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Dans la région de la Prairie, le terrain est occupé en grande partie par les pâturages naturels. L'État d Illinois en présente un exemple. Lors de notre visite à l’école de Champaign, des renseignements très précis nous ont été donnés sur l'agriculture de ce pays par M. Davenport, directeur du collège agricole et de la station expérimentale. L'ensemble des renseignements permet de se faire une idée assez exacte de l’économie rurale de cette région.
L'étendue des fermes de l'État d'Illinois varie de 40 à 23,000 acres. La plupart ont cependant une étendue de 160 à 320 acres.
L'importance des exploitations dépend avant tout du capital dont le fermier peut disposer, ainsi que du mode d'exploitation. Les plus grandes fermes produisent exclusivenient des céréales ou ne se composent que de pâtures. Dans les petites fermes, les entreprises sont variées.
La culture du froment s'étend spécialement au sud de l’État. A côté de cette plante, on trouve d'immenses vergers plantés de pommiers. Dans la partie centrale, on cultive pour ainsi dire exclusivement le maïs; ce dernier est destiné à être vendu ou à être transformé à la ferme en viande de bœufet de porc.
Au nord de l'État on rencontre surtout des exploitations laitières. Les principales cultures sont : le maïs, l’avoine et le trèfle. Dans un rayon de 150 milles autour de Chicago, le lait et la crème sont vendus pour la ville; ailleurs, c’est l'industrie beurrière qui domine.
L’ensilage, fort répandu dans la région laitière, est, pour ainsi dire, inconnu dans les régions à culture de froment ou de maïs. Dans ces dernières, le mais est égrené sur place et les tiges sont abandonnées pour servir plus tard de fourrage. Ce procédé est remplacé de plus en plus par l'emploi des moissonneuses-lieuses. Le fourrage est ensuite égrené et coupé à l’aide de machines. |
La paille de froment et d'avoine sert de litière, de même que le résidu du maïs coupé. Quelquefois, lorsque les tiges de maïs sont abandonnées dans les champs, suivant la vieille méthode, on les coupe en petits morceaux à l’aide de machines et on les enfouit au printemps. Parfois aussi on les détache en raclant le sol, lorsqu'il est gelé, avec des madriers longs et lourds, pour les rassembler et les brûler ensuite. Cette pratique condamnable disparaît pourtant rapidement pour faire place à d’autres moins nuisibles à la fertilité du sol.
La récolte du maïs ne se fait qu’à la machine, même chez les petits cultivateurs.
Les fermiers américains se soucient peu d’amoindrir ou d'altérer la fertilité du sol et de gaspiller même une partie des produits au moment de la récolte; mais ils sont, certes, les plus avares du monde au point de vue de la main-d'œuvre, ce facteur étant le plus onéreux de l'exploitation. Il n’est donc pas étonnant que l’on recoure à l'usage des machines partout où l’occasion est favorable, voire mème pour la transplantation des rangées de plants élevés en pépinière. Pour le même motif, on tient aussi un grand nombre de chevaux.
Combien de chevaux un homme peut-il conduire? tel est le problème qui se pose devant le cultivateur américain.
Même lorsque tout le fumier produit est employé, la quantité est insuflisante en maints endroits où la fertilité du sol est en décroissance. La teneur naturelle du sol en azote et en potasse est abondante, mais la quantité d'acide phosphorique est plus limitée. On fait maintenant un usage courant de poudre d'os et de phosphates.
Les conditions matérielles d'existence à la ferme varient beaucoup. Dans les contrées les plus riches, les fermiers possèdent d'excellentes habitations et des étables bien conditionnées pour le bétail. Certaines résidences de fermiers
sont pourvues de tout le confort moderne que l’on trouve dans les habita-
tions des villes ; d'autres, quoique plus simples, ne sont privées d'aucune chose utile.
Dans l'État d'Illinois, on ne peut plus se procurer des terrains à moins de 150 à 200 dollars par acre et mème davantage dans le voisinage des villes. Le prix de 195 à 175 dollars constitue une bonne moyenne. La valeur vénale du sol est un excellent indice de la prospérité de la culture. Si la terre peut procurer un revenu net annuel de 6 dollars par acre, elle a une valeur de 100 dollars; si la rente monte à 9 dollars, la valeur du sol se chiffre par 150 dollars, et ainsi de suite sur la base de 6 p. c.
En général, dans la région méridionale de la Prairie, les champs de maïs prédominent et leur produit constitue la base de l'alimentation des animaux.
