PEROU
Pérou. Régions inexplorées ou peu connues. — Ce grand pays comprend encore une foule de réjfions peu explorées, malgré le nombre relativement considérable d'explorateurs de toutes nationalités qui les ont parcourues ces dernières années.
Ainsi le territoire compris entre le 10** longit. et les 76° et 67** latitude, entre les rios Madeira et Purus, est peu connu. On peut en dire autant: ^ de la source du Purus et de ses affluents parallèles allant vers les sierras de Ticumbinia et de Pini-Pini, région habitée par les Indiens Pucapacuris et Tuyneris;
des forêts vierges s'élendant entre le rio Ucayali et la Sierra Purus, entre le rio Béni et le rio Mamore, et avoisinant le rio Amaru-Mayu ou Madré de Dios, ainsi que les affluents rapprochés de sa source vers la vallée de Caravaya ou del Crucero.
D'après M. IL Guillaume, le rio Tahuamanu (appelé aussi Datimanu, de la Tortuga, ou Orton), affluent de la rive gauche de rio Amaru-Mayu, n'avait pas encore été exploré en 1890 jusqu'à sa source, qui se trouve probablement située entre les 11° et 12<* 30 latilude sud et à environ 70® 10' lonii^itude ouest de Greenw^ich. Du reste, cette rivière et toutes les autres qui lui sont parallèles et vont aboutir dans la direction de la Sierra de Paucartambo, sont presque toutes inconnues.
Le grand américanisteGeo. E. Squier déplorait en 1868 que les contours supposés du lac d'Aullagas défigurassent les certes, à la confusion des géographes du siècle. Espérons que Squier n'aurait plus actuellement à formuler de telles plaintes.
Toute la région des Andes Péruviennes comprise entre le Maraûon, la Cordillère centrale et le rio Huallaga est occupée par la « Montaiia », région des forets vierges. D'après M. Marcel Monnier (Du Pacifique au Para, Bull. Soc. de Géog. de Paris, 4* trim., 1889), malgré les explorations au xvii*^ siècle du P. Raimondo, du P. Caslrucci en 1845, de l'Allemand von Tschudi en 1874, et ses propres explorations en 1886 7, malgré tout, l'exploration complète du bassin du rio Pastaza, affluent de TAmazonas, reste encore à faire, a Le
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(( peu qu'il m'aété permis d'observer, dit M. Monnier, pendant une navigation « très hasardeuse de près d'un mois sur le cours inférieur de cette importante (( et très curieuse rivière, m'a démontré l'intérêt qu'en pourrait offrir l'étude « entreprise avec des moyens d'action et un personnel suffisants. »
Mais si M. Monnier, si le D*" James Orton, qui a parcouru en 1876 1878 les Andes, l'Amazonas, le Marafion et ses tributaires, si tant d'autres explorateurs après eux (parmi eux M. 0. Ordinaire) ont pu à peine explorer le cours des rivières, unique moyen de communication dans ces contrées, et rapporter sur elles des renseignements quelquefois fort vagues, que dira-t-on des territoires s'étendant au delà des rives de ces cours d'eau? Nous savons fort bien que la Montafia péruvienne a été depuis quelques années très visitée par les Caucheros, chercheurs de caoutchouc. Nous n'ignorons pas que ces mêmes pionniers agricoles ont ces dernières années dévoilé le mystère qui enveloppait le Pajonal, citadelle de l'indépendance des Indiens Campa (0. Ordinaire). Mais malheureusement, ces hardis explorateurs ne se préoccupent nullement du parti que la science pourrait tirer de leurs découvertes. Ils ont même intérêt à faire le silence sur des régions, sources de richesses pour eux et où ils ont soin de ne pas attirer des concurrents.
Sur la partie des hauts plateaux péruvien et bolivien, qui s'étend d'Arica à la Paz, et de Mollendo à Cuzco, il y a des voies ordinaires de communication. Mais, en dehors de ces lignes, s'étendent d'immenses contrées inexplorées ou à peine connues.
La Quebrada de Ccosilipata, située dans les vallées de Paucartambo^ et ses environs, sont peu connus {El Aminciado)\ Cuzco, r^'juin 1896), par suite de la crainte inspirée par les Indiens sauvages qui y font souvent irruption.
Les combes aurifères des montagnes de Carabaya dans le bassin de l'Inambari, ne sont connues que parles récits des anciens chroniqueurs (E. Reclus, page 491 N. G. U.).
Le cours supérieur du rio Madré de Dios est absolument inconnu, demême que le point exact où il se jette dans l'immense affluent de l'Amazone (Chs. Wiener, 1879). Le colonel BaltazarLatorre, préfet du Cuzco, fut tué traîtreusement en tentant l'ouverture de ce fleuve en 1873, par les Indiens sauvages Sirineyris, parlant le huachipairi, près du parage dangereux Cconecc (hervidero). Il se plaignait (journal El i4/»^«c/adar du Cuzco, 28 juillet 1896), que les cartes du Pérou marquassent inconnu ce que le Pérou a de plus riche ; « inconnu, ce qu'il y a de plus admirable dans les trois règnes delà nature ! inconnu, ce qui renferme le véritable avenir, l'agrandissement du pays î »
Sur les bords du rio Puca-Mayo ou Colorado, qui se détache de la Cordillera oriental, ont été battus il y a de longues années par les sauvages des yankees venus dans celte vallée dangereuse pour y extraire la cascarille (El Anunciador Cuzco, lojuil. 1896j.
Pour donner une idéedu petit nombre d'explorations faites surle rioUcayali, ses affluents et ses deux rives, il suffit de dire qu'une barque appartenant aux missionnaires Déchaussés qui suit tous les ans la voie du Paicazu et du Pachitea dans les deux sens, forme, avec un voyage par an et deux ou trois voyageurs, toute la navigation de ce fleuve (E. Reclus, p. 596).
