‹ Notes sur l'américanisme; quelques-unes de ses lacunes en 1900Chapitre 12 sur 46 · COSTA RIGA · texte numérisé non relu

COSTA RIGA

Régions peu connues. — On connaît à peine la région délimitée par la rive droite du rio San Juan, c'est-à-dire le bassin des affluents de droite de ce fleuve et les forêts avoisinant les nos San Carlos et Sarapiqui, seules routes de cette contrée, puisqu'elles sont naturelles. Il y a aussi toute la partie du Costa Rica à l'ouest de la ville de Cartago, sauf les rivages des deux océans, et les deux côtés des routes allant 1^ à l'ancienne province des Talamanca, sur le versant atlantique ; 2® à la province colombienne de Chiriqui, sur le versant pacifique. Tout le reste de la partie sud-est et sud-ouest du Costa Rica est peu ou point connu ou exploré. La frontière même de ce pays avec la Colombia est très vague. Aussi les habitants des deux pays, par crainte d'expropriation par Tun des deux États, ou de contestation simplement, préfèrent-ils ne pas s'installer dans cette région qui reste à peu près déserte et inconnue.

Malgré les voyages d'exploration entrepris dans cette contrée en 1891/ 2 par le professeur H. Pittier [voir Miiteilungen de Goihay 38® vol., l®"" cah., 1892] les c( Cordilleras CosteOas » comprises entre la « Montaiîa de Dota » et Terraba, sur le versant du Pacifique, étaient encore inexplorées en 1891. D'après ce savant suisse, le Chirripo des habitants de la vallée du rio Grande de Terraba, peut-être le massif montagneux du Costa Rica le plus élevé, est appelé à tort Mont VValker par les marins du Ranger et la carte de l'Amirauté anglaise n° 587. Le nom Ujum qui est employé, paraît-il, par les Indiens du nord pour désigner un des sommets de la cordillère principale, est inconnu des Indiens du sud ; M. Pittier ne sait pas sûrement s'il doit être appliqué à un autre massif de montagnes qui se trouve dans le voisinage du Chirripo près des sources des rios Requis (limites des Sabanas de Ulan vers l'ouest), Achiote, Caûas et Volcan. On observe aussi que, chez les Indiens du nord, le mot u-jum n'est pas un nom propre, mais sert à désigner chaque pic dénudé. Le Pico-Blanco n'a rien d'extraordinaire, vu de la côte du Pacifique et personne ne le connaît sous ce nom. Les nombreuses arêtes montagneuses qui se succèdent au sud-est de ce pic jusqu'au volcan du Chiriqui (Colombia) sont complètement inconnues.

Il y a toujours eu certaines difficultés pour comprendre l'histoire des nations précolombiennes et intercolombiennes du Costa Rica, pour ce qui est de la localisation topographique de certaines localités, principalement du versant atlantique. Ainsi les rios Sicsola, Tilorio ou Changuinola et Estrella n'ont pu être localisés très distinctement. Heureusement que les patientes et savantes recherches de MM. de Peralta et H. Pittier vont bientôt élucider ces questions.

Géologie. — Des jadéites et d'autres pierres vertes, qu'on dit généralement être originaires de l'Asie ou de l'Amérique du Nord, ont été trouvées en grandes quantités à moitié ouvrées dans la provice de Guanacaste, la péninsule de Nicoya, et les environs de l'antique Purapura, près Cartago. Seraientce des ateliers de taille de pierres apportées de loin, ou serait-ce plutôt l'indice de la proximité de carrières de ces chalchiuitles ? il y aurait à faire en ces parages des fouilles géologiques. Leurs résultats pourraient quelque peu changer les théories de divers savants sur ces pierres précieuses de couleurs, telles que celles du D^ brésilien Barbosa Rodriguez sur le Muyrakita, et autres du même genre.

Grottes. — Celles voisines du rio Tisate et de l'hacienda « el Jobo », d'une part, et de l'hacienda de « la Gulebra », de l'autre, toutes deux dans la province de Guanacaste ou Libéria, ne sont pas explorées par suite de la crainte des habitants de s'y aventurer. On pourrait les explorer et en fouiller le sol et sous-sol.

