ANTILLES
Généralités. Courants. — Les courants ayant été, jusqu'au commencement du XIX* siècle, un facteur très important de la navigation maritime, surtout pour les petites embarcations à la voile et à l'aviron, il me semble utile d'appeler davantage l'attention sur la direction des courants des Antilles. Peut-être cette étude, une fois faite avec plus de détails que ceux connus jusqu'ici, permettra-t-elle de comprendre mieux l'histoire des luttes des Caribes, Arrouacs, et alliés de ces deux peuples.
La marche des courants prenant depuis l'embouchure de l'Amazonas une direction générale du sud-est au nord-ouest, pourrait expliquer mon hypothèse de son utilisation par les Caribes arrivés au Venezuela du nord-ouest par terre pour aller attaquer leurs ennemis Arrouacs des Antilles. — Quant au petit courant du golfe du Mexique allant du nord au sud, en suivant les côtes pour aboutir au Yucatan, il pourrait aussi expliquer mon hypothèse de l'immigration vers le sud-est des premières hordes caribes que j'appelle précurseurs des Huaxteca et Maya.
On pourra objecter que ces courants, dont nous connaissons actuellement la direction générale, ont bien pu, à l'époque précolombienne, avoir une tout autre direction et, au lieu d'aider, contrarier les incursions des Caribes. Des
perturbations souterraines, volcaniques ont pu amener, il y a peut-être peu de siècles de cela, la formation moderne de ces courants. Je répondrai à cette objection que, selon toutes probabilités, l'état de choses actuel a été le même depuis nombre de siècles. Mais, dans le doute, il serait préférable que des sondages fussent pratiqués, sous les auspices des savants tels que M. Milne Edwards, ou le prince de Monaco, pour vérifier, si possible, la structure géologique du bas-fond des petites et grandes Antilles.
Localisation de certaines îles. — On n'a jamais pu savoir au juste la position des îles fantastiques ou non d^ l'Océan Atlantique, telles que les Sept Cités ou Antilia, l'archipel des Démons, la Man Satanaxio ou Brésil, Royllo et Tanmar.Onne le saura peut-être jamais, pas plus que le nom des Antilles, Bermudes ou autres,auxquelles aurait abordé le fameux moine irlandais Sainte Brandon, lors de ses expéditions vers l'ouest ! à moins qu'on ne retrouve un jour quelque vieux , document cartographique émanant des archives dun cloître retiré de l'Irlande (voir plus loin Mer des Sargasses).
Habitat précolombien des tribus. — Dans son remarquable ouvrage « Races and Peoples (Philadelphia, 1890), le D' Brinton dit (p. 268) : « Les Caribes « possédaient beaucoup delà ligne côtière depuis l'isthme de Panama jusqu'à « l'embouchure de l'Orinoco et beaucoup de petites tles méridionales de l'ar- « chipel des Antilles. Ils avaient établi une colonie à Haïti, mais probable- « ment pas à Cuba, et leurs expéditions, aussi loin que nous le savons, « n'atteignirent jamais la Florida. » Il serait à supposer logiquement que les terres non citées plus haut comme occupées par les Caribes durent appartenir aux Arrouagues, ennemis de ceux-ci, ainsi qu'à leurs alliés. Mais rien ne prouve que certaines races, anéanties depuis, et dont on n'a pas connaissance, aient peuplé une ou plusieurs des îles des Antilles, sans avoir pris fait et cause pour les Caribes ou les Arrouagues.
Grottes. — D'après le savant cubain Bachiller y Morales, dans son excellent essaîsurles Antilles, p. 133, « les grottes de ces îles ont conservé beaucoup de « restes des indigènes, et même dans les Bahamas ona trouvé des traces que <( quelquefois elles ont servi d'habitation aux naturels, avant et après l'ar- « rivée des Espagnols. On a nié la possibilité qu'elles fussent habitées, sans (( les avoir même visitées. Les immenses cavernes de Cotilla, Chepa-Lopez, (( et beaucoup d'autres de Cuba sont des palais, dont les arcades gigan- « tesques cachent des sentiers et habitations non entièrement explorés >. Il en est de même de la caverne de Jobaba, et de nombre de cavernes de Haïti et des Bahamas auxquelles sont attachées des légendes très curieuses et qui attendent encore des explorateurs scientifiques.
Races. — Est-il avéré que la race Arrouak, douce et inoffensive, persécutée par les Caribes, ait peuplé les Antilles avant ces derniers? « Les peu-
« plades précolombiennes des Antilles, selon E. Reclus, dans sa Nouvelle « Géographie universelley représentaient des immigrants venus des trois « régions continentales du nord, de l'ouest et du sud. Bien que ces popu- « lations aient disparu pour la plupart, il ne peut rester aucun doute à « regard de cette provenance multiple des insulaires primitifs, différant « suivant les îles et leur proximité de la terre ferme ; quelques indices, « les récits et les descriptions des chroniqueurs espagnols, les traditions « et les mœurs des indigènes, le peu que Ton a sauvé de leurs idiomes ont (( permis aux ethnologistes de hasarder, du moins pour quelques Antilles, « l'histoire des migrations préhistoriques de leurs habitants. »
Le mot « hasarder » employé par le savant géographe français indique bien l'état incertain dans lequel se trouve actuellement l'histoire précolombienne de ces îles. En résumé, on ne sait encore que fort imparfaitement le nombre, la valeur, la localisation, les caractères ethniques, linguistiques et autres des principales races qui peuplèrent les Antilles.
Linguistique. — En 1492, les YucayosdesBahamas, les indigènes de Haïti, de la Jamaica et de Cuba parlaient une même langue, comprise au Yucatan. Est-ce une preuve que les indigènes du Yucatan et des Antilles cités fussent d'une seule et même race? Est-ce une preuve de la civilisation de ces races possédant plusieurs langues? ou ne s'agit-il simplement que d'une sorte de langue franche ayant cours alors dans toutes les Antilles pour la facilité des transactions commerciales ?
Nombre de langues parlées jadis aux Antilles ont disparu complètement et sont même à peine connues de nom. Ce ne sont peut-être que des dialectes de langues sur lesquelles nous avons quelques données.
Pétroglyphes, — On ne sait encore à quelle des nombreuses populations primitives qui peuplèrent les Antilles attribuer la paternité des nombreuses inscriptions sur roches qu'on y trouve. Nul n'a pu encore en déchiffrer le sens. M. A.-L. Pinart, qui a vu une grande partie de ces inscriptions, sur lesquelles il a publié de très intéressantes monographies, trouve une grande ressemblance entre les caractères des pétroglyphes de Puerto Rico, de l'île d'Aruba, de la province de Chiriqui et du département de Panama. Le prudent explorateur français n'ose tirer de conclusions de ces affinités. A d'autres d'approfondir ce sujet.
Mer des Sargasses. — L'aire d'extension et de profondeur de cette mer si proche des Antilles, citée si souvent dans l'histoire, est encore peu connue et peu explorée scientifiquement au point de vue des sondages.
On doit attendre beaucoup à ce propos des travaux incessants du savant prince de Monaco.
Atlantida. — A propos de cette mer, peut-être est-ce ici la place de citer,
au moins rapidement, la légendaire Atlantida ou dernière Tule qu'on peut localiser, si jamais elle a existé, dans les parages de cette merdes Sargasses. Nombre de théories fantastiques ont été émises à ce propos. Maints volumineux ouvrajçes ont été écrits sur ce sujet depuis Platon. Nous ne citerons que le dernier ouvrage paru, à notre connaissance, sur TAtlantida, celui du savant Mexicain, le licencié Eustaquio Buelna, de Sinaloa, publié, pages 16^/203 du compte-rendu du Congrès Intern. des Américanistes de 1895. M. Buelna soutient que cette île a existé, qu'elle dérive son nom du nahuati Atlatlan = près des eaux ou de la mer. D'après lui, les Basques d'Europe avaient des affiliations linguistiques avec les Nahua : ainsi Tule, Tullan et Tollan auraient des affinités avec les noms de villes suivants de France et d'Espagne : Tulle, Toul, Tullum, Toulon, Toulouse, Touloubre, Tolosa, Toledo, etc. Enfin, la dernière Tule et l'Atlantidaquine seraient qu'une seule et même île, serait le berceau des iVztèques ou Chicomoztoc et les Basques pourraient avoir été leurs frères. Ces affirmations très hypothétiques avaient besoin d'être signalées.
Bahama. — a II est impossible de dire, déclare E. Reclus, le nombre de c( ces îles, puisqu'il change avec les marées et tempêtes ; lors des hautes eaux, a tel îlot se divise en plusieurs terres par un réseau de détroits, tel autre dis- « paraît complètement sous l'inondation ; à marée basse, des terres surgis- « sent et des archipels s'unissent en un seul corps iifsulaire. »
Ces changements constants de la topographie de ces îles et en outre le peu de précision avec laquelle C. Colombo désigne dans ses rapports de mer l'île de Guanahani, l'une de ce groupe, où il aborda en 1492, ces motifs rendent très difficile la localisation exacte actuelle de cette île. Aussi cinq Iles peuventelles être localisées vraisemblablement sur l'emplacement de Guanahani. On a pu voir à la section si intéressante des Etats-Unis d'Amérique de la magnifique Exposition historico-américaine de Madrid des photographies de ces îles telles qu'elles sont actuellement. Quelle est la vraie? On l'ignore encore.
Si donc on ne peut maintenant avoir des données certaines sur la topograpliie de ces îles à une époque déterminée de leur occupation par des Européens, encore moins peut-on en obtenir sur la période précolombienne, les vestiges de temples, les habitations, etc., des peuplades autochtones de ces Iles. On peut, d'une façon générale, en dire autant de grand nombre d'autres Antilles.
La langue parlée aux Lucayes de temps précolombien était la même, paraît-il, que celle en usage dans les Grandes Antilles. On n'en a conservé aucun vocabulaire. On prétend seulement qu'elle était d'origine arraouaque et que quelques peuplades de Guyane la parlent encore.
Iles Bermudas. — Lors de la découverte de ces îles par les Espagnols, elles étaient inhabitées. En avait-il toujours été ainsi? N'avaient-elles pas été peuplées soit par des tribus arrouagues, soit par des tribus caraïbes ?
PuERTo-Rico. Grottes. — Cette île, appelée Borinquen par les Arrouagues, possède un grand nombre de crottes intéressantes. C'est dans le département d'Arecibo qu'on en a découvert le plus contenant des stalactites. Parmi ces grottes, il faut citer celles de « Tlslote », de « los Archillas » de « los Conejos », de a las Planadas », de « la Boquilla », « Mallorquin », de « los Muertos », près Caguana, et la grotte voisine de Bayano. Elles n'ont encore été explorées qu'imparfaitement au point de vue anthropologique et ethnographique.
Pétrogly plies. — Les inscriptions gravées sur les parois des grottes citées plus haut, ainsi que sur la roche (c la Carolina », la « Ceiba », « Loma Muûoz », « Piedra Pintada », hauteurs de « Jauco », etc. ont été relevées et étudiées spécialement par A. L. Pinart dans sa curieuse « Sole sur les pétroglyphes et antiquités des Grandes et Petites Antilles », Paris, 1890. Quoique le savant américaniste trouve une grande ressemblance entre les caractères des pétroglyphes de Puerto Rico avec ceux d'autres Antilles (Aruba, etc.) et même du continent américain (Chiriqui, Panama), on n'a pu encore tirer de ce fait des déductions sérieuses.
Grands colliers de pierre. — On ignore encore le but de la fabrication par les indigènes (et lesquels?) de ces grands colliers de pierre dure dont on admire des spécimens au Musée d'Ethnographie du Trocadéro, à Paris. Ils ont été trouvés dans les fouilles à Puerto Rico. Les uns sont finement sculptés ; les autres sont assez grossiers et plus rares. Sont-ce des colliers destinés à des animaux de trait? On croit que non. Une autre hypothèse veut que ces colliers fussent portés par les prisonniers de guerre avant d'être sacrifiés. D'autres savants enfin, et ceux-là sont les plus nombreux, prétendent que ces colliers étaient portés avec ostentation dans les danses sacrées ou guerrières des indigènes par les hommes les plus robustes des tribus aspirant au poste de chef guerrier : celui qui pouvait danser le plus longtemps avec ce collier très lourd sur les épaules (ils étaient conformés pour les deux épaules) gagnait la palme. Mais aucune des hypothèses précédentes n'a été confirmée d'une façon positive. Consulter à ce propos, l'ouvrage de M. E. Beauvois, Les Colliers de pierre trouvés à Puerto-Rico et en Ecosse, Paris, 1886.
