I. REGIONS GLACIALES ARCTIQUES
Pôle Nord. — Ces para^^es de rextrême nord ont été visités par de nombreux explorateurs et pourtant la connaissance que nous en avons est des plus imparfaites. «Il est hors de doute que la géographie des hautes régions boréales ne se fera pas aussi rapidement que celle du continent africain » (Ch. Maunoir, Bulletin de la Société de Géographie de Paris^ 1889, 1«^ trimestre, page 110). Outre les données relatives à la géographie proprement dite, à la géologie, à la climatologie, il serait bon d'être au clair sur les particularités anthropologiques, ethnographiques, linguistiques des races qui pourraient errer dans ces contrées inconnues.
Géologie. — Les théories du géologue français, Albert-A. de Lapparent, publiées dans la Nature^ sur l'aplatissement de la terre au pôle nord sontelles indiscutables ? De nouvelles explorations scientifiques les contrôleront pratiquement.
Voyages d'exploration. — Nous comptons à ce sujet sur la publication du résultat scientifique des récentes explorations de l'Anglais Jackson de retour en 1897 après un voyage de 3 ans, de l'Allemand Theodor Lerner, parti récemment, sur le « Helgoland », et surtout du Norvégien Andrée à bord du ballon l'Ornen, dont le monde savant attend des nouvelles avec anxiété. Les traces de passage d'hommes relevées en 1898, à la pointe sud de l'île Hall, au cap TegetthofF par M. Walter Wellmann et les membres de l'expédition américaine au Groenland, peuvent-elles être celles d'Andrée et de ses compagnons, comme le voudrait M. Baldwin, membre de ladite expédition? Puisse le lieutenant de vaisseau américain R. C. E. Peary obtenir un résultat favorable dans l'exploration qu'il est en train d'entreprendre vers le nord avec Foukelfjord (Groenland) pour base méridionale d'opération! Espérons qu'on pourra bientôt dépasser les 86^*14' de latitude N. Greenw^ich, de Nansen, dût-on employer les bateaux sous-marins préconisés par MM. G. L. Pesce, A. Hamberg et Reidel.
Mais, si plusieurs expéditions ont eu des résultats affirmatifs, combien
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n'en ont eu que des négatifs. Ainsi, malgré les recherches du D'Rae (1853), de Mac Clintock (1858), de Charles Hall (1869), et du lieutenant Schwatka (1880), on n'a trouvé de la fameuse expédition au pôle nord de sir John Franklin (1846-1848) que des épaves de trois barques et du navire «Terror». On ne sait rien du sort du navire « Erebus», ni de celui de la quatrième barque de l'expédition, ni enfin du résultat de ce voyage célèbre.
On a bien trouvé, en 1884, à Julianshaab, sur les côtes méridionales du Groenland, des restes d'un navire attribués à la «Jeannette» par un grand nombre de savants. Mais quelques-uns encore doutent de leur authenticité, malgré le judicieux travail sur ce sujet, publié en mai 1896 par la aGeographical Society of the Pacific » de San Francisco intitulé : « An examination into Ihe genuinéness of the « Jeannette » relies. — Some évidences of currents in the poUr régions, »
Courants polaires. — Dans l'étude précédente se trouve un résumé succinct qui tend à prouver l'existence de divers courants polaires se dirigeant de l'ouest à l'est, fournissant fréquemment aux Groenlandais les essences forestières de Sibérie qu'ils utilisent, et ayant permis au bâtiment anglais «Resolute», en 1854, de parcourir en 381 jours 1100 milles marins et à la «Jeannette » (si c'est bien elle) d'atteindre Julianshaab. Mention est aussi faite d'un courant qui, partant de Nortonsound (Alaska), remonte au nord du détroit de Bering qu'il traverse, et fait flotter jusqu'au 64*^ de latitude à Godthaab (côte occidentale du Groenland) des objets de pêche en bois (harpons, etc.) appartenant à des Eskimaux de Port Clarence. Il manque encore une carte ou un tracé exact de ces courants. Il serait utile d'aider le commodore Melville dans son projet de prouver l'existence de certains courants polaires par le lancement au nord de Point Barrow de tonneaux étanches qui suivraient une direction donnée (consulter le supplément illustré de la New- York Tribune du 27 novembre 1897, Melville' s polar theo7*y).
