II. PUISSANCE DU CANADA
Régions inexplorées. — V Année Cartographique de Paris 1892 donne le détail des 16 régions de ce pays non encore explorées en 1891 d'après M. Dawson. Leur ensemble comprenait à celte époque une étendue de 954.000 milles carrés, sans même comprendre la région inhospitalière des fies et des terres de l'Océan glacial. Depuis 1891, à peine la moitié de ces
NOTES SUR l'américanisme H
régions a été parcourue ; les explorateurs ont donc encore une grande marg-e pour leurs investigations.
British Columbia. Iles. — Le groupe de la Reine Charlotte aurait besoin d'être exploré à nouveau. On devrait rechercher l'origine des constructeurs des sépultures trouvées en 1883 parle professeur J,-G. Swan dans la North Island.
CMes. — Les Qordsdu Nord sont assezmal connus et explorés, et peu d'Indiens se hasardent sur le fjord de Jervis, dont les rives sont encore inhabitées par l'homme blanc.
Montagnes. — Les diverses chaînes des Rocheuses comprises entre l'Alaska, le bassin du fleuve Mackenzie et les hauts affluents de la rivière de la Paix sous le 36* degré de latitude, ne sont connues que d'une manière générale par les indications des traitants et des mineurs, mais elles sont encore ignorées au point de vue géologique et restent en blanc sur les cartes.
L'accès des monts Selkirk, branche occidentale des Montagnes Rocheuses, est difficile ; les pentes sont couvertes de fourrrés glissants où l'on ne peut cheminer qu*à pied et la hache à la main (E. Reclus).
Espérons que nous allons bientôt connaître à fond ces régions encore peu connues, grâce aux nombreuses explorations minières des rives du Yukon, des placers de KIondyke et des environs de Dawson City. A propos du bassin du Yukon, M. W. Ogilvie, dans le numéro de juillet 1898, du Geographical Journaly signale en pointillé sur sa carte : à l'ouest des Montagnes Rocheuses, les sources du Porcupine river, du Tatondue river (affluent de droite du Yukon), du Macmillian river (affluent de droite du même), le parcours du Big-Salmon river (affluent de gauche du même) ; — à l'est des mêmes montagnes, la river PeeL — La carte des placers du Klondike, publiée en septembre 1898 par Le Temps et dressée par Ames Sémiré, signale comme régions inexplorées en juin 1898 à Dawson city : les territoires compris sur la rive droite du Klondike river, entre Rock Cr. et North Fork ; entre le Yukon, l'Indian, et le 9 mile river ; entre le Dominion river et le Fiat Cr. ; la partie méridionale du Australia Cr. Il y a donc encore pas mal à faire dans ces contrées au point de vue exploration, surtout d'ordre américaniste.
Forêts. — D'épaisses forêts, pour la plupart inexplorées, couvrent environ les deux tiers de la Columbia. Au sud du littoral alaskien, dans l'île de Chimsian, les deux rives de la rivière Skeena, malgré la proximité du fort Essington, sont encore couvertes de forêts non reconnues.
Races. — La population aborigène de la Columbia britannique est évaluée diversement, de trente à quarante mille individus, et les dénominations distinctes, s'appliquant en maintes régions à des peuplades de même origine et de mœurs analogues, se comptent par dizaines. Il est impossible
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de classer ces divers groupes suivant leurs affinités réelles et la parenté de leurs langages ; car la plupart des voyageurs qui les ont visités ne connaissaient pas leur idiome et devaient se servir d'interprètes.
Les indigènes Haîda des îles Charlotte ont, à bien des égards, des traits de ressemblance avec les populations de la Polynésie. En doit-on déduire que les Américains ont une origine polynésienne ? Les Américanistes sont partagés sur cette question. Francis Poole affirme que les Haîda ignorent complètement l'art de nager. Dans North-Island, le juge J.-G. Swan de Port Townsend (territoire de Washington) a trouvé, en 1883, dans une caverne, des sépultures dont les constructeurs sont encore inconnus.