Ile d'Haïti. Grottes. — Les principales grottes de cette île à notre connaissance et que nous citerons sans faire de distinction spéciale entre celles du territoire de la république de Haïti et de celui de la république Domini-
caine, sont les suivantes : — celles de Caxibajagua et Amayauna, toutes deux le berceau des Cebuneys (habitants primitifs de Haïti), et situées près de la montagne de Cau ta (province de Caunaua),— ^ celle du « Soleil )),près Monte- Ghristi, — celle de « El Templo », dans la baie de San Lorenzo, près Santo Domingo, — celles de « El Pomié », à une demi-heure au nord-ouest de la Toma, de Dubecta (près les Gonaïves), la Selle (près Port-au-Prince), de Doubon (non loin du cap Français), la voûte sacrée à Minguet et autres du district de Dondon, el Pefion, el Cotui et Samana, d'Higuey. — Pour ce qui est de la description topographique, artistique, historique de ces grottes et de la tradition religieuse qui s y est rattachée, on peut consulter les intéressants ouvrages de Descourtilz (Voyage d'un naturaliste) ^ Bachiller y Morales {Cuba pvimitiva), H. Thomasset {Notice sur la commune de San Ciîstobal, province de Santo Domingo, nép. Dom., p. 29), A. L. Pinart, E. Reclus {Nouvelle Géographie Universelle) , etc. Mais ces descriptions, pour la plupart, sont incomplètes aux points de vue géologique, paléontologique, anthropologique et ethnographique.
Races. — L'étude de ces renseignements, manquant pour la plupart actuellement, faciliterait la recherche de diverses questions anthropologiques encore douteuses. Les Cebuneys (de Touest) eUles Arrouagues (du centre et de l'est) sont-ils les premiers habitants de Haïti? Laquelle des deux tribus est la plus ancienne ? Avec quelles tribus des îles voisines ont-ils le plus d'affinités ? Ces questions n'ont pas encore été élucidées d'une façon définitive.
Derrière Jacmel se dressent des montagnes boisées et abruptes. On manque de données scientifiques sur la population de cette région ; elle évite tout contact avec les villes. Quelle est son origine ethnique ?
Linguistique, — Les Cebuneys et les Arrouagues, qui s'unirent en maintes circonstances pour repousser les envahisseurs Caribes, avaient une langue commune. Était-ce la langue propre des deux tribus, ou plutôt une sorte de langue francHe? Les quelques vocabulaires qu'on en a pu recueillir permettent-ils d'établir des comparaisons linguistiques utiles à l'histoire des peuples qui les ont parlées ?
Que peut-on déduire de la dénomination arrouague de Tîle de « Haïti » ou terre des montagnes, ou de Quisqueya ou terre grande ou mère des terres? Pour Juan L de Armas {Origenes del lenguage criollo) les noms de Quisqueya, Babeque et Bohio attribués à la grande île sont erronés : Haïti seul serait le vrai.
Quelle est la véritable signification du nom de la fameuse montagne de Gauta? Désigne-t-il rOlympe haïtien, la « Sima », localité de Santo-Domingo oii se trouvent les grottes mythologiques de la création de l'homme ? ou bien est-ce seulement la pierre qui en recouvrait l'entrée?
De la similitude du nom de Nicayagua (dénomination indigène du rio
94 NOTES SUR L^MÉRICANISME
Yaque, de las Caiias ou del Oro) avec ceux de Nicaragua et Nicoya, dans rAmérique Centrale, sur la côte de FOcéan Pacifique, peut-on baser certaines hypothèses d'histoire précolombienne ?
Pétroglyphes. — MM. Bachiller y Morales et Pinart énumèrent les diverses grottes et localités d*Haïti aux parois et surfaces couvertes de figures sculptées ou gravées, sans pouvoir en indiquer le sens (lac de Jaragua et Monte las Cari tas).
Histoire des découvertes. — Est-il prouvé que la découverte de l'île de Santo-Domingo par Sanchez de Huelva avant Cristoforo Colombo ne repose que sur la tradition?
Cuba. Régions peu connues. — Le centre de l'île de Cuba, même de nos jours, est encore imparfaitement connu, et de vastes solitudes séparent Santiago de Cuba de la Habana. •
Races. — Malgré les savants travaux de M. Bachiller y Morales et autres illustres Cubains, membres de la Société d'Anthropologie de la Habana, il y a encore beaucoup de lacunes sur les populations primitives de Tîle. Qu'a-t-on pu déduire de la découverte d'une mâchoire fossile au sud de Puerto Principe ? et de crânes pétrifiés non accompagnés d'autres objets, découverts en 1890 par M. Toribio Villar dans une grotte de la sierra de Cotillas, près la Habana ?
Les crânes aborigènes trouvés près du cap Maysi ont bien une dépression artificielle du front semblable à celle des hommes représentés sur les murailles de Palenke au Yucatan. Mais il me semble que ce n'est pas une raison suffisante pour déduire de cette ressemblance que forcément les hommes des deux régions en question appartinssent à la même race. Car la déformation artificielle du crâne humain s'est pratiquée et se pratique encore presque de la même façon dans la plupart des tribus indigènes de l'Amérique du Nord et du Sud. Néanmoins cette question pourrait être étudiée avec un plus grand nombre de documents. En effet, d'après diverses données de toute nature, il appert que les Maya du Yucatan sont parvenus d'une direction nord-est et qu'il y a toute probabilité qu'ils soient venus des bouches du Mississipi et de la Florida, en passant par Cuba.
La famille d'Indiens purs, non mélangés, visitée en 1847 par Rodriguez- Ferrer, non loin de Tiguabo, dans une des vallées de la sierra Maestra, du côté de Guantanamo, vit-elle encore? De quelle race est-elle? A-t-elle encore gardé ses traditions? Il serait intéressant de s'en assurer.
Il serait utile d'explorer avec soin les diverses « caneyes » ou tertres de Cuba, qui contiennent des dépôts d'ossements humains et qui ont une grande analogie avec les tertres (mounds) de l'Ohio. Il serait aussi intéressant de visiter scientifiquement les nombreuses cavernes du pays pleines aussi de débris humains. Mais là la tâche est plus difficile, en vue du mélange de res-
les de nègres « cimarrones » et d'Indiens qui s'y réfugièrent pour fuir les travaux auxquels les astreignaient les Espagnols.
Pétroglyphcs. — La plupart de ces grottes et celles proches du cap Maysi contiennent des inscriptions sur roche; leur sens est inconnu.
Ile de Grenada. Pélroglyphes. — On n'a pu encore déchiffrer les inscriptions de la roche de New River.
Iles Grenadillas. Pélroglyphes. — L'île Bequia contient une roche avec inscription non déchiffrée.
Ile de la Guadeloupe. — Les ,pétroglyphes de Capistère sont toujours un mystère.
Iles Virgin (Vierges). — Les inscriptions de Reefbay dans l'île Saint- Jean sont encore une énigme.
Ile Saint-Vincent. — On ignore encore le sens des trois inscriptions grossières sur rocs de cette île. On les attribue sans preuves aux Caribes.
Ile Saint-Jean. — Cette île danoise contient des roches avec caractères gravés, non encore déchiffrés, attribués aux Caribes.
Ile de Pinos. — H y a aussi des pétroglyphes indéchiffrables.
Ile de Saint-Kitt's (Saint-Christophe). — La signification de la « pierre Tite » ( Caribes.
écrite » de Wingfîeld est encore à trouver. On l'attribue sans raison aux
Ile de la Jamaica. — On ne sait que fort peu de choses des habitants précolombiens de l'antique Xaymaca.
Les nombreux Caribes qui furent exterminés, par les Anglais dans cette île, en étaient-ils originaires ?
11 serait à souhaiter qu'on recherchât à quelle race, caraïbe, arraouak ou autre, appartiennent : i^ les débris ethniques de pécheurs à cheveux noirs et droits de Parottea point ; 2^ les ossements recouverts de chaux, dégagés en 1897 de certaines roches de l'île par lady Edith Blake (voir le n^ de mars 1898 de la Revue Américaine Popular Science Monthly).
Ile de la Trinidad. — Une partie de Tîle n'est pas cultivée. Elle est occupée par la forêt vierge qui aurait besoin d'être explorée au point de vue scientifique.
Son nom indien de Yere a-l-îl été donné par les Jayos ou Yaos ou par les Nepoyos (de race Caraïbe ou arraouague) ? Les anciens habitants ont-ils fui sur la côte du Venezuela, sur le bord de FOrinoco?
Ile de Curazao, Élymologie. — Son nom primitif n'était-il pas plutôt Curacoa? Que signifiait-il?
Races. — Que sait-on de ses premiers habitants ? N'étaient-ils pas d'origine arrouague?
Ile d'Aruba om Oruba. — Malgré la monographie intéressante de M. A. L. Pinart, les mœurs, les types, l'histoire des ancêtres des indigènes actuels de cette île sont encore inconnus.
Les hommes de la partie sud-est sont-ils de vrais descendants des Caraïbes, comme le suppose le D' Meyners d'Eslrey (compte-rendu Soc. Géog. Paris, 19 mai i 893)? on l'ignore. Ces peuples habitaient des grottes granitiques où l'on a trouvé des fragments de poterie bien polie et peinte avec soin. Dans les grottes calcaires ou granitiques de la Fontaine et de Carachito se trouvent de nombreuses inscriptions peintes. Le brun et le rouge qu'elles revêlent ontils rapport à l'histoire des Indiens, le blanc à celle des Européens et le noir à celle des Africains? comme le prétend M. d'Estrey? Cela paraît peu vraisemblable; mais il faut s'en assurer. — Les caractères non déchiffrés de cette écriture hiéroglyphique correspondent-ils à des lettres ou à des chiffres de l'alphabet grec ancien et aux chiffres de Pythagore? Y a-t-il un rapprochement à faire, comme le demande le même écrivain, entre les inscriptions et celles de l'Afrique occidentale, ou pays des Berbers, des Touaregs, des Kabyles, des îles Canarias et même de Colombia? Ces questions, quelque peu fantaisistes qu'elles puissent être, ont besoin d'être élucidées ou réfutées pleinement.
COLOMBIA (république de)
Géologie. — L'isthme de Panama était-il submergé à l'époque quaternaire, comme le prétendent quelques géologues ? — Les mers intérieures de Colombia sont vidées depuis une époque inconnue et ont laissé de vastes traces sur les plateaux montagneux. Il serait intéressant d'en suivre les contours. — Seraient-ce ces notions encore assez vagues qui auraient inspiré au baron de Humboldt la crainte de l'effondrement de la Colombia vers le xx® siècle, comme il appert des documents inédits du grand américaniste cités par le géologue Butler ? — Une plus longue durée de la saison d'été, des changements notables de température le dessèchement des cours d'eau du pays.
des tremblements de terre fréquents, des affaissements de terre seraient des signes précurseurs de cette catastrophe. Quoique ne partageant pas le pessimisme outré de Humboldt, je souhaiterais que des géologues étudiassent au plus vile à nouveau la constitution intérieure volcanique du pays.
Paléontologie. — On trouve de temps à autre sur le territoire actuel de la Colombia des débris des puissants mammifères qui y vécurent, tels que des mégathériums, glyptodons, taxodons, et chevaux fossiles. « D'après quelques naturalistes, les mastodontes auraient même vécu à une période récente sur les plateaux ; car, non loin de Concordia, à l'ouest du fleuve Cauca, on a découvert le squelette complet d'un de ces animaux dans une saline artificielle de construction indienne. Le mastodonte, couché sur le pavé du réservoir, avait été évidemment entraîné par un éboulement (R. B. White, J"' ofthe Ajithropological histitute of Great Brilain, fév. 1884). Les recherches devraient être poussées avec plus d'activité dans ces régions, et par des spécialistes.
Régions peu connues ou explorées. — Les nombreuses explorations scientifiques faites ces dernières années dans l'isthme de Panama, en grande partie par des Français, ont certainement dévoilé certains mystères de cette région : mais, malgré tout, ce que M. G. D. Grisw^old disait il y a une trentaine d'années (p. 48 The islhmus of Panama, New- York, 1852), est encore vrai de nos jours et peut être appliqué en extension à Tisthme du Darien : « Jusqu'à (c une époque récente encore, toute la longueur et la largeur de l'isthme, à de « rares et légères exceptions, est restée la même luxuriante forêt vierge d'ar- « bres immenses et de jungles aux fourrés inextricables qui la caractérisèrent « lors de sa première découverte par les Espagnols ; et la nature, dans toute « sa grandeur, non interrompue et dérangée par la main de l'homme, a « régné suprême dans toute son étendue. »
Quelques parties de la province de Chiriqui, du Darien et du Ghoco sont encore inexplorées.
Les régions du golfe d'Uraba ou Darien del Norte et du dolfe San Miguel (archipel de 18 îles et plus de 60 îlots habités par des blancs à peine en contact avec le continent) sont encore peu connues et habitées.
