‹ Notes sur l'américanisme; quelques-unes de ses lacunes en 1900Chapitre 25 sur 46 · CONSIDER.\TIONS GENERALES · texte numérisé non relu

CONSIDER.\TIONS GENERALES

Après cette revue rapide des régions inconnues ou inexplorées de TAmérique, dont la découverte ou l'exploration plus minutieuse et méthodique pourrait apporter de nouveaux et importants matériaux aux études américanistes, nous allons essayer d'esquisser brièvement les nombreuses lacunes des sciences dont Tensemble forme Taméricanisme.

Théories polaires. — Nansen admet l'existence d'eaux profondes, de glace brisée et de « polynias » aux environs du pôle. L'ingénieur Melville, le principal survivant de Texpédilion de la « Jeannette w, prétend par contre (voir le supplément illustré de la New York Tribune du 27 nov. 1897), malgré la pénétration de Nansen jusqu'à 86''14, qu'il existe une couche épaisse de glace et qu'aucun navire ne pourra jamais flotter à travers l'intersection de tous les méridiens de longitude, ou du moins qu'une mer peu profonde s'étend à plus de 1300 milles à l'est et à l'ouest. Le cominodore Melville, pour admettre les théories de Nansen relatives aux courants arctiques, propose un moyen : on lancerait le plus au nord possible de Point Barrow des flotteurs qu'on recueillerait 4 ou 3 ans après dans l'espace compris entre le Spitzbergen et le Groenland ou le long des côtes de ces deux terres.

Nous apprenons avec plaisir (avril 1899) que le Bureau de la Navigation des Etats-Unis, se rendant au désir du nouvel amiral, va fournir lesdits flotteurs aux baleinières de la mer de Bering.

Coiiranls maritimes. — 11 est utile d'étudier avec plus de précision le cours des divers courants côtoyant TAmérique et de rechercher l'influence qu'ils ont pu avoir sur les diverses migrations de races humaines. Commençons par ceux de la région arctique :

le courant qui, renforcé par celui du Nord-Pacifique (British Columbia, îles Aléoutiennes, Norton-Sound et le détroit de Bering) amène par le détroit de Lancaster, à la côte occidentale du Groenland les essences forestières des côtes de Sibérie et finit aux côtes du Labrador;

le courant côlier de Chine et du Japon qui aboutit au détroit de Bering;

le Kuro-Siwo (courant noir des Japonais, le Fou-Sanç des Chinois) qui pousse les jonques des côtes méridionales et orientales de ce pays jusqu'aux bouches du Sacramento ;

une branche du Kuro-Siwo, qui s'en détache aux côtes de California, pour passer en vue du Centre-Amérique et aboutir en Colombia et Ecuador. La direction de ce courant expliquerait les migrations maritimes des tribus de race maya-k'kitché vers ces derniers pays ;

le contre-courant équatorial qui, se détachant du courant septentrional de Tessan, se dirig'e à l'est sur les côtes de Colombia .jusqu'aux limites de l'archipel oriental, pour gajf ner de là les Filipinas.

A propos de ces courants, M. Conrado Ferez Aranda cite la race nègre des Esteros que les conquérants espagnols trouvèrent en Nouvelle California et celle des Manabi rencontrée par eux à Popayan et dont Rafinesque a parlé à la Société de Géographie de Paris. C'est justement, fait remarquer M. Perez (page 338/9, comple-reiidu Congr. int. amer. y 1893), aux endroits où touchent le courant septentrional et le contre-courant équatorial du Pacifique. Ceci prouverait-il que ces races étrangères à l'Amérique venaient d'Asie ?

(( Si, en face des côtes de California existe un vaste territoire tel que la Chine, foyer de langues monosyllabiques, pourquoi ne pas admettre que les courants indiqués n'ont pu être la voie maritime du peuplement de TAmé* rique? »

Le courant, qui du Chili septentrional et du Pérou aboutit aux îles Galapagos, expliquerait-il la civilisation éteinte révélée par des monuments architectoniques similaires dans ces trois régions?

Passant à l'Océan Atlantique, on y remarque le grand courant équatorial qui, parti du golfe de Guinée, court à l'ouest du cap Sao Roque au Brésil. Là il se divise en deux courants : l'un descend au sud, suit la côte orientale de l'Amérique, pour aller se perdre dans les eaux froides de l'océan Antarctique. L'autre courant remonte vers le nord-ouest, passe devant l'embouchure de TAmazonas, contourne les Guyanes, le Venezuela, la Colombia, la mer Caraïbe, le golfe du Mexique. Dès son arrivée aux côtes de Florida, il prend le nom de Courant Golfier (Gulf Stream), traverse le canal de Bahamas, longe les Etats-Unis, dévie à l'est, puis au sud, aux côtes de Bretagne et de Portugal, pour arriver au golfe de Guinée. Ceci n'explique- t-il pas la migration de races africaines au Brésil, et la dispersion de la race caraïbe dans les régions situées au nord de l'Amazonas et aux Antilles ? Ces différents véhicules naturels vraisemblables des diverses races qui ont peuplé l'Amérique mériteraient d'être étudiés, non plus au point de vue hydrographique proprement dit, car Maury a enrichi la science de ses remarquables travaux à ce sujet; mais, au point de vue historique, on aurait intérêt

à recueillir les légendes conservées par certaines tribus, non celles actuellement riveraines des océans, mais parcelles de l'intérieur des terres où elles ont été refoulées. On en ferait de même avec les récits des premiers chroniqueurs européens de l'Amérique.

Ces questions sont fort complexes, il est vrai : en effet, admettant qu'on puisse retrouver quelques traces de migrations maritimes par les courants connus actuellement, qui peut affirmer que ces courants ont toujours eu la même direction? Des cataclysmes souterrains ou autres ont pu leur faire modifier souvent leurs itinéraires.

Profondeurs des mers. — Nous avons, à propos de la mer des Sargasses, et de l'ancien emplacement géologique de l'hypothétique Atlan ou Atlantida, exprimé le vœu que des savants tels que MM. Milne Edwards, le prince de Monaco, continuassent leurs études sous-marines de cette partie de l'océan Atlantique. Ces explorations ne devraient pas se borner seulement à cette partie centrale de la carte marine de FOcéan Atlantique : elles devraient s'étendre d'abord aux autres parties de ce même océan et à la mer des Antilles, mais aussi à l'Océan Pacifique. Ces recherches pourraient être facilitées par l'emploi du bateau sous-marin signalé comme ayant été lancé à Baltimore en août 1897. Ce navire, destiné à explorer le fond de la mer, pourrait naviguer à plus d'une centaine de mètres de profondeur. Que de vestiges historiques et autres des diverses couches migratoires de races américaines ne permettra pas de retrouver ce bateau extraordinaire ?

Il devra rendre plus de services encore que le schooner américain « Grampus ». Celui-ci avait fait en 1889-1890 une exploration de la partie du Courant Golfier comprise entre l'île Nantucket et Montauk point, à l'extrémité nord de Long Island, en latitude jusqu'à la limite du Gulf Stream à l'est. Cette exploration aurait permis de découvrir une couche d'eau chaude, puis une autre d'eau froide et en dessous une deuxième couche d'eau chaude. Si des travaux postérieurs confirment l'existence de ces trois couches, il faudra examiner avec soin comment l'eau froide intercalée se raccorde avec les eaux qui l'entourent [P^ J. Thoulet, de Nancy, p. 144, Bul. Soc. Géog. Paris, 1" trim. 1890].