Quant à la trouvaille récente, dans un puits de Victoria, de monnaieschinoises datant d'au moins trois mille ans, elle ne paraît pas être une preuve suffisante en faveur de l'origine chinoise des Américains.
Territoires du Grand Nord. Cartographie. — Sur le versant de l'océan polaire et de la mer de Hudson, ce sont encore de simples tracés de routes, ceux des Hearne, des Mackenzie, des Back, des Richardson, des Petitot, des Dawson qui, par leur réseau aux mailles encore fort larges, permettent de hasarder une figuration générale de la contrée, et de rattacher les découvertes continentales aux navigations polaires (E. Reclus).
Bassin du fleuve Mackenzie. Cartographie. — Cette vaste contrée a été parcourue en divers sens,maîs elle n'a pu être étudiée que suivant des itinéraires fort espacés, et il reste bien des traits géographiques de la région à préciser, ainsi qu'en témoignent les cartes les plus récentes, toutes en désaccord les unes avec les autres (Reclus). La carte du missionnaire français, E. Petitot, du delta de Mackenzie, laisse voir sur la rive droite de ce fleuve une région indiquée en pointillé, et qui est située entre le lac des Eskimaux et la baie de Liverpool. L'espace qui sépare le Mackenzie de la baie de Sitka est inconnu.
Le réseau complet des chemins suivis entre les bouches du Mackenzie et les rives de la mer de Baffin est de tracé très incertain. Pour dresser un plan de ces itinéraires, il suffirait à un explorateur patient de s'arrêter de tribu en tribu et de noter les renseignemenls nombreux et exacts que lui fourniraient les Eskimaux. Car ces indigènes connaissent tous une vaste étendue de leur domaine insulaire et continental.
Montagnes. — Il n'est pas encore possible de déterminer exactement, du nord-ouest au sud-est, la direction générale de Taxe montagneux de la région ; les voyages scientifiques dans la partie canadienne du Grand Nord ont été trop peu nombreux jusqu'à présent.
Terrains. — Les quatre cinquièmes des terres arctiques situées à l'est et au nord du bassin du Mackenzie (nord- ouest canadien) ne sont guère culti-
vables et habitables. Rien ne prouve qu'il en ait toujours été c^insi et qu'un jour on ne puisse y rencontrer des vestiges de populations préhistoriques. Le gouvernement canadien n*a pas encore, à ma connaissance, commencé le cadastre du bassin de l'Athabasca-Mackenzie, qui est encore peu connu et exploré.
Grand lac des Esclaves. — On n'en a pas encore évalué la superficie, ni sondé les profondeurs. On y pourrait peut-être découvrir soit des vestiges d'habitations lacustres, soit des débris de canots et d'instruments domestiques.
Lac Winnipeg. — Du grand lac quaternaire Agassiz, il ne reste plus que le lac Winnipeg actuel, situé probablement au centre du lac ancien. Les géologues ne savent comment interpréter exactement la non-horizontalité des anciennes plages de ce lac. Upham explique ce phénomène par une certaine dépression due au poids de la glace et par un relèvement du niveau primitif après disparition de la glace. Cette question est encore à étudier.
Cartographie. — La superficie de l'immense territoire du bassin de l' Winnipeg, versant de la mer de Hudson, ne saurait encore être évaluée, dans ses limites naturelles, puisque en maints endroits elles n'ont pas été reconnues (E. Reclus).
Lac Supérieur. Inscriptions sur roches. — Sur la rive méridionale de ce lac, près de Great Island, se trouvent une série de falaises, parmi lesquelles la longue paroi des « pictured rocks » ; en contre-bas de colossales cavernes livrent passage aux barques. Les descriptions et les gravures qu'en donna Schoolcraft, en 1851, sont excellentes. Mais personne n'a encore pu interpréter la signification de ces inscriptions ni dire à quelles tribus elles ' sont dues.
La région lacustre comprise entre la rivière de l'Origaal, le lac Supérieur et les frontières du Manitoba est une de celles où les Indiens Saulteux se maintiennent dans une indépendance relative. C'est assez dire que le pays est encore peu exploré.