Races. — On ne sait pas encore le nombre exact d'Indiens non civilisés résidant sur le territoire du Costa Rica : tantôt on l'évalue à 3500, tantôt à

Parmi ces indigènes, on peut comprendre : les Cotos ou Coctos qui habitaient en 1563 la vallée supérieure du rio Terraba. Sont-ce bien, comme le supposent MM. de Peralta et A. Alfaro (int. p. XIV Elnologia centroamericana^ Cat. Exp. Hist. Amer. Madrid, 1893) les ascendants des Borucas, Bruncas, Buricas ou Burucas ? Ceux-ci forment la branche talamanca du versant pacifique avec les Terrabas del Sur. M. Pittier ignore à quelle race appartiennent ces indiens, mélange de diverses tribus réunies par les missionnaires espagnols.

On n'a que fort peu de renseignements sur les Talamanca du versant atlantique, tels que les Terrabas del Norte ou Tiribis, les Bribris, Chirripos, Cabécares, Viceitas.

Il serait à souhaiter qu'on recherchât si l'énergique explorateur nord-américain Lyon, mort en novembre 1891, entouré de l'affection des Indiens de la Talamanca, au milieu desquels il vécut plus de 35 ans, n'a pas laissé de papiers ou documents quelconques sur ces indiens qu'il connaissait si bien. — 11 faudrait que le savant évêque Bernhardt August Thiel publiât, en outre des données linguistiques déjà fournies par lui, des renseignements ethnographiques sur les peuplades qu'il a visitées. Il aurait intérêt à être aidé dans cette tâche par MM. Juan J. Ferraz, D' Anastasio Alfaro, de Peralta, et Carlos Gagini.

Ces tribus Talamanca auraient des affinités ethnographiques soit avec les Caraïbes soit avec les Chibcha ou Muysca. Il serait utile d'étudier de plus près les rapports qu'on dit exister entre ces Indiens et les Guaymies, Doras-

ques, Chan^enas ou Changuenes, Chalivas et Cunas répandus depuis la lagune de Chiriqui jusqu'au golfe du Darien.

Les Indiens de la famille dorasque-changuina avaient presque disparu en 1882. Les Chalivas, qui en font partie, sont perdus dans les montagnes de la Talamanca et il a été impossible à A.-L. Pinart de les visiter ou de se procurer des documents sur leur état et leur langue (A. L. Pinart, Les Indiens de VÉlat de Panama, Paris, 1887). MM. Peralla et Alfaro avouent l'impossibilité de déterminer leurs affinités ethniques. Leurs vocabulaires précolombiens sont perdus.

LesCorobisi ouCorvesi sont ignorés : sont-ce les ascendants desGuatusos ? 11 ne reste d'eux que le nom donné à une province précolombienne du Nicaragua au nord-est de Subtiaba et à l'ouest du lac de Managua, et celui du rio Corobici ou Curubici, affluent du rio de la Caûas, qui l'est de celui de las Piedras, tributaire du Tempisque.

Les Guatusos ou Guatuzos parcourent en tous sens les forêts de la rive droite du rio San Juan. On ignore avec quelle race ils ont des affinités : il est peu probable qu'ils en aient avec les Lenca du Nicaragua, ou avec certaines peuplades du Venezuela, comme l'a affirmé le D' Ernst. Il n'y aurait sans doute rien d'invraisemblable à cette hypothèse, dont la solution pourrait fournir des horizons nouveaux à l'histoire des migrations américaines. Mais cette hypothèse aurait besoin d'être appuyée sur des bases solides manquant encore actuellement.

Les Votos, qu'on a trouvés près du village de leur nom, près de la première chute du rio San Juan (torrente del Toro) n'ont laissé de traces ni de leur langue ni de leur civilisation.

Quant aux tribus d'Indiens dénommés Valientes, par les Espagnols, et dont on ignore le nom indigène, elles vivent au sud et à l'est du Pico Blanco et sont encore très populeuses, d'après les renseignements des indiens Viceitas : mais, d'après Pittier, elles n'avaient pas encore été visitées par des explorateurs blancs en 1892.

De la lecture des remarquables « Apuntes para un libro sobre los aborigènes de Costa Rica », Madrid, 1893, de M. M* dePeralta, qni connaît le mieux l'histoire du Costa Rica d'après les archives espagnoles et américaines, découle un aveu regrettable : c'est qu'il y a encore beaucoup d'études à faire pour soupçonner ce que furent avant l'arrivée des Espagnols ces races si intéressantes; leurs débris actuels, ignorants, et dépravés ne conservent presque aucune tradition de leurs aïeux.

