouvez-vous apprendre autrement ? Aimez-vous l'étudiant impertinent et mal-appris ?

D’après l’idée chrétienne, le mari et la femme sont deux dans une chair. Ils sont unis par un amour intime et mutuel en Dieu, et doivent s’édifier l’un l’autre dans la paix, la fidélité et le support mutuel. Le mari est la tête de la femme, qu’il doit aimer, estimer et respecter comme luimême et protéger. La femme est, dans le cercle de ses devoirs, à côté de l’homme, non soumise à lui comme l'enfant l'est à son père, ou comme l’esclave au maître, mais comme la mère, à l’égal du père, ayant, non moins que lui des droits sacrés et imprescriptibles. Mais de même que dans toute société ou corporation il est nécessaire que quelqu'un ait le premier rang et l'autorité, afin que l’ordre et la paix soient maintenus, de même aussi dans cette association de l’homme et de la femme appelée mariage, dans laquelle les parties sont étroitement liées l’une à l’autre, il doit y avoir un supérieur, tandis que chacun, selon son rang, a ses besoins, ses devoirs et ses droits.

La femme ainsi élevée au-dessus de la condition de la subjection absolue et de l'estime inférieure dans laquelle elle se trouve en dehors du christianisme, prend un rang honorable et impo-

sant à côté de son mari. Néanmoins, elle est à certains égards soumise à son mari, auquel, aux termes de la loi chrétienne, elle doit obéir, non en esclave mais librement, de la même manière que l’Eglise obéit au Christ, son chef. Une vie aimante, pieuse, morale, intérieure et laborieuse, fait la gloire de la femme.

Voici comment saint Paul décrit les devoirs du mari : “ Maïs cependant ni l’homme n’est sans la femme, ni la femme sans l’homme, dans le Seigneur. Car, de même que la femme vient de l'homme, de même aussi l’homme est par la femme ; mais toutes choses sont de Dieu. ” I Co- RINT XI, 11, 12.) Et encore : ‘* Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé aussi l'Eglise et s’est livré pour elle... Ainsi pareillement doivent les hommes aimer leurs épouses comme leurs corps. Celui qui aime sa femme, s'aime lui-même Car aucun homme ne haït sa propre chair ; mais il la nourrit et l’entretient, comme le Christ pa. reillement fait son Eglise, Parce que nous sommes les membres de son corps, de sa chair et de ses os. Voilà pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et ils seront deux dans une seule chair... Toutefois, que chacun parmi vous aime en particulier sa femme comme lui même. (EpPHes. V. 25 à 33.) Voilà les doctrines qui ont émancipé la femme.

Ingersoll, — D'après l'Ancien Testament, la femme avait à demander pardon et à se purifier pour le crime d’avoir conçu des fils et des filles.

Commentateur. — Aucun peuple sur la terre n’a jamais tenu la maternité en plus haute estime que le peuple juif. C’est ce que vous devez savoir, à moins que vous n’ignoriez complètement l’histoire de ce peuple remarquable telle qu’elle est racontée dans la Bible. La maternité était la gloire des femmes d'Israël, et l'épouse stérile déplorait son malheureux sort ; elle pleurait et suppliait le Dieu d'Abraham de faire disparaître sa honte. Lisez le cantique d'Anne à la naissance de son fils Samuel, (Samuel II) et vous apprendrez ce que vous semblez ignorer, que devenir mère en Judée était une occasion d'actions de grâces et de réjouissances, et qu'être stérile était considéré comme une affliction et un jugement infligés par la colère de Dieu.

Lorsque la mère de Samuel vint offrir le sacrifice de purification, elle le mit dans les mains d'Héli, le grand prêtre et dit: ‘ Pour cet enfant j'ai prié, et le Seigneur a accordé la demande que je lui avais faite. Voilà pourquoi je l’ai donné au Seigneur. Et ils adorèrent le Seigneur. Et Anne priait et disait: Mon cœeur s’est réjoui dans le Seigneur. .. Il n’y en a point d’autre qui soit

saint que le Seigneur, et il n’y en a pas qui soient forts comme notre Dieu.”