Les abords de l'île San Lorenzo et l'île Sacrée de Pachacamac, au sud du Callao, non loin de Lurin, ont perdu de leurs dimensions, sous l'action volcanique et la poussée de la mer (E. Reclus, p. 506). Ne serait-il pas intéressant de fouiller ces côtes de l'océan Pacifique ainsi que ces îles avec des scaphandriers? On pourrait ainsi peut-être retrouver des renseignements sur les habitants primitifs de ces régions et leurs habitations envahies par la mer ou détruites par des tremblements de terre.
La seule région notée comme inexplorée sur l'excellente carte d'Albert F. J. M. Viellerobe, publiée en 1896, à Lima, est celle comprise dans le département de Puno, à la frontière nord-ouest de la Bolivia, dans la région des Indiens Cuarayos.
Climatologie, — On a discuté les causes de la sécheresse qui, dans le Pérou méridional, a fait place à la période pluvieuse. Le professeur A. E. Douglass, de l'Observatoire d'Arequipa {the Science, 2i oct. 1892), attribue cette disparition des pluies à une augmentation considérable dans l'élévation des Andes, lors de récentes époques géologiques. Pour M. Sereno E. Bishop, (the Science j 7 av. 1893), ce serait la période glaciale qui aurait été la cause de l'antique humidité du climat péruvien. A cette époque, le Pérou était sous le coup des mêmes vents d'orient que ceux qui actuellement soufflent, accompagnés de fortes pluies, dans le Chili méridional et la Patagonia.
Géologie, — On ignore ce que la pampa del Tamarugal, du Pérou méridional, a pu être à l'époque préhistorique. A ce propos, deux hypothèses se présentent : ou bien, à son origine, elle a été un lac d'eau douce comme le lac Titicaca, par exemple, ou bien a-t-elle été plutôt un bras de mer, à cette époque éloignée où les côtes du Pérou se trouvaient en grande partie submergées au-dessous du niveau de la mer. Il appartient aux géologues de décider.
Le sol des environs du port du Callao est-il de roche éruptive? Les tremblements dé terre qui le 26 octobre 1674 et le 20 octobre 1746 ont ruiné ce port laisseraient supposer que se trouve dans la baie un volcan sousmarin. Des travaux scientifiques spéciaux seraient nécessaires.
Grottes, — Il serait utile de faire une exploration méthodique des nombreuses grottes du Pérou aux points de vue : géologique, pour connaître le sol et le sous-sol ; anthropologique, pour savoir à quelles races appartenaient les morts qu'ony trouve; ethnographique, pour rechercher quels divers modes de sépultures employait telle ou telle tribu, comme par exemple l'enfouissement en un sac de paille tressée de la momie dite aymara^ trouvée à Anta
(Cuzco), etc. Ces grottes, disséminées sur tout le territoire péruvien, et à toutes les altitudes, renferment des sépultures, murées et situées en des lieux inaccessibles. M. Wiener se demande comment on a pu transporter des morts en ces endroits escarpés et comment les Indiens ont pu arriver à cette hauteur sur un mur de pierre souvent vertical. Il explique ainsi ce fait: les Indiens chargés des funérailles auraient détruit derrière eux les sentiers étroits par lesquels ils étaient venus. Ne pourrait-on pas aussi supposer l'emploi de cordes et l'ascension des sites verticaux à la façon des falaisiers de r Arizona? Les amateurs de fouilles auront un vaste champ d'exploration dans les grottes dont les noms suivent, citées par M. Wiener et d'autres voyageurs : celles du cerrode la Horca, dans les domaines de Paramonga, de Cajamaraca, Cajabamba, Huamachuco, de Taparaco, Chavin, Huanuco-Viejo, cerro de Pasco, de la Hermita Mateo Salados (des environs de Chorrillos), de la Cordillera, de Tarma ou Tarmatambo jusqu'à Jauja, Lircay, du sud de Huancavelica, de Vilcas-Huaman, d'Ocros, de Sondor et Cotahuacho, près d'Abancay, des domaines de Concacha et de Sayhnite (département de TApurimac), sur les bords de rApurimac,dans toute la région du Cuzco, montagne de Piedra Grands, des hauts plateaux deVilque, du cerro dePisaceou Pachach (à l'est de Recuay, à l'extrémité sud delà vallée de Santa), du Sacsaïhuaman, etc..
Système des eaux. — Doit-on ajouter foi aux assertions du major anglais Orton Kerbey, qui soutient que l'Ucayali serait TAmazonas et que la source de rUrnbamba serait de 1.000 kilomètres plus éloignée du confluent que celle du Marafion?
Races. — A propos des momies trouvées dans les grottes péruviennes, E. Reclus [p. 542, ouv. cité] émet les considérations suivantes fort justes ;
« On suppose que les déformations artificielles des crânes trouvés dans « les sépultures précolombiennes du Pérou, présentant plusieurs types inva- (( riables, suivant les diverses tribus, étaient ordonnées parles gouvernants. « D'après cette hypothèse, exposée par quelques anciens auteurs, les difîé- « rentes formes que Ton donnait à la tête, allongée, aplatie, pyramidale, « rejetée en arrière, ou latéralement déprimée, auraient eu pour but de (( modifier d'une manière décisive le caractère et les aptitudes des sujets. Si « telle fut la conception des Incas, qui paraît fondée à nombre de physiolo- (( gistes modernes (Gosse, D^/brmfl//o?i rf^s cmw^s; Ch. Wiener, Essais sur « les institutions de V empire des Incas), les opérateurs qui pétrissaient les os « encore mous de l'enfant décidaient en même temps de sa vie morale à venir. « N'était-ce pas simplement un moyen purement matériel des gouvernants « de distinguer à première vue, sans se tromper, de quelle tribu ou région « étaient leurs sujets? Pour contrôler l'exécution des décrets voulant qu'au- (( cun indien d'une région ne passât dans une autre? Quant à l'assouplissement
ISO NOTES SUR l' AMÉRICANISME
a des races par celui des crânes, comme moyen de gouvernement, il ne <( nous parait pas prouvé. »
On ne sait quelle interprétation donner à l'ouverture, évidemment posthume, que portent soit au front, soit à l'occiput, la plupart des momies trouvées dans les tombeaux de la monta^çne de Piedra Grande, dans le haut Pérou.
