CHILI
Assèchement de la région septentrionale. — M. Plisson, dans le « La Plata's Monaslchrift » 1876, attire l'attention sur certaines régions arides et sèches de l'Atacama, où l'on trouve nombre de ruines de constructions qu'on n'aurait jamais eu l'idée d'y bâtir, si elles avaient été, lors de leur élévation, dans un tel état défavorable. Copiapo n'eût pas été baptisée du nom de San Fernando de la Selva, si la région n'eût pas été au milieu d'une végétation forestière. La ville de Totoral, la «Jonchère», rappelle la présence d'un marais. Il faudrait étudier les causes de l'assèchement qu'on trouve actuellement dans cette contrée. Faut-il l'attribuer à des changements de température ou climatériques, à des considérations volcaniques ignorées ou à étudier, aux vents, à la coupe ou à Tincendie des bois par les Espagnols ou les indigènes au temps de la conquête ?
Iles Juan Fernandez* — Que déduire au point de vue géologique et paléobotanique du fait que, avant l'arrivée des K'kitchoua en ces îles et à Mas à Tierra, la plus orientale du groupe, la flore ressemblât plus à celle de la Nouvelle Zélande qu'à celle du Chili ?
Géologie. — On doit attendre beaucoup du résultat des dernières explorations scientifiques du regretté géologue suédois N.Otto G. Nordenskjœlddans le département d'Ovalle, ainsi que de celles des professeurs allemands Paul
Kriijer, Paul Slange et Albert Selle dans la région Andine. Ces derniers auraient, de janvier à mars 1897, découvert près du golfe Corcobado, parmi diverses ramifications de la Cordillère, cinq grands lacs, cinq autres moyens, et treize lagunes qui se déversent dans le Pacifique.
Régions peu connues, — Sur la carte du pays, dans la province d'Antofagasta, au nord-ouest de la capitale du même nom, il y a un grand espace blanc. La limite méridionale du bassin du rio Taltal n'était pas bien déterminée en 1885.
A Test des bassins de la Puna de Atacana au nord du 23**, il y avait en 1883 un grand espace inexploré, non loin des marais (cienagas) de Zapaleriet de Lin a.
On ignore l'extension et l'importance des salines et lacs compris dans le bassin de la Puna de Atacama au sud du 23*'.
Quant aux cordillères du désert (despoblado) d'Atacama, et leur partie la plus dépeuplée et inconnue, la région de la cordillère de la Puna, l'ingénieur civil et des mines, Alexandre Bertrand, qui en a fait une sérieuse et minutieuse exploration (1884), s'exprime ainsi à leur égard dans le compte-rendu qu'il a publié de son voyage d'exploration : «Nous ne prétendons autre chose « que d'avoir ouvert le chemin pour que d'autres explorateurs spéciaux ne « puissent plus marcher si à Taveuglette dans le vaste désert de la Puna ; (c ils pourront ainsi se consacrer à chercher les richesses minérales renfer- « mées peut-être dans son sein sous Taspect trompeur et monotone des ma- <( lières volcaniques qui la recouvrent. »
Mainte montagne du Chili méridional est encore inexplorée, dépourvue d'histoire et de légende. Les Tehuel-che lui ont donné des noms qu'on ignore ; les seules dénominations qu'aient ces cordillères proviennent des navigateurs du large (E. Reclus, iV. G. f/., p. 724). Quant aux nombreuses terrasses en gradinsqui s'élèvent à 600/800 mètres le long des côtes du Pacifique et qu'ont observées Pœppig, Darwin et autres voyageurs, doivent-elles leur formation à l'action des flots ou bien- à l'érosion des fleuves de l'intérieur (Ed. Suess, ÀntIUz der Erde) ? on l'ignore.
En 1897 on pouvait encore considérer comme inexplorée la région comprise entre la Cordillère des Andes et le golfe de Corcovado, à l'exception seulement de la côte, des deux rives du rio légendaire Vuta-Palena et de quelques-uns de ses affluents. Quant aux forêts vierges qui avoisinent les bords de ces cours d'eaux, elles sont presque impénétrables.