Voilà une étude pour un peintre; ces douces et joyeuses paroles de reconnaissance sortent du cœur heureux d’une mère. Demande-t-elle pardon d’avoir conçu un fils? Y a-t-il rien ici qui puisse faire naître la pensée qu’elle ait été coupable d’un crime? Comparez cette prière d’une mère israélite avec vos paroles mensongères, et vous verrez combien grossier et vulgaire vous apparaîtrez en sa présence. Vous souillez l’atmosphère sacrée et mystérieuse dont Dieu a enveloppé la maternité.

Ingersoll. — D'après l'Ancien Testament, la femme avait à demander pardon pour le crime d’avoir porté des fils et des filles.

Commentateur. — C'est faux. Je vous laisse le soin de nous dire si ç’a été intentionnel ou simplemcat l'effet de l'ignorance.

Ingersoll. — Mais “la femme devait être purifiée.”

Commentateur. — Sans doute, mais cette purification n’avait aucun rapport avec le crime et la culpabilité. Il y avait bien des purifications exigées par le rite juif. Il n’y avait m1 crime ni disgrâce a n'être pas pur rituellement. Un médecin qui touchait son patient, pour compter par exem-

ple ses pulsations, devenait impur par ce fait. (Levit, xv, 7.) Celui qui accomplissait l'acte charitable d'ensevelir les morts devenait impur, comme aussi celui qui servait dans les cérémonies sacrées. Lorsque par conséquent vous vous imaginez ‘“ qu’impur ” signifie crime et culpabilité, et lorsque aussi vous parlez du crime de porter des fils et des filles, vous montrez tout simplement votre ignorance sur ce que vous traitez si cavalièrement. Pope avait raison de dire : ‘ que peu de savoir est une dangereuse chose.”

{ngersoll. — La doctrine qui fait de la femme l'esclave ou le serf de l’homme n’est que de la sauvagerie pure et simple.

Commentateur. —— Non, ce n’est pas de la sauvagerie ; c’est purement et simplement une doctrine fausse. Mais comme ni Juif ni chrétien ne croient que la femme soit esclave ou serf, je ne vois pas la portée de votre remarque.

Zngersoll. -- Dans aucun pays du monde, la femme n’a eu moins de liberté que dans la Terre- Sainte.

Commentateur. — Cela dépend de ce que vous entendez par ‘ liberté. ” Il est vrai que les femmes des Juifs n'avaient pas la liberté de faire bien des choses qui étaient permises aux femmes des nations païennes, tout comme des femmes

honnêtes ne peuvent se permettre les mêmes actes que celles qui sont ou dépravées, ou déchues C’est ce qui donne aux lois de Moïse la prééminence sur celle des païens. L'’honneur des femmes et la modestie des vierges étaient protégées en Judée. Les femmes d'Egypte, de Chaldée, de Perse et de Grèce, etc, pouvaient se marier avec leurs oncles, leurs frères et leurs pères, et les mères elles-mêmes étaient libres de se marier avec leurs fils. Oh ! que Moïse est cruel de refuser ces libertés aux femmes de Judée ! Les femmes païennes pouvaient sacrifier leur vertu sur les autels impudiques de Vénus et de Cybèle. Aucun chrétien vertueux ne peut lire la description du culte pervers et impur auquel se livraient les païens, sans frémir de tout son corps. Moïse a défendu ces abominations par honneur envers Dieu et par respect pour la nature humaine, et pour cela vous l’accusez de ravir ‘“ les droits ” des femmes. C’est un honneur pour les femmes juives de n’avoir pas pratiqué ces ‘‘ libertés ” et pour la législation juive de ne les avoir pas permises. Si vous aviez lu et étudié les historiens Hérodote et Strabon sur la condition de la femme à Babylone, en Lydie, en Thrace, en Arménie, en Médie, dans les Indes, en Egypte et

en Grèce, vous auriez bien moins à dire sur ‘‘ ses

libertés.” Je vous renvoie à ces auteurs. Il ne serait pas convenable de citer leurs descriptions de la vie, des mœurs et du culte de ces contrées, dans un livre écrit pour des lecteurs modernes et civilisés. La vie de la mère et de l'enfant était protégée en Judée. Dans les pays mentionnés plus haut elle était à la merci du mari qui était le maître. C’est ce qui avait lieu pareillement à Rome.