Mer paléocrystique. — Les indigènes des tles comprises dans ce qu'on nomme la mer Paléocrystique ont des légendes sur les Tornit ou Tunuk qui seraient, paratt-il, les premiers habitants du pays. Il vaudrait la peine de recueillir avec soin toutes ces légendes; elles permettraient, peut-être, de déterminer l'origine de ces indigènes, leurs mœurs, leurs usages, leurs coutumes. On pourrait, sans doute, arriver à les identifier avec d'autres tribus exterminées par les Eskimaux ou existant encore dans une autre région hyperboréenne. Souhaitons que le « Fram », arrivé le 4 août 1898, à Upernavik (Groenland) sous le commandement du vaillant capitaine norvégien Sverdrup, nous éclaircisse bientôt sur ces questions et d'autres encore relatives à cette mer.
Terre Arthur. — Cette terre est hypothétique. Elle comprend le cap
NOTES SUR l'américanisme S
Lockwood qui semble séparé de la Terre de Grinnell à 70 milles du fjord Greely (80*^48' latitude nord et 78^26' longitude ouest de Greenwich, d'après Greely, Lockwood et Brainard). Est-elle habitée?
Iles du roi Charles. — MM. Johannesen et Andreassen disaient les avoir découvertes en 1884 par 78«:35' N. et 31° 30' E. de Greenwich. D après le capitaine A. Pick, qui a croisé en 1897 dans ces parages, elles n'existent pas. Peut-être ont-elles disparu?
IlesParry. Paléontologie. — D'après OswaldHeer, les couches houillères de ces îles datent du même âge que celles de Tîle des Ours, au nord de la Scandinavie ; les mêmes calcaires marins les ont recouvertes. Cette similitude de terrains à des distances aussi considérables plaide en faveur de l'hypothèse d'un vaste continent qui aurait recouvert toutes les régions polaires pour s'affaisser ensuite partiellement, tant au nord de l'Amérique qu'au nord de l'Europe. Ne serait-il pas utile d'entreprendre de nouvelles explorations au point de vue paléontologique entre les fies Scandinaves et américaines?
. Baie de Melville. Géologie. — Franklin avait découvert sur les plages de cette baie une masse de fer météorite pesant 90 tonnes. Il serait bon d'avoir des détails historiques et géologiques sur cette précieuse masse dont le capitaine Peary et le professeur Dyche se disputaient l'acquisition. Le premier savant vient d'amener à New- York ce météorite composé, dit-on, de 92 0/0 de fer et 8 de nickel. Attendons d'autres analyses.
Terre de Baffin. — La violence des vents a empêché jusqu'ici l'exploration des massifs montagneux de cette grande île. Le lac Amakdjuak n'a pas encore été étudié par les voyageurs blancs (E. Reclus).
Mer de Hudson. — Il serait désirable de reconnaître d'une manière sérieuse les côtes septentrionales de cette mer.
Groenland. Géologie. — Dans sa Nouvelle Géographie Uîiiverselle^ t. XV, page 100, E. Reclus dit qu'on a émis l'opinion que des îles mentionnées par les sagas comme ayant existé entre Tlslande et le Groenland auraient été, non les îlots groenlandais désignés par Graab sous le nom de « récifs de Gunnbjorn », mais des volcans importés depuis les temps historiques par une explosion semblable à celle de Krakatau. La «terre engloutie de Bass», par exemple, aurait été une autre Islande, dont la mer recouvrirait actuellement les débris. La carte de Ruysch, dressée pour une édition de Plolémée publiée en 1507, indique dans ces parages l'emplacement d'une île qui aurait été « entièrement brûlée en 1456 ». Géologues et archéologues auraient là un beau champ d'investigations.
6 NOTES SUR l'aMÉRICANISIIE
En 1889, le professeur suédois Nordenskjœld et le voyaçeur norvégien Nansen ne pensaient pas que le revêtement des couches de glace, qu'on trouve sur les deux versants maritimes du Groenland et qui s'élèvent jusqu'à un plateau uniforme de 2.700 à 3.000 mètres de hauteur, modelât exactement le sol de cette immense terre. Des vicissitudes atmosphériques d'origine diverse les renouvelleraient constamment. Nous fondons un grand espoir sur l'expédition actuelle (1898j du D' K. I. V. Steenstrup à l'intérieur de la grande île de Disko, sur la côte orientale du Groenland. Car c'est la partie la moins connue du pays, et les Groenlandais eux-mêmes n'en ont jamais \isité l'intérieur, les rennes manquant complètement dans l'Ile (Tour du Monde j Paris, 9 juillet 1898). Nous ne doutons pas du résultat de cette expédition, tant au point de vue de l'étude des masses de fer nickelé d'origine tellurique se trouvant dans cette île, qu'à celui de la connaissance approfondie des phénomènes glaciaires et des plantes fossiles de cette région.