On nourrit les bêtes à cornes au moyen d'épis de maïs; 11 à 16 p. c. des grains ne sont pas digérés : c'est ainsi que les pores peuvent encore trouver leur nourriture dans le fumier. Le foin est donné à discrétion; quant au fenil il affecte une disposition particulière : on y pratique des ouvertures par où les bêtes peuvent atteindre au fourrage; la masse s’abaisse au fur et à mesure qu'elle est consommée.
Les veaux et les vaches se trouvent souvent dans les étables sans être attachés, et en été le bétail ne quitte pas le pâturage. On voit que tout est disposé de manière à réduire la main-d'œuvre au minimum. Ainsi, une ferme de 350 hectares ne demande pas plus de six ouvriers. M. De Donder, un colon Belge, dont j'ai visité la culture à Saint-Mary (Kansas), exploite sa ferme de 65 hectares à lui seul avec un ouvrier. Dans cet État, en général, les terres sont mal fumées; les déjections des animaux sont considérées comme une malière encombrante dont on se débarrasse le plus économiquement possible.
Quand le sol commence à s'épuiser, on a pour règle de l’abandonner pendant quelques années afin qu'il se restaure en servant de pâturage ; mais Ja terre ne récupère plus sa fertilité primitive et l'opération répétée, un certain nombre de fois, amènera fatalement la ruine. Il est vrai qu'alors on pourra ramener à la surface le sous-sol qui est aussi riche. ;
Pour les terres très fertiles, 1l n'est pas question d'assolements, mais plus tard quand elles s'épuisent, on tend à en créer. Les labours ne se font que sur
une profondeur de 3 à 6 pouces. Cette particularité, combinée avec le peu de soins que l’on met à nettoyer les terres, explique la modicité relative des
rendements.
Nous avons visité une autre colonie belge à Spalding (Nébraska). Cette: localité qui fait partie du comté de Greeley est située dans la «Cedar Valley». Le pays présente plusieurs avantages naturels. Le sol des vallées est très fertile ; les collines produisent des raisins, des cerises et des prunes. La rivière Cedar, qui ne tarit jamais, fournit assez d'eau pour tous les besoins économiques et industriels. Un grand moulin y est alimenté par les eaux. De plus, un canal d'irrigation amène les eaux du nord.
Le sol et le climat conviennent parfaitement à l'agriculture. La pluie tombe abondamment au moment de la croissance des récoltes. Les familles belges installées à Spalding sont très satisfaites du moment qu'elles disposent de capitaux suffisants. Aussi on peut assurer que les Belges établis dans cette contrée ont devant eux un certain avenir (1).
Les fermes au Nébraska occupent une superficie carrée de 160 acres en moyenne. Une ferme de cette importance peut y être exploitée par un homme et un attelage. En général, 50 acres sont emblavés de maïs, 50 d'autres céréales et le restant est livré à la pâture. Les pailles sont utilisées comme fourrage en hiver.
Les fermes d'élevage sont situées principalement dans les parties sablonneuses, où la terre est à bas prix.
Les cultures y sont conduites comme dans la plupart des États voisins ainsi qu'il a été dit notamment pour l'État d'Illinois.
La valeur des terres varie de 2 à 200 dollars par acre. Le capital nécessaire, pour une ferme d'importance moyenne, est de 800 dollars, en dehors du prix d'achat du sol. Dans les bonnes années, le bénéfice réalisé par le fermier peut s'élever à 600 dollars.
Dans les États du nord de la région de la Prairie, prédomine la culture des céréales. Au Dakota, on rencontre la grande ferme à froment de Dalrymple.
La clémence extraordinaire du climat sur les côtes du Pacifique permet toute espèce de culture, dès que l'humidité est suffisante. Le froment y est cultivé, les semailles y peuvent durer jusqu’au mois de février et la moisson commence en Juin.
C’est dans cette région que se trouvent les plus grandes fermes des États- Unis. On peut y voir des exploitations comptant jusque 100,000 acres de
(t) La colonisation a commencé en 1886; depuis lors, les Belges sont arrivés; ils sont maintenant au nombre de cent cinquante familles. Pour tous renseignements s'adresser au Rev. M. Devos, curé à Spalding, Neb.
SRE er RER
terres emblavées. Ces vastes exploitations ne sont animées que lors des semailles et au moment de la moisson. Pendant le restant de l’année, on n’y découvre pas trace de vie humaine.