Quoique le rio Atrato de l'isthme du Darien traverse une des régions les plus riches du monde, son cours n'était dernièrement encore qu'imparfaitement connu. L'insalubrité de la contrée et le manque presque absolu de population policée sur ses bords ont frappé ce fleuve d'interdit (E. Reclus, Nouv. Géog. univ.j p. 271).
« La source du Chagres est toujours restée inconnue, même des anciens Indiens ou batteurs d'estrades de la Cordillère isthmique, et si je ne puis vous annoncer encore que je l'ai enfin trouvée, il m'est au moins possible d'affirmer que je suis sur ses traces. Le Chagres sort vers le 81'*30' de long^
occ. de Paris, du flanc sud-ouest d'un pic dominant et élevé, assez rapproché de la côte nord. II est probable que le Mandinga prend également sa source sur le versant nord de ce curieux point de partage ; mais ceci demande confirmation [lieut. Lucien W. B. Wyse, le Canal interocéanique^ B. Soc, Géog. Paris, mars 1880, p. 275].
Les sierras et rivières de la région du Darien sont d'un accès excessivement difficile, les Indiens mettant des obstacles au passage des blancs et des nègres par leurs territoires (d'après A. L. Pinart, 1890).
Peut-on réellement blâmer ces Indiens de défendre l'accès de leur territoire? Non, quand on se rendra compte des nombreux sévices que leur font supporter les blancs. Nous en donnerons comme exemple un fait divers, qui se répète souvent : le journal « Star and Herald », de Panama, du 3 mars 1892, cite le passage par Panama d'une délégation de 4 Indiens Cuna du Darien envoyée à Bogota au président de la république pour se plaindre des déprédations de soi-disant commerçants étrangers qui visitent la côte caraïbe de cette province^
Quant aux ports de l'océan Pacifique (sauf celui de Baudo), le long de la côte montueuse qui court du nord au sud, parallèlement à l'Atrato et au San Juan^ ils sont ignorés des marins (E. Reclus, N. G. 17., p. 380). - La vaste région de Motilones formant partie du territoire national de Nevada y Motilones, à part les explorations de sud-est du D' Rafaël Celedon, le savant évêque actuel de Santa Marta, de MM. Max Uhle, J. ChafFanjon, J. de Brettes, Candelier, etc., a été peu explorée aux points de vue anthropologique, ethnographique et même topographique, à cause des fréquentes incursions des Indiens sauvages.
Le territoire de la Goajira est peu connu au nord et à Test, malgré les explorations incessantes de M. de Brettes, de 1891 à 1897 avec Taminakka comme quartier général, dans la direction des sources du rio Paperes (antique domaine des Taïrona disparus), du territoire Chimila, dont les habitants sont dangereux d'après les uns, et inofFensifs selon les autres, et en général de la sierra Nevada de Santa Martina.
La vallée du Carare et les bords des rios Opon et Oponsito (territoire de Bolivar) sont d'accès difficile, vu les dispositions peu favorables des Indiens pour les blancs.
La partie centrale et la plaine orientale de l'État de Boyaca contiennent des forêts impénétrables qui s'étendent jusqu'au Venezuela et au Brésil.
Une partie de la Sierra Nevada de Chita ou del Cocui (cordillère centrale des Andes, État de Boyaca) est couverte de forêts vierges inconnues.
La Llanura oriental couvre une grande partie de la superficie de la république comprise entre le pied de la Cordillère orientale des Andes et les frontières du Venezuela et du Brésil, et comprenant les territoires de Gasanare, •San Martin, et le district du Caqueta. Cette plaine est peu explorée en vue
des difficultés et dangers auxquels on s'expose à parcourir un pays habité par maintes hordes non civilisées, et couvert de forêts épaisses.
On ne connaît qu'imparfaitement la source et le cours des rios Vichada, Guaviare, Codiari, Yary et les sources seules du rio Aré-Aré et de TUdupes, ce dernier, affluent de droite du rio Negro (lui-même affluent de gauche de l'Amazonas); tous ces rios se trouvent à la frontière du Venezuela.
On ne possède pas de renseignements détaillés sur la Serrania de San Jeronimo, bras principal de la Cordillère occidentale des Andes (Etat de Bolivar) ni sur son altitude.
On n'a pas encore exploré les versants des forêts vierges sur lesquels s'alimente le rio de Sanquianga (municipe de Barbacoas, Etat du Cauca).
Grottes. — Celle del Tolu (dép. Bolivar) renferme un autel en pierre : on ignore le nom de la tribu qui l'a construit.
On se demande le but des danses et pratiques superstitieuses qui avaient lieu il y a plusieurs années encore le jour du patron saint] Antoine, abbé, dans la grotte de sable et pierre du district de Palmito de la province de Sincelejo (E. de Bolivar). Quelles traditions religieuses rappelaient ces cérémonies?
D'après la nomenclature géographique du savant colombien Joaquin EsguerraO. (1879), la cueva de la Antigua (État de Santander) se trouve à peu de distance de la ville de San Jil à la ferme deGuagua. Dans l'une des deux parties de cette grotte on trouve un carré de trois mètres rempli d'os humains. Les uns croient que les indigènes précolombiens y déposaient leurs cadavres. D'autres supposent que des malheureux indiens, acculés par les conquérants, s'y réfugièrent, préférant y mourir de faim que de tomber en leur pouvoir. On a trouvé dans cette caverne, qui s'étend pendant au moins un myriamètre cinq kilomètres, quantité de macanas, flèches, poteries de terre cuite et autres objets ethnographiques. Dans quelles circonstances y ont-ils été amenés ? Quels furent les premiers habitants de cette grotte?
La belle grotte de marbre qui forme un pont naturel sur le rio Claro, un des affluents du grand rio Magdalena, a-t-elle été habitée? (E. d'Antioquia).
Dans l'État de Santander il y aurait encore à explorer les grottes suivantes : celle del Choco; celle de Santiguaria, près dcMatanza (des os humains en obstruent l'entrée) ; — de Mil Pasos ; — celle de Mesa-Rica, située à Aspasica (dép. d'Ocafîa); — celle del Salado, aux gaz d'acide carbonique.
On ne sait rien non plus de l'origine historique de la grotte assez longue située près de Facatativa (État de Cundinamarca) entre les roches de laquelle se cache le rio du même nom, ni de celle du lac de Chisaca (E. de Cundinamarca) dans les paramos au sudd'Usme. Cette dernière est remplie d'os et de momies. Etait-ce un cimetière ?
Les grottes calcaires de Timana et Tuluni, dans le département de Tolima,
situées à une dizaine de kilomètres au sud du Chaparral, n'ont pas encore été explorées ni décrites au point de vue scientifique.
Que faut-il déduire de Texistence en Colombiade nombreuses grottes renfermant des morts par centaines, tous assis en cercles et les mains jointes ? Etaient-ce des grottes sacrées? Etait-ce un mode et lieu de sépulture propre seulement aux tribus de race tchibcha?
Races, — A. L. Pinart affirme que l'île du roi ou de Jurarequi du golfe de Panama est le dernier point au sud des migrations des Nahua. Il serait intéressant de rechercher la véracité de celte assertion, car on attribue aux Seguas de Fisthme de Panama, que Pinart ne localise qu'hypothétiquement dans la vallée du Rovalo, une origine nahuatl.
Ont-ils disparu entièrement sous les coups des conquérants espagnols et des flibustiers européens ? Ne pourrait-il pas se faire qu'on retrouvât des débris de cette race plus au sud, soit dans le centre de la Colombia, soit dans les montagnes inaccessibles donnant naissance àl'Amazonas et à ses nombreux affluents?
On a formulé beaucoup d'hypothèses sur les origines des Guaymi, Muoi et Valienles du Valle Miranda (État de Panama). Ont-ils des affinités avec les Mangues, Tchibtcha, Timotes et autres ? MM. W. Gabb, A. L. Pinarl, A. Ernst ne nous fixent pas assez sur ce sujet.
Une des deux branches des Indiens Guaymi-Move-Valientes est, dit A. L. Pinart (1887), absolument rebelle à toute idée de civilisation. Elle est dirigée par un chef, du nom de Supala, qui s'intitule descendant de Montezuma et occupe les montagnes inaccessibles du minéral de Veragua. Ce chef envoie chaque année à Santiago de Veragua, capitale de la province, une députation chargée de protester contre l'occupation du territoire par les blancs ou Colombiens. Cette tribu ne permet que très difficilement et très rarement la visite des blancs et des noirs sur son territoire. Et ce n'est qu'à force de patience et de diplomatie que A. L. Pinart réussit à les visiter.
Les quelques rares Indiens de l'isthme du Darien et des environs du golfe d'Uraba ou Darien del Norte ne sont peut-être pas tous de race Cuna. Les habitants des territoires qui séparent le golfe d'Uraba de l'Océan Atlantique disaient qu'ils n'étaient pas originaires de ce pays et que leurs ancêtres étaient venus d'autres réj^ions. Quelles étaient-elles?
Les Indiens de famille cuna, tels que les Mandinga, Mendigos, Manzanillos, Chucunaques, Bayamos, Bayanos, ceux de San Blas, les Tucutis, Tula, Yule, en un mot, les Indiens Cuna ou Darienes, vivent très retirés dans les Sierras et rivières de la région du Darien. C'est avec une excessive difficulté que les blancs ou les nègres peuvent se frayer un passage par leurs territoires. Ils vivent encore aujourd'hui dans un état presque complet de barbarie; ils ne reconnaissent guère Tautorité du gouvernement colombien
NOTES SUR l'aMÉHIGANISME lOi
et n'obéissent qn'à leurs chefs. Aussi, pour donner quelque idée de leurs mœurs et coutumes doit-on recourir à des documents anciens (A. L. Pinart, « les Indiens de VÉtat de Panama », Paris, 1887-1890).
On dit les Cuna d'origine caribe. Il est nécessaire d'établir d'une façon plus exacte cette affinité, en se basant sur les caractères anthropologiques, la linguistique comparée, Tonomatologie des diverses Antilles de la côte des Miskitos, et du bassin de l'Amazonas.
Quoique peu soumis aux autorités colombiennes et peu connus, les Indiens d'origine cuna du territoire ou archipel San Blas, seraient peut-être plus désireux de civilisation, si les blancs et nègres les traitaient mieux. Témoins la députation d'Indiens d'Acanti (territoire de San Blas), citée par l'Estrella de Panama du 28 avril 1892. Composée du cacique ou sesardi indigène Juanaquina et des chefs Bernardo Elmin,Roscndo et Yarza, cette commission venait réclamer au gouvernement de Bogota justice contre des usurpateurs de leurs terrains. Quand les écoutera-t-on ? Peut-on les blâmer d'être soucieux de sauvegarder leur indépendance?
De la grande nation des Choco il ne reste plus que de misérables débris qui fuient devant les blancs.
Les Cuno et Choco, d'après Armand Reclus, {Panama et Darien, p. 120, Paris, 1881) ont été refoulés dans l'intérieur : ils habitent les hautes vallées de la Tuyra et du Chucunaque ; complètement isolés des Dariénites, ils ont su jusqu'ici défendre leur indépendance, sauf à Paya. Quelques autres tribus occupent la côte de l'Atlantique, où leurs villages sont à la merci du moindre navire de guerre et de la plus petite troupe de débarquement.
Un missionnaire catholique avait visité, en 1885, la région du golfe San Miguel. D'après le récit de son voyage fait par le D^ H. Polakowsky, de Berlin, dans les Mitteilungen de Gotha (32^ volume, 25 août 1886, « Die Cunos oder Talé Indianern in Darienr>)y ce prêtre aurait remonté le rio de Chepigana, appelé aussi Pinogana, Rio Grande ou San Miguel, aurait trouvé les Indiens de Tapaliza plus civilisés que ceux de Paya et n'aurait pu être reçu par ceux de Pueblo Nuevo.
A. L. Pinart fait dépendre de la famille Chocoe les Indiens Paparos du rio Sambu, à l'entrée du rio San Miguel sur le Darien, depuis la pointe Garachine jusqu'à l'îlot du Cauca. Le gouverneur A. de Ariza disait d'eux en 1772 : « Bien que j'aie fait toutes diligences pour découvrir l'habitat a actuel de cette nation, je n'ai pu obtenir aucun résultat. Ce que l'on croit « le plus possible, suivant ce que disent certains vieux Indiens dignes de foi « et connaissant bien ces montagnes, c'est que les Paparos, vers 1740, étaient « en très petit nombre et que les épidémies continuelles de petite vérole les « ont détruits entièrement comme cela a failli arriver aux Cunos. »
Aucun chroniqueur ne dit le nom des tribus qui habitaient les rives du rio
Atrato au temps de la conquête, bien qu'une d'elles réunît 4000 hommes pour défendre son territoire contre Balboa (p. 12, Esludios sobre los aborigènes de Colojnbia por Ernesto Restrepo Tirado, Bogota, 1892). Quelles étaient ces tribus?