Lac Huron. — La rivière Française et le laç Huron ne se trouvant pas dans le voisinage de cités populeuses, ne sont connus que de rares colons et de chasseurs aventureux.
Labrador. — Au nord de la Hauteur des Terres, se trouvent les immenses étendues, pour la plupart encore inexplorées, de la terre de Rupert.
Le Labrador canadien forme l'extrémité orientale de la province de Québec. On n'en connaît bien que les côtes de l'Océan Atlantique proches des sta-
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lions des missionnaires moraves. Quanta la configuration réelle de rintérieur, Texplorateur CI. P. Low en a mis en lumière en 1893 1930 kilomètres; mais il y a encore beaucoup à connaître dans cette région. Il y aurait un particulier intérêt à étudier le système orographique de cette contrée, surtout dans la direction au sud du cap Harrison où, en août 1893, un volcan fit éruption.
Territoire du nord-^st de la péninsule du Labrador. — Sa partie occidentale est encore à explorer.
La Province de Keewalin et la partie orientale du territoire nord^uest près de la partie occidentale de la baie de Hudson ont été visitées avec succès en 1894 par J. Burr Tyrrell. Mais ces régions ont encore besoin d'être explorées.
Gorges et cataractes du Niagara. — Les savants américains les plus notables ne sont pas d'accord sur l'époque et les causes de formation de ces chutes célèbres. M. Gilbert (tome XXIV Proc. Boston Soc. of Natural History) fait remonter à 7000 ans la date de l'érosion de leurs rochers. En quoi M. Gilbert a-t-il plus raison dans cette évaluation que sir C. Lyell et M. W. Upham, qui attribuent à ces roches un nombre d'années beaucoup plus considérable ? Pour ce qui est des causes de formation de ces gorges, le professeur de géologie G. W. Spencer trouve que les bassins formant lacs sont simplement des portions fermées de l'ancienne vallée du Saint-Laurent et de ses tributaires. Il conteste en outre au glacier qui recouvrait cette région à l'époque quaternaire toute part dans le travail d'excavation. — Pour le prof. Newbury, il s'agit là essentiellement d'une érosion glaciaire. Quanta Warren Upham (The fjords and Great Lake basins ofnorth America conside-^ red as évidence ofpreglacial continental élévation and of dépression duringihe glacial période Bull. Amer. Geolog. Soc. vol. I), le poids de l'énorme glacier en question n'est pas étranger à la dépression évidente qu'ont éprouvée les bassins des grands lacs pendant la période quaternaire.
En présence de cette variété d'opinions, M. Paul Combes {Tour du Monde, Paris, 17 déc. 1898) trouve que des études ultérieures permettront seules de se prononcer peut-être à coup sûr à ce sujet.
Races. — D'après Reclus, « les. Indiens Nascopi, au nombre de quelques (( centaines seulement, errent aux alentours du lac de leur nom. Les mem- « bres de cette tribu, non encore policée, parcourent tout le Labrador, soit « de lac en lac sur leurs canots d'écorce, soit par terre sur le sol neigeux. « On les voit rarement : ils cherchent à éviter les blancs et l'on ne rencontre (( parmi eux qu'un petit nombre de métis. » Il serait urgent d'étudier la langue, les mœurs, les traditions de cette race qui bientôt disparaîtra, sans doute.
Histoire. — Les chroniques du moyen âge sont si peu explicites qu'il est impossible de savoir à quelle nation européenne on est redevable de la
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découverte du Labrador. A qui faut-il Tattribuer? Aux Scandinaves, aux Irlandais y aux Basques ou aux Portugais?
Linguistique. — La langue des Pequod de la Nouvelle Angleterre et le patois des Iroquets ou petits Iroquois du Canada ont disparu sans retour avec les peuples qui les parlaient (Comte de Charencey).