On {«"nore à quelle race appartiennent les nombreux cadavres murés dans des cavernes de la cordillère avoisinant le Cuzco ou Ccozcco. Il serait utile de pouvoir établir avec preuves Thistoire des couches successives probables des populations qui habitèrent cette région. Peut-on placer en premier lieu les constructeurs des monuments cyclopéens de la ville de Ccozcco ? puis les Purhua, les Amanta et enfin les Inca ? A quelles races appartenaient ces groupes ? comment se succédèrent-elles?
L'antériorité des Aïmara sur les K'kitchouaou des K'kitchoua sur les Aïmara dans les régions Andiennes est-elle bien établie ?
Serait-il vrai qu*e des descendants des Inca fugitifs devant les conquérants espagnols aient été s'installer et vivent encore vers le confluent du Huallaga et du Maranon, là où se serait élevée la puissante cité de Paytiti, appelée aussi Yurac-Huasi (maison blanche)? (E. Reclus, i\. G. î'., p. 342/3).
Quelques auteurs soutiennent que les Inca du Pérou descendent des Maya qui auraient colonisé le pays, mais à des époques préhistoriques si reculées qu'on n'en peut rien dire. D'autres, avec plus de chances de probabilités, sont pour une origine aymara.
Qu'étaient les Yunca, habitant le long de la côte, dans les vallées chaudes du Pérou ? Ces races civilisées étaient-elles supérieures aux K'kitchouaparla civilisation et la portée intellectuelle, comme le croit E. Reclus (p. 544)? Avaient-ils des affinités ethniques avec les Yunga du versant oriental de Bolivia ? Quelle est leur histoire, comment ont-ils disparu ?
On n'a plus trace non plus des Indiens Bracamoros, des bords du haut Maraûon.
Il existe encore des Indiens « bravos », indépendants et sauvages, au Pérou, dans les forêts de. la base orientale des montagnes de Carabaya. Leur nom collectif est Chunchos = barbares, nom donné par les K'kitchoua. On ignore le nom qu'ils se donnent à eux-mêmes. D'après Theodor Waitz {Anthropologie der Naturvœlker), ces Indiens seraient probablement de souche antisienne.
. D'après Paul Marcoy, les représentants actuels les moins mélangés de l'ancienne nation des Panos, indigènes déchus et très réduits en nombre qui constituèrent jadis une grande nation sur le bas Ucayali et le haut Amazonas, seraient les Sensi, qui vivent à Torient du bas Ucayali, sur un plateau qu'entourent des forêts, et se tiennent éloignés des blancs et de^ métis.
Les Iqiiitos et les Peba, vêtus de feuilles, ont presque disparu (E. Reclus, p. 350).
Les Mayoruna qui se trouvent au sud d'Iquitos sur la rive droite du fleuve Amazonas, dans les forêts bordières de TUcayali et du Yavari, sont fort dangereux pour les blancs qui se hasardent sur leur territoire [E. Reclus, N. G. IL, p. 350/1]. Pourquoi ce nom k'kitchoua « Mayo-Runa » : hommes du fleuve, donné à une nation de chasseurs, vivant au milieu des forêts et ne possédant ni pirogues ni radeaux ? Peut-être venaient-ils de la région des sources d*un fleuve « innavigable », par exemple du Mayo, au bord duquel les Espagnols ont fondé le Moyobamba?
La carte de Vieillerobe (Lima, 1896) signale encore des Omagua au sud d'Iquitos, sur la rive droite de TAmazonas. Ont-ils des affinités avec les Amahuaca? (voir plus bas).
Olivier Ordinaire, qui a visité la région des sources des sous-affluents de rUcayali, entre 10^ H' lat. N. et 77° 78' long. 0., n'a pu visiter les Lorenzos, indigènes de la Pampa de Palcazu. Ces Indiens sont grossiers, vivent nus, fuient les autres Indiens, et plantent en terre, dans les passages conduisant à leurs retraites, des épines de palmier chonta, moyen de défense assez efficace. D'après Ordinaire, les parages sont peu explorés et connus où se trouvent les Indiens harpies de l'Ucayali (Piros, Conibos et autres). Ils sont anthropophages et font la chasse à l'homme pour le compte de certains aventuriers blancs.
Que dire du nom de la race, de la langue des Aguarana qui occupe actuellement la région comprise entre le rio Marafîon et la vallée de Moyobamba?
On est aussi peu renseigné sur le compte des CiOnibos qui habitent les deux rives du rio Ucayali entre son confluent avec le Maraûon et les environs d'Aguas Termales.
Il en est de même des Schipibos ou Sipivos qui occupent maintenant la rive droite de TUcayali, entre Aguas Termales et le confluent du rio Pachitea.