Les Indiens Chiapes qui habitaient l'isthme de Panama, entre la cime de la Cordillère et la côte du Pacifique, avaient-ils des affinités avec les Chapanèques de Chiapas?
L'existence encore de nos jours de tribus à demi sauvages dans la province de Chiriqui, dans le Darien, le Choco, l' Atrato et maintes autres régions de Colombia a donné lieu à la formation de missions évangéliques catholiques pour les civiliser (voir la n Estrella de Panama » du 12 mars 1891).
Il y avait, en 1879, environ 500 Indiens sauvages dans le territoire de Bolivar, surtout dans la vallée du Carare et sur les bords des rios Opon et Oponsito. Il est difficile de les civiliser : ils haïssent les blancs qui les ont fait souffrir et se cachent derrière les marais insalubres de leur profonde vallée, à l'intérieur des forêts épaisses et accidentées qui les bordent.
« Plus bas, dans la même vallée, vivent les Yarigui, ennemis des blancs, et se gardant soigneusement de leur contact... D'après Camacho Roldan, les indigènes du Carare vivant complètement à l'écart des gens de langue espagnole, ne dépasseraient pas un millier... au nord des plateaux^ les vallées de la Cordillère orientale sont abandonnées par les blancs à diverses peuplades peu connues et d'autant plus redoutées. Cependant des voyageurs ont visité leurs retraites, où ils ont été bien accueillis (E. Reclus, iV. G- U.y p. 306).
La vaste région de Motilones formant partie du territoire national de Nevada y Motilones n'a guère été explorée d'une façon sérieuse que par le R. P. Rafaël Celedon ; ses habitants sont tenus en constante alarme par les incessantes agressions des sauvages Motilones.
La crainte de ces Indiens, qu'on dit de race caraïbe, a fait abandonner par les métis espagnols un col qui traverse la montagne entre San Juan de César, dans la vallée colombienne d'Upar, et Perijaa, dans le district vénézuélien de Maracaibo (E. Reclus, N. G. 17., p. 306). Les seuls renseignements que M. J. Esguerra put donner, en 1879, sur cette tribu, c'est qu'elle habitait la sierra du même nom, qu'elle était évaluée à 3200 individus, et que leur caractère féroce et les exactions primitives des traitants les avaient rendus ennemis irréconciliables des civilisés. «Quelle est l'origine de ces Arhuacos (Aniacos, Aurohuacos, de la sierra Nevada de Santa Marta), dont le nom coïncide avec celui d'une grande famille de peuples indigènes dans les Guyanes, au Venezuela et au Brésil ? Appartiennent-ils à la même race et descendraientils des fugitifs chassés des plaines par les envahisseurs espagnols, ainsi que
le pense Simons?(F. A. A.Simons, Vroceed. of the R. Geog. Soc. London, déc. 1881). Sont-ils des réfugiés d'autre provenance ayant reçu ce nom générique d'Arhuacos appliqué au hasard par les conquérants, comme tant d'autres appellations indiennes? Le fait est que les Arhuacos eux-mêmes ne se désignent point ainsi et vont jusqu à repousser ce terme comme injurieux. D'après le P. R. Geledon, ils se disent Cœggaba, c'est-à-dire hommes. D'après W. Sievers, ils seraient peut-être apparentés aux Muysca. Les Arhuacos n'ont pas de légendes relatives à leur arrivée dans le pays : ils se disent originaires du sol et montrent encore les rochers dont ils seraient issus. » (E. Reclus, N. G. 17., p. 309). On ne saurait leur trouver une affinité avec les Tairona. Que sont-ils donc? Et les Tairona, existent-ils encore? Les habitants actuels des sources du rio San Diego (S. N. de Santa Marta) sontrils de celte race?
Tayrona. — Leur nom, ni aucun qui y paraisse, ne se trouve dans les vocabulaires des langues goajira, kœggaba, guamaka, chimila, bentukua qu'ont publiés MM. Uricoechea et Geledon. M™« Soledad Acosta de Samper en conclut que cette nation disparut réellement sans laisser de traces. Suivant Antonio Julian, les débris de ces féroces tribus se replièrent sur d'autres nations avec lesquelles elles se mêlèrent.
Goajiros. — Les anciens chroniqueurs ne les citent pas. Les connurentils sous un autre nom? Lequel? C'est à peine s'ils parlent, et cela avec une sorte de crainte, de leurs villes Tucutuca, Canaquinque et Cuanehucane. La partie nord-est de la péninsule des anciens Guayu est habitée maintenant par des Goajiros et Gocinasou Gozinas, pillards évitant le contact des blancs. En outre, les grandes difficultés qu'offre la navigation des torrents sillonnant le territoire de ces anciens Tairona ont contribué à en éloigner les explorateurs et à y attirer les bêtes fauves. D'où vient la haine invétérée séparant lesGoajires des Arhouaques que cite le comte J. de Brettes dans son ouvrage Chez les Indiens du Nord de lu Colombie, 6 ans ^exploration (Tour du monde, 17 sept. 1898)?
Antioquefios. — L'histoire est silencieuse sur le compte des Nutabé et Tahami d'Antioquia ; pourtant ils semblent n'avoir pas été inférieurs aux Muysca. L'oubli dans lequel on les a laissés, dit E. Reclus, p. 304, provient sans doute de ce qu'ils n'obéissaient point à des rois puissants et ne constituaient point un empire guerrier.
Dans la vallée de Xore (plus tard Antioquia) les indigènes précolombiens disaient qu'avant eux avaient vécu en ce lieu des tribus plus riches qu'eux, disparues depuis. Lesquelles?
Il faudrait rechercher s'il est vraisemblable qu'il y eût affinités de races entre les Quimbaya, les Pijaos et les Paeces qui occupaient la vaste étendue de terre comprise entre les rios Huila et Arma.
On sait fort peu de choses sur les Quimbaya, peuplade disparue actuellement, et qui était voisine des Arma. M. Ernesto Restrepo Tirado qui, en 4892, a publié sur eux à Bogota un remarquable ouvrage intitulé : « Emayo etnografico y arqueologico de la provincia de los Qumbayas en el Nuevo Reino de Granada » explique que cette province, située vers le nord de Gartago viejo, était couverte de forêts de palmiers de pijivaes si impénétrables que, d'après Herrera, on ne pouvait qu'à peine les traverser. Aussi, ce même historien et Cieza de Léon avouaient l'ignorance dans laquelle on se trouvait au temps de la conquête des noms de localités de cette région. Cette petite tribu des Quimbaya n'a laissé aucun document écrit sur son histoire. A peine sait-on qu'ils venaient du nord, du Zenu.
Que déduire de l'existence du nom de Palenque des fameuses ruines mexicaines, de celui de Palenques, attribué par Fr. Pedro Simon aux indiens du département de Santander localisés entre Pamplona etOcana, et de celui des Palemques du département de Tolima, vivant, d'après Acosta, sur l'emplacement de l'actuel Ibagué dans la plaine des Lanza ?
Il serait intéressant d'étudier les affinités ethnographiques pouvant exister 1* entre les indiens Achagua des sources du rio Apure, qui, d'après le P. J. Gumilla, disaient être d'origine caraïbe et avoir remonté le cours du Magdalena de concert avec le? Muzos ; et 2" avec les indiens d'origine caraïbe de l'Ecuador.
La partie centrale de l'Etat de Boyaca et sa plaine orientale contiennent des forêts impénétrables qui s'étendent jusqu'au Venezuela et au Brésil. Nombre de tribus indigènes doivent y vivre.
Les Muysca non civilisés, Tocaima, Analeima, Anapoima, Coyaima, Natagaima et autres auxquels on donnait le nom général de Panches, et qui vivaient surtout dans les vallées situées au sud de Bogota jusqu'au nœud des plateaux, ne sont mentionnés que par une histoire déjà lointaine (E. Reclus, p. 302).
Il y aurait intérêt à chercher des affinités entre les Quillancinga du département du Cauca et ceux des départements septentrionaux de l'Ecuador.
Le territoire de Casanare est peuplé d'Indiens qui empêchent la colonisation.
Les Indiens Chitareros qui habitent la chaîne de montagnes « Paramo de Chisga », près de la aldea de Betoyes, située sur un petit affluent du Casanare par 6* 15'30Mat. N,, sont une tribu sauvage dont on ignore les affinités.
Les indigènes de l'embouchure du rio Aré-Aré, affluent de gauche du rio Guaviare, lui-même affluent de l'Orinoco, sont craintifs et fuient les Européens, autour desquels ils font le vide (J. Crevaux).
La moitié du territoire colombien comprise entre les Andes et la ligne des fleuves Orinoco, Gassiquiare, Rio Negro, est occupée par de nombreuses
peuplades bien plus libres encore que les Goajiros, grâce à l'espace immense dans lequel elles peuvent se mouvoir à l'aise. Plusieurs tribus de ces llanos, telles celles des Tunebos ou Tammes, qui vivaient sur les plateaux, se sont retirées dans les plaines pour conserver leur liberté ; à Test de la Sierra de Cocui, une peuplade de Tunebos s'est même retranchée derrière un rempart naturel formé de roches verticales qu'il semble impossible de gravir. Cependant ils les escaladent au moyen d'entailles faites dans la pierre, où ils insèrent leurs pieds et leurs mains ; on les voit avec effroi monter et descendre à pic comme naguère les cliffdwellers ou falaisiers de T Arizona. Ils ne restent indépendants qu'à la condition de rester cachés dans quelque éclaircie de forêt ou de mener une existence de fugitifs ; car tout foyer de culture deviendrait un centre administratif. Quand ils aperçoivent de loin un blanc, ils s'enfuient en s' écriant : « Compère, frère, ne me fais pas de mal » (Enrique Arboleda, Una excursion al Saraté).
Dans le district de Caqueta, des forêts épaisses y recouvrent le sol et les petites rivières. Il comprend environ 50.000 habitants sauvages, féroces et anthropophages, tels que les Huilotes et Guaques, et les Gûitotos du bas Caqueta — tous presque inconnus.
La Llanura oriental, grande partie de la superficie de la république comprise entre le pied de la Cordillère orientale des Andes et les frontières du Venezuela et du Brésil, et comprenant les territoires de Casanare, San Martin, et le district du Caqueta, contenait environ 80,000 à 100,000 Indiens non civilisés en 1879.
L'éminent américaniste colombien Ernesto Restrepo Tirado trouve une telle confusion dans les ouvrages consultés par lui pour localiser les tribus du Caqueta, qu'il avoue l'impossibilité dans laquelle il se trouve de fixer les points de l'histoire relatifs à ces tribus.
En résumé, nombre de tribus mi^îivilisées au moment de la conquête par les Espagnols sont redevenues sauvages par le fait de la brutalité des conquérants. — Pour arriver à les connaître de nos jours, il faudrait d'abord que les blancs leur inspirassent de la confiance en ne les traitant pas comme des esclaves.
Hébreux. — M. Alejandro Ruiz Olavarrieta (p. 280/2, du compte-rendu, Congrès int. Amer., 1895) reproduit des documents relatifs à un nommé Aaron Lévi, Alias Antonio de Montezinos F. de Hondas, sans rien conclure, ce c[ui prouve son peu de confiance dans leur véracité absolue.
Cette question des Hébreux à la côte des Antilles de Colombia n'a jamais été résolue définitivement.
Religion. — Bochica, le dieu bienfaisant des Chibcha, qui était venu d'Orient pour aboutir à Sogamoso par une grande voie de cent lieues, peutil être identifié avec Quetzalcoatl des Nahua, Cuculkan, des Maya, ou avec
un moine irlandais quelconque à longue barbe, Saint-Brandan ou autre (voir ouvrages d'E. Beauvois)?
Linguistique. — D'après A. L. Pinart, la langue muoi, le dialecte le plus ancien de la langue guaymi, n'était plus guère parlée en 1886 que par trois personnes.
La langue cuna, quoique un peu différente de la cueva, du sud de l'isthme de Panama, a-t-elle avec elle une même origine?
Que dire de l'affinité des dialectes cuna avec ceux des soi-disants talamanca du Costa Rica?
Malgré les efforts d'Uricoechea, M. Uhle, etc. ce qu'on sait de la langue tchibtcha est encore assez vague. Quelle affinité avait elle avec celles de l'Amérique Centrale?
Peut-on dire que la langue nahuatl du Mexique ait été parlée dans une partie du territoire actuel de Colombia? Peut-on trouver un indice dans le nom de localité de Chinauta, près de Fusagasuga, qui rappelle le nom nahuatl de Chinautla, près de Guatemala, et autres semblables au Mexique?