La drague et le scaphandre aussi permettront d'étudier dans les deux océans les parties d'îles ou de continents ayant pu, de temps préhistorique, rattacher l'Amérique aux autres parties du monde et s'être enfouies ou éboulées par la suite des temps.

Le sondage de la profondeur des gouffres de la mer est une opération si difficile, malgré les soins qu'on y apporte, que les données scientifiques qu'on a sur ce point sont d'une grande divergence. Aussi faut-il les contrôler par de nouvelles recherches et explorations. Quant à la submersion préhistorique de certaines régions américaines, il

serait utile de s'inspirer des calculs de M. de Lapparent à ce sujet. Ces études permettront peut-être de reconstituer des parties de continents actuel* lement submergées.

CôleSy cours d'eaux, lacs. — Le flux et le reflux de la mer, l'alluvion des fleuves, le dessèchement des lacs ont pu, depuis des siècles, modifier consi-* dérablement la topographie de certains pays et faire disparaître des traces de curieuses habitations lacustres. Des sondages doivent être poussés dans le but de les retrouver. Il y aurait une carte intéressante à dresser : l** de rabaissement des côtes de T Atlantique par TefFet de l'empiétement de la mer ; 2** de Texhaussement des côtes sur le littoral de l'Océan Pacifique.

Étude des décharges et sédiments des fleuves. — Une des conséquences de détail des observations précédentes est d'amener les américanistes à fouiller le lit des fleuves. Ces fouilles doivent être faites à certaines profondeurs, en tenant compte, entre autres, des travaux de M. Cyrus G. Babb. de 1' « U. S. Geological Survey de Washington » (voir the Science, 23 juin 1893) démontrant par exemple que la surface de drainage de la rivière Potomac s'est élevée d'environ 35 centimètres en 2770 ans dans toute son étendue, en se basant sur le taux moyen actuel par seconde. Les mêmes calculs pourraient, paraît-il, s'adapter aussi aux fleuves Mississipi, Rio Grande, Uruguay, etc.

Elude des sables en général. — En généralisant la remarque précédente, on peut dire que l'américanisme doit avoir recours à l'étude spéciale des sables dans les trois principaux rapports suivants :

1** dans leur tassement progressif dans les fonds maritimes. On s'inspirera surtout des travaux de M. Delesse sur la lithologie du fond de la mer (Paris, 1871) et de ceux du D' J. Lorié [De Zand Onderzoekingen der laatsle Jaren, Amsterdam, Bulletin Société de géographie, p. 321, 2® série, partie XIV; n** 3-4 du 15 juillet 1897] résumant les derniers travaux sur la matière ;

2° dans le comblement incessant des lits fluviaux ;

3** dans le recouvrement de certaines étendues de terre opéré par des dunes sous l'action du vent, comme facteur géologique ; sur ces sables vient se fixer une végétation d'autant plus luxuriante qu'on s'approche des tropiques. Existet-il dans l'Amérique centrale et du sud des sorles de vagues froides (cold waves) de vent comme dans l'Amérique du Nord, dont la vitesse égale celle d'un train rapide et détermine une chute soudaine de 15 à 20'* de température ? Quels effets ces bourrasques ont-elles produits comme bouleversements de lieux habités?

Il ne serait pas sans utilité, pour épuiser cette matière, de consulter les travaux de M. Mervil publiés récemment dans VEngineer Magazine.

Etude des températures. — La recherche des différences de températures

l'84 NOTES SUR l'américanisme

existant entre tel ou tel fond marin, entre le fond de tel ou tel puits foré sur la terre ferme pourrait peut-être venir en aide aux gëolog-ues pour leur permettre de contrôler plus exactement les données qu'ils ont sur la configuration du sol et sous-sol américain, acquises par d'autres méthodes. Les expériences faites, par exemple par M. Heston C. F. West, pendant les travaux d'approfondissement des mines de Calumet et Hécla (ayant atteint 1437 mètres en mars 1897), ont permis au professeur Açassiz de publier dans r « American Journal of Science », des observations fort intéressantes. Permettent-elles d'élucider la question du feu central de la terre et de son influence sur les soulèvements géologiques ? Pas encore.

Union de V Amérique avec d'autres continents, — Le résultat des explorations sous-marines et souterraines, le déblaiement des sables, les objets de toutes natures trouvés dans ces bas-fonds, les degrés de température relevés en ces lieux pourraient peut-être aider à reconnaître et confirmer les théories de Milne Elvvards, basées surtout sur la découverte de débris d'éléphants et tendant à admettre l'union de l'Amérique à l'Asie. On peut en dire autant du rapprochement de la côte sud-ouest de l'Amérique avec l'Australie, d'après le géologue Alarcon, et l'attribution de la période tertiaire par Lyell à l'Atlantida, mer des Sargasses et environs. Mais il y a encore beaucoup de recherches à faire avant d'arriver à un résultat sérieux à cet égard.

Causes de la période glaciale, — Les glacialistes ont trois théories :

1<* la théorie astronomique du D' James Croll attribue l'accumulation de glace aux conditions climatériques dépendant d'une époque d'excentricité maximum de l'orbite de la terre ;

2° d'autres savants basent leur théorie sur le changement ou la position des pôles et par conséquent sur la latitude des pays glacés;

3** il y a encore la théorie des hautes altitudes.

Quelle de ces théories est la bonne ?

Revue de régions inexplorées ou peu connues. — C'est à peine si l'on connaît de nos jours l'Archipel Polaire, l'Alaska oriental, l'intérieur du Groenland, le Nord-Ouest canadien, la partie nord-est de la British-Columbia la Baja-California, les Etats méridionaux du Mexique, l'est du Yucatan, l'ouest du Honduras britaimique, le nord-ouest du Guatemala, les régions orientales du Honduras, le contesté Nicaragûense-Hondurègne entre le Cabo- Falso et le rio Patuca, l'intérieur du département Zelaya, la Talamanca, la ligne forestière delà Colombiaetdu Venezuela, la région voisine des sources de l'Orinoco, dans l'immense bassin de l'Amazonas les territoires quelque peu éloignés des cours d'eau et recouverts de forêts épaisses, l'intérieur des Guyanes, le Chaco, la ligne de séparation de la Bolivia et de l'Argentine, enfin une partie du versant oriental des Andes Patagones près de la Terre de Feu. — Le statisticien Logan Tobley constatait en 1895 qu'il restait encore

NOTES SUR l'américanisme i8S

à explorer dans rAmérique du Nord l.SOO.OOO milles carrés de 1609 mètres; dans TAmérique du Sud 500,000 milles carrés de 1.609 mètres. Ce nombre de kilomètres a dû forcément diminuer depuis 1895, mais pas très sensiblement. Les hommes courageux et intelligents ne manquent pas^ tant en Amérique qu'en Europe, pour parfaire les explorations, esquissées seulement, de quelques-unes de ces contrées : ce qui manque surtout, ce sont les ressources financières destinées à donner confiance aux explorateurs.

