GUATEMALA
Régions peu connues. — Quoique fort peuplé et exploré en tous sens aux points de vue scientifique (Garcia Elguela, Charles Mano, Edw^in Rockstroh, Victor Matheu Z., etc.), agricole et commercial, le Guatemala a pourtant encore, même de nos jours, des parties encore peu explorées : la partie nord-ouest touchant au nord de l'État Mexicain de Chiapas, la partie nord confinant avec le Honduras britannique, et la partie nord-^est, limitrophe de l'État du Honduras.
Hydrographie, — Quoiqu'on sache que le rio Hondo ou Azul du département d'el Peten prend sa source vers la lagune de Yaxha, qu'il court quelques kilomètres au nord, puis au nord-est, pour déboucher dans la mer
Caribe à la baie d'Espiritu Santo, cependant M. Frédéric Arthès (El Guatemalleco, 31 mai 1893) trouve que le système fluvial de cette rivière et de ses affluents est peu connu.
Grottes. — II y aurait lieu d'explorer scientifiquement la plupart des grottes suivantes, connues seulement et à peine au point de vue pittoresque :
celle des environs du pueblo de Momostenango près Totonicapan, et celle située en face le cabildo de Pastores, pueblo de Sacatepequez ;
la grotte spacieuse de Jobitzinal, près du lac du Peten ;
celle de San Agustin Lanquin, département de TAlta Vera Paz, à 12 lieues nord de Coban, sur l'ancien territoire ethnographique kekchi (0. Stoll);
celle proche de Senahu, à 21 lieues de Coban ;
celle de Purula (département de la Baja Vera Paz), à 6 lieues de Salama;
celle de Pajarito, sur le territoire ethnographique k'kitché, étudiée seulement au point de vue de ses dépôts salins, en 1883, par le naturaliste français J. Charles Mano ;
la « Cueva encantada de Mixco », célébrée par l'historien Francisco Antonio de Fuentes y Guzman, dans sa « Recordacion Florida ». Elle est située près de Santo Domingo Mixco et à 7 lieues de la Antigua Guatemala. Elle se trouve sur le territoire de « los Cimientos », appelé ainsi à cause des ciments et ruines de vieux édifices indigènes qu'on y rencontre. Son entrée est surmontée d'ornements assez artistiques indigènes. Elle se compose de diverses pièces communiquant par des galeries peu ou point explorées. Cette grotte, d'après la légende, était un lieu d'adoration et de sacrifice consacré à la déesse Cateya, mère de l'eau. Elle communiquait avec le village de Chi(g)naut(l)a, situé à 3 lieues de là. Cette grotte est digne à tous égards de fouilles scrupuleuses ;
la grotte de la vallée de Mesas, entre Amatitlan et Petapa;
la grotte d'« El Salto de Torola », entre Escuintla et San Pedro Martyr, sous le rio Petapa, comprise sur l'ancien territoire des Pipiles. Fuentes y Guzman l'a décrite aussi ;
La grotte de marbre de Comun, à Quezaltepeque (San Luis), à 8 lieues, au sud de Chiquimula ;
celle de Carguiz, parmi les quelques autres qui existent sur l'ancien territoire Chorti, dans la juridiction de Jocotan, village du département de Chiquimula ;
entre autres grottes de l'ancien territoirç Xinca, celle d'Atescatempa, sur la rive du lac du même nom, département de Jutiapa (ex Xutiapan) ;
la région montagneuse des environs de Mita, parmi les nombreuses grottes de laquelle il faut signaler (d'après Diego Garcia de Palacio, Antonio de Herrera, Domingo Juarros, G. Squier, von Frantzius) :
celle de Tibulca ;
celle de Pefiol, qui s'étendait à quelques lieues sous terre et dans laquelle on a trouvé des débris de mastodontes ;
enfin les fameuses grottes de Mita (Asuncion Mit£i actuel), ex Micla, Mimilla. Ge nom, corruption du nahuatl Micllan, signifie « ville des morts » ou « enfer. » Ces grottes sont situées à environ 3 lieues du lac Uxaca (Cuija, Gûija ou Guijar du Salvador actuel). C'était un lieu de pèlerinage international, quoique ce terme soit impropre pour la période précolombienne. Néanmoins, il peut s'expliquer, puisque des pèlerins de langues Xinca, Pipil, Chorti, K'kitché venaient y faire leurs dévotions et apporter leurs offrandes. Une exploration minutieuse donnerait sans doute des résultats remarquables pour la science.
Races. — On ne connaît que très peu les Lacandones à demi sauvages avec lesquels on ne peut à peine communiquer que par signes. On ne sait exactement à quelle race les identifier. On manque de renseignements ethnographiques détaillés à leur égard : ils fuient généralement devant les blancs.
On ne connaît pas grand' chose non plus des Indiens à demi-soumis, de race maya ixil, distincte comme langue des autres du Guatemala, qui vivent dans trois villages de la Sierra de Nebaj, au nord des salines de la Magdalena.