Ingersoll. — ‘* La situation de la femme était de beaucoup préférable en Egypte qu’en Palestine.”

Commentateur. — Voilà une de ces audacieuses et téméraires assertions qui caractérisent toutes vos conférences et tous vos écrits. D’après le témoignage de Strabon, qui a parcouru l'Egypte avant l'ère chrétienne, les femmes y travaillaient la terre et la cultivaient. Leur condition avait quelque similitude avec celle des squaws parmi les Indiens de nos territoires de l'Ouest.

L'Egypte est la terre du silence et du mystère. Son origine, son antique religion, ses mœurs et ses lois sont pour le moins une matière à conjecture pour l’archéologue expert dans les hiéroglyphes. Le sphinx, aux lèvres de pierre en est le vrai symbole. Au delà de la dix-septième dynastie de Manetho, lorsque Joseph était le premier

ministre, de l'Egypte, iln’y a aucune histoire ni sûre niintelligible. Les Égyptiologues, de Clément

’Alexandrie à Champolion, Young et Wilkinson, ont en vain énuisé leur génie et leur savoir pour pénétrer les mystères de la silencieuse vallée du Nil, et pour faire parler les empreintes de ce peuple mystérieux et nous dire quelque chose du passé, quelles étaient ses mœurs et ses habitudes sociales et d’où il venait. Le sphinx continue à sourire de ses lèvres rigides et de pierre, le sable des âges s’amoncèle à la base des pyramides et l’homme renonce de désespoir à pénétrer le mystère, lorsque tout à coup et d’une manière inattendue la lumière perdue depuis si longtemps jaillit soudainement dans tout son éclat. Ingersoll parle,et tout n’est plus que lumière. ‘“ La situation de la femme, dit-il, était bien meilleure en Egypte qu’en Palestine.” Mais, cher Monsieur, où et comment avez vous appris cela ? L'histoire de l'Egypte, avant les Ptolémées, se perd dans la nuit des temps. Les écrits d'Hermès Trismégiste sont apocryphes. Nous n'avons de Manetho que des fragments. Il ne nous reste que l'Ancien Testament, Hérodote et Strabon, et les deux derniers ne sont qu’un écho affaibli de la dernière agonie et des convulsions suprêmes d'un peuple puissant qui tombe et s’évanouit

devant la gloire grandissante de la Grèce et de Rome. Ces écrivains ne consignent que le dernier acte du drame de la vieille Egypte. Mais ce qu’ils rapportent contredit vos assertions,

Jngersoll. — Sur les tombes anciennes, le mari et la femme étaient représentés assis sur le même siége.

Commentateur. -- Ceci n’est de nulle conséquence ; mais je le rapporte pour avoir une occasion de vous demander d’où vous savez qu'ils sont représentés comme »ari et femme ?

Zngersoll. —— En Perse, les femmes étaient prêtresses.

Commentateur. — Oui, mais une prêtresse signifiait une femme qui, si elle vivait de nos jours à New-Vork, serait envoyée à l’île de Blackwell.

Ingersoll. — À l'apparition du christianisme, dans tous les pays païens, les femmes offciaient sur les autels sacrés.

Commentateur. -- Oui. Strabon rapporte qu’il y avait à Corinthe un temple de Vénus si riche qu'il entretenait plus de mille fernmes publiques, cansacrées à son service. Voilà comment elles “ officiaient.” C'était grand temps pour l'arrivée du christianisme ou de l'Enfer.

Zngersoll. — Elles étaient préposées à la garde du feu éternei,

Commentateur. -- Et probablement elles continueront à remplir cet office.

Zngersoll. -— Leurs lèvres prononçaient les oracles du destin.

Commentateur. — Tout comme continuent à le faire ces femmes médium, de réputation douteuse, diseuses de bonne fortune, bohémiennes, etc,

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