Climat. — Les géologues admettent que le Groenland a passé par une période glaciaire, après avoir joui d'un climat doux et tempéré. « Ces con- « trastes de climats successifs sont des faits d'ordre capital dans l'histoire « de la terre, mais les géologues les interprètent diversement. Y a-t-il eu a changement d'axe pour la planète (William Thomson) et le Groenland « s'est-il autrefois trouvé sous des latitudes différentes à distance du pôle? <( D'autres périodes de glaciation analogues à la dernière ont-elles alterné « avec les âges de riche végétation, ou bien la température s'est-elle gcraduel- (( lement abaissée depuis l'époque où la vie fit apparition sur la terre? Os- « wald Heer et Saporta admettent cette hypothèse » (E. Reclus, Nouvelle Géographie universelle, XV, p. 122). Mais tous les savants ne l'admettent pas. « Les observations sur l'importance de l'ablation ou de la fusion à la surface des glaciers du Groenland font complètement défaut » (Charles Grad, Bulletiîi de la Société de Géographie de Paris j août 1871, page H 8). De petits glaciers se forment encore dans les vallées qui en sont dépourvues, pendant que d'autres sont détruits sous nos yeux. Toutefois ces changements sont hors de proportion avec les phénomènes étonnants de la grande époque glaciaire. Dans l'impossibilité d'expliquer ces phénomènes avec les conditions actuelles de l'atmosphère, les causes de l'apparition et de la décroissance des anciens glaciers devront être cherchées en dehors des limites de notre Globe, dans une action cosmique susceptible de modifier les lois qui régissent les conditions physiques présentes de la terre (idem, pp. 126-127).
Levés topographiques. — C'est à peine si quelques parties des côtes étaienl relevées en 1892.
Races. — « Le Groenland possède quelques tribus de race pure, celles « que les explorateurs européens ont découvertes récemment en dehors du « territoire danois, au nord de la baie de Melville ou sur la côte orientale ;
« peut-être en existe-t-il d'autres encore ig^norées qui se tiennent au bord de « quelque fjord défendu par les bancs de glace contre l'approche des navires» (E. Reclus, ouvrage cité, p. 127).
Histoire des découvertes. — Les points les plus élevés en latitude qui aient été visités par les Groenlandais du district d'Upernavik, dans leurs chasses à l'ours blanc, sont : Wilcox Head (Nugsuak) et Devil's Thumb (74" 15'). Ces endroits paraissent avoir été anciennement habités. On y trouve les ruines d'habitations spacieuses et des traces de campements, ainsi que de nombreux tombeaux. En 1889, Ftivdliarow^k, à 73^30' latitude nord, était la dernière localité dans la direction du pôle (Maunoir, Bulletin de la Sociél^ de Géographie de Paris, 1889, 1«' trimestre, p. 103). Ces ruines sont-elles celles des demeures des premiers aborigènes ou plutôt celles des premiers découvreurs européens? Doit-on attribuer les causes de ces ruines aux incursions de tribus barbares venues de l'ouest ou aux ravages de pirates européens du sud-est? Depuis 1889, les voyages récents de Peary, Nansen et autres hardis explorateurs n'ont-ils pas découvert plus au nord des vestiges d'habitations humaines ?
Le Normand Erick Rauda est-il bien le premier Européen qui ait abordé au Groenland avant l'an 985 ? Bjarn a-t-il entrevu cette terre en 987 ? Fautil ajouter foi aux sagas Scandinaves, confirmées par le D' Luka Félié, de Spalato, Dalmatie (Congrès catholique de Paris, sessions de 1888 et 1891), d'après lesquelles la découverte du Groenland serait due à (îunnbjorn en 887?
Il y aurait urgence à fouiller les archives de la Bibliothèque du Vatican afin d'y retrouver les traces de l'évangélisation du Groenland au xv« siècle par des évoques catholiques. Les rapports qu'ils adressaient alors à la papauté et qu'on découvrirait dans cette célèbre bibliothèque permettraient d'élucider quantité de points obscurs de l'histoire de cette terre éloignée.
On confirmerait peut-être ainsi les assertions de M. Eugène Beauvois (Paris, 1878), sur les origines et la fondation du plus ancien évêché du nouveau monde : le diocèse de Gardûs ou Gardar (986-1126). La juridiction d'Albert, premier évêque de ce siège, s'étendit-elle jusqu'en Markland et Vinland? on l'ignore.