On sait fort bien que les Hurons du Canada s'appelaient eux-mêmes Ouendat ou Wyandot et qu'ils se divisaient en 4 nations : i^ les Attignaouantan; 2^ les Attigneenongnahac; 3° les Atendahronons; i^ les Tohontaentat. Mais on ignore encore la signification de chacun de ces noms. Quelle était l'origine de cette race Ouendat qui en 1608 avait encore le souvenir de ses aïeux de Tan 1400 environ, changeant de localités de 10 ans en 10 ans? Etait-ce seulement la tradition orale ou écrite qui leur rappelait ces faits historiques ?
Terre-ÎSeuve. — Jusqu'à une époque récente, cette île a été peu explorée à l'intérieur, par suite de son isolement et des conditions physiques et climatériques spéciales qui la caractérisent.
Races. — « Lès Indiens aborigènes, les Beothuk,. ont été exterminés. Il en reste seulement un crâne, conservé dans le musée de Saint-John's, un court vocabulaire et quelques pierres tranchantes » (E. Reclus). Quelle était l'origine des Beothuk? Venaient-ils de l'Europe septentrionale? Ou bien, peuple de marins, furent-ils conduits par le Gulf Stream des Antilles à Terre- Neuve? Vinrent-ils, au contraire, des côtes nord-ouest du continent américain? Des ennemis originaires du nord les acculèrent-ils à cette île?
Gaspésie. — Les côtes seules sont cadastrées. L'intérieur désert, froid et peu cultivable, n'est guère fréquenté ; aussi cette terre, avant-garde du Canada , a-t-elle encore bien des secrets à révéler à l'américanisme.
Région canadienne orientale. Côtes. — De nombreuses terres de cette partie du continent nord-américain ont disparu sous l'action des flots. L'île de Sable qui défend les approches méridionales de la Nouvelle-Ecosse, par 43® latitude nord et 60° longitude ouest de Greenwich en est un exemple frappant : rongée par les courants et les tempêtes, elle a diminué de plus de moitié pendant l'espace de deux siècles. Elle continue encore à s'affaisser : deux phares qui y ont été élevés depuis 1880 se sont effondrés. Un troisième et dernier menace ruine. L'île sera bientôt réduite à un simple récif sous-marin.
D'autres îles plus petites ont-elles disparu complètement, emportant avec elles des ruines de monuments ou des habitations préhistoriques? L'emploi du scaphandre serait d'une grande utilité pour explorer méthodiquement toutes ces côtes du Canada.
Régions peu explorées. — Si la partie du Manitoba et des districts occi-
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dentaux du Canada au nord de Winnipeg et de Prince-Albert était è peine connue et non cadastrée il y a encore quelques mois, la petite densité des populations de ces régions le fait comprendre. On pourrait croire, en revanche, que les contrées populeuses du Canada proprement dit sont connues au point de vue scientifique. Pourtant les cartes détaillées figurant la vallée du Saint-Laurent ne portent point l'indication précise du relief. Le territoire situé à proximité immédiate de la ligne du Canadian grand irunck railway est parfaitement connu, mais si Ton s'en écarte tant soit peu, les trois quarts des terres situées sur le parcours de celte voie ferrée sont peu connus. Il en est de même des vastes solitudes qui font partie du Bas-Canada et qui s'étendent jusqu'à la mer de Hudson.
Races. — « Dans l'immense étendue des provinces d'Ontario et de Québec, (( dit Reclus, on ne compte plus qu'une vingtaine de milliers d'Indiens : ils «• sont peut-être trente mille avec les sauvages qui vivent au nord de la Hauteur « des Terres, vers les rivages de la merde Hudson... De tous les Algonquins (( du versant laurentin, les Montagnais sont les moins éloignés de l'état « primitif, grâce à leur vie dans les forêts, loin des cités riveraines du fleuve. « Au nord de la Hauteur des Terres il en est même qui ont échappé jusqu'à « maintenant aux efforts des missionnaires ; d'autres, qui s'étaient convertis, « sont revenus à leurs anciennes pratiques, dès que leurs prêtres les eurent (( quittés. »