Géologie. — La géologie devrait être étudiée plus qu'elle ne l'est en général par les divers américanistes, en vue du grand secours qu'elle peut apporter aux autres sciences. — Mais la classification des terrains présente beaucoup de difficultés, par exemple pour l'Amérique du Nord : la faune du côté de l'Atlantique était marine, et celle du côté de la California, lacustre et terrestre. Aussi les géologues ne s'en tendent-ils guère entre eux sur l'âge pléistocène, sur l'extension de l'époque glaciaire, en Amérique, etc. Quelques-uns vont même jusqu'à refuser d'admettre l'existence ou même la possibilité d'aucun glacier continental. On a essayé maintes fois de fixer la date de la rétrocession finale des glaciers de l'Amérique du Nord. Les estimations ont varié de 12.000 à 50.000 ans. En outre les dépôts géologiques des tropiques ont été peu explorés. Ce sont donc autant de points de comparaison en moins avec les régions tempérées. Le nombre des géologues devrait donc s'augmenter, en vue des études et du vaste champ qui leur reste à faire explorer en Amérique, en commençant par les grottes.

La reconnaissance plus exacte des terrains pourrait peut-être mettre un terme aux discussions sans fin sur les questions de la jadéite, de la néphrite, les objets faits en ces matières (chalchihuitl, Muyrekita, etc.) et les indigènes qui s'en servaient. Nous regrettons de constater, avec le professeur Thomas Wilson (p. 459 de Prehisloric Art. Washington 1898) que, malgré les analyses microscopiques du professeur Merrill de Washington et les recherches patientes du géologue Scandinave A. Sjogren au Costa-Rica même, la découverte de l'origine du jade au Mexique et dans l'Amérique Centrale reste encore un problème non résolu. Une étude plus approfondie permettrait d'augmenter les renseignements ethnographiques que l'on possède sur certaines peuplades par la divulgation de leurs procédés d'exploitation de mines d'or, d'argent, de cuivré, de fer, et d'emploi industriel de ces métaux.

GrotteSi — Nombre de cavernes existent en Amérique du nord au sud, qui ne sont qu'imparfaitement ou pas du tout connues ou exploitées. Il faut qiie des américanistes hardis n'aient pas peur de s'aventurer profondément dans ces grottes et y recherchent dans leur sous-sol des débris ou vestiges humains leur permettant de reconstituer quelques traits de l'histoire précolombienne de l'Amérique. On peut à cet effet s'inspirer des études spé-

ciales du ^and savant bel^e Fraipont sur Les Cavernes et leurs habitants j de M. Martel, et de la Société de Spéléologie de France.

Forces naturelles végétales. — La botanique est' une science aussi un peu trop négligée par les américanistes. Il y a quelques exceptions (M. M. Martius, A. Ernst, J. Triana, Bovallius, etc.). Mais encore on n'a que des données fort restreintes sur le lieu d'origine de certaines plantes, arbres, essences et sur Tusage qu'en faisaient les indigènes. On devrait donner une nouvelle impulsion à ces études qui contribueraient à étendre les connaissances ethnographiques actuelles pour les plantes d'application alimentaire, industrielle, etc.; il y aurait aussi à étudier les circonstances qui ont pu changer l'aspect verdoyant de certaines contrées telles que le Farwest et le Chili septentrional, par exemple. Cette sécheresse proviendrait-elle de la coupe ou de l'incendie des forêts, de changement de température, de secousses de tremblements de terre, de certains vents, du recul de la terre, etc. ?

Zoologie. — Il serait utile que les américanistes s'appliquassent davantage à l'étude des principaux animaux précolombiens de l'Amérique, tant sauvages que domestiques. On devrait rechercher leurs habitats spéciaux, les salt-licks où ils se réunissaient, les procédés qu'employaient les indigènes pour les chasser ou apprivoiser dans le but de s'en servir comme d'aliments ou debétes de trait, etc., les raisons qui faisaient considérer tel ou tel animal comme sacré, zoolâtrie qui faisait donner, chez certaines tribus de constructeurs de tertres du Mississipi et de la famille maya-k'kitché, la forme de certains' animaux à leurs tertres sépulcraux.

M. T. D. A. Cockerell, dans « the Science », vol. XXI n« 542 du 23 juin 1893, parle des variétés de « slugs » ou « naked land-mollusca » dépendant de l'influence d'altitudes, de latitudes,de moisissure, de conditions insulaires, etc. Ces conditions et d'autres encore pourraient être appliquées à d'autres animaux, pour permettre de connaître leur origine, ancienneté autochtone ou importée, ainsi que l'acclimatation et la déformation d'espèces étrangères à l'Amérique.

L'exemple de l'intéressante étude présentée en 1897 par M. Th. Suder à la Société helvétique des sciences naturelles de Berne sur le chien préhistoriquCy pourrait être suivi pour le chien américain en particulier et en général pour tous les animaux du sol américain, disparus ou non, amis ou ennemis de l'homme.

Paléontologie, — On a étudié récemment les relations des faunes mammalogiques tertiaires de l'Amérique du Nord et de l'Amérique du Sud. Mais ces études ont besoin d'être encore approfondies et fouillées. On s'inspirerait des travaux sur les plantes fossiles de MM. G. de Saporta, B. Renault et Fernand Priem.

Il manque encore une évidence concluante de la contemporanéité de l'homme

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et du mammouth sur le territoire des Etats-Unis (Brin ton, Science, 1" octobre J893).

Il s'ag^irait d'éclaircir les doutes régnant encore sur l'authenticité de la représentation du mammouth sur la pierre de Lenape (à 4 1/2 milles à Test de Doylestown Bucks county. Pennsylvania), affirmée par M. Henry C. Mercer, et celle de Hollyoak (Delaware) (consulter p. 380/1 de Prehistoric Art par Th. Wilson — Washington 1898).

L'homme américain. — Date préhistorique de sa première apparition. Les adeptes illustres de l'anthropologie, science qui marche toujours de concert avec la paléontologie et la géologie, ne sont pas d'accord sur la date préhistorique delà première apparition de l'homme américain. Les deux périodes glaciaires qu'on dit avoir existé en Amérique ne sont pas rigoureusement prouvées . On ne sait pas « si l'homme préhistorique américain vivait au début de l'é- « poque glaciaire, ou durant une période de réchauffement survenue entre « deux extensions des glaciers, ou bien encore au moment d'un nouvel avan- « cément dont les vestiges sont écrits en caractères indestructibles sur tant « de points différents » (de Nadaillac).

Le regretté président du Congrès international des Américanistes de Paris (1890), M. de Quatrefages, avait, dans son magistral discours d'ouverture de ce congrès, par la comparaison des faunes fossiles des pampas du Brésil et des graviers californiens, combattu la théorie d'Ameghino et de Whitney reportant aux époques tertiaires l'existence de l'homme américain.

D'après M. Arcelin (cité par M. de Nadaillac dans « Y Homme », Paris, 1892)... « de plus amples informations, loin de prouver la très haute antiquité de rhomme, établiront, au contraire, que les phénomènes glaciaires sont plus récents que l'on n'était jusqu'ici disposé à l'admettre. » Mais on a besoin d'acquérir ces plus amples renseignements.

Habitat. — L'homme paléolithique a-t-il vécu dans l'Amérique du Nord? Plusieurs membres de l'U. S. Geological Survey disent qu'on n'y a jamais découvert d'instruments paléolithiques ; les objets réclamés comme tels ne seraient que des rejets ou des objets imparfaits, ou non finis, abandonnés ; ils proviendraient des indigènes qu'on trouve en possession de ce continent et qui vivaient alors à l'âge de la pierre polie. Le professeur Henry W. Haynes, de Boston, est contraire à cette opinion (voir son article dans the Science, 3 fév. 1893).