On ne peut encore savoir avec quelles autres races du Mexique ou de • l'Amérique Centrale pouvaient avoir de l'affinité les Popoloca de Conguaco, frontière orientale.
Histoire, — Il serait utile de connaître la date approximative ainsi que la raison de la migration des tribus de race maya-k'kitché sur le territoire actuel du Guatemala. Il y a des probabilités pour qu'elles vinssent du nord, c'est-àdire du Yucatan, plutôt que du nord-ouest, plateau central du Mexique. Mais peu de documents positifs viennent à l'appui de cette thèse.
On ne connaît pas non plus la raison véritable de la séparation des Pipiles de Salama, dçs bords du rio Motagua et de Cuajiniquilapa, du bassin du Guacalate et du Michatoya, d'avec leurs frères tde Cuzcatlan (Salvador).
Archéologie. — Il serait utile de faire des études plus rapprochées entre la zooifttrie des Maya-K'kitché et les tertres à formes animales du Mississipi (animal mounds).
Le souterrain del Pino, aldea du département de Huehuetenango, et les ruines des vastes constructions précolombiennes qu'on y trouve, auraient besoin d'être étudiés.
Les Alaguilac du Guatemala occidental ont laissé des ruines non encore explorées.
Sur les flancs du volcan de Agua, à une demi-lieue à l'est de Ciudad Vieja,
dans la Fiiica « Pompeya », on a en 1892 découvert, en faisant des fouilles légères, les traces d'un ancien village indien, dont aucune tradition indigène locale ne fait mention. On y a trouvé des débris de poterie très fine et artistique ; il serait à souhaiter qu'on fît en cet endroit des fouilles méthodiques, scientifiques.
Malgré les remarquables travaux du savant allemand Bastian sur les ruines de Santa-Lucia Cotzumaihuapa, on est encore dans l'obscurité sur l'époque de la construction de ces monuments, sur la race qui les a élevés, sur le but qui l'a guidée dans cette entreprise. Car c'est à peine si l'on a pu nier à ces ruines une origine maya, pour en attribuer la construction aux Nahua d'Escuintla, désireux d'honorer la mémoire d'un de leurs chefs.
Pour ce qui est des superbes ruines de Quirigua (près de Livingston), on ignore même le nom de leur emplacement, car celui qu'elles ont actuellement n'est que celui du village qui les avoisine. Sont-elles contemporaines des ruines de Palenke et Copan? Ou sont-elles plus anciennes? On l'ignore. Quant aux constructeurs de ces monuments, on n'est pas sûr que ce furent les Chol, de race Maya, sur le territoire desquels on les a trouvés.
M. Frédéric Arthès donne, dans le a Gualonalleco » du 31 mai 1893, une idée sommaire des nombreuses recherches archéologiques encore à faire dans le département de Peten. A chaque pas, au milieu des bois, on découvre maints monticules artificiels et objets brisés d'origine précolombienne. — Les bois de la rive gauche du rio Pasion, à 5 kilomètres à l'est du caserio de Sayarche, cachent les restes d'une ville ancienne inconnue. Sur une étendue d'environ 9 kilomètres carrés défendue par la courbe que décrit le rio Pasion, à 320 mètres d*élévation, au-dessus du niveau de la mer et à 60 mètres de la rivière, se dressent nombre de monuments ou temples et monolithes sculptés remarquables. L'auteur fait la description de onze d'entre eux, sans pouvoir indiquer leurs constructeurs, leur date d'édification et leur objet. Il n'est même pas certain du nom de cette localité. D'après des renseignements défectueux, elle s'appellerait Saxtanquiqui. On expliquerait ce nom par les mots lacandons (?) suivants : sap = éclaircir ou se réveiller ; tan = devant ou avant ; qui = bon ou savoureux.
Que dire des tertres artificiels et traces d'édifices qui couvrent les deux plaines situées au nord de la ville de Flores, à 15 kilomètres du village de San Andres, aux parages de Hobomo et Cantetul ?
Les archéologues ont une ample moisson à faire parmi les nombreuses ruines du département du Peten en général, ainsi que dans l'île où se trouve Flores, au milieu du lac Itza.
On n'a pas encore tout dit sur les ruines fameuses d'Utatlan (Santa-Cruz del Quiche), ^insi que sur les tertres de la vallée de Guatemala, au pied de la Mixco moderne, ruines explorées surtout par des étrangers qui en sous-
trayaient clandestinement le contenu, au grand détriment de l'archéologie gnatémaltèque. Il y aurait encore maintes recherches à faire sur les ruines du Mixco Viejo, malgré la dernière et savante étude du D*" Cari Sapper, dans Vlntejm. Archiv fiir Ethnographie^ de Leyde, relative à cette redoutable forteresse des Pokomam détruite en 1525, par le conquistador Pedro de Alvarado. Les magnifiques découvertes faites ces dernières années par MM. Edwin E. Rockstroh, M' Garcia Elgueta et autres, de Tikal, Pichikil, etc., n'ont pu encore être continuées comme elles devraient l'être par leurs explorateurs, faute de ressources pécuniaires assez considérables, ce qui est fort regrettable.
