GUYANE FRANÇAISE
Régions peu connues. — Malgré les fréquentes et remarquables exploralions de ce pays par M. Henri Goudreau, la partie de la Guyane du Sud comprise entre TOyapock et l'Araguary, à l'embouchure de l'Amazonas, territoire contesté depuis 1713 entre la France et le Brésil, est encore, de l'aveu même de l'explorateur, fort peu connue. Les sept huitièmes des rivières Cachipoux, Counani, Carsevenne, Mapa Grande, le Fréchal, le Cujubim, les deux Tartarougal (petite et grande) et une foule d'autres petites rivières débouchant sur l'Atlantique, au nord de l'embouchure de TAmazonas, ne sont ni connues ni explorées. — Il en est de même des deux tiers du grand rio Araguary. « C'est, dit M. Goudreau (compte-rendu de la Société de a Géographie de Paris, 4« trimestre 1891), une contrée en formation et « déformation incessantes ; des lacs se comblent, d'autres se forment qui a n'existaient pas auparavant, des arroyos s'obstruent, d'autres s'ouvrent, « d'autres coulent du sud au nord, après avoir coulé du nord au sud, ou « inversement; on trouve fréquemment des traces du mouvement oscilla- « toiredu sol. Le régime hydrologique de la contrée n'est pas encore fixé. »
La région située entre l'île de Maraca et l'embouchure du rio Araguary, comprenant les lacs côtiers du cap de Nord, est à peine connue.
Espérons que les membres franco-brésiliens de la commission préparatoire de délimitation du Contesté, arrivés sur les lieux en janvier 1899, changeront cet état de choses, grâce à leur sérieuse étude topographique de la contrée. Nous fondons le même espoir sur la publication prochaine par M. Georges Brousseau, revenu en France à la même date, de son relevé topographique de la région du fleuve Oyapock au fleuve Araguary fait au cours de sa mission (1894-1898).
Hydrographie. — Les sources des rivières Itany, Marouini, Araoua, Inîni Abounami, affluents du Maroni, n'ont pas encore été reconnues.
La source de la rivière Approuague n'a pas été explorée, et le cours de la plupart de ses affluents de droite n'a pas été relevé (Mataroni, Ireni, Iboni, crique J. Hansen, crique Saint-Arroman, Paripou). Le cours d'une foule de petits et grands affluents de droite et de gauche de la rivière Oyapock n'a pas encore été exploré.
Orographie. — H. Goudreau assure n'avoir relié que par une triangulation approximative, au théodolite ou à la boussole, les principaux sommets
des monls TumuoHumac et mesuré au podomètre les distances parcourues (p. 15, Explorations en Guyane, Rouen, 1892). Il ne croit pas qu'on puisse faire de ces régions une topographie beaucoup plus exacte jusqu'à ce que la contrée ait été en partie déboisée.
Le Tapûrangnannawe est, d'après les Roncouyennes et les Oyampis, une grande montagne mystérieuse, où les rivières Kouc et Couyary, d'une part, Kerindioutou, Yaroupi et Camopi, de l'autre, prendraient leurs sources. Cette montagne n'a été vue par aucun des Indiens actuels de la contrée ni par Coudreau (p. 1, Aperçu général des Tumuc-Humac. Bull. Soc. Géog., Paris, l«'trim. 1893).
D'après le même voyageur (p. 31, ouv. cité), il est difficile de démêler les directions générales du massif de TOyapock. On peut en dire autant du massif de Maritow^e.
Cartographie. — Dans la partie orientale de la carte de la Guyane hollandaise publiée dans le bulletin de la Société Royale Néerlandaise de Géographie d'Amsterdam du 15 févriçr 1895, par M. W. L. Loth, arpenteur officiel de Suriname, et dans la partie occidentale de la carte de la Guyane française publiée en 1892 par J. Hansen par les soins de la Société de Géographie de Paris, on remarque de grandes différences de degrés. Le cours du Maroni (Marow^ijne) n'est pas le même dans les deux cartes. Les mêmes observations sont à faire sur le cours et le nom de l'Aoua (Lawa). L*Itany de la carte française est-ce le Gonini rivier de la carte hollandaise, tracée en pointillés ainsi que les affluents Wilhelmina et Emma rivier ?
Races, — Si les rivières, seuls moyens de communications possibles dans ces régions tropicales, sont pour la plupart inconnues ou inexplorées, on comprendra facilement que les diverses populations indigènes qui en bordent les rives doivent être aussi inconnues. Ainsi des Indiens « bravos » ou sauvages habiteraient les hauts du Yaoué, le plus important affluent de droite de rOyapock; mais on ne les a pas encore rencontrés. — D'après Coudreau, les Coussaris étaient encore peu connus en 1893. Deux tribus cannibales, les Eleliana et les Toussari vaguent dans les solitudes à l'ouest des monls Tumuc- Humac et faisaient la terreur des Roncouyennes en 1888.