Type américain. — Le savant conservateur d'anthropologie préhistorique du Musée national de Washington, M. Thomas Wilson, admet fAn/i(/Mi/^' d^ to race rouge en Amérique, p. 865, Compte renduCong. int. Amer. 1895), la fixité, malgré une petite divergence, d'un seul type de la race américaine dans toute l'Amérique, d'après Darv^^in, Brinton et le D"^ Kollman, de Bâle. II en

conclut au commencement de cette race en Amérique, des deux façons suivantes : 1® par évolution, d'animaux inférieurs; 2" par migrations d'autres pays. La période néolithique ou de la pierre polie était celle dans laquelle les Indiens reçurent les Espagnols : cette période aurait alors pris fin dans toutes les autres parties du monde. Les premiers occupants du sol américain, d'où qu'ils vinssent, auraient émigré pendant la période néolithique et non après sa fin. Cette période s'est achevée dans l'Europe occidentale plus tard que partout ailleurs en Europe et en Asie et fut suivie de l'âge du bronze. Ce dernier âge serait la limite la plus reculée de temps qu'on puisse attribuer au départ des émigrants pour l'Amérique : il daterait de 2000 ans avant l'ère chrétienne. Si ces tribus eurent d'autres points de départ que l'Europe occidentale, on peut remonter à une date antérieure de plusieurs milliers d'années encore ! Cette très curieuse théorie de M. Wilson est sujette à bien des controverses.

L'éminent professeur allemand Rudolf Virchow {Sur la crâniologie amé-^ ricainey p. 251 Compte rendu Cong. Int. Amer., Berlin, 1888), et le grand voyageur hollandais H. ten Kate (Sur la question de la pluralité et de la parenté des races en Amérique^ Cong. Int. Amer. Paris, 1890), sont d'accord pour nier l'existence d'un type universel et commun des indigènes américains, contrairement à l'assertion d'autres savants. Nous partageons l'opinion de MM. Virchow et ten Kate.

En résumé « la vérité (sur l'homme), dit l'érudit marquis de Nadaillac a (L'Homme^ Paris, 1892), est que, morphologiquement, nous ne savons rien a de l'homme primitif et que, quant à l'homme que révèlent les ossements dé- « couverts sur tant de points différents.... de l'Amérique, il ne se rapproche « par aucun côté de l'animalité, il ne diffère en rien de l'homme des temps « historiques, de l'homme du xix® siècle ».

Classificaliondes races préhistoriques. — Pour mettre un peu d'ordre et de méthode dans les données si diverses relatives aux superpositions successives de races en Amérique, on a donné aux Américains les noms d'hommes de la période antédiluvienne, diluvienne, paléolithique, néolithique, trentonienne, chelléenne, moustiérienne, préhistorique, etc., ou encore ceux de falaisiers (cliffdwellers), constructeurs de tertres (moundbuilders). Ces classifications ont leur raison d'être évidente et ont aidé l'anthropologie américaine à faire ses premiers pas. Mais ces noms génériques ont le tort, à mon humble avis, d'être un peu vagues et d'être trop nombreux. Dès qu'on aura pu réunir un plus grand nombre de documents ethniques de toutes les parties de l'Amérique, il sera plus facile de les coordonner, de les comparer les uns aux autres. Et il est à souhaiter qu'on puisse alors reconnaître que les diverses classifications qui empruntent actuellement leurs noms à certaines particularités locales, pourront être réduites sensiblement en plusieurs types principaux.

NOTES SUR l'améhicanisme i89

Comment doit- on classer ces races indigènes? Doit-on se fixer seulement sur des coutumes ethnographiques et anthropologiques telles que le tatouage, la circoncision, la couvade, l'affilage des dents, la déformation des crânes, le cannibalisme ? Les classifications doivent-elles avoir pour base la similitude de langages, de caractères physiques ou intellectuels ? Je professe une grande sympathie pour les savantes classifications anthropologiques du D"^ Verneau ainsi que pour celle du D'E. T. Hamy dont la magistrale leçon d'ouverture de son cours d'anthropologie au Muséum d'histoire naturelle de Paris (19 mars 1896), énumère 4 couches ethniques : 1° le type brachicéphale du continent nord ; 2® le type dolichocéphale du continent sud ; 3" une migration de brachicéphales se superposant au second type ; i^ une migration de dolichocéphales exagérées. Mais ne devrait-on pas émettre parallèlement des bases classificatrices, linguistiques, ethnographiques et autres?

Peuplement précolombien de V Amérique. — D'après la plupart des auteurs, les Américains ne seraient pas autochtones. Les uns donnent à tous les Américains, ou au moins aux Tinné (Denné) et à quelques autres peuplades du nord-ouest, une origine mongoloïde, parla partie nord-ouest de l'Amérique. Les D""* E. T. Hamy, Ferraz Macedo, M. E. Beauvois et autres soutiennent cette origine asiatique basée sur la découverte en Amérique de symboles orientaux tels que le taïki, le triskeles, le svastika et la croix. Selon quelques autres américanistes, la race américaine serait originaire des régions eurafricaines d'où elle serait venue par le nord-est de l'Amérique. Quelques savants prétendent qu'elle forme une race non mongoloïde, exclusivement propre à l'Amérique, qu'elle soit ou non autochtone. Le maître D. G. Brinlon (Praehistoric remains in America, p. 308, Science, 14 avril 1893), répète qu'il défie de citer une seule langue américaine montrant des traces claires d'influence asiatique ou tout autre influence étrangère, ou un seul art, une seule industrie américaine qu'on puisse attribuer à l'influence d'une civilisation étrangère. Le D"^ Barberena trouve aux tribus de race maya-k'kitché une affinité avec les Annamites, en se basant sur la linguistique. D'autres assignent aux Américains une origine polynésienne (de Quatrefages, au point de vue anthropologique). L'enseigne Niblack donne une liste remarquable desimilitudes ethnographiques entre les Néo-Zélandais et les Indiens Haida. Le D"" H. M. Gay de Granval (p. 690, 8** et 10« fasc. 1897), tome XIX de la Soc. de géog. corn, de Paris) croit expliquer l'origine des ruines colossales en forme de fer à cheval découvertes par Dumont d'Urville, dans l'île de Tiniou (îles Mariannes). D'après la légende indigène leur constructeur aurait été Tluimallan et leur destructeur Tyunanay, ennemi du premier. Or, en k'kitchoua, thumallan signifierait : celui qui aime à élever des édifices circulaires, et tyunnanay, celui qui souff're du mortier. Ceci prouverait-il des affinités de races entre les X'kitchoua et les Polynésiens ?

Ces grandes divergences d'opinions peuvent paraître étranges en ellesmêmes; mais elles ne sont pas, à mon avis, telles qu'elles semblent être. Elles laissent supposer des origines différentes à la race américaine ; cette supposition n'a rien d'absurde en elle-même. La difficulté est de discerner les vestiges des migrations des tribus, les noms de celles ayant opéré leurs marches en avant, dans telle ou telle direction, par voie déterre ou de mer. Il faudra dans ce but faire un relevé méthodique de toutes les voies hypothétiques de pénétration, soit terrestre, soit maritime, jusqu'aux points d'habitat où les conquérants blancs les ont trouvés, qu'ont pu employer les indigènes américains. Dans ce but on étudiera d'abord les détachements géologiques des continents d'autres parties du monde voisines de l'Amérique, avant lesquels ont pu exister des voies terrestres maintenant disparues. Puis on essaiera de relever les indices de migrations maritimes employant soit les courants des côtes de Sibérie, du Japon, d'Australie, de direction orientale, soit ceux du golfe de Guinée de direction occidentale sur le Brésil, des côtes du Brésil soit vers le sud, soit vers le nord, les Antilles, les États-Unis. Ces difficiles itinéraires seront complétés par l'étude des migrations terrestres de la côte nord-ouest vers le sud, et des contre-migrations de la côte est de l'Amérique vers le nord, avec toutes leurs ramifications multiples.