Les Cachibos ou Caschibos, au sud des précédents, ont pour repaire les montagnes comprises entre la rive gauche de l'Ucayali et la rive droite du rio Huallaga, au nord de Tingo Maria. Leur nom, d'après Calvo, aurait, en langue pana, le sens de « vampire ». Ils ont gardé quelques pratiques d'anthropophagie. De là, leur éloignement de tous les blancs qui les redoutent, et qui augmentent leur férocité en massacrant ceux qu'ils rencontrent. De là aussi la complète ignorance où l'on est de leurs mœurs.
Les Amahuaca occupent les versants de la rive droite du rio Ucayali et partie de ceux du rio Urubamba, ainsi que les montagnes avoisinant la source du rio Yurua, affluent de droite de TAmazonas. Ils sont sauvages et très grossiers ; de là le nom d'Ipiteneres dérivé de ronsoco (sorte de javali) que leur donnent les Indiens Piros. D'après CarlosFry, dans son ouvrage
<( La Gran région de los basques o rios Peruanos navegables » (Lima, 1889}, les Amahuaca étaient peu nombreux à cette époque. Craignant les blancs, ils vivent dans les arbres ; aussi a-t-on peu de renseignements sur leur compte. Sont-ils une branche de la tribu des Omagua (voir plus haut) dont le nom aurait été corrompu ? D'où viennent-ils ?
On trouve des Piros ou Chontaquiros « absolument indépendants et sauvages » (Alex. Ross. Proc. R. Geogr. Society^ London, juin 1892) le long des nos Urubamba et Ucayali, sur un espace de plus de 500 kilomètres, et dans la région montagneuse au nord-ouest du département du Cuzco, comprise entre les sources des rios Purus et Tarahuauca.
Les Campa, Thampa (Chascosos), Machiganga ou Antis de l'intérieur, c'est-à-dire des régions éloignées des rives des rios Urubamba, Apurimac, Eni, Tambo, sont presque sauvages et fuient les blancs. Il y a encore beaucoup à apprendre sur leur origine et leurs caractères ethnographiques.
On ignore les origines exactes des Indiens Semirinches habitant les pampas situées sur la rive gauche du rio Madré de Dios et les sources du rio Aquiri (département du Cuzco).
Les Indiens Guarayos, qui habitent les montagnes où prennent naissance les rios Madré de Dios et Madidi, inspirent une terreur profonde aux autres Indiens ainsi qu'aux blancs de la plaine : tout le monde les fuit. Aussi, d'après M. H. Guillaume, sait-on fort peu de chose sur le compte de ces Indiens féroces.
Ih est difficile d'avoir des renseignements exacts sur les Indiens Urus vivant sur la frontière de Bolivia sur le lac Titicaca dans des canots (balsas). Ils sont plus foncés de couleur que les K'kitchoua et Aymara qui les entourent et avec qui ils évitent le moindre rapport. De quelle race peut-on les rapprocher?
Il serait intéressant de tirer des déductions anthropologiques et ethnographiques du travail remarquable de MM. Manuel Antonio Muûiz etW. J . Mac Gee (Primitive trephining in Peru IG/*" An. Rep. Bur. of Amer. Ethnol. 1894/3) sur la trépanation de crânes précolombiens trouvés à Huarochiri, Canete, Cuzco, Tarma et Pachacamac.
A propos des objets d'orfèvrerie fine du temple dont les ruines ont été découvertes en 1891 aux environs de Huaraz, le D' R. Verneau « serait « tenté de les attribuer aux tribus qui, à une époque plus ancienne, semblent (( avoir atteint jusqu'à la Patagonie. Les découvertes de M. Moreno tendent « chaque jour à faire admettre de plus en plus l'existence de ces vieilles race ces, dont la civilisation était plus avancée que celle des gens des pueblos « de l'Amérique du Nord. Certes il serait téméraire de vouloir trancher « la question à l'heure actuelle; mais des horizons nouveaux s'ouvrent « devant nous, de nouvelles idées se font jour sur le passé de l'Amérique
« Méridionale et il est bon de recueillir avec soin tous les faits qui permet- « tront peut-être un jour de résoudre des points encore fort obscurs ».
Linguistique. — La langue qquichua ou kechua (prononcez k'kitchoua) a, selon quelques linguistes, des affinités avec le maya. Mais les quelques mots similaires des deux langues peuvent-ils appuyer cette thèse? Que dire des affinités trouvées aux noms suivants de personnages du fameux drame k'kitchoua Ollanta avec la langue maya-k'kitché (consulter l'article publié au tome VIII, n^'iio du « Reperlovio SalvadorehOj San Salvador, 1893, p. 140/4, par l'éminent philologue salvadorien, professeur D. Santiago I. Barberena et intitulé (( Los Personages del Ollanta »). Ainsi les noms k'kitchoua suivants s'expliqueraient par le k'kitché :
Pachacutec (ancien roi) s'expliquerait par pach-qu-tec = il la garda cachée dans le palais ;
Cusi-ccoylur (princesse, fille de l'Inca Pachacutec) viendrait de qut-tziccoy-lor, = montrer les dents, ils marchent, ou sont endormis ;
Ima-suma (fille d'Ollanta), viendrait de ib-mak-xumah, fille du péché;
Tupac-Yupanqui(fils de Pachacutec) de to-pach-yu-ban-qui, défendu par l'armée, plus haut, fit beaucoup;
Pitu-salla (nourrice d'Ima-Suma) de pit-tu-tzap-lag, celle qui l'enferme, une maison;
Mama-ccacca (vieille vestale) de man-qaqak, vieille recueillie ;
Ollanta (général d'Auti-suyo) de vy-am-tah, vaillant, vieux chef;
Rumi-fiahui (général d'Antisuyo) de rumi-âahui, de beaucoup de poigne pour lancer des pierres ;
Huilca-huna (grand-prêtre) de h!ich-il-ca-uma, prophétise de nouveaux malheurs ;
Anro-allin-anqui (vieillard) de huanco-yin-an-qui, fait vite les trous, creuse et sème beaucoup de récoltes ;
Orrco-huaranea (général) de or-kob-va-ram-ca, trou, bouillir, pierre de soufre, le numéro mille ;
Maratu (capitaine) de ma-ra-loh = ne craint par le malheur ;
Ccoya (mère de Cusi-ccoylur), de qu-yah= fontaine, parties secrètes.