On a attribué une origine caraïbe aux langues connues des tribus précolombiennes suivantes qui peuplèrent la vallée de Nore (soit le territoire actuel du département d'Antioquia et jusqu'au nord de celui actuel du Cauca, dont les frontières se confondaient) : Noanama, Citaraes, Tatabes, Guacuma, Quinchua (ce nom rappelle celui des K'kitchoua), Tapuya (celui-ci évoque le souvenir d'une tribu guarani du Brésil), Guatica, Nacores, Quillancinga (communes à l'Ecuador), Iroca, Coris, Naratupes, Cartamo, Pirza, Ocuzco (rappelle le nom d'une province péruvienne), Guarina, Coni, Curaca, etc.. Et pourtant, dans les dialectes des tribus antioquenas on a trouvé des mots d'origine k'kitchoua ! Qu'en conclure?
A propos de la langue desQuimbaya, M. Ernesto Restrepo Tirado trouve que l'on n'en conserve que de rares noms propres et un mot qui résume leur existence éphémère : batatabati= jouons, jouissons, passons la vie allègrement !
Le nom d'Apurimac figurait parmi les villes d'origine tahami d'Antioquia. Cette race a-t-elle donné ce même nom au fleuve péruvien situé plus au sud? Qu'en conclure ?
On ignore encore le nom indigène du rio Magdalena. Archéologie. — Où se trouve l'emplacement de l'ancienne capitale des Indiens Tairona, appelée Pocihueca ou Pocîgiieica? F. A. A. Simons (Roy. Geog. Soc. London, déc. 1881) dit qu'on Ta en vain cherché dans les forêts épaisses de la Sierra Nevada de Santa-Marta. Le comte J. de Brettes, ayant découvert en 1892 dans la partie nord-ouest de cette même sierra, aux sources du rio Don Diego, près d'une cascade de 200 mètres de hauteur, les ruines d'une ancienne cité indigène, suppose que ces ruines sont
celles de Pocigûeica (Estrella de Panama, 3 nov. 1892). A-l-il raison? Les anciennes routes dallées qu'on trouve en ces parages ont-elles bien été construites par les Tairona ou simplement par les conquérants espagnols? Il serait bon d'explorer dans le valle de Upar (près de la Goajira) les nombreuses cachettes de trésors des Indiens modernes.
Les ruines de l'ancienne ville de San Juan de los Llanos, sur l'Ari-Ari, ne se retrouvent plus (E. Reclus, N. G. 17., p. 327).
Aux environs de Pupiales, district du municipe d'Obando (E. de Cauca), se trouvent des ruines très anciennes dont on ignore les constructions.
Ces monuments sont^ils dus aux fameux constructeurs de tertres ou aux Inca?
L'historien J. Acosta, à propos des sépultures de la tribu deFinzenu (pays actuel de Zenu ou Sinu, province de Cartajena, dist. de Bolivar) trouve que les objets découverts dénotaient une civilisation très avancée de la part de ceux qui les avaient fabriqués. Les indigènes du temps de la conquête étaient loin d'avoir atteint ce degré de civilisation. On ignore le nom des auteurs de ces sépultures. Dans les montagnes de San Jeronimo qui séparent les bassins des nos Sinu et de San Jorge, on pourrait peut-être, d'après Madame Samper, trouver encore des vestiges du trésor de Finzenu. D'après M. Streffler, ceux qui ont pénétré dans les montagnes où naît le rio San Jorge y ont vu des monuments très anciens. On ne sait qui les a construits.
Les artisans muysca sculptaient en relief les pierres dures, et les collections renferment des plaques de basalte, quadrangulaires et pentagonales, portant des figures symboliques dans lesquelles on croit avoir reconnu les signes du calendrier (E. Reclus, iV. G. (/., p. 299). D'autres auteurs croient que non.
Entre Guatavita, l'ancien siège d'un puissant cacique, et la vallée de Tenza, lieu de repos d'un zipa de Bogota, au sud-ouest de Macheta, à Pantano Grande, se trouve le lit d'un ancien lac, à 2600 mètres de hauteur, à la cime d'une montagne escarpée. Le D' Tomas Aldana y a fait des fouilles en 1893. Dans les sépultures il a trouvé des objets d'orfèvrerie remarquable; il les attribuait aux Muysca, et se préparait à faire de nouvelles fouilles en cette localité intéressante. Nous en attendons les résultats.
« On dit qu'une voie magistrale, partant de Sogamoso, se prolongeait jusqu'à cent lieues de distance vers la contrée d'Orient d'où était venu Bochica; il en restait des vestiges au xvn« siècle » (E. Reclus, p. 299). Il serait bon de les rechercher pour voir quelles localités cette voie mettait en communication et trouver en même temps des ruines de localités encore inconnues.
M. Vicente Restrepo trouve que les statuettes en or du trésor des Kimbaya trouvées dans le département du Cauca ne sont que de simples por-
traits des caciques de cette tribu. M'"® Samper au contraire trouve que ce sont des idoles; où est la vérité?
Il y a au village de San Agustin, département del Sur (E. de Tolima) des ruines de temples et des débris d'idoles taillées en pierre, dont les unes de statures gigantesques et d'aspect curieux. On suppose vaguement que c'est là que les prêtres des Andaquis durent résider : mais il faudrait à l'appui de cette assertion des preuves qui manquent encore. D'après Chaffanjon (compterendu Soc.^Géog. Paris, 3 avril 1891), cette civilisation de San Agustin, si curieuse, est comme isolée au milieu de tribus sauvages. Ces travaux de sculpture ne ressemblent en rien à ceux des Inca ni à ceux des Nahua : faut-il croire que cette civilisation est absolument indépendante et qu'elle est née et disparue sur place ?
Qquipus des Goajiros. — D'après M. Félix Serret {La Goajira et quelques détails sur les Indiens qui Vhahïtentj 11® fasc. tome XVII, 1893, p. 9S0-1 Soc. Géog. Gommerc. Paris), ces indigènes se servent encore, pour établir la valeur et la quantité de leurs objets d'échange, de cordons, composés de différentes couleurs et portant des nœuds de grosseurs variables. Ne pourrait-on pas comparer ce procédé de calcul avec celui employé par les tribus précolombiennes du Mexique, de l'Ecuador et du Pérou ?
Pintaderas. — Il y aurait à faire un travail comparatif entre ces sortes de cachets en terre cuite avec dessins originaux en relief pour tatouer les anciens Chibcha à l'aide de couleurs végétales ou minérales, et ceux d'origine nahuati (voir État de Mexico) et des bords de l'Amazonas (Indiens Guahahibos). Consulter aussi la collection de pintaderas mexicaines E. E. Goupil et celle colombienne D. Pector.
Pétr'oglyphes. — On rencontre souvent des inscriptions hiéroglyphiques, mais on ignore presque complètement leur signification et le nom de leurs auteurs : ainsi les inscriptions du département de Panama citées par A. L. Pinart dans ses Limites des civilisations dans Visthrne américain;
celles du département de Magdalena, du département du Cauca, province des Quimbaya, près de Pereira ;
dans le département de Boyaca, celles de Gameza, puis dans le voisinage, de Boyaca, au sud de Chiquinquira, à une dizaine de kilomètres au nord de Caldas, près du village de Saboya, « se montre, dit E. Reclus (iV. G. f/., (( p. 344), la pierre écrite la plus remarquable de la Colombie, une roche « peinte de glyphes, dont la plupart sont malheureusement cachés par des « lichens. Les indigènes voient dans cette écriture indéchiffrée une indication « relative à des trésors cachés et cherchent à en deviner le sens pour s'enri- « chir soudain. Ancizaret d'autres savants, reconnaissant dans ces figures la « représentation de la grenouille, symbole des eaux abondantes, étaient por- « tés à considérer l'inscription de Saboya comme racontant le déluge pro-
c( duit par la débâcle du lac de Fuquene dans la gorge profonde que « semblent indiquer les peintures. Ce serait le pendant des roches écrites c( de Pandi, à l'autre extrémité de la terre des Muysca. »
La même ignorance règne sur la grande variété de figures ou hiéroglyphes peints en rouge qui figurent sur les pierres murales des ruines du monument appelé c iglesia de los bidios » situé à un kilomètre de Ramiriqui, district du département delCentro (E. de Boyaca). Il en est de même de la roche avec pétroglyphes confus, située dans les environs de Salazar de las Palmas, «villa » du département de Cucuta (E. de Santander).
Dans le département de Cundinamarca on distingue les inscriptions gravées de Focatativa, Chinauta, Anacuta, Sitio de Fié de laPeûa et Pandi :
espérons que les déchiffrements prétendus des pétroglyphes d'Anacuta et de Chinauta par M. Lazaro M. Jiron jetteront de la lumière sur l'histoire du pays et permettront de déchiffrer les autres pétroglyphes ;
à Pandi, près deFugasasuga, se trouvent des hiéroglyphes gravés en rouge sur d'énormes rochers, parfaitement conservés et attribués aux Indiens, Guanches. Des dessins en ont été pris en 1875 par le professeur français Edouard André (voir Tour du monde, Paris) ;
ces glyphes de Pandi sont de forme analogue à ceux de Facatativa, ancienne place forte des Muysca.
Il faut citer aussi les inscriptions des Titiribi, reproduites dans la Geo^ (jrafia du D*" M. Uribe Angel et enfin « las piedras pintadas » d'Aipe et de Seboruco près Neiva, du dép. de Tolima.
M. Lucien N. B. Wyse écrivait de Bogota, le 23 déc. 1890, à la Société de géographie de Paris (compte rendu, fifévrier 1891, p. 81/2), à propos de la mission de J. Chaffanjon et de l'étude que cet explorateur allait faire des pierres hiéroglyphiques non encore déchiffrées de Facatativa, Tunja, Sagamoso, Pandi, San Agustin (Tolima), etc. : « Il est temps qu'on recueille, « qu'on moule ou qu'on décrive systéniatiquement les derniers souvenirs « laissés par les civilisations aborigènes si remarquables ayant occupé cette « partie de l'Amérique du Sud; car ils disparaissent rapidement. Il serait « à désirer même que la mission actuelle de M. Chaffanjon ne fût que le « prélude d'une étude plus lente, plus complète et plus détaillée de nature a à enrichir nos musées jusqu'à présent si pauvres en antiquités colom- (( biiennes. »
Le vaillant D' J. Crevaux avait recueilli en 1880/1881, sur le haut Magdalena,des dessins exécutés par les anciens indigènes sur des roches degrés. 11 était frappé (voir Bulletin Société de géog. de Paris, juil. 1881), de la similitude de ces ébauches enfantines représentant la lune, le soleil et des .hommes aux jambes écartées comme des grenouilles, avec les pierres gravées qu'il avait trouvées dans ses voyages en Guyane et dans le haut Amazonas.
Quelle conclusion peut-on tirer de ces comparaisons pour l'histoire des migrations des races américaines de Touest à Test ?
M. Erneslo Restrepo Tirado, à la page 172 de ses « Estudios sobre Los Aborigènes de Colombia » conseille aux Américanistes de ne pas perdre leur temps à chercher à déchiffrer les pétroglyphes de Colombia, qui, pour lui, ne sont que des caprices d'Indiens ou des jouets d'enfants. Pourtant, par ailleurs le savant archéologue colombien émet l'opinion que ces dessins grossiers pourraient être des modèles de dessins sur pierres, d'objets qu'ils voulaient ensuite reproduire à l'aide de métaux précieux, tels que l'or. Nous nous permettons de trouver ces opinions quelque peu hasardées.
Ethnographie, — Quel était le motif qui poussait les Quimbaya à façonner des hommes en bois, de dimensions naturelles, qu'ils plaçaient le visage tourné vers Test ?
Pourquoi, chez les Golima, les vierges et honnêtes femmes allaient-elles nues, tandis que les prostituées avaient le corps couvert ? Le Fr. Pedro Simon, qui parle de cette coutume à la p. 866, du tome II, n'en donne pas la raison.
Dans le « Catalogo especial de la rep. de Colombia en la Exposicion Historico^Americana de Madrid, 1892 p. 6, » on remarque que les savants qui se sont occupés de l'archéologie colombienne ont omis de parler des progrès des tribus de Tierra Firme en orfèvrerie et en céramique. Il serait bon d'étudier cette question.
Industrie indigène. — La matière première qui sert à fabriquer les fameux vernis de Pastoest apportée en cette ville parles Indiens Mocoa qui vont la chercher près du rio Caqueta. De quelle plante ou de quel minerai provient cette matière?
A propos des plantes médicinales employées par les indigènes précolombiens (voir p. 68 de ma notice historique sur le D' José Triana, compte rendu n** 6, 1892, Arch. Société Américaine de France), une étude détaillée de la pharmacopée colombienne serait utile.