Ce sont de nouvelles et patientes études, basées sur celles des premiers américanistes, qui permettront d'atteindre ce but. Mais en attendant, la science est pleine d'obscurité à cet égard. Tant qu'on n'aura pas donné l'importance qu'elles méritent aux diverses branches de la science dont le faisceau forme l'américanisme, surtout dans les pays de l'Amérique du Sud, on ne pourra tenter cet essai; car c'est dans celle région méridionale de l'Amérique qu'il faut chercher les vestiges du passage des populations primitives de l'Amérique du Nord qui (on a toutes raisons pour le croire) ont toutes émigré du nord vers le sud. Que sait-on des migrations préhistoriques de ces fameux constructeurs de tertres (moundbuilders) dont on retrouve des traces au Mississipi, au Yucatan, dans l'Amérique centrale, au Venezuela, etc. ? Malgré sa connaissance consommée des divers problèmes touchant le Mexique précolombien, le comte de Charencey (dans son remarquable travail d'érudition sur Uhistorien Sahagun et les Migrations Mexicaines, Alençon, 1898) en est encore à localiser péniblement la plupart des stations du flot humain qui se déversa lentement vers le sud à travers les régions escarpées du Mexique. Et pourtant il existe de nombreux codices, mémoires, chroniques d'origine précolombienne et intercolombienne I

Ces fiers Caraïbes, qui ont sillonné de leur sangles Antilles, les côtes Atlantiques de l'Amérique centrale, la Colombia, l'Ecuador, le bassin de l'Amazonas, etc., ont-ils eu pour berceau le centre du Brésil, comme le supposent MM. Lucien Adam et Karl von den Steinen? Comment s'y trouvaient- ils?

Le courant du golfe de Guinée les aurait-il amenés au cap Sao Roque? Ces Caraïbes venaient-ils par terre du nord-est de TAmérique ? Le fait cité par Brinton {Science^ 29 déc. 1893) qu'on ne trouve nulle part au nord de rislhme de Panama aucun élément de langue caribe prouve-t-il péremptoirement que les indigènes qui la parlaient n'aient pas passé par laFlorida? Cet argument tiré de la linguistique n'est pas suffisant, à mon avis, pour détruire l'hypothèse d'une migration en masse des Caribes vers le sud, ayant pour point de départ la région golfîèredes Étals-Unis, et pour motif, des guerres avec des ennemis plus puissants ou des cataclysmes naturels. — Que dire des explorations en Amérique aux xni° et xiv^ siècles de prêtres Gaëls irlandais dont parle M. E. Beauvois (p. 200, Compte-rendu, Congrès int. Amer. Paris)? — N'y a-t-il pas à rassembler les diverses données vagues obtenues jusqu'à nos jours sur les falaisiers ou clifiFdwellers du Far West, du Mexique septentrional, du pays des Muysca, de celui des K'kitchoua du Cuzco?

Si l'on veut reconstituer le passé historique de ces races, on doit forcément diriger le but des études sur ces régions du Sud, spécialement sur le centre de cette Amérique méridionale qui, encore de nos jours, est remplie de mystères.

Ossements et crânes américains. — On ne sait à quelles raisons attribuer la rapide décomposition des ossements humains trouvés sous les tertres à sacrifices de l'Amérique du Nord. Ce ne doit pas être la grande vétusté, puisque des ossements d'autres parties du monde, et qui ont de 1800 à 3000 ans, sont encore intacts. Doit-on l'attribuer à la nature de l'enfouissement et à celle du sol ?

On ne peut décrire avec certitude la forme primitive du crâne chez les principales races américaines, en raison des nombreux croisements survenus et surtout des déformations et mutilations artificielles. Doit-on chercher l'origine de ces déformations dans des rites religieux ou de fausse plastique? (D^* E. T. Hamy, F. Delisle, J. Lenhossek.) Les trépanations posthumes étaient-elles faites dans un but honorifique ou religieux? Ou bien n'était-ce qu'une conséquence du scalp qui enlevait avec la chevelure une rondelle de l'os du crâne?

N'y aurait-il pas lieu à étudier davantage les autres mutilations ethniques, comme l'ont fait MM. Léon, Magitot, etc.

Pathologie précolombienne. — L'étude des maladies propres aux races américaines serait intéressante à pourisuivre. On pourrait les classer en maladies antérieures à l'arrivée des conquérants européens et en maladies datant du contact des Indiens avec les Européens. Le D' Albert Ashmead, de New- York, le prof. D' Virchow, le prof. Bastian, MM, Orgeas, R. Briau,etc., ont déjà abordé l'étude de quelques-unes de ces maladies. A propos de la

192 NOTES SUR l'ajcéricamsite

lèpre, on consultera avec fruit le résume complet fait par le savant D' H. Polakowsky, dans le n' de sept. 1898 des Miileilnngen de Gotha sous le titre Gab es eine prœcolumbianisehe Lepra in Amerika? On de^Tait étendre le cercle de ces études.

Ethnographie. — Une foule de rensei^ements ethnographiques d'une grande utilité pour arriver à connaftre l'histoire des races américaines nous manquent encore ; tels sont, par exemple, leurs mœurs en général, leurs croyances et pratiques religieuses, l'usage d'enterrer les morts dans des urnes, selon la coutume d'une seule et même race dans toute FAmérique du Sud, leurs idées sur la propriété, leurs lois, les cérémonies accompagnant les naissances et les mariages, leurs habitations, leurs ornements de fêle et de guerre, le sort des prisonniers, l'anthropophagie, leurs travaux, leurs industries diverses, leur commerce, leurs moyens d'échange, leurs monnaies Tcoquillages, cacao, haches en jadéite, etc...), leurs arts f musique, peinture, sculpture;, leurs moyens de locomotion par terre (à dos d'hommes, de bêles de somme, par charroi, etc.), par mer (canots creusés dans des troncs d'arbres ou faits de jonc tolora ou enea^ etc.). N'aurail-on pas intérêt à faire de nombreuses études comparatives de races éloignées les unes des autres? Serait-il téméraire de rechercher s'il n'y a pas lieu de rapprocher la coutume des confraternités indigènes de l'Amérique du Nord de celle des Ingouches (du Caucase), rapportée par M. Maxime Koya}esk\ {La famille matriarcale au Caucase, p. 28i, V Anthropologie, tome IV, 1893j? Il est utile aussi de recueillir les traditions indigènes avec une méthode scientifique, et d'en relirer les déductions correspondantes. Quelques essais seulement ont été tentés dans ce sens. Il faudrait les continuer, sans garder les idées préconçues inhérentes à l'histoire des races primitives européennes (Brinlon, p. 29, Tlie Nation as an élément in Anthropology, Cong. of Anthropology, Chicago).

Peut-on trouver une nouvelle preuve des communications ayant existé entre l'Asie et l'Amérique dans l'identité des jeux en usage chez les indigènes des deux continents? Doit-on, comme le veut M. Steward Culin (p. 680. Chess and playing-cards, Washington, 1898) baser cette similitude sur leur objet commun et l'identité des conceptions mythiques qui les ont fait naître? Une étude comparative plus étudiée encore de ces jeux serait nécessaire.