On pourrait de la sorte obtenir des renseignements certains sur les motifs qui poussèrent les habitants du Groenland, en 1342, à abandonner la religion catholique romaine, comme il appert des « Groenlands Historiska Mindestnaerke » d'après un vieux manuscrit latin d'Islande recopié par Finn Magnusen. Consultez (( The Missing records of theNorse discovery of America » de M'"« Marie A. Shipley, néeBrown (p. 199, compte-rendu, Gong, int. Amer., Paris, 1890). On ne gait encore si le bref d'Alexandre VI (1492) nommant le frère Matthias, évêque de Gardar, arriva jamais à destination.
8 KOTES SUR l'américanisme
On n'a pu encore retrouver remplacement du monastère Saint-Thomas, dans l'Engroneland où se rendit Nicolo Zeno. Faul-ille chercher sur la côte orientale du Groenland, encore si mal connue de nos jours, ou bien était-il situé dans Tile de Jan Mayen ?
Géographie actuelle. — La géographie du Groenland est encore fort rudimentaire et laisse beaucoup à désirer. L'intérieur des terres, surtout vers le nord-ouesl, est inconnu. Une couche épaisse de glace recouvre le sol et empêche de pratiquer des fouilles qui permettraient de retrouver les ruines des habitations des indigènes primitifs, et de savoir si le Groenland est une île ou une terre ferme.
Les côtes occidentales du Groenland sont à peu près déterminées jusqu'à environ 82** de latitude nord ; les côtes orientales ne sont guère tracées que jusqu'à 74^30.
Il faut attendre beaucoup du nouveau voyage que le vaillant lieutenant Peary vient d'entreprendre, avec le fjord Sherard Osborne pour base d'opération, par 8i® environ, à la côte nord-ouest du Groenland, dans le but d'en explorer la pointe extrême.
Alaska. Régions inconnues. — D'après E. Reclus, les seules régions encore complètement inconnues, dans l'intérieur du territoire de l'Alaska, sont celles du nord-ouest et du nord-est. « La jonction ne s'est même pas faite entre les tracés des petites excursions entreprises par Ray autour de la station météorologique de Point-Barrow et les relevés du Koyukuk par Allen, du Nunatok par Mercier et du Korak par Stoney. Les montagnes de l'intérieur de l'Alaska qui se développent au nord des Alpes alaskiennes n'ont été reconnues que sur un petit nombre de points et l'on ne saurait même dire quelle en est l'allure générale. Il y a aussi nombre de points inconnus dans les régions méridionales comprises entre le mont Saint-Elie, les Alpes Sainl- Elie, à l'ouest, et le col de Chilkat, à l'est. Et, plus à l'intérieur des terres, à Test du col de Perrier, du Faya-Inlet et des Chilkot-Inlets, et sur la rive gauche du Yukon, non loin de la baie de Norton. Le D»" W. H. Dali et le voyageur B. Kerr donnent une altitude différente aux monts Cook et Vancouver. M. C. W. Hayes et le lieutenant Schwatka, lors de leur expédition de 1891, visitèrent par 60** de latitude nord l'île de Nuniwak, dont les 300 habitants n'avaient pas encore vu d'hommes blancs. Il serait utile de faire une étude approfondie de cette île et de ses habitants.
Cours (Teau. — D'après le lieutenant Ray (1884), à Test de la rivière Meade qui coule à peu de distance à l'orient de Point-Barrow, doit se trouver un autre fleuve dont la direction est celle du sud-ouest au nord-est et auquel les indigènes donnent le nom de Ik-pik-pung. Une autre rivière qui se déverse aussi dans l'océan glacial arctique, la Colville river, située au nord des monts
NOTES SUR L^MÉRIGANISME 9
Roumiantzow et au sud de Meade river, entre la baie deHarrisonet la pointe Becchey, vers le 151*» de longitude occidentale de Greenwich, est marquée en partie en pointillé sur la carte de Reclus. Sa source est connue ; mais, en
1892, son cours inférieur et son embouchure n'étaient pas encore explorés, comme il appert de la carte de ces régions dressée par Lindenkohl {Mitlei' lungen de Gotha, 1892, VI). Les sources du Big Blackriver, du Bassin du Yukon, sont indiquées encore en pointillé sur la carte de M. W"* Ogilvie {Geographical Journal, juillet 1898).