Peut-on admettre ces étymologies et affinités ? si oui, qu'en conclure?
Quant aux affinités du k'kitchoua avec l'aymara, elles sont beaucoup plus probables, d'après leD"" Middendorfet le professeur H. Steinthal. Le D' Brinton est aussi de cet avis ; mais il trouve en même temps qii'on aurait besoin de plus de lumière pour élucider pleinement cette question. Car on pourrait ainsi être renseigné en même temps d'une façon positive sur la civilisation péruvienne et l'archéologie de la région avoisinant le lac Titicaca.On n'aurait qu'à rechercher la plus ancienne, donc la plus pure forme de ces deux langues. De la comparaison de la langue à formes archaïques avec celle de
154 NOTES SLR l'aMKRICANISME
composition relativement plus moderne, jaillirait la lumière. Pour Geo. E. Squier, les Inca étaient des Aymara par l'origine ou du moins parla culture. Peut-être la lauj^e de la cour était-elle Tidiome aymara ? mais pourtant la langue du peuple péruvien fut le k'kitchoua.
Il s'açirait de savoir s'il existe encore un exemplaire imprimé de la grammaire que publia au milieu du xvii« siècle l'espagnol Fernando de la Carrera d'un dialecte de la langue yunca usité dans les environs de Trujillo.
On ne peut encore savoir si la langue des Indiens Unis du lac Titicaca est primitive ou simplement un dialecte de la langue aymara.
Il est bon de rechercher un plus grand nombre de documents permettant de corroborer l'hypothèse du D' Brinlon {Giiegiience, the Comedy Balkt^ p. 15), de l'affinité de la langue mangue chîapanèque du Nicaragua avec l'aymara du lac Titicaca.
TopoJiymie. — Le rio Viru, qui arrose un étroit liseré de cultures, du sud du rio Moche, serait, d'après quelques élymologistes, la fameuse rivière de Biru ou Piru dont le nom aurait été défiguré en celui de Peru (E. Reclus, p. 562). Ch. Wiener et A. Raimondi contestent cette étymologie.
Quel sens attribuer au nom de « Andes » (Cordillère des)? Est-il dérivé de la nation des Antis, qui habitait les pentes orientales des monts et qui a laissé la désignation d'Antas à l'une des régions de la Bolivia ? [Bernabé Cobo, Hisloria de! Nuevo Mundo, publiée et commentée par le savant américaniste espagnol M. Jimenez de la EspadaJ.tHe mot est-il une abrévation d'Antasuya, « Montagne de métal », ou a du cuivre », mot qui d'ailleurs serait si bien justifié? [E. Reclus, p. 493.] De Humboldt repousse cette étymologie. Quelle serait alors la vraie?
Dans son excellent ouvrage « Pérou el Bolivie » (Paris, 1880, page 365), Ch. Wiener dit que le nom géographique du rio Ucayali est inconnu dans le pays. Le cours d'eau change de nom une centaine de fois. Cependant le nom que Ton entend le plus souvent est Paro, qui signifierait « cours d*eau ».
Le nom de la ville de Jequetepeque, située presque sur le bord de la mer, au nord-est de Pacasmayo, n'est-il pas d'origine nahuatl? Serait-ce un indice du passage de conquérants nahua en cette région? Ou bien n'est-ce qu'une colonie qui s'y est fonnée avec des Indiens mexicains accompagnant des conquérants espagnols?
Le nom de k'kitchoua, qui signifierait « climat tempéré », servait d'abord à distinguer les régions habitables du plateau, par contraste avec la puna déserte des montagnes neigeuses. Puis cette désignation géographique fut appliquée par extension à toute une race d'hommes. D'après une autre étymologie^ les K'kitchoua seraient les c hommes qui savent», ou ceux « qui parlent bien » (E. Reclus, p. 530).
Direction première des migrations des K'kitchoua, basée sur la linguisli-
que, — (( L'affirmation des Incas de la cour du Cuzco qu'ils venaient des fies et des rivages .du Titicaca méridional ne ferait^elle pas présumer que Taymara était leur langage? » (E. Reclus, p, 531).
Le professeur Brinton, dans ses a Souih American Native languages » (chapitre : Dialects and affinities of the Kechua, p. 52/58) passe en revue les différents dialectes du k'kitchoua considérés généralement comme les plus anciens et devant donner une indication des traces des premières migrations de ces peuples. Ce seraient, d'abord :
le chinchasuyo, chinchasuyu ou chinchaya, parlé aux environs de Lima ;
le lainano, parlé aux environs de Lamas, près de Truxillo ;
le quitefîo, parlé aux environs de Quito ;
le calchaqui-tucumaûo-catamareûo parlé aux environs de Tucuman ; • le cuzcuafio ou cuzceno, parlé aux environs du Cuzco.
Quelques auteurs tiennent le cuzceûo pour le plus pur et le plus, ancien. Par contre, pour von Tschudi, Brinton et d'autres K'kitchouistes, ce serait au quiteno qu'on devrait attribuer l'origine la plus ancienne. Cependant, Brinton, à la suite de son vocabulaire moderne des dialectes inga, manoita et mayna des bords de l'Ucayali, émet l'opinion que ces dialectes sont aussi purs que le classique cuzceno et plus purs que le quitefio. — Rien ne serait donc prouvé, mais je pourrais fort bien expliquer la pureté des dialectes ucayaliens en question par la présence dans ces parages d'habitants fugitifs du Cuzco.