Points historiques. — Que sait-on de l'histoire des Achagua et Jcona dont les tribus ont disparu complètement (Vergara y Vergara) ?
Il serait intéressant d'avoir des détails sur la façon dont les tribus indigènes précolombiennes passaient en canots l'isthme colombien, du Pacifique à l'Atlantique, parles rios Atrato et Napipi.
ECUADOR
Géologie. — On ignore encore l'origine première des îles Galapagos. Ont-elles surgi du fond de la mer? Sont-elles un reste de continent immergé
séparé violemment du système orographique du Costa Rica et du Nicaragua ?
Orographie. — Quelle est la cause de l'affaissement du sol de la ville de Quito, noté parla « Gicela Cientifica » de Lima, qui en 1740 avait une élévation de 2925 mètres au-dessus du niveau de la mer, d'après La Condamine, en 1803 de 2917 mètres, d'après de Humboldt,
Boussingault,
Orton,
Reiss et Stûbel?
en 1831 » 2910 » , en 1867 » 2902 » , en 1870 » 2850 » ,
Les altitudes d'autres villes et cîmes de la cordillère écuadorienne ne sont pas encore bien mesurées. Car il y a variété parmi les chifFres donnés par les divers savants.
Région côlière. — Wilson ayant trouvé en 1860, à quelque distance des côtes d*Esmeraldas, dans la mer, des objetsanciens en or et en terre cuite, doit^on en conclure que les côtes de l'Ecuador ont reculé en cet endroit? Est-ce seulement l'indice de naufrages ou de jets à la mer pour une raison non connue ? Il appartient aux géologues d'étudier ce fait.
Paléontologie zooloogiqUe. — Le fait de découverte, à Manta et à Santa Elena, d'os gigantesques doit-il permettre de croire à l'existence d'anciennes races de géants, comme plusieurs auteurs l'ont affirmé? MM. Theodor Wolt et F^** Gonzalez Suarez attribuent plutôt ces ossements à des mastodontes. Les savants spécialistes doivent conclure.
Zoologie. — Pour le P. Velasco, les quatre sortes suivantes de lamas ou Hamas, auchenia-guanaco, auchenia vicunna, auchenia-lama, aucheniapaco, sont originaires de l'Ecuador. L'abbé Gonzalez Suarez les dit importées du sud par les Inca conquérants. — Les indigènes parlent d'espèces de poissons qui vivaient dans les eaux des hauts bassins; mais ils ne les ont point encore montrées aux naturalistes.
Crânéologie. — L'abbé Federico Gonzalez Suarez (page 281 de sa remarquable (' Historia gênerai delà republica del Ecuador», Quito, 1890), parle de la déformation artificielle du crâne que pratiquaient les Palta et les Indiens du littoral de l'île de la Pufia jusqu'à Manta. Quels rapports peut-on établir entre cet aplatissement du crâne des Ecuadoriens et celui pratiqué par les Aymara de Bolivia, les Maya du Yucatan, diverses tribus caribes des Antilles, les riverains de l'Orinoco et les Omagua du Haut-Maraûon ? Avec quelles de ces nations les Ecuadoriens avaient-ils des rapports ? Pour pouvoir répondre à ces questions, il faudrait d'abord faire des comparaisons pratiques entre les crânes. de ces diverses tribus. Or, on n'a pas encore trouvé de crânes de Palta, ni d'autres Ecuadoriens, à l'exception d'un seul crâne dolichocéphale, remontant à environ quatre siècles, de Caûari, trouvé près de Chordeleg (Atlas Gonzalez Suarez, p. 55). Mais cet unique spécimen
n'est pas suffisant. Quant aux crânes d'Indiens de la côte, Thumidité de là région empêche leur conservation.
Régions peu connues. — On n'a pu encore retrouver des traces de l'ancienne ville de Zamora fondée par les Espagnols de la conquête parmi les immenses forêts vierges à Test du pays. Une expédition partie de Loja, en mai 1891, avec l'appui du Gouvernement et de quelques particuliers, n'a pu aboutir, faute des ressources pécuniaires nécessaires.
La route allant de Quito à la région de TAmazonas, en passant par les hauts plateaux de l'Ecuador et en longeant le cours du rio Pastazza, n'a pas encore été suivie par un seul blanc ou Européen. L'explorateur français Marcel Monnier avait essayé de suivre ce parcours en 1886. Mais il dut (( renoncer à ce projet, n'ayant pu parvenir à rassembler les Indiens néces- « saires. Ceux-ci manifestent la plus vive répugnance pour cette route. (( encore inconnue et dont ils s'exagèrent les dangers » {Bulletin Société géographie de Paris, 1887, n» 13, page 452).
La carte de Th. Wolf sur rEcuador(Leipzig, 1892) a bien fait faire de&progrès à la connaissance du pays; mais les déterminations géographiques ne sont, paraît-il, pas très sûres et correctes. De plus l'intérieur du pays à l'ouest, a encore besoin d'être reconnu (voir Mitteilungen de Gotha, déc. 1892, art. A. Hettner). Une fois dépassées les sources des affluents de l'Amazonas prenant naissance du côté oriental des Andes, cette même carte de Wolf n'indique plus qu'en tracé pointillé le cours de ces fleuves.
L'Ecuador et le haut Pérou se partagent le cours du rio Tigre (affluent de gauche du Maraûon) ; son cours est marqué en pointillé sur la carte .de Bolivia de Bresson (1885).
Les îles Galapagos ont été pour la plupart explorées au point de vue ornithologique ; il reste pourtant encore à explorer plusieurs îles, la grande Albemarle, Hood, Tower, Wenman et Culpeper {Transact. ofthe Geological Society f London, vol. IX).
« Sauf dans les régions du littoral (des Galapagos), les réclamations des puissances limitrophes, telles que le Pérou, ne portent que sur des territoires peu connus ou même complètement inexplorés, habités par de rares tribus d'Indiens insoumis » (E. Reclus, N. G. f/., p. 490).
On a bien peu de détails sur la région habitée par les Indiens Abiquîra ou Abijira (compris entre les rios Curaray et Tigre), Llameos et Urarina (compris entre les rios Tigre et Pastasa), Orejones (compris entre les rios Amazonas et Putumayo).
Une des raisons générales de l'ignorance dans laquelle on est sur la plupart des contrées habitées par ces races consiste, même encore de nos jours, dans l'oppression où les mettent les blancs (dénoncée énergiquement en 1896 par M. Marceline Quinzada, directeur du journal « la America » de Panama)
et qui les pousse à s'enfuir dans les montagnes et à répondre négativement aux demandes des savants.
Phénomène naturel . — Même pendant la saison sèche, dit le « Grilo del Pueblo » de Porto Viejo (mars 1897), sur le chemin qui conduit du village de Riochico à celui de Junin à la côte de la province de Manabi se trouve un pré toujours vert. Il est couvert d'une haute et fraîche graminée appelée guinea et s'étend sur une superficie de trois hectares. Tout animal ou être humain qui y séjourne quelque temps y perd ongles et poil. La cause de ce phénomène aurait besoin d'être recherchée par des savants. S'agil-il d'une plante ou d'une substance minérale ? Pourrait-on assimiler ce phénomène à celui dont l'illustre Pasteur rechercha jadis les causes dans le sud de la France ? Il l'aurait attribué aux rejets de vers de terre provenant de cadavres charbonneux non enfouis?
Races. — M. Gonzalez Suarez (p. 40, ouvr. cité) refuse un caractère scientifique à la classification des races indigènes de l'Ecuador exposée par le Père Juan de Velasco dans son « Historia antigua del reino de Quito •. Nous nous baserons pour notre classification autant que possible sur celle de M. Gonzalez Suarez que nous subdiviserons en préincasienne et postincasienne.
Nous classerons parmi les tribus indigènes préincasiennes, c'estrà-dire qui habitaient l'Ecuador avant l'arrivée en ce pays des conquérants K'kitchoua Inca, les :
Quitus ou Quitos. Sont-ils les premières peuplades qui habitèrent l'Ecuador ? on l'ignore. L'histoire ne dit pas non plus si les sépultures en formes de tertres ou tolas trouvées dans la province de Pichincha doivent être attribuées aux Quitos ou à leurs conquérants Gara. Ces Quitos ont-ils, comme la légende le dit, une origine commune avec les K'kitchoua ? Les raisons données par le P. F. Gonzalez Suarez pour leur donner une origine caraïbe, basées sur la culture chez les deux peuples du maïs et du coton, sur l'emploi du hamac et la toponymie tirée du caraïbe, sont-elles suffisantes?
Les Scyris ou Gara, conquérants des Quitos, et qui, avec les Quinches et les Ghillos, habitaient la province de Pichincha et les villes de Cayanbi et Otavalo, furent-ils absolument anéantis et remplacés par les K'kitchoua ?
Gonzalez Suarez (p. 254, ouv. cité) émet l'hypothèse d une origine commune aux Gara et aux K'kitchoua. D'après le savant américaniste, on pourrait ainsi interpréter le passage sur les traditions des Inca rapporté par Garcilaso de la Vega : diverses tribus K'kitchoua auraient émigré du territoire inconnu où elles vivaient, poursuivies par les Tchanca — ^ arrivés du nord, qui les auraient assaillies et opprimées. Ces K'kitchoua, échappés au joug des Tchanca, seraient venus se réfugier en Ecuador. Cette hypothèse mériterait d'être renforcée par d'autres arguments.
Il4 NOTES SUR L* AMÉRICANISME
Les Puriiha attribuaient leur oriçine aux pics neigeux tels que le Chimborazo. Cette tradition prouverait leur haute antiquité par le fait de leur oubli de leurs migrations antérieures. Auraient-ils des affinités avec les Nahua, par la même adoration qu'eux des grands cônes neigeux de la Cordillère des Andes ? Seraient-ils plutôt, comme le suppose Gonzalez Suarez, d'origine caribe? Ces questions ont besoin d'être étudiées.
Que sait-on de l'origine des Ambatos, des Tiquizambis, des Palta et Zarza, à demi sauvages, — des tribus moins importantes du nord, telles que les Killasinga, Huaca, Tuca, Tulcan, — des Chimbos, habitant la côte jusqu'à Babahoyo ?
Une légende des Canari, de la province de Cuenca ou Azuay, leur attribuait Huacay-nan pour origine : ne serait-ce pas la localité où se trouvent les ruines de Chordeleg?
Les Jivaros (Xibaros, Gibaros) errent dans les forêts, de la percée du Pastaza au Pongode Manseriche (E. Reclus, }lonv. Géog. univ., p. 443). D'Ortigny, Hamy et autres savants ont rattaché ces Indiens à la famille Guarani. D'après Gonzalez Suarez (p. 300, ouv. cité), les Jibaros faisaient partie de la confédération des Canari et vivaient dans le territoire de Macas (actuel Gualaquiza). Par leur origine caraïbe ils étaient peut-être la plus ancienne race de l' Azuay. Aussi aurait-on besoin de documents plus détaillés pour savoir à quoi s'en, tenir.
Qu'étaient-ce que les Pichunches qui, après avoir habité les parties les plus montagneuses des provinces de Guayaquil et Manabi, ne laissaient déjà plus de souvenir d'eux quelque temps après la conquête ? Peut-être ont-ils été renforcer le nombre des tribus non policées du versant amazonien de l'Ecuador où on les compte encore par dizaines, si l'on mentionnait tous les noms ethniques recueillis à diverses époques par les voyageurs, les missionnaires et les administrateurs : mais, sous ces désignations multiples, il s'agit souvent d'une même peuplade, tantôt avec le nom qu'elle se donne elle-même, tantôt avec celui que lui appliquent des tribus voisines, d'autres fois portant une appellation de fleuve, de montagne, de forêt, ou bien encore un sobriquet tiré delà figure, des modes ou du costume. Quoi qu'il en soit, presque tous ces Indiens, fort clairsemés malgré leur interminable nomenclature, vivent sur les territoires Amazoniens, dans les régions contestées par la Colombia, le Pérou, le Brésil... Ce sont, d'après Alfred Simson, les Infieles (Infidèles) ou Auca, nom que les anciens K'kilchoua donnaient aux populations indépendantes, Orejones, Encabellados, et autres n'usant point de sel.
