‹ Notes sur l'américanisme; quelques-unes de ses lacunes en 1900Chapitre 23 sur 46 · RÉPUBLIQUE ARGENTINE · texte numérisé non relu

RÉPUBLIQUE ARGENTINE

Parties peu connues. — Dans la belle carte au 1.000.000 publiée en 1889 à Buenos Aires par Jorge J. Rohde, il y a de vastes espaces blancs dans les départements de Barilochp, « 25 de Mayo » et « 9 de julio » (Gobernacion de Rio Negro). C'est la région bordée au nord-est par la rive droite du Rio Negro, à l'est par le golfe de San Matias, au sud par la Gobernacion del Chubut, et à l'ouest parla rive gauche du rio Limay.

Espérons que la région patagone ne tardera pas à être complètement connue (voir le résultat des voyages dans la Patagonia argentine du comte de la Vaulx revenu en 1897 — et de M. P. Dusen, De la cote occidentale de la Patagonie aux Pampas au flanc oriental des Cordillères, Ymer- Stockholm, 3« cahier, 1897).

- Dans les provinces de Catamarca et Salta dont MM. F. P. Moreno et Gunardo Lange ont publié en 1893 une carte si consciencieuse, il se trouve encore quelques parties peu explorées. — Les relevés topographiques de la Patagonia sont encore défectueux. Il est à souhaiter que celui du lac Nahuel- Huapi par MM. II. Steffen et P. Stange (1893) est le bon : car il diffère sen-

siblement des relevés faits en 1880 par F. Moreno, en 1887 par A. Seelstrang et en 1891 par le D"" von Siemiradzki.

La carte des itinéraires en Patagonia par le comte Henry de La Vaulx (1896/7), signale en pointillé le cours supérieur du rio Ghico (Chubut) et la presque totalité du cours du Valle Deseado, et des Arroyos de los Caracoles el Olnie.

On connaît bien le rio Carren-Leoufou, du territoire du Chubut, lors de sa pénétration dans la Cordillère au nord du mont Yanteles, par 43^37' de latitude sud et 75°7'3' longitude ouest de Paris. Mais on ne sait plus après ce que devient ce cours d'eau. D'après les Indiens et Chiliens, il se confondrait avec le rio Corcovado de la carte de Fitzroy, pour déboucher à la côte du Chili par 43" lat. sud. Le colonel argentin est d'opinion négative : selon lui, le rio Corcovado serait le Sta Leoufou qu'il n'a pu reconnaître en 1888 que jusqu'à son confluent avec le rio Uncaparia, vers le 44° latitude sud.

Anthropologie. — La contemporanéité de l'homme et du glyptodon d'espèce éteinte, dont les débris ont été découverts à Fontizuelos (el non Pontimelo), parMM.Roth, de Buenos-Aires, fait le sujet de discussions entre les savants Dœring, Burmeister, Ameghino, Moreno, ihering, Brinton, Kollmann (Milleilungen aus dem Analomischen Institut, Bâle, 1893); il est bon de consulter à ce propos the Science, 14 avril 1895, Brinton s notes on sciences.

De l'aveu du savant Florentino Ameghino (La Antiguedad del hombre en El Plata, 2 vol. in-8, Paris et Buenos-Aires, 1880), la Patagonia, en 1880, n'était encore que peu connue au point de vue de l'anthropologie préhistorique. Le savant D' R. Verneau s'est occupé postérieurement de ces problèmes captivants {Crânes préhistoriques de Patagonie dans l'Anthropologie n° d'août 1894). Après avoir résumé très clairement le résultat des recherches de divers savants (capit. Chaworth Musters, D' Burmeister, prof. Fr. P. Moreno, F. Ameghino, D^ Machon) sur 5 à 6 types de crânes appartenant à des races qui se sont succédé en Patagonia, le D' Verneau n'arrive pas à une conclusion très affirmative et avoue la nécessité de nouvelles études et explorations permettant de savoir l'origine de ces diverses races, leurs noms, le degré de prépondérance intellectuelle et historique qu'on est en droit d'attribuer à chacune d'elles.

Mais à quelle race américaine appartenaient ces débris? personne ne le dit. Les terrains dans lesquels on les a trouvés étaient-ils d'époque pliocène, tertiaire ou autre?

La déformation du crâne en arrière et en haut rencontrée sur des squelettes d'indigènes du rio Negro, de Tiahuahaco, de l'Amérique Centrale et du Mexique, ne servirait-elle pas à prouver l'existence de certaines communications entre ces diverses races à des époques précolombiennes non désignées?