Représentations scéniques de sujets de Vhistoire précolombierine. — Il faut féliciter sincèrement l'archéologue et linguiste D' José L. Caparo Muniz des représentations qu'il a eu l'initiative de donner sur la scène de sujets historiques de l'époque des Inca, tels que « Ttito Ckosnipa » joué au Cuzco en 1896 (voir El Anunciador Cuzco 15 mars, 5 juillet 1896). Cette initiative devrait être suivie pour d'autres régions du Pérou et de l'Amérique.
Histoire. — L'histoire des Inca du Pérou, dit F. Gonzalez Suarez {Historia del Ecuador^ Quito, 1890), a été écrite par beaucoup d'auteurs; mais, à peine y a-t-il une histoire plus incertaine ou plus discordante que celle des anciens souverains du Cuzco. Chaque historien la raconte à sa façon et il n'y a aucune conformité entre eux. Manco-Capac, le premier des Inca, fut-il bien le civilisateur des K'kitchoua? Il y a contradiction à propos du testament de Huayna-Capac : les uns, disent qu'il partagea son empire, les autres qu'il le laissa en entier à son fils Huascar. Les historiens espagnols ne sont pas d'accord sur la guerre civile qui éclata entre les chefs inca Huascar et Atahuallpa, bien qu'elle eut lieu à l'époque inter et post colombienne. Quel était le véritable motif de cette guerre, de quel côté était la justice? Combien de batailles furent livrées? Qui déclara la guerre le premier? Quel était le nombre des combattants ?
156 NOTES SUR L'AMéRIGANISME
Religion. — Il est fort difficile d'avoir quelques données exactes sur les rites religieux des Indiens précolombiens du Pérou, les Espagnols conquérants et les prêtres qui les accompagnaient ayant toujours tenté le possible et rimpossible pour en faire disparaître toute trace. Aussi, dans la crainte d'être molestés, les Indiens, même contemporains, cachent-ils avec soin tout ce qui pourrait faire connaître leurs diverses cérémonies religieuses. Comme exemple de ce fait, nous donnerons celui des Indiens Pacaguara ou Chaco* bos, cités par M. H.Guillaume. Ces indigènes déjà à demi civilisés, qui habitent la région comprise entre le rio Madré de Dios et le rio Béni, cachent soigneusement aux étrangers leurs traditions et rites religieux.
Qquipu ou Quippos, — Les cordelettes à nœuds étaient la seule écriture des Péruviens à l'époque des Inca. Chaque couleur, chaque caprice dans la forme des nœuds avait sa signification. Il était, dit-on, possible de faire avec ces nœuds des combinaisons analogues à celles des alphabets modernes; mais malheureusement on n'a aucune donnée à cet égard. On ne connaît pas la méthode exacte employée par les Inca pour en faire comprendre la signification. Quelles étaient les relations des nœiids et des couleurs ? D'après M. Philippe Berger {Histoire de V écriture dans Vanliquitéy Paris), les courriers chargés par le gouvernement péruvien de la transmission des nouvelles ou des ordres ne portaient point sur eux de cordelettes nouées, mais devaient apprendre par cœur la dépêche, qui se répétait de relais en relais jusqu'à destination. D'autres auteurs disent au contraire que c'étaient les cordelettes elles-mêmes qui étaient transmises de relais en relais. — Où est là vérité ? Comparer avec les qquipus mexicains.
Wiener ne voit pas dans les quipos un art aussi perfectionné que le suppose Garcilaso de la Vega qui y voyait une série de nombres et annales historiques. « C'était un système de comptabilité assez ingénieux, mais primitif; « il se réduisait à une méthode d'addition et de multiplication. Il y a des fils « de différentes couleurs. Chaque couleur présente un objet constituant un « élément de contributions générales » (Wiener, Pérou et Bolivie^ Paris, 1880, p. 777).
Il y avait une autre écriture, figurative celle-ci, sur bâtons, au moyen de lignes et autres signes. Cabello Balboa {Historia del PerUy chap. xiv) cite le testament de Huayna-Capac fait en raies de toutes couleurs sur un long bâton confié ensuite à la garde d'un quipo-camayoc. A-t-on gardé le secret de ce genre d'écriture? Sa création fut-elle contemporaine des qquipos, ou antérieure à leur usage?
Montesinos (chap. iv et xiv de ses Memorias Antiguas del Peru) dit qu'à l'époque antérieure au règne des derniers Inca connus de l'histoire, on écrivait sur des feuilles de bananes sèches et sur la pierre, avec des lettres ou signes graphiques; un des souverains du Pérou aurait défendu l'emploi dans
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son empire de ce genre d'écriture. Garcilaso de la Vega, dans ses Cotnenlainos reaies parle aussi de cette prohibition. Mais niMontesinos, ni Garcilaso de la Vega ne disent le nom de Tinca en question. Aucun chroniqueur n'explique le procédé exact de cette écriture. On ne sait pas non plus si cette défense a eu son efFet et si les indigènes ne continuèrent pas à se servir de cette écriture en cachette.
Inscriptiom funéraires sur tissus. — Au-dessus de la tète postiche des momies dans leurs tombeaux d'Ancon, Chancay, Mansiche, Pachacamac, dit Ch. Wiener (p. 650 ouv. cité), sont attachées parfois et recouvertes d'un filet qui les maintient, des pancartes carrées faites d'une étoffe blaTiche de coton grossier tendue sur un écran en roseaux et couverte de dessins rouges et noirs, ou rouges et bleus. Les inscriptions funéraires de ces pancartes avaient-elles un sens spécial pour chaque catégorie sociale de morts? que signifiaient-elles ?