C'est dans cette même région orientale de l'Ecuador que le bulletin de l'Union Ibero-Americana de Madrid du 1" septembre 1891, p. 3, signale une certaine race d'hommes sauvages. « Ce même type humain (simiesque) est (( aussi déshérité aujourd'hui qu'aux temps préhistoriques ; il persiste avec
« cette même forme imparfaite de la tête, avec ce même trait générique du « tibia, parmi les tribus Pasigûaes, Quini-Quinoas,' Polereros, Bugres et « autres malheureux groupes innommés. Ils mènent la plus grande partie « de Tannée une vie semblable à celle des quadrumanes ; ils sautent de « tronc en tronc et de branche en branche dans l'épaisseur des forêts vierges « qui s'étendent sur les marais des rios Otuquis-Otuquis, Tucabaca, Late- « quirique, et autres affluents du Paraguay, au nord du Chaco, entre les paral- « lèles 17 et 22, vastes déserts de l'Amérique du Sud, complètement inconnus « dans le monde scientifique». A quelle race appartiennent ces hommes des bois ? Ne sont^ce pas des descendants d'une race relativement civilisée rendus sauvage par leur vie fugitive devant l'approche des conquérants blancs? Des détails anthropologiques et ethnographiques sur cette race seraient désirables.
On peut en dire autant de quelques familles du hautToachi, lesColorados, et la tribu des Cayapa, composée d'environ 2000 individus, qui campait en 1890 dans les forêts bordant la rivière du même nom; ils se tiennent soigneusement à l'écart des blancs et des noirs.
Parmi toutes ces peuplades préincasiennes de l'Ecuador, où peut-on retrouver des traces des immigrations de tribus de race maya-k'kitché ? D'après Gonzalez Suarez, les K'kitché, arrivés du Guatemala, auraient atteint par mer le golfe de Jambeli, puis la côte de Machala, pour aller s'installer dans la province de l'Azuay. Quant aux Maya du Yucatan ils seraient restés à Tile de la Puna et à la côte de Manabi. — Pour le D"^ Santiago Barberena (p. 13-23 « Origen de las tribus indigenas del Ecuador » Repertorio Salvadorefio, San Salvador, mars 1893), les immigrants centre-américains dont il s'agit ne venaient pas de la branche maya du Yucatan, mais uniquement de la branche k'kitché du Guatemala.
Les îles Galapagos, d'après une légende péruvienne, auraient été visitées par rinca Tupac-Yupangui, d'origine k'kitchoua. Mais on ne dit pas si ces îles étaient habitées lors de cette découverte par des habitants antérieurs. De quelle race étaient-ils? Auraient-ils été exterminés par Tupac? D'oii venaient-ils ? Ou bien ces îles étaient-elles absolument désertes ?
Parmi les tribus, que j'appellerai postincasiennes, il faut compter : 1^ les descendants des K'kitchoua conquérants.
Le village Iloman, à mi-chemin d'ibarra et d'Otavalo, serait encore, d'après Edouard André, habité par les descendants des Inca : on les distingue aux couleurs voyantes de leur costume et à l'arrangement de leur chevelure avec ailes de pigeon et queue à la chinoise.
Mais ces quelques détails de costunies suffisent-ils à prouver la descen dance incasienne de ces Indiens?
2"* Les mitimaes, c'est-à-dire les colons forcés que les K'kitchoua exilaient de leurs villes natales pour les transporter au loin. Quelles furent les
tribus implantées de l'Amérique du Sud pour remplacer les Palta, les Cafiari, les Puruha, les habitants de LIactacunga et les Caranquis?
Folklore et histoire. — La tradition veut qu'après le déluge, les Quitus ou Quitos abordèrent à la baie de Caraquez et qu'ils s'établirent à la Punta de Sampu (actuellement Santa-Elena). Le fils Quitumbe de leur chef Tumbe ou Tumba fonda Quito et eut pour fils Guayanay. Ce dernier aurait été le père des K'kitchoua du Cuzco. Gonzalez Suarez (page 250, ouv. cité) est tenté d'ajouter foi à cette version de la commune origine des Quitus et des K'kitchoua. Ce qui est encore à vérifier. Autre difficulté : d'où arrivaient les Quitos quand ils débarquèrent à Sampu? Nul ne le sait, pas plus que le motif de leur débarquement : arrivèrent-ils sur cette côte intentionnellement ou poussés par la tempête ou les courants ?
Quant aux Scyris, qui se donnaient eux-mêmes le nom de Gara, et qui arrivèrent par mer de l'ouest en balsas à la baie de Caraquez, où ils fondèrent Caran, venaient-ils de l'Amérique Centrale, de l'Asie ou de l'Océanie? On l'ignore. Combien de temps restèrent-ils à la côte de Manabi ? Quand s'emparèrent-ils de Quito ? Peut-on fixer au viii® siècle de notre ère leur arrivée en Ecuador? M. F. Gonzalez Suarez (p. 80, ouv. cité) avoue ne pas savoir élucider ces questions.
Une légende des Cafiari voulait qu'ils tirassent leur origine, après le déluge, d'un perroquet (guacamaya ou papagayo) qu'ils adorèrent dans la suite (Père Cristobal de Molina, Relacion de las fabulas y ritos de los Ingas^ Manuscrit de la Biblioteca Nacional de Madrid). Quel rapprochement peuton faire entre ce culte au perroquet (ara ou macrocercidus) des Caûari et celui des Maya et K'kitché rendu au même animal, qui pour eux symbolisait la force fécondante du soleil et de la chaleur?
A propos de l'expédition maritime qu'auraient entreprise les K'kitchoua de pair avec leur conquête par terre de l'Ecuador, on ignore si elle a été conduite par Tupac Yupanqui ou Huayna-Capac, son fils. L'inca trouva-t-il dans les îles écuadoriennes des nègres et des peaux d'animaux aussi grands que des chevaux? Pour s'éclairer sur cette question bien problématique, il est bon de consulter l'introduction des « Très relaciones de Antigiiedades peruanas dadas à luzy en 1879, por el Real Ministerio de Fomento en Madrid », écrite par le regretté américaniste espagnol Marcos Jimenez de la Espada.
Les chroniqueurs ne sont pas d'accord sur la date exacte de la mort à Quito de Huayna-Capac : ils la placent entre 1525 et 1527. Quelle est la vraie date?
D'après l'historien Montesinos {Memorias antiguas historiales y politicas del FerUj Madrid), Quito fut prise par l'inca Huira-Cocha. Gonzalez Suarez, au contraire, soutient (p. 189, ouv. cité) que c'est Cupac-Yupanqui.
On ne sait pas combien il y avait de villes en Ecuador au temps des Inca ni comment elles étaient disposées.
Juan de Santacruz Pachacuti Yamqui (Relacion de Anligûedades de este reino del Piru, p. 302) parle de la grande ville que créa Huayna-Gapac dans la province de Tomebamba et des grands travaux hydrauliques qu'il y fit. Gonzalez Suarez ne sait pas exactement de quelle ville il s'agit.
La localisation exacte précolombienne des diverses tribus indigènes à l'arrivée des Espagnols est très difficile à connaître à cause des nombreux changements de villages que les Inca conquérants faisaient subir aux vaincus insubordonnés.
Les historiens Cieza de Léon [Cronica del Peru, II« partie, chap. lvi), Montesinos et Garcilaso de la Vega (Comentarios reaies de los IncaSj I*"® part., liv. VIII, chap. m) sont d'accord sur ce manque de renseignements précis ethnographiques.
Gonzalez Suarez se plaignait en 1890, (p.x, prologue de son histoire érudite) du désordre dans lequel se trouvaient les Archives nationales de l'Ecuador et des difficultés rencontrées ainsi par les historiens du pays. Espérons que depuis cette date il aura été porté remède à ce mal.
Le folklore des anciens indigènes de l'Ecuador avait été recueilli dans des manuscrits très intéressants cités en partie par le P. Velasco. Mais ils ont disparu. Puisse-t-on les retrouver ! Ces documents manuscrits sont ceux de Bravo de Saravia, du P. Fr. Marcos deNiza, de Palomino, de Monténégro, et du Cacique Collahuaso {Historia de las guerras civiles entre Uuascar y Atallhualpa).
La plupart des rapports relatifs aux provinces de l'Ecuador qui se trouvent dans le richissime « Archivo de India » de Sevilla étaient encore inédits en 1890. Espérons qu'à l'heure actuelle les « Relaciones Geograficas de Indias » dont 2 volumes seulement étaient publiés à Madrid en 1890, auront publié de rares documents sur l'Ecuador.
Inscriptions. — M. A. de Longpérier reconnaissait en 1873 que l'on ne comprend pas encore le sens des inscriptions gravées sur bois ou pierre que l'on rencontre dans l'île de Pâques, Vai-hou ou de Davis, sur l'Océan Pacifique. — 11 s'agirait de savoir si de pareilles inscriptions existent ou ont existé sur la côte du Pacifique. Ces recherches pourraient peut-être amener insensiblement à détruire ou à corroborer les hypothèses de quelques savants sur les rapports entre l'Asie, la Polynésie et l'Amérique.
Gonzalez Suarez reproduit dans son Atlas (page 108 et pi. XIV) 2 inscriptions sur roches à demi ensevelies dans le sable, sur la rive droite du rio Galaguro (territoire de Santa-Rosa, province del Oro). Elles ont été publiées par Theodor Wolf en 1880 dans les mémoires de la Société d'Anthropologie, Ethnologie et Histoire de Berlin. Des caractères carrés y prédominent. Les environs de ce lieu sont pleins de tertres funéraires ou tolas, identiques à ceux des provinces de Pichincha et îmbabura. Doit-on les attribuer aux Qui-
118 NOTES SITR l/ AMÉRICANISME
lus OU aux Cara? Ces inscriptions, qui sont plus correctes et artistiques que toutes autres des Antilles et de rAmérique du Sud, et seraient d'origine caraïbe, sont encore indéchiffrées.
Le même auteur représente, à la pi. XXXVI de son Atlas, la «piedra pintada » de la plaine d'Yngûes, juridiction del Ançel, province del Carchi, ancien territoire des Huaca. Ceux qui ont gravé ces figures d'hommes grossières venaient-ils de TAtlantique? Avaient-ils communauté d'origine avec les indigènes précolombiens de Colombia? Pour le vérifier, il est bon de consulter les ouvrages suivants :
Uribe, Geografia General y Compendio historico del Estado de AnUoquia (explication de pi. XXXIII et XXXIV).
Zerda, Estudio historico, einografico y arqueologico de las Chibchas y de algwias otras tribus (piedra pintada avec figures symboliques).
Archéologie. — Gonzalez Suarez dans son très intéressant « Atlas arqueologico Ecuatoriano (Quito, 1891) » passe en revue les divers travaux archéologiques des indigènes précolombiens. — Il n'a pu trouver d'autres objets curieux émanant des Killacinga qu'une énorme pierre où sont tracées des figures grossières non encore déchiffrées.
Dans les territoires ayant été habités par les Quitus, Cara et Puruha il n'a presque rien trouvé, sauf des vases (fig. 1, pi. XXI et fig. 2, pi. XXX) attribués aux Quitos et aux Cara de la vallée de Yaruqui du nord de Quito. Ces vases ont quelque ressemblance avec ceux de ma collection de la vallée d'Antioquia (Colombia). Quelle déduction peut-on en tirer ? Il serait bon de fouiller les montagnes actuellement inaccessibles et couvertes de neiges de la vallée de Quito.
Les Palta et Zarza n'auraient laissé aucun vestige.
Pour ce qui est de la côte de Manabi, et des statues de grandes dimensions ornées de mitres, trouvées par les conquérants espagnols et détruites par eux, on ignore qui les a sculptées. On ne croit pas que ce soient les Cara, mais plutôt quelque tribu de l'Amérique centrale, voire même des indigènes originaires de l'fle de Pâques; car en celte île Davis, Roggeween, Cook et La Pérouse virent des statues colossales en pierre appelées angatabori semblables à celles de la province de Manabi, et des Aymara péruviens et boliviens.
Parmi ces statues écuadoriennes, que dire de l'idole de l'île Santa Clara, appelée Maria Meseia, représentant une femme avec un enfant dans les bras et découverte par les Espagnols?
On ignore aussi l'usage et l'origine de ces pierres quadrangulaires de la province de Manabi avec fi^-ure d'iguane Tun, et l'autre d'homme nu, de la planche XIII de l'Atlas de l'abbé Gonzalez Suarez. — La pi. XII représente deux pierres quadrangulaires du village de Picoaza, au pied du Cerro de Hojas, entre Mania et Portoviejo. Nous nous permettons de douter de l'opi-
NOTES SUR f/AMÉmCANISME 119
iiion de Gonzalez Suarez qui assimile une figure à nez en trompe de tapir de ces pierres à la représentation du dieu maya Hun-Ahpu-Vuch.
Gonzalez Suarez base ses hypothèses de l'affinité des Canari avec les K'kitché du Guatemala, non seulement sur la toponymie des localités des deux pays, mais encore sur l'habitude des deux peuples de faire des cartes et plans. Ainsi, de même que les Maya fournirent à Gortes un plan-itinéraire pour son expédition au Honduras, de même un plan de la ville de Tomebaraba fait par les Caûari servit au capitaine espagnol Bbnalcazar lors de la conquête de Quito. — A propos de l'emplacement de celte ancienne ville, le D' Luis Cordero a soutenu en 1890 dans « la Gaceta Cuencana ^ une opinion contraire à celle de l'abbé Gonzalez Suarez.