Race Allentiak. — Les derniers débris de cette race éteinte, connus du jésuite Luis de Val di via, étaient épars dans la province de Guyo, département actuel de San Juan (de la Frontera), aux alentours de « las- lagunas deGuanacache )>. Cette race était désignée sous les noms d*Allentiak, Allentiac, Allentiaca, Alentia, Alentina, soit = hommes du dehors ou étrangers, par les Tehuelche Patagons. Les Araucans leur donnaient le , nom générique de Puelche, gens de TOrient, ou particulier de Kuimnoluche, hommes qui ne peuvent comprendre. Les Aymara les appelaient Guarpes, Guarpas ou Huarpas ainsi que les Milcayac ou Milcocoyac, leurs voisins. L'étymologie de ce mot Huarpe est inconnue. On attribue aux Huarpes la fondation des stations de l'âge de pierre et de la terre cuite, dont les ruines se voient non loin de Guanacache. Le général Bartolomé Mitre [dans son remarquable ouvrage « Esludio bibliografico lingiiistico sobre el Padre Luis de Valdivia, sobre el Araucano y el Allentiak, con vocabulario allentiak-es" paiioly La Plata, 1894] refuse aux Huarpes la création de ces centres, sans indiquer pourtant les raisons de son refus. Seraient-ce les Calchaqui? Le fait que la plupart des localités désignées comme dernier habitat des Guarpes était de dénomination Aymara, prouverait : 1® soit que les Huarpes n'étaient pas originaires de ces localités et qu'ils les trouvèrent occupées par les Aymara qu'ils repoussèrent ; 2*^ soit que les Aymara anéantirent les Huarpes et donnèrent aux localités prises des noms de leur langue; d"" soit que les Guarpes et Aymara, sans avoir entre eux de mauvais rapports, donnassent chacun une dénomination de leurs langues aux mêmes localités. Mais alors les noms huarpes auraient disparu et on ignorerait quels ils furent! Furentils vaincus vers 1430 par l'inca Huayna-Capac, fils de Tupac-Yupanqui, lequel, à peine monté sur le trône, alla jusqu'à la frontière des Promancaes du Chili et passant la Cordillère aboutit jusqu'aux plaines de Mendoza ? C'est à étudier.

La terminaison tiac ou tuyac, de langue k'kitchoua, du nom Allentiak, et signifiant : habitant, indigène, prouverait que pour les K'kitchoua, les Allentiaks étaient autochtones du pays où ils les trouvèrent. S'en suivrait-il qu'on puisse étendre aux Huarpes la dénomination de Diaguitas,Diaguitas ou Drachitas, habitants de la région kaltchaki ou cacana? or le kaltchaki, d'après von Tschudi, est la même langue que le lican-antais ou atacamefîo moderne, et, d'après Brinton {Sludies on Ihe soulh american native langiiages Philadelphia) un dérivé du k'kitchoua. Mais jusqu'ici il n'a été trouvé dans Fallentiak aucune similitude linguistique avec le k'kitchoua d'une part, et le lican-antais ou atacameno, de l'autre.

Les Huarpes (Allentiak ou Milcayac) n'avaient aucune affinité linguistique avec les Fuégiens, les Patagons, les Araucans, les K'kitchoua, les Aymara, les Kaltchaki, les Urus ou Puquina (du lac Titicaca) et les Payagus (du rio

Paraguay) dont j'ai compulsé les divers vocabulaires existants à ma disposition. Avec quelle race avaient-ils donc des affinités? Gomment s'appelaient eux-mêmes les Huarpes ? On l'ignore.

Peut-être les derniers vestiges des Huarpes se trouveraient-ils parmi les tribus innombrables encore inconnues qui errent dans les environs des sources des affluents de l'Amazonas et des forêts vierges qui les entourent. Il est bon à cet égard de consulter le remarquable ouvrage du professeur D*" Karl von den Steinen intitulé « Unler den Nalurvœlkern Zenlral Brasiliem » (2*« Schingu-Expedition 1887/8, Berlin, 1893).

Car, si les derniers explorateurs de ces régions citent les noms de quelques tribus, ils en ignorent généralement les principaux caractères anthropologiques et ethnographiques. Il y aurait donc à chercher de ce côté. Ce n'est qu'ainsi qu'on pourra confirmer l'hypothèse, qui s'impose d'ores et déjà, de localiser la race huarpe dans la 4* section de la classification des races sudaméricaines faite par l'éminent archiviste du Musée d'Histoire Naturelle de Paris, le D' Deniker. Car, ne pouvant classer les Huarpes dans la première catégorie (Fuégiens,Botocudos, petits et dolichocéphales), ni dans la deuxième (Patagons,grandsetbrachicéphales),ni dans la troisième (Araucans, Caribes, petits et brachicéphales), il n'y a qu'à les mettre dans la quatrième section des Indiens du nord-ouest. Mais, jusqu'à présent, les restes anthropologiques manquent pour appuyer cette classification.