A l'approche de la saison des pluies, les ouvriers indispensables sont rapidement engagés et l’on achète les bêtes de trait nécessaires ou bien on les capture sur les pâturages où elles avaient été laissées l'année précédente. Les labours se font avec des gang-plows à plusieurs socs. Les semoirs suivent les charrues. La besogne faite, les ouvriers quittent et on lâche les animaux. |
Quand il s’agit de faire la moisson, il faut disposer du maximum de forces. Les ouvriers sont de nouveau rassemblés de près et de loin au moyen des agences d'enrôlement existant dans un grand nombre de localités. On obtient ainsi un mélange d'éléments hétérogènes de toutes nationalités. La concorde ne règne pas toujours; cependant au jour fixé les machines se mettent en marche.
La sérénité de l’air est telle que Le blé est parfaitement sec et qu'il va directement de la moissonneuse à la batteuse; et là où ondulait au matin une mer d'épis, on ne rencontre plus le soir que des monceaux de sacs de blé qui, une semaine plus tard, sont en route pour l'Europe. La paille sert de combustible pour Jes batteuses mues par la vapeur et construites en conséquence.
On commence à employer des machines qui coupent et battent le blé en même temps, mais elles semblent encore réclamer des perfectionnements.
Quoique cette région soit très productive, elle n'a qu’une étendue relativement limitée.
Dans l'immense région des Montagnes Rocheuses, la culture proprement dite est très difficile, car l'eau y est rare. Le sol ny produit que de maigres herbages qu'on a su utiliser pour élever économiquement du bétail. Dans ces terres, appartenant aux États ou au gouvernement fédéral, le pâturage est toléré. Les pasteurs s'y établissent et délimitent une certaine étendue de terrain appelée « ranche ». Sur chaque « ranche », il y a une maison d’habitation, une écurie pour les chevaux et un clos y attenant.
Le « ranchman » se procure les animaux nécessaires, les réunit dans le clos, leur appose sa marque, puis les laisse pâturer sous la surveillance d'hommes à cheval nommés « cowboys ».
Pour 1,000 bêtes, il faut quatre cowboys; pour 5,000, dix suffisent. Les herbes des steppes conservent leurs propriétés nutritives en hiver et les animaux fouillent la neige pour les manger.
Le vent balaie fréquemment le sol, mais il arrive également que la neige à moitié fondue regèle et forme une croûte dure qui blesse les animaux au museau et aux pieds, et les prive de nourriture; alors le troupeau peut être effroyablement décimé. Certes, on pourrait donner du foin, mais dans ce cas l’entreprise deviendrait moins lucrative, de sorte qu'on trouve moins onéreux de subir des pertes qui en moyenne atteignent 6 p. c. Il
y a toutefois des « ranches » où, par exception, on donne un supplément de nourriture.
Au printemps, on réunit les animaux dans les clos, les voisins se restituent réciproquement les bêtes égarées et l’on choisit celles qui devront être conduites aux meilleurs pâturages, pour les engraisser en vue du marché, résultat atteint vers le mois de septembre.
Dans les décades passées, les « ranchmen » faisaient des bénéfices atteignant 90 et même 100 p. e., mais aujourd'hui ils doivent se contenter de 15 à 40 p. c. Actuellement, il y a dans les steppes environ 7 millions de têtes de bétail.
Si l’on parvenait à donner économiquement du foin pendant une parte de l'hiver, le bétail des steppes pourrait atteindre un chiffre colossal, car ces territoires, de valeur médiocre, sont immenses. Toutelois l’agriculture régulière avance constamment vers l'ouest et envahit les « ranches ».
Le bétail des « ranches » doit être rustique; les bœufs conviennent très bien pour le joug ; mais sous tous les autres rapports, ce bétail est de qualité secondaire. On tâche de l'améliorer par des croisements afin d'obtenir ainsi des bénéfices plus élevés.
On élève également sur les « ranches » des chevaux et des moutons, mais en nombre moins considérable.
Le gouvernement fédéral fait de grands et très fructueux efforts pour propager l'irrigation dans la région des steppes.
Comme nous venons de le dire, la quantité de pluie est insuffisante dans cette région, qui n’a pas moins de 100 à 150 milles de largeur sur 800 de longueur.
Elle s'étend du milieu de l'État d'Idaho et de Wyoming à travers l'Utah, le New Mexico, le Colorado, l’Arizona, la Nevada jusqu’à la Californie du Sud. Des masses considérables de neige fondent au printemps et donnent naissance à de petites rivières que les cultivateurs captivent pour former une réserve d'eau destinée à entretenir la fraîcheur des plantes pendant leur développement.