Pélroglyphes . — Le Pérou contient beaucoup d'inscriptions sur roches non encore déchiffrées, témoin celles de Pintados, gravées sur des rochers formant partie des collines à 24 kilomètres au sud de la Noria, sur le côté occidental des Pampas du Tamarugal (provinces méridionales). Ni les légendes ou traditions locales, ni la science des américanistes n'ont pu jusqu'à présent assigner à ces pétroglyphes la moindre interprétation, voire même une date quelconque, quelque vague qu'elle soit.
Les ruines de Tiahuanaco sont presque les seules au Pérou où l'on trouve des gravures de signes symboliques (voir travaux de L. Angrand et Ch. Wiener). « Mais, en dehors de ces quelques signes, dit Wiener (p. 760 « ouv. cité), gravés dans le porphyre, auxquels on pourrait encore ajoute ter ceux qu'on observe sur la tète de Collocollo et sur un petit modèle, « propriété de M. Léonce Angrand, retrouvé par d'Orbigny, quelques « bas-reliefs, sur le jambage droit de Vilcas-Huaman, les bas-reliefs de <( Gabafla, de Huaras, etc. il est certain qu'il ne subsiste sur les vestiges « architech toniques du Pérou aucune inscription proprement dite? Est- « ce que cela prouve qu'il n'a pas existé d'écriture? Nous ne le croyons (( pas.o
Les peintures hiéroglyphiques trouvées à Sicasicaet àPaucartaraboet qu'on peut voir aux musées de La Paz(Bolivia) etauCuzco, et dans l'ouvrage de C. Wiener (p. 774-775) ne m'inspirent qu'une médiocre confiance au point de vue précolombien : caries nombreuses croix trouvées sur ces inscriptions dénotent la présence de prêtres catholiques espagnols et leurs moyens mnémotechniques d'enseignement religieux.
Archéologie. — Les Indiens du Pérou respectent beaucoup les tombeaux de leurs ancêtres et réussissent à soustraire par leur silence aux archéologues une foule de richesses archéologiques des temps précolombiens.
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C'est à des races antérieures aux K'kitchoua qu'il faut sans doute attribuer la construction des monuments delà région de la côte. Quelles furent-elles?
Faut-il admettre avec Gh. Wiener et le sculpteur Soldi que a le seul ins- « trument mis en mouvement par les constructeurs des monuments gigan- (( tesques cyclopéens et autres du Pérou devait être la pierre même? (Ch. i{ Wiener, p. 476).
Dans la haute vallée du Maranon on voit les restes de cités considérables : telle, sur un affluent occidental du Maranon naissant, Colpa ou Huanuco Viejo, que Ton dit avoir eu trois lieues de circonférence. La ruine principale appelée Gastillo par les indigènes, est une énorme construction de galets empâtée dansTargile, ornée à Textérieur de figures d'animaux. (E. Reclus, p. 383). A quelle civilisation appartiennent ce château, ces palais, temples, et thermes de Colpa ?
Chavin deHuantar, au bord d'un autre affluent du Haut Maranon, contient aussi des restes d'anciennes constructions. Une d'elles a une pierre sculptée, qui représente un homme monstrueux, à la chevelure de serpents et tenant des couleuvres dans ses mains. Raimondi voit dans cette idole le « Génie du Mal. » Elisée Reclus trouve plus probable qu'elle représente le « Dieu delà foudre» (E. Reclus, p. 585).
Le baron de Santa Anna Néry confirme notre opinion quand, dans son « Pays des .lma:5on^s,))à lapage262, il dit: «On sait... que TUcayale, Tune c( des branches de l'Amazone, a ses rives peuplées de niches, de grottes « artificiellement agrandies, de mausolées tenus par des piliers, couronnés (( d'un linteau, et de sépultures. C'est aussi sur les bords de TApurimac, (( une autre branche de l'Amazone, que se dressait la forteresse de Chocce- « quirao, résidence des héritiers de la couronne des Incas. Ce fut là Tasile « des derniers survivants de la race Manco-Capac. Mais, une excessive pru- « dence est de rigueur toutes les fois qu'il s'agit des monuments de la civili- (( sation indienne au Brésil,» et au Pérou, ajouterons-nous.
Au sud de Chachapoyas, près du village de Cuelap, E. Reclus cite (p. 388) les ruines d'une nécropole à deux étages. Son mur a 100 mètres de haut et est percé d'innombrables niches. Ceci prouve combien était populeux le pays de Mainas de la Haute Amazonie, maintenant presque désert.
Les ruines immenses de la ville du Chimu, capitale d'un empire antérieur aux Inca, s'étendent au nord-ouest de Trujillo, sur le bord de la mer. Qui avait fondé cette ville ? Comment a-t-elle disparu ? Quoiqu'on y ait pratiqué de nombreuses fouilles archéologiques, il y a encore beaucoup d'explorations à y faire.
Qu'était jadis le plateau, situé en face de la ville de Huaraz, sur les pentes de la Cordillera Negra, où se trouvaient maintes pierres sculptées, (l'origine ancienne, reprësenlant des hommes à membres difformes et à figures
grotesques? Ces pierres forment en partie le mur d'enceinte du cimetière de Huaraz? (E. Reclus, p. 563). Etait-ce un temple, un palais, de construction inca, yunca ou autre? Quel usage assigner aux nombreuses richesses de ce même édifice énumérées par la « Estrella de Pa7iama » du 25 mai 1891 (chaînes, tuyaux, feuilles laminées, petit drap en or d'une flexibilité remarquable, etc*)? Quels étaient les procédés de fabrication de ces véritables chefs-d'œuvre?