Des fouilles sont donc nécessaires dans le dernier territoire connu, de San Juan, des Indiens en question. Il est aussi utile de rechercher dans les Archives deSantigode Chilesi, vers 1630, le procureur général de l'Audience, capitaine Juan de Valenzuela, s'occupait des Harpes. A cette même époque le père Alonso Moreno était directeur religieux de ces mêmes Indiens. Les archives de cette dernière ville, de Riojaet de Mendoza devraient aussi êlre fouillées.

Pour plus de renseignements sur la question, non encore élucidée desAllentiaks, voir le numéro du 8 novembre 1897 de la Nacion de Buenos Aires intitulé : AmericanismOy Una obra del gênerai Milre^ Araucano y Allenliak, M. Désiré Pector.

Race Kaltchaki. — Que sait-on de cette race ?

Il serait utile d'établir sur des bases plus solides l'assertion de son antériorité d'existence aux races K'kitchoua et Aymara.

Ethnographie. — Il serait curieux de faire une étude comparative des cérémonies religieuses des Zuni de l'Arizona d'une part, et des Tehuelche Argentins de l'autre. Ainsi la fête célébrée par ces derniers à Choiquinilahué (Chubut) sous le nom de « huecoun rouka » à l'occasion de la première manifestation de nubilité chez les indigènes mériterait l'attention des ethnographes. Les photographies faites sur les lieux par l'explorateur comte de la Vaulx contribueront, espérons-le, à élucider ces questions.

NOTES SUR lVmÉRICÀNÎSMÉ l'ïY

Archéolofjie , — Les ruines énigmaliques kaltchaki révèlent le passage et la domination de diverses races. Quelles étaient-elles?

A qui attribuer la fabrication des si artistiques objets de la collection Zavaleta trouvés dans les mines de Famatina? Que dire delà cité antique de Quilmés, du Banado de la vallée Calchaqui près de Tucuman?

A Andalgala et autres localités de la province de Catamarca le D^ F. P. Moreno a trouvé un grand nombre de crânes humains, de vases, objets en pierre, os, cuivre, etc. La civilisation que révèlent ces découvertes a-t-elle pris naissance sur place ou bien a-t-elle été importée de contrées éloignées? D'après Tauteur, beaucoup d'objets rappellent ceux de l'ancien Mexique, et souvent l'identité est si complète, qu'il est impossible de distinguer les antiquités de Catamarca de celles de Teotihuacan. D'autres semblent provenir du Pérou, de l'Ecuador, etc. Il en est encore qui ont un aspect franchement polynésien. Enfin certaines pièces paraissent démontrer qu'il y a eu une civilisation réellement particulière à la région argentine. Mais on ne peut encore déduire de tous ces faits que des hypothèses : MM. les D*"* F. P. Moreno, Manuel B. Zavaleta, de Buenos-Aires, et R. Verneau, de Paris, malgré leurs savantes recherches, n'ont pu encore les transformer en faits certains.

Il faudrait faire des rapprochements détaillés entre certains monuments de Tiahuanaco et les grands menhirs sculptés, ornés de pétroglyphes, non encore déchiffrés, de la Vallée de Tafi (Tucuman) sis au lieu El Mollar et à l'hacienda del Rio Blanco (Lucas Zavaleta). [Consulter à ce propos « Les Pierres sculptées de la vallée de Tafi {Tucuman) par le D' E. T. Hamy, n" 6 1898 Journal Société des Américanistes de Paris.]

Les urnes funéraires portant des têtes en relief d'un aspect si original, originaires de Pucus, province de Salla, près Tucuman, rappellent celles de formes identiques trouvées en Colombia et au Nicaragua. Qu'en conclure?

Le chemin grandiose appelé a del Inca », qu'on trouve dans la province de Catamarca, a-t-il été tracé par les Inca ou par des tribus qui les précédèrent ?

Pétroglyphes. — On ignore encore le sens de la pierre ornée d'hiéroglyphes provenant d'un paradero, trouvée à Castre (Rio Negro) ainsi que de celle trouvée par le comte de la Vaulx {A travers la Patagonie^ du Rio Negro au Détroit de Magellan, n® 6 de 1898 du Journal de la Société des Américanistes de Paris) sur le chemin de Viedma à General Roca, sur le Rio Negro.

Linguistique. — Le nom de Rio Teca, affluent méridional du rio Chubut, rappelle celui de la race Teca, du Michoacan (Mexique). N'est-ce qu'une similitude fortuite ?

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