Le mode d'utilisation des eaux des montagnes est devenu de plus en plus systématique ; des compagnies se sont formées pour construire des barrages et des canaux afin de fournir l'eau aux fermiers à un taux modéré. Dans le Wyoming, plus de quatre-vingt-dix compagnies se sont constituées, et dans les divers États, on a déjà fertilisé des centaines de milliers d’acres. L'eau des montagnes est la plus estimée, toutefois on s’en procure également dans les ruisseaux, aux lacs, aux sources, dans les puits ordinaires, les puits artésiens, mais ces dernières eaux doivent être préalablement examinées, car si elles contenaient trop de sels, on risquerait de frapper les terres de stérilité. Le cas s'est produit dans l'Inde anglaise, où un vaste système d'irrigation, qui avait absorbé de gros capitaux, échoua complètement. On trouve les plus belles irrigations en Californie, en Arizona, dans l'Orégon, dans l'État de Washington et dans l’Utah, puis dans le Colorado, où j'ai visité une ferme irriguée à Pueblo.
ds.
MN D Crus
Le système le plus employé est le système par infiltration ; on utilise également le système par submersion et l'irrigation souterraine, mais sur une moindre échelle. On pratique très exceptionnellement les arrosages par véhicules.
Lorsqu'il s'agit de terres labourables, l'eau arrive par des fossés et se répand dans les rigoles, distantes de douze pieds ; elle déborde sur le champ ou bien pénètre dans le sol par infiltration.
Pour ne rien gaspiller, on dispose de vannes afin de régler le débit.
Quand l'eau ne se trouve pas à un niveau assez élevé, on la fait monter par des moulins à vent, notamment en Californie, où les vents soufflent avec une grande régularité.
Pour appliquer l'irrigation souterraine, on dispose les tuyaux de terre cuite à une profondeur de 1 à 1 {/, pied ; l'écart des rangées comporte 6 à 8 pieds au maximum. Il suffit d'admettre l’eau dans les tuyaux. S'il arrive que la terre est trop humide, les mêmes tuyaux servent de drainage.
Cette méthode donne de bons résultats, mais elle est coûteuse, trop coûteuse même pour les terres à culture ordinaire de froment.
Aux approches du parc national de Yellowstone, on rencontre déjà des irrigations.
Près de Fort-Collins, on irrigue les champs de plusieurs fermes, soit par infiltration, soit par submersion. On obtient ainsi de la luzerne qui fournit six tonnes de foin par acre. A Pueblo, j'ai vu également de magnifiques luzernières. Ce fourrage, qui sert à engraisser des bœufs, constitue souvent même leur nourriture exclusive. L'engraissement dure depuis octobre jusqu’en maï Ou Juin. ;
Rien n'est plus intéressant que de contempler sur place les effets de l’eau. Les fermes irriguées ressemblent à de véritables oasis. Dans ces climats où la température permet une longue période de végétation, on obtient des résultats étonnants,
En Californie, l'eau permet d'obtenir des récoltes pendant tous les mois de l'année à l'exception de deux. Les récoltes d'une année ont parfois une valeur qui atteint 200 p.c des avances faites à la terre. Dans le sud-ouest des États- Ünis, il y a d'immenses superficies où la terre est déserte ou brûlée par le soleil; mais l'irrigation y fait surgir des jardins florissants et des moissons luxuriantes.
La Californie méridionale était aride; l’eau l'a transformée en vignobles et en vergers où poussent l'oranger, le pècher, le cerisier. Le terrain, qui ne valait rien a atteint une valeur de 100 dollars par acre en dix ans.
Le développement futur des États-Unis dépendra en partie de la mise en culture des immenses régions des steppes.
Nul doute qu’on y parvienne, car d’un côté on dispose du puissant moyen de l'irrigation, de l’autre, d'herbes peu exigeantes sous le rapport de l'humidité. Nous savons, en effet, que les stations expérimentales qui s'efforcent d'en découvrir, ont déjà partiellement atteint leur but.
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NT 4e 22
Types DE FERMES (!).
Les Américains excellent dans la façon d’approprier leurs cultures aux conditions et aux circonstances locales, lesquelles varient beaucoup aux États-Unis, depuis les fermes à autruches, à coton, à ananas dans les régions méridionales jusqu'aux fermes à céréales dans le Nord. IT nous paraît utile de signaler quelques types se rapprochant plus ou moins de ceux que l'on rencontre dans nos climats.