Les Indiens Amikouanes (cités par le P. Lombard, Lettres édifiantes^ 20^ recueil, année 1731, p. 223) étaient appelés aussi Indiens a à longues oreilles ». Sont-ils les descendants des Oyaricoulets ou Oyacoulets? Coudreau ne l'ose affirmer. Consulter à ce sujet p. 27 du Journal de la Société des Américanistes de Paris , n° 5, 1898, à l'article « Une faute d'impression », etc., par Henri Froidevaux.
H. Coudreau (Bull. Soc. Géog. Paris, 3« trim. 1890, p. 308) ne croit pas que l'on puisse évaluer à moins de 100.000 individus le nombre total des indigènes du territoire contesté franco-brésilien. Ces tribus sont vierges encore.
132 NOTES SUR l'américanishe
Ni les colons français, ni les colons brésiliens n'ont pénétré jusqu'à elles. Sur le cours du haut Yapura (Venezuela) Crevaux trouva chez les Indiens Carizona des types de caraïbes purs, ressemblant fort à ceux des Guyanes. Y a-t-il lieu d'établir une commune orig'ine à ces deux races ?
Les Caribes ou Caraïbes, qui ont laissé tant de souvenirs en Guyane, où maintes tribus ont de leur sang^, ont besoin d'un nouvel historien clairvoyant qui puisse résumer les résultats des dernières investigations à leur égard. — Venaient-ils de Florida, occupèrent-ils la côte orientale du Mexique, de l'Amérique centrale, les Antilles, le Venezuela^ la Colombia? descendirent-ils le cours de l'Amazonas et arrêtèrent-ils leurs derniers débris en Guyane et aux sources des affluents de droite de l'Amazonas ? Ou bien ontils eu pour berceau la côte orientale de l'Amérique du sud ; suivirentrils le courant maritime se dirigeant de l'embouchure de l'Amazonas en Guyanes, dans les Antilles, vers les côtes de l'Amérique centrale, côtoyant le golfe du Mexique et se confondant avec le Gulf Stream,dès la Florida, dans sa course vers la direction nord-est ? — Employaient-il^ des caractères gravés sur roches? (Voir île Sain W^an, Antilles).
Toponymie. — Le nom étrange des monts Tumuo-Humac est encore inexpliqué (p. 1, Aperçu général des Tujnuc-HumaCf H. Coudreau, Bull. Soc.Géog. Paris, 1*' Irim. 1893). Son étymologie ne serait pas tirée des langues indigènes du pay^ : il aurait une apparence mexicaine ou péruvienne. Qu'en conclure?
Pélroglyphes. — Les inscriptions sur roches des anciens habitants du pays et des Roucouyennes actuels du rio Yary représentent souvent la grenouille. Quel sens donnaient-ils à cette représentation d'un animal dont ils affectionnent particulièrement la chair ? Etait-ce une raison de gourmandise ou une idée religieuse qui les poussait à faire ces dessins ?
Le D' J. Crevaux n'avait pu ni déchiffrer le sens ni savoir quelle tribu avait gravé les pétroglyphes trouvés par lui en 1878 (Bull. Soc. Géog. Paris, p. 79), à 43 kilomètres de l'embouchure du fleuve Maroni, sur une roche de granit. — Il avait trouvé sur le haut Magdalena, en Colombia, des pétroglyphes représentant les mêmes signes que ceux des Guyanes et du haut Amazonas.
Histoire. — La question actuelle du contesté franco-brésilien a soulevé nombre de points historiques non encore résolus absolument. Ainsi on ignore le point exact du débarquement du navigateur Vicente Pinzon. Avec quelle rivière actuelle peut-on assimiler le rio Vincent-Pinzon ou Japoc? Pour les Brésiliens, qui n'apportent aucune preuve à l'appui, ce serait TOyapock actuel (ex Wiapoca). Pour le prof. G. Landes, p. 282, 4« fasc. t. XVIII, 1896, Soc. Géog. Com. Paris), ce serait le Jourdon, soit le bras nord de l'Araguary, réclamé dès 1856 par la France comme frontière avec le Brésil. Voir dans le mâme fascicule les controverses de M. Romanet du Caillaud et
4« fasc. de 1896, sur le même sujet, ainsi que sur la position du Cap Nord — qui serait Factuelle Ponta Grossa des Brésiliens. — Les Brésiliens le placèrent d'abord plus au nord comme promontoire des îles Tarpory, Carpoery ou Carpory, — puis, toujours plus au nord, au Cabo Raso do Norte, à la côte de Tîle Maraca. — Le rio Macary est placé par Landes au nord, par Coudreau au sud du lac de Jac-
Pour élucider ces questions, il serait bon de les faire étudier par des géologues qui étudieraient la modification de la forme des côtes par suite du travail de la mer et du cours des diverses rivières qui s'y jettent, Amazonas et affluents.
Linguistique. — Que déduire de la similitude des mots laoua et layay signifiant rivière, en langues misskito du Nicaragua et boni de Guyane ?