REGION AUSTRALE
Parties peu connues. — Malgré les nombreuses expéditions faites dans TArchipel Magellanique, le détail des côtes de cette région n'est même pas encore entièrement fixé. Que dire alors de Tintérieur des terres et des îles?
Races. — De l'étude des divers crânes anciens et modernes des tribus qui ont habité Textrémilé australe de la République Argentine, crânes qui se trouvent au musée de Buenos- Aires, il appert que quelques-unes de ces races venaient du centre et du nord de l'Amérique et ont eu des affinités avec les Botocudos du Brésil, par exemple. Par contre, certaines races, telles que les Patagons ou vrais Tehuelche, n'ont pu encore être identifiées avec d'autres races et leur origine est encore inconnue.
Les Alakalouf ou Alikhoolip, Indiens de « Patagonia » ou « Tierra de! Fuego», sont, d'après le D*" Hyades (1887), un peu mieux connus que les Ona, leurs voisins. Or, comme ceux-ci ne le sont pas du tout, on peut en inférer que la connaissance que l'on a des Al^^kalouf est presque nulle.
Y aurait-il lieu de faire un rapprochement entre le nom de cette tribu et ceux des localités du nord de la Patagonia Argentina, appelées Peinalouf et Alouf, à la hauteur de Viedma et qu'a visitées en 1895-97 le comte Henry delà Vaulx? .
Quant à cette peuplade fuégienne des Ona qui habite la grande île de la Terre de Feu depuis la côte sud du détroit de Magellan jusqu'aux environs de la rive nord du canal de Beagle, elle est appelée aussi Yacana, Yacana Kunny, Oensmen, Ona, ou Foot Indians. Ni le D*" Hyades, ni aucun autre membre de la mission française du cap Horn (voir mon article « Ethnographie de l'Archipel Magellafiiquef tome V, 1892, Arch. Int. d'Ethnographie, Leyde et « Elnografia del archipielago de Magallanes^ p. 82, Repertorio Salvadorefio, mai 1893), n'a pu les voir, durant leur séjour de 1882 à 1883 dans ces régions antarctiques. « Nous ne les avons jamais vus, et, jusqu'à notre départ « de la Terre de Feu, en septembre 1883, les missionnaires anglais n'avaient « pas été plus heureux que nous, malgré plusieurs tentatives pour les ren- « contrer et les amener par groupes à l'établissement d'Ouchouaya. Depuis « 1884, d'après le South American Missionary Magazine (vol. XXI, 1887), « les Ona ont fait quelquefois une apparition à Ouchouaya. Mais la complète « ignorance de leur langue n'a pas permis aux missionnaires de lier des rela- « tions suivies avec eux, et le gouverneur argentin qui a remplacé les Anglais « à Ouchouaya s'est heurté à la même difficulté lorsqu'il les a rencontrés « dans ses expéditions à la recherche de districts aurifères. Enfin un voya- « geur récent, M. Ramon Lista (1887), ne donne que quelques indications
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(( succinctes sur cette peuplade. On sait donc peu de choses sur les Onadont « le nombre est évalué très arbitrairement à 2000 par Fitzroy et par « M. Bridges tantôt à 2000, tantôt à 500 » {Mission scientifique du cap Horn, D' Hyades, tome XII, pages 8/9).
Les Yahgan ou Yamana n'ont gardé aucune tradition sur leur origine et leurs migrations, ou du moins n'ont pas voulu en faire part aux explorateurs. Il faudrait voir ce qu'il en est.
Les Ona fréquentent comme demeures passagères de nuit toutes les cavernes du bord de la mer. Il serait intéressant de fouiller ces grottes et de tâcher de suivre ces hordes sauvages dans leurs repaires et de s'immiscer à leurs veillées, où de précieuses traditions orales pourraient encore être recueillies. Cette lâche incombe à MM. Jerman Wieghardt et Manuel Seûoret, le sympathique gouverneur de Punla Arenas, qui tous deux ont publié récemment des ouvrages remarquables sur le Territoire de Magallanes.
Liîiguislique. — On n'a que fort peu de renseignements sur les langues parlées dans ces pays de nos jours.
Comme nous l'avons déjà dit, on ne sait rien sur la langue des Ona et seulement très peu de chose sur celle des Alikuluf, malgré les résultats pourtant intéressants de la dernière mission scientifique française au cap Horn,
Les Poyas, Pey-yus, ou Poyu-che, tribu nomade errant sur leis bords du rio Negro (Patagonia, près Carmen), ont-ils une affinité quelconque avec les Poyas ou Poyasi de Honduras ? N'est-ce qu'un cas fortuit d'identité de dénomination indigène ? La langue des Poyas patagoniens est-elle un dialecte araucanien?
On n'a aucun matériel linguistique sur les Chono qui étaient une tribu maritime habitant à la côte occidentale de Patagonia.
On ne peut même pas, dit le professeur D. G. Brinton, définir les rapports qui existèrent entre les Calen et les Taijatef qui demeuraient sur le rivage au sud du 48** et ne parlaient qu'une seule çt même langue.
Pôle sud antarctique. — Il est encore nécessaire de l'explorer en tous sens avec la même ardeur apportée à connaître le pôle nord. Car, ce qu'on connaît des terres de Graham et de Louis-Philippe est bien peu de chose.
Que dire de la théorie d'Albert A. de Lapparent, développée dans « la Nature », relative à la proéminence de la terre au pôle sud?
Il n'y a que des hypothèses sur l'existence et l'étendue du continent recouvert de glace avoisinant le pôle sud [voir art. de Ch. Rabot, VIllus^ tratioUy Paris, 15 avril 1899].
Il faut espérer que les résultats scientifiques du voyage des baleinières anglaises « Balœna », « Active » et « Diana » seront accrus par ceux des expéditions chilienne (sous le commandement du jeune et regretté explorateur suédois Nordenskjœld) et argentine aux îles Shetland du sud. Quant
à celle de la baleinière « Belgica » partie en août 1897 sous le commandement du capitaine belçe Adrian de Gerlaclie, il est regrettable qu'elle ail rallié en mars 1899 à Punta-Arenas, sans avoir pu continuer son voyag-e à la Terre de Victoria. •
De ces résultats le D' Neumajer, de Hamburç, connu pour sa compétence dans les questions de magnétisme physique des pôles, pourrait tirer des déductions utiles à la science.