Les grands réservoirs souterrains trouvés près de Chancay ont-ils servi de greniers aux Inca, selon la tradition? (E. Reclus, p. 566).
Il s'agirait de vérifier l'authenticité de la légende qui veut que le palais, dont on voit les ruines sur une des terrasses du Cuzco, et qui s'appellerait Colcampata, a été construit par Manco Capac.
Sur la route de la Paz (Bolivia) à Puno (Pérou), entre Llave et Ancora, on voit diverses «chulpas» ou «torreones », sortes de tertres sépulcraux des habitants précolombiens. On trouve parmi ces monticules une sorte de cromlech de 5 mètres 50 sur chacun de ses quatre côtés et de 2 mètres de haut. Le sommet ou toit est en pierres. Etait-ce la sépulture d'un chef notable? Mais quelle époque donner à ces monuments, quels en furent les constructeurs? Y a-t-il lieu d'établir une comparaison quelconque entre les populations qui construisirent ces tertres et celles qui ont laissé des traces de monuments semblables, sur les bords de l'Ohio, au Guatemala, au Honduras, au Nicaragua, etc.?
Pour ce qui est des magnifiques ruines de Tiaguanaco, on est encore en conjectures à propos des moyens de transport employés pour y mener les immenses blocs de pierre qui les composent. Les carrières d'où ces pierres ont dû forcément être extraites sont éloignées du lieu des ruines. Le professeur français Th. Ber admet la possibilité deremploi,pour effectuer ce transport, de chalands (balsas) énormes qui auraient parcouru le lac et déposé les pierres à pied d'œuvre. D'autres savants repoussent cette hypothèse et supposent qu'il existait aune époque reculée une bonne voie de terre permettant de rouler les pierres depuis les carrières jusqu'aux monuments de Tiaguanaco, et que plus tard, à une époque plus récente, indéterminée cependant, des phénomènes naturels, sans doute d'ordre volcanique, avaient bouleversé cette route et creusé le lac actuel de Titicaca. Ch. Wiener (p. 443, Péi^oii et Bolivie, Paris, 1880) n'est pas d'avis, comme d'autres archéologues, d'attribuer à une époque antérieure au xii® siècle la construction des palais de Tiahuanaco. Pour lui, les Inca les auraient élevés après leur avènement en recourant à la main d'œuvre nombreuse et bien disciplinée dont ils disposaient. Ils auraient « emprunté aux constructions antiques la forme architecturale « et à l'esprit pratique d'une nouvelle civilisation une technique plus facile, « grâce à l'emploi de matières moins résistantes et plus maniables. »
Y aurait-il lieu d'établir une affinité architcctonique et ensuite une affinité
ethnique entre les constructeurs des monuments et statues frustes de l'île de Zapatera du lac de Nicaragua (de race manque ?) et ceux des monuments du lac de Titicaca (de race k'kitchoua ?).
Industries. — Les arts et métiers étaient fort en honneur chez les populations précolombiennes du Pérou. On peut en juçer par les nombreux chefs-d'œuvre de ciselure sur pierre et métaux sortis de leurs mains dont on admire de beaux spécimens aux musées ethnographiques de Paris, London, Berlin, Washington et surtout ceux qui figuraient à la belle Exposition de Lima de 1892.
Mais la plupart des procédés employés par ces artisans habiles, pour ne pas dire ces artistes, sont perdus. Il serait pourtant d'une grande utilité de les connaître et même la science moderne métallurgique actuelle n'aurait pas honte de rechercher le procédé connu des Inca pour tremper le cuivre et lui donner une dureté égale à celle de l'acier.
On aurait aussi tout intérêt à connaître les procédés employés par les Péruviens précolombiens pour conserveries cadavres des leurs et en faire ces momies si résistantes à l'action du temps qu'on découvre chaque jour au Pérou dans les fouilles, soit repliées sur elles-mêmes, soit rigidement droites : telle la momie trouvée aux environs de Chimbote en 1893, qui, en plus, était recouverte de plumes écarlates et portait au cou un collier fait de petits os reliés entre eux par un cordonnet.
A propos de plumes, à quels oiseaux les prenaient-ils de préférence? Au Cuzco employait-on celles du fameux oiseau des 7 couleurs ainsi appelé au Valle de la Gon vencion (en latin : capito versicolor) ? c'est au fameux ornithologue polonais, Jean Kalignoski qu'incombe la tâche de nous édifier sur ce point et beaucoup d'autres.
Pharmacopée. — Il serait intéressant de connaître les divers procédés employés par les indigènes précolombiens pour guérir leurs malades, les simples qu'ils utilisaient, tels que la coca, la plante des neiges (huamanripa ou cryptochœte andicola) encore peu connue des médecins d'Europe et prônée par le D' Carlos Paz Soldan (Bolelin de la Sociedad Geografica de Lima^ sept. 1891), et beaucoup d'autres plantes d'usage encore inconnu.
Habitations élevées. — Le village deGalera a une attitude de 5211 mètres au-dessus du niveau de la mer, et a passé longtemps pour le lieu habité du monde le plus élevé. Le camp minier de Vicharrayac, d'après l'ingénieur Arthur E. Pearce, a une altitude de 5316 mètres et celui de Muscapata de 5386 (Stor and Herald Panama, 3 mars 1892). Ces endroits gardent-ils les traces de séjours précolombiens des indigènes autochtones? quelles sont les localités les plus élevées ayant été habitées par les indiens précolombiens du pays? Leurs poumons avaient-ils plus de facilité que ceux des blancs à supporter l'air raréfié de ces altitudes ?