Est-ce seulement une pure coïncidence que l'existence de massues en pierre de formes identiques en New Zealand (patu-patu), au Puget Sound et en Alaska (slubbets), dans' l'Arkansas river, Bent County, dans le Colorado S. E., et au Mexique (macana)? (voir p. 464/5 de Prehistoric Art, Th. Wilson)?

La géophagîe répandue en Amérique a fait l'objet d'une élude spéciale de la part du D' Richard Lasch {Mitteilungen der Anthropologischen Gesells-

chaft in Wien). Malgré cet important travail, cette coutume bizarre devrait être étudiée sur les lieux mêmes. Chez les Chippeway du Mackenzie river, chez les Kakchikels du Guatemala (j'y ai vu en 1878, à la Costa Cuca, un jeune garçon au ventre arrondi mangeur de terre glaise), chez les Otomacos de rOrinoco, et les autres indiens de Colorabia, Pérou et Bolivia.

La proposition de Brinton {Science^ 10 fév. 1893) pour étudier l'ethnographie de la race blanche aux États-Unis pourrait peut-être, d'une façon générale, s'appliquer à chacune des régions spéciales de l'Amérique. Dans chacun de ces pays, au moment des vacances, des jeunes étudiants ayant reçu une instruction spéciale, iraient explorer les parties peu connues de leurs propres pays et rempliraient des questionnaires concernant :

1** le type physique des habitants par mesures, photographies, etc. ;

2" les curiosités de dialectes, prononciations, expressions locales, etc. ;

3*» les vieux monuments, reliques et autres antiquités ;

4" l'évidence historique, les généalogies, le folklore, etc.

Lijiguis tique. — La linguistique semble être à tort à l'anthropologie ce que le positivisme est au spiritualisme^ De là Tantagonisme, apparent seulement, qui existe entre les deux sciences, pour ne pas dire les deux écoles, l'une prônant les caractères intellectuels et l'autre ceux physiques de la race américaine. Il faudrait amener les adeptes des deux méthodes à se faire des concessions mutuelles et à compléter les données de l'une par celles de l'autre.

La nécessité s'impose de vocabulaires et grammaires comparées des diverses langues américaines surtout pour les divers dialectes caraïbes.

On ne sait pas la raison de la différence du langage des hommes avec celui des femmes, etc..

A propos des langues indiennes de l'Amérique du Nord, J. W. Powell dit à la page 139 de « hidian linguistic f ami lies of America north of Mexico » [7 th. ann. report Dur. of Ethnology, 1885-1886, Washington, 1891]... « ... La tâche d'étudier plusieurs centaines de langues et d'en dériver des conclusions dernières comme contributions à la science de la philologie, est une tâche de grande importance, et, dans son accomplissement, une armée d'étudiants doit être employée. La richesse de cette récolte promise justifie un appel énergique aux étudiants d'Amérique pour un travail patient et systématique. »

L'armée d'étudiants à laquelle il est fait allusion s'accroît chaque année davantage aux Etats-Unis, grâce à la générosité éclairée de cette merveilleuse Smithsonian Instiiution de Washington (D. C), et aux efforts constants d'un état-major remarquable, de bureaux d'ethnologie, d'anthropologie, et à la direction des érudits major J. W. Pow^ell, Thomas Wilson, etc. Je profite de cette occasion pour rendre l'hommage qu'elle mérite à la

science des Américains du Nord qui a touché, sinon élucidé, toutes les principales branches de l'américanisme relatives aux États-Unis.

Les langues des tribus indigènes de l'Amérique du Sud sont encore les moins connues au monde, malgré les travaux remarquables et incessants de MM. Lucien Adam, Florentino Ameghino, Daniel G. Brinton, P. Celedon, Honoré de Charencey, Henri Coudreau, L. Darapsky, Paul Ehrenreich, Ernst, Luis J. de Fontana, H. von Ihering, Samuel A. Lafone Quevedo, Raoul de la Grasseric, José Toribio Médina, Middendorff, Bartolomé Mitre, A. L. Pinart, Ernesto Restrepo Tirado, M. Uhle, Uricoechea, etc. ' Il y a encore maintes langues dont nous ne connaissons absolument rien ou dont nous n'avons que des vocabulaires simples, imparfaits et dont le caractère grammatical reste ignoré.

D'après Brinton (p. 388/9, Essayofan i4mmfan/st), tant que nous serons privés de matériaux relatifs à toutes les langues américaines, il sera prématuré d'affirmer que les procédés d'incorporation et de polysynlhèse prévalent chez toutes ; néanmoins on peut dire sûrement que leur absence n'a été dé montrée dans aucune de celles dont nous possédons un matériel suffisant et authentique, base d'une décision.

Sémantique (toponymie, onomatolofjié). — Si l'on pouvait interpréter tous les noms de localités de l'Amérique, on pourrait reprendre sur le vif certains traits de l'histoire précolombienne de ces tribus : mais malheureusement, beaucoup de ces noms ont été sensiblement altérés à Tusage et beaucoup d'autres sont tirés de langues déjà éteintes. Il serait utile de faire des recherches onoinatologiques pour chaque région et de grouper ensuite les diverses déductions tirées de ces rapprochements linguistiques. Il serait bon, pour se perfectionner dans ces études, de s'inspirer de l'ouvrage de Michel Bréal, a Essai de sémantique » (Science des significations), Paris,

Le nom d' America vient-il d'Amerigo Vespucci ou de quelque nom indigène tel que Maraca? Emprunte-t il son étymologie à un nom de montagne du Nicaragua, comme le voudrait le savant professeur Jules Marcou? Consulter à ce propos le travail érudit de M. le professeur E. T. Hamy et mes quelques observations Sur le nom Àmerrisque (compte-rendu. Congrès int. Amer. Paris, 1890). Il faudrait approfondir Thypothèse, la plus vraisemblable à mon avis, de l'étymologie tirée du nom de Vespucci.

Il faut voir si Matique de Florida a de l'affinité avec Amatique du Guatemala, Pensacola (près New Orléans) avec VÛc du même nom au Nicaragua; Managua de Cuba avec Managua (de Nicaragua) et Manaos du Brésil, etc.

Il serait bon qu'il y eût souvent des discussions contradictoires entre les savants américanistes telles que celle relative aux mots Anahuac et Nahuatl intervenue entre le D' Eduard Seler (Compte-rendu, Congrès int. Amer.,

Berlin^ 1888) et le D^ D. G. Brinton {Science, 1893, « On ihe words Anahuae and Nahuall). Il se dégage toujours de ces discussions un enseignement pratique.

D'après les derniers travaux américanistes, les appellations de tribus indigènes sont à revoir et leur nombre a besoin d'être réduit. Il faut reprendre les noms souvent erronés, donnés par les conquérants espagnols et autres à diverses portions d'une même Iribu, noms tirés de ceux de caciques, montagnes, rivières, etc. Même parmi les noms donnés par les indigènes euxmêmes, il faut faire la part des appellations que se donnent d'eux-mêmes les clans de chaque tribu, que donnent les tribus amies, ou ennemies, qu'elles soient élogieuses, ironiques, ou simplement vagues, signifiant étrangères (chontal, popoluca, etc..) ou ennemies.

En tous cas, la recherche des étymologies de noms de lieux est fort difficile et dangereuse, quand elle n'est pas facilitée pas des vocabulaires linguistiques, la connaissance de l'histoire, de l'archéologie, etc., des tribus auxquelles elle se rapporte.