Impressions de pieds humains, — Celles trouvées dans les a hoyas» géologiques de Santiago, de Colchagua, des roches du district de Curacavi, et les pisadas du rio Ilata, non loin deCobquecura, signalées par le grand savant chilien J. Toribio Médina dans son remarquable ouvrage « Los Aborigènes de Chile », Santiago, 1882, auraient intérêt à être comparées avec les autres
impressions sur roc de pieds humains découvertes au Mexique, au Nicaragua et en Colombia.
Races, — Que dire de la tribu des Changos, de Paposo, débris curieux delà population primitive de la côte entre Mejillones et Caldera? Nous nous référons du reste pour ce qui est des lacunes nombreuses des races aborigènes du Chili à l'œuvre si intéressante citée plus haut de M. J. T. Médina.
Il y a encore beaucoup à apprendre sur l'histoire, Torig-ine ethnique, la langue, etc., des Indiens Aribanos et Abajinos, les plus guerriers des Araucans actuels, vivant de rapines sur les plateaux des Cordillères et des Huillichc du sud du.Tolten qui occupent la partie -la plus inculte de toute TAraucania.
YeALxdils Inca. — Lors du tremblement de terre d'Arica du 13 août 1868, plusieiirs momies vinrent à la surface du sol pourvues de ces yeux brillants. M. W. S. Miller, de Madison, Wisconsin, les a étudiés et a donné dans Ihe Science de New- York, 10 février 1893, le résultat de ses recherches. D'après lui, ces yeux fragiles et iridescents n'appartiennent pas aux momies ; ce ne sont que des crystallins de céphalopodes, squid ou octôpus. Il serait bon de savoir quel procédé employaient les indigènes pour préparer ces yeux dont on a admiré, en 1889, une si belle collection au Pavillon de Bolivia à l'Exposition Universelle de Paris.
Archéologie. — Les plaines maintenant sablonneuses et pierreuses d'Arica ont dû être jadis plus habitées et couvertes d'une plus grande végétation, à en juger par les nombreux tombeaux qu'on y découvre fréquemment. D'où nécessité de faire de nombreuses explorations archéologiques dans cette contrée.
Histoire. — La rivière Maule, dernière limite au sud de l'empire des K'kitchoua, avait-elle été colonisée par eux ? On l'ignçre. Les pétroglyphes de la Piedra Pintada, de l'Atacama, rappellent-ils la présence des K'kitchoua ? et que signifient-ils?
Linguistique. — La langue araucane ou chilidungu, parlée dans le sud du Chili, n'a aucune affinité grammaticale ni lexicographique avec les idiomes péruviens ou fuégiens. Les sons ne sont pas gutturaux comme ceux des langues voisines. On ignore l'origine de cette langue et les affinités qu'elle peut avoir avec d'autres groupes linguistiques américains.
Ethnographie. — Le récit d'une cérémonie religieuse d'Araucans modernes du \dllage de Trintre (département d'Angol) fait par le journal la Patna d'Iquique(janv. 1893) donne lieu aux points d'interrogations suivants : quels sont les termes de l'invocation de la Machi (sorcière-prêtresse), qu'on ne pouvait ni entendre ni comprendre? On ignore à quelle divinité elle s'adressait. Etait-ce à l'esprit inTernal Pillana? Cette prêtresse, les deux caciques Francisco Colimil et Agustin Niculqueo qui l'assistaient, et le peuple qui dansait et criait autour de l'arbre sacré canelo, comprenaient-ils bien la signification
de ces rites anciens? il est permis d'en douter. Cette danse, pratiquée au son du culthun (tambourin de bois et peau de mouton) est-elle bien celle appelée cunquen par le chroniqueur Carvalho et le poète d'Angol, Pedro de Ofia. Nul ne le sait.
Inscriptions sur roches. — Il s'agit de deux inscriptions, l'une gravée, l'autre peinte, qui se trouvent sur des roches au Cajon de las Lefias, au sud de Cauquenes. Malgré les études qu'en ont faites Ch. Wiener, Georges Benedetti et Ch. Henningson, on est encore à connaître leur signification exacte.