Histoire. — Connaît-on exactement la route prise par les émigrants qui, d'Asie se rendirent en Alaska, le grand pays = Alaksah, en suivant la rangée des Aléoutes lieu vraisemblable de leur passage obligé ? Plusieurs américanistes mettent même en doute ce mouvement de l'ouest à l'est; actuellement le professeur D. G. Brinton prétend que le flot humain s'est porté d'orient en occident, c'est-à-dire d'Amérique en Asie.
A propos d'objets chinois trouvés en Alaska, le même grand américaniste (On varions supposed relations between the american and asian races, Memoirs of the International Congress of Anthropology, Chicago) dit que ces découvertes prouvent seulement des relations commerciales entre cesd^ux peuples par les îles Aléoutiennes. D'autres savants répliquent que, puisque des Chinois ont pu venir commercer en Alaska, d'autres races ont pu y émigrer. Pour élucider ces questions, il serait peut-être intéressant que des américanistes partisans de l'une ou de l'autre théorie s'abouchassent avec des savants résidant sur la côte asiatique du Kamtchatka. Le comte Kaiserling qui, à la tête de l'expédition russe scientifique, a exploré cette année la mer d'Okhotsk, de Podgargernaja à Oblukowinnaja, le sommet du Tigil, etc., serait indiqué pour la recherche des affinités ethnographiques, linguistiques entre l'Asie et l'Amérique septentrionale. Les objets en néphrite et jadéite trouvés en Asie seraient matière à élucider certaines hypothèses. Ne pourl*aitK)n pas aussi consulter avec fruit M, Leonhard Stejneger, qui a publié, dans le Bulletiîi of the United States Fish CornjnissioHy une monographie remarquable (citée par lu Nature du 3 décembre 1898) sur les îles Kouriles (Bering et Copper) situées au large de la côte est du Kamtchatka?... Peut-être y trouverait-on des indices de passage de races asiatiques et américaines.
Relevés topographiques. — C'est à peine si les côtes étaient relevées en
1893. Le reste était presque totalement inconnu.
Anthropologie. — Dixon raconte qu'un de ses officiers trouva dans une grotte, près de Sitka, une boîte carrée contenant une tête fort joliment ornée de petits coquillages, comme celles de Yakutat. Il serait bon d'étudier le contenu des autres sépultures découvertes dans ces régions. Les données anthropologiques et ethnographiques que Ton pourrait ainsi recueillir per-
tO NOTES SUR L'AXéRICANISME
mettraient de reconstituer, dans une certaine mesure, l'histoire des populations qui ont laissé des traces de leur passage dans ces contrées.
A 50 kilomètres au sud-ouest de PorUiClarence, détroit de Bering, se trouve la grande falaise insulaire d'Ouchivok ou King-island. Elle est habitée par une tribu d'Eskimaux qui vit, Tété, dans un groupe de cabanes, l'hiver, dans une quarantaine de cavernes creusées en plein roc. Ivan Petroff, qui cite ce fait en 1 880, ne dit pas si cette tribu est d'un abord facile, si l'on a des renseignements complets sur ses traditions historiques et religieuses. Il serait essentiel, dans la négative, d'obtenir, dès que possible, ces renseignements précieux.
Pour être fixé sur ces points, il serait urgent de connaître, mieux qu'on ne le fait actuellement, la langue aléoute parlée aux îles Aléoutiennes, car la grammaire et les diverses traductions sans dictionnaires publiées dans cette langue par Ivan Veniaminov, nous paraissent encore insuffisantes.
Ethnographie. — J'ai trouvé une ressemblance frappante entre les souliers à neige de forme grossière :
d'origine japonaise (Yokohama) figurant au Musée national des Etats- Unis sous le n'> 22196;
d'origine nord-américaine, représentés page 386 de « Prhnitive Iravel and transportation », parO. T. Mason, Washington, 1896;
d'origine nord-américaine (tribus Salichanes de Puget-Sound vers Test), d'après Eells, au vol. X de 1' « American AnUquarian ».
Cette ressemblance indique-t-elle une identité d'origine des races se servant de souliers à neige de cette forme ou simplement des rapports commerciaux entre les tribus asiatiques et américaines qui les portaient?
Pour ce qui est de l'accoutrement des porteurs de charge Ghilkat ou Kolouschan qui est représenté dans une illustration de l'ouvrage : « Die Tlinkel Indianern », par Krause, je lui trouve une grande similitude avec celui des Indiens du Guatemala. Que peut-on déduire de cette corrélation?