Écriture^ paléographie, pélroglyphes. — Les caractères maya des divers codices n'ont pu encore être interprétés, malgré de très savants et patients efforts : il faut les continuer et ne pas désespérer. — Et pourtant ces caractères des tribus yucatèques et autres étaient, selon toute probabilité, la manifestation la plus élevée de l'intelligence des Indiens Américains. On pourrait peut-être en dire autant de l'écriture des K'kitché et Kakchikels : mais il n'en reste plus de spécimen. On trouve la méthode ikonomatique d'écriture, d'après la dénomination de Brinton, chez les Tarasques et Zapotèques; on pourra peut-être en trouver des traces parmi d'autres peuplades américaines. — La même difficulté d'interprétation existe pour la pictographic Chipeway, sur bâtons meda, sur écorces, et « adjid jiatig », pour le déchiffrement de divers colliers de pierres ou coquillages taillés différemment de l'Amérique du Nord, et des cordelettes qquippu du Pérou.

Que dire aussi des pétroglyphes ou inscriptions sur roches, peintes ou gravées du Colorado, de l'Arizona, du Nouveau Mexique, de Maravatio (Mexique), découvertes en février 1899 par M. Joaquin de la Llandera, du Salvador (grotte de Corinto), du Nicaragua (Masaya, Nejapa, Ometepe, etc.), de Chiriqui (David), des Grandes et Petites Antilles (Haïti, Porto-Rico, Aruba, etc..) des sources de l'Orinoco, de la zone des Piedras pintadas de Guyane, de Ceara, de la Serra da Onca (Brésil), des vallées de Bogota, Tunga et Cauca, des côtes du Lago Argentino, de la vallée de Santa-Maria (province de Catamarca),etc...? Leur signification est presque totalement inconnue. Elles semblent toutefois avoir eu pour auteurs les races les plus primitives du continent américain.

Seraient^ce les manifestations grossières de la langue sacrée symbolique,

universelle des premiers habitants du ^lobe, au déchifFrement desquelles s'est attaché M. Emile Soldi? ou bien ne sont-ce qu'exercices d'écritures ou jeux de grands enfants, comme le voudrait M. E. Restrepo Tirado?

ReligioTiSy mythologie. — La science de la mythologie comparée est encore dans Tenfance. On n'a, malgré les travaux récents, que des renseignements peu précis sur les principes et cérémonies des diverses religions américaines. Car, d'abord beaucoup de ces rites ont disparu avec les races qui les avaient en honneur; et ensuite, ceux qui subsistent encore sont cachés avec un soin jaloux par les Indiens discrets et mystérieux. 11 faut le zèle et le courage de savants tels que M. F.-H. Cushing pour tâcher de dévoiler ces mystères.

Faut-il attribuer une origine religieuse, un emploi presque exclusif par les prêtres des diverses tribus précolombiennes, aux signes cabalistiques tels que le taïki d'origine chinoise (voir article de M. E. T. Hamy, Soc. Géog. Paris, 2 juillet 1886); les nombreux caractères sacrés que l'ingénieux sculpteur français Soldi a cru retrouver sur divers monuments archltectoniques (croix, disques, spirales, etc.) (consulter son ouvrage : La Langue sacrée^ le Mystère de la créalioriy Paris, 1897), le svastika ou swastika. A propos de ce dernier symbole d'origine aryenne, M. Thomas Wilson {The swaS' tika, Washington, 1896) conclut qu'il avait en Amérique une existence antérieure à toute connaissance historique existante des communications entre les deux hémisphères. M. Wilson trouve ce signe continué et employé en Amérique même de nos jours, tandis que son emploi raisonné a disparu en Europe depuis des siècles. Cette question a besoin d'être étudiée à nouveau, malgré le talent déployé par M. Wilson à la mettre en lumière.

A quelle idée religieuse ou superstitieuse allier la pratique consistant à manger de la terre glaise ou autres en usage chez des Indiens du Guatemala et de l'Amérique du Sud?

Il serait à souhaiter qu'il y ail un plus grand nombre de savants tels que le D' Ed. Seler, Girard de Rialle {La Mythologie comparée)^ M. G. Raynaud (Les trois principales divinités mexicaines^ n» 2, t. XXIX, Revue de l'Histoire des Religions, Paris, 1894), le comte de Charencey (La L^i/end^ d'Huitzilopochtliy Cong. Av* des sciences, Saint-Etienne, 12 août 1897), etc., s'occupant des questions ardues de mythologie comparée.

Astronomie. — L'astronomie devrait être l'objet de recherches plus sérieuses qu'elle ne l'est actuellement ; car on pourrait trouver de nombreux points de comparaison, spécialement entre les connaissances des Maya à ce sujet et celles de certaines peuplades de l'Orient. On pourrait aussi étudier l'orientation de certains monuments précolombiens.

Archéologie^ architecture^ céramique. — Beaucoup d'hypothèses existent sur l'identification des constructeurs de tertres (moundbuilders). On retrouve

des tertres semblables depuis TOhio jusqu'au Costa Rica, sans pouvoir avec assurance assimiler ce peuple à aucune tribu connue. Ne serait-il pas utile de faire sur le terrain des études comparatives sérieuses des tertres, buttes funéraires ou religieuses, ayacates, mounds, etc. de l'Ohio, du Michoacan (alentours d'Arioj, de la plaine de Mixco (Guatemala), de Tenampua (Honduras), etc. ? Il en est de même des falaises des cliffdwellers de California, rives de rOrinoco, environs du Cuzco, des monuments de Palenke, Copan, Chordeleg, Tiahuanaco, etc. On devrait fouiller davantage : l'ancienne région du Chimalhuacan, le territoire de Tepic, la sierra del Nayarit (Mexique) dont l'explorateur Léon Diguet vient de dévoiler les richesses archéologiques {Notes sur certaines pyramides d'ixtlan. — L'Anthropologie. — Bulletin du Muséum d'Histoire naturelle, p. 345, n° 8, 1898) le cours supérieur du rio Outzoumatzinta (dép^ de Huehuetenango, Guatemala), où le capitaine T. Maler a découvert les ruines de Cayo, Chico Zapote, Zaâchilan, sans pouvoir indiquer les constructeurs de ces monuments ; — l'intérieur de l'île Filoména, récemment découverte dans le lac de Titicaca (ou Chucuito) ; — les ruines de Cauquenes, la vallée de Requinoa, le lac de Rancaloe ou de Cauquenes (Gahona), du dép' de Campolican (Chili), etc., etc. De nouvelles explorations de toutes ces ruines par une commission composée des mêmes savants devrait être faite au plus tôt.

Quel était l'usage des colliers de pierre énormes trouvés à Puerto Rico? Ces objets devaient-ils prouver la force de ceux qui les portaient? Etait-ce un collier de torture infligé à des prisonniers de guerre, une ofl*rande aux dieux? On ignore l'usage de ces colliers comme celui des pintaderas, rouleaux ou plaques de terre cuite, qu'on a supposé devoir servir soit pour signer des documents importants, soit pour peindre le corps en couleurs.

Il y aurait à faire une étude comparative des poteries à effigies dans le genre de celles de Pecan point (Arkansas), de la vallée d'Antioquia (de ma collection Colombienne), et du Pérou. Les artistes en céramique, auteurs de ces vases, appartenaient peut-être aux mêmes races.