Linguistique. — Les langues de la partie orientale du Guatemala, appelées Pupuluca [parlée par les Indiens de Jalapa, Yupiltepeque (Yupe)] et Chiquimulteca del Norte (parlée à la côte du Pacifique, à Chiquimulilla, Tezcuaco, Nancinta, Zinacantan, Jumaytepeque), ces langues, dis-je, peuvent-elles être assimilées à la langue Xinca (Sinca), comme le croit le D' Eustorgio Calderon? Cette langue paraît avoir été autochtone; jusqu'à présent, on ne lui connaît pas de rapports étendus avec quelque autre langue-mère d'Amérique. — Doit-on, avec le jeune savant guatémaltèque, considérer les Sinca comme la race aborigène guatémaltèque qui habitait les territoires formant les départements actuels de Jalapa, Jutiapa et Santa-Rosa à l'époque des invasions maya-k'kitché et nahuatl? Sans plus de documents à l'appui, cette hypothèse, paraît prématurée, quoique assez vraisemblable. Selon M. Calderon, les Sinca auraient une certaine parenté linguistique avec les Mijes du Mexique [San-Juan Guichicovi (E. d'Oajaca) et Sayula, Oluta et Texistepec (E. de Veracruz)]. — Le D' Brinton avoue ne pouvoir identifier le Popoloca de Conguaco ni avec le Maya, ni avec le Nahuatl, ni avec le Xinca, ni avec le Mixe, ni avec aucune autre langue. En définitive, on ne sait rien sur l'origine et l'histoire précolombiennes et la langue des Indiens de cette partie du Guatemala. De nouveaux documents et des études plus approfondies de linguistique et d'anthropologie permettront seules d'élucider quelque peu , cette importante question.
Car l'excellente carte linguistique du Guatemala, publiée en 4893 par le D"" Sapper, n'éclaircit pas cette obscurité.
L'abbé F. Gonzalez Suarez explique plusieurs noms de lieux des Indiens Cailari de l'Ecuador (p. 3/4, Historia del Ecuador , Quito, 1890), par des mots de la langue k'kitché. Y aurait-il lieu d'établir sur cette base des affinités linguistiques entre les K'kitché et les Canari ?
Peut-on aussi établir des rapports linguistiques entre les K'kitché d'une part, et les K'kitchoua, Aymara, et Araucans de l'autre, d'après M. Léon Douay, de Nice, et le D' Santiago I. Barberena, de San Salvador?
Le même docteur a publié dans « La Universidad » de San Salvador (avril
1893) un ce Ensayo de comparacion entre las lenguas anamita y quiche )u II veut prouver que les 60 mots annamites de similitude k'kitché qu'il a trouvés dans le livre du colonel français Frey, « L Annamite mère des langues », prouvent l-affinité linguistique de ces deux langues. Ces conclusions assez surprenantes ont besoin d'être confirmées par des études plus approfondies de ces idiomes.
On ne pourra jamais apprendre les ressources entières de la langue kaktchikel, tant qu'on n'aura pas retrouvé le dictionnaire de cette langue par Coto (Brinton, p. 33, The présent status of American linguistics Cong. int. Arch. Chicago).
Noms de localités. — Le nom de Guatemala a trois ou quatre étymolo^es. Aucune d'elles n'a encore été considérée d'une façon incontestable la seule unique et vraie.
Que déduire de l'existence d'un village de Chinautla aux environs de la ville de Guatemala et d'une localité de Chinauta située près de Fusagasuga (Colombia) ?
N'est-ce qu'une simple similitude fortuite que celle existant entre le nom deCoban, du Guatemala, avec ceux l^'de la grotte de Sundurli-Koba (Crimée) (voir étude des crânes de cette grotte par le professeur N. Obolonsky au Congr. d'ArchéoL et Anthrop. Préhist. p. 71, Moscou 1893) ; — 2« de la nécropole de Koban, en Osséthie, Caucase (voir mémoire de M. Ernest Chantre au même congrès, p. 78 et celui de M. de Morgan sur sa mission scientifique au Caucase, Paris, 1889).
Littérature indigène, — On ignore le nom de l'auteur postcolombien du fameux livre k'kitché Pqpol-vuh : certains passages de ce manuscrit n'ont pu être encore interprétés d'une façon satisfaisante.
Musique indigène. — On ne sait encore rien sur l'introduction de la marimba au Guatemala. Les uns la prétendent d'importation africaine ; d'autres, comme M. R. Filet, san^ contester qu'il y ait en Afrique des instruments similaires, croient que cet instrument a été inventé simultanément en diverses parties du monde et au Guatemala par conséquent (p. 480, compte-rendu , Congrès Int. des Américanistes, Paris, 1890).
Pour mémoire, citons la photographie de négrilies, originaires de la forêt de Mayumbé (Ma-rimba) prise par le R. Père Pringault et reproduite dans le n® 1475 du 10 septembre 1897 des « Missions catholiques » de Lyon.