Le D"^ A. Ernst trouve que certaines langues du Costa Rica, telles que le guatuso, ont des affinités avec celles de la branches timote (de la Cordillère de Mérida, Venezuela), rattachées elles-mêmes à la famille chibcha (le Guaymi). Les preuves apportées jusqu'ici par le savant directeur du musée de

Caracas sont peu nombreuses. Il est nécessaire d'en trouver d'autres.

La lan^^ue çuatuso moderne aurait des affinités précises avec les lang^ues de la Talamanca, d'après M. Carlos Gaçini (La Universidad, San Salvador, avril 1894). Quelle conclusion en retirer?

Dans la préface du savant « Ensaijo lexicografico sobre la lengua de Ter» rafra, por H. Pittier y C. Gagini, San José de Costa Rica, 1892), le grand américaniste et évêque Berhnard Auguste Thiel déplore le manque de grammaires des langues Boruca, Biceita et Guatuso modernes (août 1892).

Archéologie. — D'après MM. Peralta et Alfaro, le champ des explorations archéologiques dans la région desCotoset Borucas promet de grands trésors, peut^tre plus grands que ceux trouvés jusqu'ici à Turrialba et à l'Aguacaliente.

On n'est pas certain du nom et de l'origine des constructeurs des sépultures d'el Guayabo, situé sur le versant oriental du volcan de Turrialba et exploré en 1891 avec tant de succès par le D'Anastasio Alfaro. M. Pittier ne sait à quelle tribu indigène attribuer les sépultures découvertes en 1891 près du Cerro de Buena Vista.

Dans les catalogues de l'exposition du Costa Rica à Madrid en 1892, il est question de sépultures attribuées à des Gûetares. On y a trouvé des têtes humaines en pierre de toutes races, jaunes, noires, etc. MM. Peralta et Alfaro expliquent cette singularité par l'hypothèse que c'étaitla représentation en pierre des tètes des peuples vaincus par les constructeurs de ces tertres. Ceci aurait besoin d'être étudié encore.

L'archéologue A. Alfaro cite (p. 11 Anligûedades de Costa Rica, San José, 1896) les ruines découvertes par le D"" S. Habel près de Santa-Maria de Dota et celles de M. Garvis prèsde Buenos Aires. Mais ces bases informes ne laissent guère croire que ce furent des édifices aussi artistiques que ceux du Nicaragua. On peut continuer les recherches.

M. H. Pittier parle {La Revista Siievay S. José C. Rica, 1" janv. 1897), de la vallée du Diquis, si difficile d'accès et si peu connue, des grandes savanes du Buenos Aires actuel ou Hato Viéjo et de ruines situées aux environs. L'explorateur ne sait si ces édifices ont été construits par les Indiens ou par les premiers conquérants espagnols. Peut-être serait-on en présence des fameuses « Ciudades » des conquérants, peut-être de Nombre de Jésus, que le M''' de Peralta place quelques lieues plus au sud, dans les précipices de Boca de Limon. Attendons le résultat des fouilles de M. Pittier et des déductions qu'il en tirera.

Sièges en pierre. — A propos des sièges figurant à la même exposition et provenant des collections J.-J. Matarrita, B. A. Thiel, Arellano, Troyo, et trouvés à Nicoya, je leur trouve des affinités comme formes avec les sièges trouvés à la côte de l'Ecuador. Cette question aurait besoin d'être creusée.

ainsi que les conséquences de rapports maritimes entre les deux pays, qui pourraient découler de cette étude.

Il y aurait lieu d'établir des comparaisons entre les « sellos » cachets appelés ailleurs « pintaderas » en forme de parallélogrammes, circulaires ou cylindriques du Costa Rica et ceux du Mexique, de Colombia et de l'Amazonas.

Orfèvrerie. — A propos des objets d'or en forme de grenouilles ou crapauds découverts à Aguacaliente (Cartago), Puriscal, S. Rafaël de Heredia, etc. on dit que les Indiens représentaient avec ces animaux en différentes postures les variations de la température. MM. Peralta et Alfaro trouvent qu'en effet il se pourrait que les Indiens se servissent de cet hygromètre naturel pour déterminer les époques auxquelles ils devaient cultiver leurs champs. Je croirais plutôt que c'était un animal symbolique adoré par eux comme divinité tutélaire ; ceci esta discuter.

Linguistique. On ne sait guère encore le nom exact du rio Negro. Est^ ce le Sicsola qui, en misskito, voudrait dire « père des rios, rio par excellence », ou bien a rio de los tiburones » en bribri ? Ces étymologies sontelles indiscutables ? Quelle est la plus ancienne ?

Page 1