Découvertes précolombiennes. — Quels sont les noms des premiers marins japonais ou aïnos qui aboutirent en California entraînés par le courant équatorial baignant les côtes de Niphon? Qui sont les premiers asiatiques qui du Kamtschatka passèrent en Alaska par le détroit de Bering et les îles Aléoutiennes? A quelles époques se firent ces expéditions? Nul ne le sait encore. Mais la compulsation des vieilles archives chinoises et japonaises pourrait peut-être éclaircir ces mystères.

La question de la découverte de l'Amérique par des Européens, quoique moins négative, n'en est pas moins excessivement confuse. La plupart des nations de l'Europe occidentale ont pris une part à ces découvertes, que ce soient les Scandinaves, les moines ou papes gaêls, les commerçants et navigateurs

198 NOTES SITR l'américanisme

normands, bretons ou basques, les Portugais, les Espagnols ou les Italiens. Malgré les savants travaux de MM. Gaffarel, Harrisse, P. Margry, etc. ces questions paraissent insolubles, vu Téloignement où nous sommes de ces époques, et le manque de documents précis les concernant.

L'abbé Baldomero de Lorenzo y Leal, de Jerez, a consacré, à l'occasion du Congrès international des Américanistesde Huelva (1892), un ouvrage de 310 pages (C. Colon y Alonso Sanche:^) à la mémoire d'Alonso Sanchez de Huelva^ précurseur de C. Colombo et dont ne parle aucun texte contemporain.

Le D"" florentin Paolo Toscanelli dal Pozzo est-il le grand précurseur de la découverte de l'Amérique, comme le prétend son panégyriste, le prof. Cesare de Lolhi, de l'Université de Genova, dans la Revue des Revues (15 janv. 1898)? Toscanelli aurait connu Colombo entre 1479 et 1481, lui aurait laissé copie de sa carte adressée en 1474 à Fernam Martius, et serait mort en 1482. Ce fait impliquerait-il que Toscanelli fut le véritable et seul inspirateur du grand découvreur, plutôt qu'Alonzo Sanchez de Huelva, Pierre d'Ailly ou autres?

Découvertes colombiennes. — 11 ne faut pas se fier pleinement aux récits des premiers chroniqueurs de la conquête : leur ignorance des choses de ces pays nouveaux, leurs idées préconçues et l'exagération de leurs sentiments admiratifs ont défiguré souvent l'expression de la vérité.

Biographies de découvreurs. — Malgré les grands honneurs rendus à juste titre à la mémoire de Cristoforo Colombo, il est pénible de constater que Ton ignore encore le lieu et la date exacte delà naissance du grand navigateur, et qu'on manque de renseignements- précis sur les années de sa vie, antérieures à la conquête. Genova et d'autres villes d'Italie et de Corse se disputent encore la gloire de l'avoir vu naître.

La famille d'Orchi posséderaitun portrait à l'huile qui représenterait Colombo d'après M. J. Silverio Jorrin (voir p. 254 Cong. Int. Amer., Paris, 1890, Les dernièi^es recherches sur Vhistoire et les voyages de C. Colomb. Existe-t-il un portrait authentique?) Ce portrait est-il le vrai? on l'ignore. Rodolphe Darzens a publié en 1892, dans le F/gfflro, un article relatif à la fausseté de tous les portraits dits de Colombo, même celui fait en Italie, de la galerie de tableaux de Paolo Giovio ou Pablo Jove. Cette galerie aurait été fondée seulement en 1526, 20 ans après la mort de Colombo. Or ce dernier était parti d'Italie vers 1470, à 23 ans, sans être jamais revenu. Que croire ?

Colombo mit-il jamais le pied sur la terre ferme du continent américain? Consulter à ce propos ma critique intitulée : C. Colomb a-lAl débarqué ou non sur le continent américain? (Archives de la Société Américaine de France^ Paris, mars 1888).

Les cendres dont les Espagnols ont avec pompe opéré en janvier 1899 la translation de la Habana à Sevilla sont-elles bien celles de Christoforo Colombo? Ne reposent-elles pas plutôt dans les caveaux de la cathédrale de

Santo Dominço? Les Espagnols revendiquent la première hypothèse, les Dominicains la seconde, chacun avec la même énergie et les mêmes nombreux documents. Qui a raison?

On ignore si Araerigho Vespucci partit d'Espagne en 1497 ou 1495, pour son premier voyage contesté. Les documents émanant de sa main ont disparu. A-t-il découvert les côtes du Nicaragua avec J. Dias de Solis et V*® Yanez Pinzon, trois ans avant Colombo?

On n'a pas de documents biographiques complets sur ces deux derniers marins ni sur d'autres auteurs d'expéditions secondaires, tels que Alonso de Hojeda, Pedro Nino, Diego Lepe, Juan de la Cosa, Rodrigo Bastidas, Jean Cousin. Il y en a encore d'autres dont on connaît à peine les noms, quoiqu'ils aient dû contribuer à la colonisation de l'Amérique (Juan Dormelos ou Dorvelo, Gonzalo Gomez de Cervantes, Francisco Riverol, Juan Sanchez). Ne sont^ce pas eux et leurs compagnons inconnus qui ont pris part à la prise de possession des côtes de l'Amérique du Nord comprises entre ces bouches du Mississipi et la baie de Chesapeake ?

Il appartient aux infatigables fouilleurs d'archives et de documents tels que MM. D. G. Brinton, Ed. Seler, de Peralta, E, T. Hamy, Gabriel Marcel, Paul Gaffarel, Henri Froidevaux, H. Cordier, duc de Loubat, Henri Vignaud, comte de Turenne, marquis de Bassano, etc., de continuer leurs patientes recherches et de trouver la solution de ces questions difficiles.

Délimitations de tribus. — La question soulevée au Congrès des Americanistes de Paris (1890), par M. Mestre y Amabile relative à la délimitation des tribus indigènes à l'arrivée des Européens, intéresse l'histoire au plus haut degré. Consulter aussi à ce sujet l'étude fort intéressante de M. Louis Guilaine intitulée « Les Conquêtes du droit dans le Nouveau Monde » (Bulletin Société d'Ethnographie, Paris, oct. 1888). Si l'on s'inquiétait davantage de celte question, nombre de conflits pourraient être évités actuellement entre diverses républiques américaines. Les archives du temps de la conquête sont là pour faire foi et les américanistes pour élucider d'une façon toute scientifique, pacifique, internationale et impartiale, ces questions quelquefois fort délicates.

Cartographie. — De la question précédente découle naturellement la nécessité de réimprimer les cartes les plus anciennes sur chaque région américaine : on y localiserait autant que possible les diverses tribus précolombiennes ainsi que l'extension extrême du pouvoir de chaque chef de territoire.

La carte des voyages de Colombo n'a pas été publiée, que l'on sache. II incombe à MM. Gabriel Marcel, Nordenskjœld, Kretschner et autres géographes éminenls de continuer leur œuvre si bien commencée dans ces spécialités.

La nécessité aussi se fait sentir de la publication de cartes partielles et générales, non plus d'ordre exclusivement politique et historique, mais d'ordre purement scientifique, je veux parler de cartes anthropologiques, linguistiques, ethnographiques, archéologiques, géologiques (avec hauteurs des montagnes, profondeurs des mers, relief du sol, etc.), historiques des découvertes, climatériques, zoologiques, etc. Quoique quelques-uns de ces renseignements soient modernes et étrangers à la période précolombienne, leur groupement sera pourtant d'un grand secours pour la science américaniste. Je sais que déjà quelques cartes de ce genre existent pour quelques pays. Mais tous n'en ont pas et il est d'absolue nécessité que tous les pays d'Amérique en possèdent.

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