L'archéologie et l'histoire n'ont encore guère pu apprendre de la découverte des ruines de Cojitambo.
Quant aux fameuses sépultures de Chordeleg, découvertes en 1853, le grand nombre de tolas qu'on y a trouvées, pleines d'objets riches, la ressemblance de leur construction. Tordre et la symétrie de leur position, selon un plan déterminé, manifestent que Chordeleg était pour les Canari un lieu sacré. Fut-ce un temple avec tombes des chefs de toute une région, rangées autour du sanctuaire? Fut-ce la colline mystérieuse de Huacay-Han dont font mention les fables religieuses des Caiiari ? Gonzalez Suarez (p. 152 ouv. cité) l'ignore.
Les ruines qui entourent Canar sont-elles celles de Hatun-Caûar, qu'on dit avoir été le palais de Huayna-Capac ?
Pour Gonzalez Suarez (p. 278 ouv. cité) le nom des ruines de Hana-Cauri serait plutôt Hanak-huari. Ceci est à voir. Une grande roche en forme de table quadrangulaire se dresse au milieu d'une plate-forme semi-circulaire, entourée de sièges et de vases communiquant avec depetitscanaux. On ignore si ces canaux avaient pour objet de laisser couler d'un autel le sang humain, tels que dans les teocalli mexicains. Avaient-ils un autre objet ? Que déduire de la ressemblance des ruines de Hani-Cauri avec le monument péruvien décrit par Desjardins {le Pérou avant la conquête, n° 5, monuments) à Concacha, à trois lieues au^sud d'Abancay ?
Peut-on prouver le passage des Nahua dans l'Amérique du Sud par le fait de l'existence en Ecuador, en Bolivia, à Tiahuanaco, de temples, « adoratorios », de construction architechtonique semblable à celle des teocalli mexicains ? Cette question est à étudier.
Luinguistique, — Le Père Hervas (chap. v, tome I, Catalogo de las lejir (fuas), dit que la langue ancienne desQuitu, c'est-à-dire celle qu'ils parlaient avant d'être conquis par les Sira, avait de l'affinité avec celle parlée à Panzaleo (district du canton actuel de Machachi), et à Carangue et Otavalo.
Doit-on avec le P. Velasco croire que la langue des Cara était un dialecte du k'kitchoua? que tirer de ce rapprochement ainsi que de l'observation que
le mot cari veut dire homme, vir, varon, en cara de Quito, en k'kitchoua et en caribe? Gonzalez Suarez émet bien Topinion que le k*kitchoua avait emprunté ses éléments à diverses langues; mais il ne dit pas à quelles langues. Il ne peut expliquer l'origine linguistique de cette langue avec celle des Gara. Si ces races appartenaient à une même famille, à quelle époque se séparèrentelles avant de se retrouver sur le versant du Pichincha ?
Il ne reste aucun document des langues ou dialectes des Killasinga, des Machachi, des Puruha (avec dialectes Pillaro et Hambato), des Gaûari, des Palta et des dialectes de la côte, aussi nombreux que les noms des villages où on les parlait (Gonzalez Suarez, p. 170). L'évéque de Quito, Fr. Luis Lopez de Solis, avait, en 1583, décrété l'élaboration de catéchismes en langues de los c( llanos, atallana », cafiar, puruhay, des Pastos, killasinga. On ignore si ces catéchismes furent faits et où l'on pourrait encore en trouver des exemplaires.
Toponymie, — On ne sait quelle est l'étymologie du nom dé Quito. Viendraitril du nom des Indiens Quitus ou Quitos ? Son origine serait-elle le moi tito, d'après Herrera {Historia de las Indias occidentales, V« décade, liv. III, chap. xiv) ? Serait-ce le mot grec, KOtoç, voûte du ciel ? Le savant argentin Lopez {Les Races aryennes du Pérou, leur langue, leur religion, leur histoire), 2* partie, chap. ii, explique cette étymologie par la position presque mathématique de cette ville sous la ligue équinoxiale ? Ce nom n'appartiendrait^il pas à la langue k'kitchoua ? ou à la caraïbe, dans laquelle hito signifie homme ?
Les Cara adoraient le soleil aux environs de Quito sur le cerro de Panecillo au cône de Yavirac (d'après de Huraboldt), Yavira (d'après Gonzalez Suarez), ou Yahuira (d'après Cieza de Léon). On ne sait pas exactement comment écrire ce nom, à quelle langue il appartenait et ce qu'il signifiait.
D'après Brasseur de Bourbourg, l'étymologie du nom des Cara ou Carios viendrait du mot caribe cari, qui signifie homme par excellemce.
Gonzalez Suarez (à la page 50 ouv. cité), expliquerait divers noms propres cara par les affinités caraïbes suivantes :
Le nom Toa, d'une princesse cara, par toa : lait, seins (en caraïbe haïtien) ;
Ilimpoa, par iHmpoa s= lieu des fils;
Locoa, par locoa = lieu noble ;
Ficoa, par bicoa =» lieu de la vie, de l'abondance;
Aloasi, par aboazie ■= maison du chef ;
Machachi, par machachi = la grande terre vivante ;
Quitos, par hito = homme.
Gonzalez Suarez explique les affinités linguistiques de noms de lieux écuadoriens précolombiens avec la langue maya-k'kitché de la façon suivante :
Ile de Puna ou Pugna s'explique par le maya ppucna = maison resserrée;
Bui (ancieti port de cette île) par buhi = ici ouverture, port ;
Charapoto par Japoto, ahppotoc = plaine qui se lève pas à pas;
Ghoconcha (puits artésien près de Jipijapa) s'explique par le maya chobconchaac = trou d'eau profond en forme de vase, ou vase profonde avec de l'eau, creusé en forme de trou dans la terre;
Chade (autre puits artésien entre Jipijapa et Santa Ana), par Ghaac-lie := ici il y a de l'eau.
Ces rapprochements philologiques indiqueraient à Gonzalez Suarez une nouvelle affinité entre les habitants de la province, de Manabi et ceux du Yucatan, où il y a également des puits et peu de rivières.
Le cerro de Boloboc (situé entre les villages de Tambo et Biblian) viendrait du k'kitché, bolobic = rond.
Le rio Biblian (actuel rio de Azogues), viendrait du k'kitché bilibak = le tortueux, qui ne va pas droit ;
Jocay (ancien nom de Manta), viendrait du maya Hocay « entrée du poison ;
Umiiia (déesse de la santé adorée par les indigènes de Jocay) viendrait du maya Uminhah =» la véritable aïeule d'elles. Pourrait-on rapprocher ce dernier nom de celui d'Umafia, localité du Salvador se trouvant sur la route de San Vicente à San Miguel ?
Tamal-aycha (nom cafiari du rio Jubones), et qui en cafiari veut dire mangeurs d'hommes, viendrait du k'kitché, tamal = celui qui réunit, recueille ce qui est épars, qui augmente ou met du même nom en usage au Centre Amérique ; et de ichah = nourriture, herbe, toute chose comestible ;
Leo-quina (lac au-dessus du village de Sig-Sig de la Cordillère orientale, en canari = lac du serpent) viendrait du k'kitché teuh-can-i-ha = eau où le serpent se refroidit;
Peleusy (ou vallée del Azogue), en cafiari == fleur jaune, viendrait du k'kitché uleu = terre, lieu ; zih = arbre de fleurs blanches ;
Zihzic (village de la province de Cuenea) viendrait du k'kitché zihzic := droit, lisse;
Patecte (lieu où l'on trouva la plus riche huaca, découverte du fameux Chordeleg) viendrait du k'kitché pateczec = amonceler des choses cachées sous terre, ou trésor ;
Cafiari, ce nom de peuple, d'après Nodal (Traduccion castellana del drama Quichua OHantai) viendrait du k'kitchoua canarini = incendiaire ; ou du k'kitché, canahri = ceux-ci sont fils du serpent ;
Chordeleg aurait deux étymologies k'kitché :
i^ Chob-or-he-zek = ils se mettent en chemin en gémissant ;
2^ Ghoh-or-hc-zep = percer des trous comme des fours et les arranger dans le sol. Ceci se rapporterait-il au site plein de sépultures creusées en terre, disposées dans un certain ordre ?
Il faudrait vérifier ces diverses étymologies tirées du maya et du k*kitché. Mode d'écriture. — Les Cara écrivaient de deux façons : 1** par le moyen de petites pierres de diverses dimensions, fiçures et couleurs. Mais le système et l'interprétation de cette écriture a disparu ; 2^ sur des bâtons de bois sculpté et colorié. Gonzalez Suarez cite le bâton très curieux trouvé à Chordeleç; il est recouvert d'une couche légère d'argent avec gravure de crocodiles aux quatre côtés du plan quadrangulaire, des figures de profil, et une sorte de couronne. Que représente cet objet? Quelle était sa destination ? L'archéologue écuadorien l'appelle le plan de Chordeleg. Ne serait-ce pas plutôt un compteur pour calculs arithmétiques? Des faisceaux de ces bâtons trouvés dans une même tombe de Chordeleg ne seraient-ils pas des annales? On l'ignore.
Calendrier lunaire cafiari. — Gonzalez Suarez assimile un objet en or encadré sur bois, qu'il reproduit à la planche II de son Atlas, à un calendrier lunaire divinatoire mexicain. Pour confirmer l'évidence de l'affinité de ce document caûari avec le même des nahua, l'auteur se base sur les points blancs et verts de cet objet qui indiqueraient des points cardinaux. Il s'agirait de savoir si cet objet correspond bien aux indices observés par le comte de Charencey dans son ouvrage « Des couleurs considérées comme symboles des points cardinaux chez les peuples du Nouveau Monde. »
Pinladeras. — Les Indiens Guahibos de l'Amazonas s'appliquent sur le corps des cachets ou rouleaux imbibés de rocou qui représentent des arabesques. Il y aurait lieu de comparer ces objets avec ceux de terre cuite et de bois originaires de Colombia et appelés pintaderas (voir Musée d'ethnographie du Trocadéro, Paris, et collection D. Pector).
Monnaies des Cahari, — Les quantités considérables de petits coquillages roses, des colliers de petites pierres et des clochettes d'or trouvées dans les sépultures de Chordeleg font prendre ces objets pour de la monnaie par Gonzalez Suarez (p. 161); mais ce ne sont jusqu'à présent que des conjectures.
Masques, — Les indigènes précolombiens de l'Ecuador faisaient un grand usage de masques grotesques. Etait-ce pour des danses religieuses ou fêtes ordinaires ? Quelles affinités pourrait-il y avoir entre ces masques et ceux eu usage chez les indigènes d'Alaska et les descendants des Mangues de Masaya (Nicaragua), etc.
Ornements labiaux en terre cuite. — Il serait intéressant de faire des études spéciales sur les ornements en terre cuite de forme arrondie dont on trouve les dessins sur des bouches des planches XV (fig. 2), XX (fig. 4), XXVI (fig. 4) de l'Atlas Gonzalez Suarez. Ces ornements sont posés sur les dessins précités au-dessus de la lèvre supérieure. On n'en voit de pareils sous la lèvre inférieure qu'à la planche XXXIII (fig. 1) représentant un
objet trouvé à Cotocallao, de fabrication quito. Il y aurait à étudier Taffinité de ces ornements avec les botoques des Groenlandais et des Botocudos.
Chansons populaires. — Les yaravies ou tonadas populares des Ecuadoriens recueillies par Téminent américaniste Marcos Jimenez de la Esp-ada et présentées au Congrès intern. des Américanistes, session de 1881, telles que le Masalla, le Ja^uay-Jaguay (chant de la femme aveugle), le Yumbo et le Mayordomo, provenant de la région de Quito ont-elles des affinités avec les chansons des régions situées plus au nord,deColombiaet d'Amérique centrale?
Canots, — Que dire des « balsas » avec voiles latines employées par les indigènes de l'île Puna pour aller en pleine mer jusqu'à Tumbez et autres lieux plus éloignés ? Etait-ce le même genre d'embarcations employées par les Quito et les Cara pour aborder en Ecuador? Quelles affinités existaient entre ces balsas et celles des Caribes des Antilles, des Purus du lac Titicaca, et des AUentiaks du lac San Juan?
Sépultures. — Que peut-on déduire de l'identité du mode de sépultures des Ecuadoriens et des Guarani du Paraguay dont parle le P. Ruiz de Montoya au parag. iO" de la a Conquista espiritual del Paraguay, ïiiios de los Indios Guaranis, Madrid, J639 »?