‹ Notes sur l'américanisme; quelques-unes de ses lacunes en 1900Chapitre 9 sur 46 · SALVADOR · texte numérisé non relu

SALVADOR

Régions peu connues ou explorées. — Quoique actuellement l'État du Salvador soit le pays le plus peuplé d'Amérique proportionnellement à

son étendue territoriale, on y trouve encore des régions inexplorées, parmi lesquelles nous citerons : au nord-ouest, dans le département d'Ahuachapan, toute la côte baignée par l'océan Pacifique, comprise entre le rio Paz (Pasaco) et la PuntaSantiago, et bornée au nord par la cordillère d'Apaneca ;

la côte du département de Sonsonate comprise entre Acajutla et las Salinas (rio Chiquihuat), quoique faisant partie de la ferme « Tonala », Ce dernier nom est le dernier vestige de l'appellation générale de toute cette côte, actuellement Costa del Balsamo, et rappelle Taffinité de la race pipile qui habite encore ces parages avec celle qui peuple au Mexique les environs des deux ports de Tonala situés sur les deux océans ;

les deux côtés du chemin menant de Jucuaran à Intipuca, département de San Miguel (notons en passant qu'il existe dans le Honduras central une localité du même nom, sans doute d'origine lenca). II serait utile d'explorer les environs de ces deux villages pour établir les rapports d'origine qui peuvent exister entre leurs habitants);

les deux côtés de la route conduisant d'Intipuca à Conchagua (département de la Union).

II y a aussi de nombreux points peu connus existant à la frontière nordest du Salvador avec le Honduras.

LerioLempa, ce mystérieux grand fleuve centre-américain, est loin d'avoir encore révélé une partie des faits précolombiens dont ses rives ont été les témoins. Les anfractuosités des roches escarpées qui le bordent ont-elles été habitées par des races apparentées aux falaisiers de l'Arizona, du Cuzco, etc. ? Quel genre de « balsas » employaient ces riverains du Lempa ? Le cours du fleuve salvadorien a-t-il servi de route naturelle aux populations qui, du versant oriental atlantique des Andes guatémaltèques, voulaient se rendre à TOcéan Pacifique? Ces renseignements et bien d'autres ne pourront être obtenus que par l'exploration méthodique, scientifique du cours zigzagué du Lempa à sa source au Guatemala, à Esquipulas, puis à Citala, à la cataracte de Cuisca, à la Escalera del Panai, au lac de Gûija, à Masahuat, àGuacoyo, au Valle de Belen, à Chiconhueso, etc. . . L'ingénieur Francisco Venturini a bien exploré le Lempa d'ordre du Gouvernement du Salvador (consulter le n® du 5 juillet 1882 du IHario de Cenlro- America de Guatemala) — mais sansgrands résultats. Peut-être depuis lors une exploration fructueuse a-t-elle été menée à bien par le D' S. Barberena : mais je n'ai pas eu connaissance qu'un cojnpte-rendu en ait été publié.

Le D' D. Guzman cite (p. 89, Topografia fisica del Salvador) la découverte de restes d'animaux antédiluviens à Ilobasco (dans des couches de gypse), dans les ravins de Sisimico près San Vicente, et aux environs de Suchitoto et du rio de los Frailes. On devrait étudier ces débris de mastodontes et tirer des déductions de cette étude comparative.

Orographie. — Quoique le savant capitaine français Montessus de Ballore l'ait étudiée spécialement, il y a encore beaucoup de points obscurs à éclaircir relatifs aux nombreux volcans, la plupart éteints, du Salvador.

A quel phénomène attribuer l'aiFaissement du sol survenu le 24 juillet 1897, dans la juridiction du village de San Sébastian, voisin d'Aculhuaca? D'après le « Diario del Salvador » du If août, qui rapporte cet événement, des grondements souterrains précédèrent de quelques minutes cet affaissement de 180 mètres de long sur 90 de large qui eut lieu sur le versant oriental de la colline <( el Salto », contiguë au rio Acelhuate. La terre, les rochers, les arbres sont bouleversés sur le lieu du sinistre ; on y voit un grand nombre de petits soulèvements du sol d'une hauteur d'environ 50 centimètres. Est-ce la menace de l'apparition d'un volcan ?

Grottes. — Passons en revue les diverses grottes du Salvador à ma connaissance dont la plupart, connues assez vaguement, auraient besoin d'être examinées avec soin par une commission de savants spécialistes en géologie, anthropologie et archéologie :

dans le département de Sonsonate, celle située à 4 kilomètres au sud de la ferme Las Lajas et à environ 1500 mètres au sud-est de la base du Gerro Chino, visitée succinctement en 1891 par le D' D. Gonzalez;

la caverne de Ghan-Ehecatl (abri contre le vent) ;

dans le département de Santa Ana, une grotte dans les environs du village de Refugio, entre Ghalchuapa et Atiquizaya ;

une autre très profonde, dans le bas du Gerro del Final, à une heure de Santa Ana, sur la route de Ghalchuapa ;

la grotte de Trigueros, sur un côté du chemin qui conduit à la vallée de San José, éloignée d'environ 5 milles de la lagune de Goatepeque. On y a trouvé des restes de mastodontes en 1890 ;

la grotte de Tiguama, à l'est de Goatepeque, était hermétiquement fermée en 1891 ;

une autre, d'une extrême longueur, à quelques centaines de mètres du rio Lempa, du côté du village d'Aguacayo, entre Suchitoto et Ghalatenango. D'après la tradition, les Pipiles y célébraient leurs cérémonies mystiques religieuses ;

la grotte del Idolo, à Panchimalco, près le port de La Liberlad, sur le Pacifique. Elle est surplombée d'une roche appelée el Idolo, où est représentée une figure grossière d'homme. Quelle est sa signification? Qui l'a faite ? on l'ignore ;

la grotte de San Miguel, à 2 kilomètres de cette ville, explorée seulement au point de vue géologique par MM. A. DoUfus et E. de Montscrrat;

la grotte de Gorinto, village du département oriental de Morazan. Ses parois, d'après le D' Saniiago E. Barberena qui l'a visitée, sont couvertes

d'innombrables inscriptions peintes en rouge, la plupart d'entre elles, et à une grande hauteur, et de dimensions considérables. Le temps et le manque de soins en ont beaucoup effacé. Parmi celles qui se conservent en meilleur étal, le savant Salvadorien en cite une qui représente un homme de grande taille, nu, debout, les jambes arquées. Il y a une multitude de petites figures, de mains isolées, de grandeur naturelle, peintes de diverses couleurs, des hiéroglyphes. Les habitants du pays n'ont aucune tradition sur cette grotte. Les inscriptions sont indéchiffrables jusqu'à présent ; on ne sait qui les a gravées. Seraient-ce les Lenca ou les prédécesseurs innommés de cette race dans cette région ? (Test ce qu'une exploration scientifique de tous ces parages permettra peut-être de découvrir un jour ;

la « Cueva i Fuente de sangre », située sur les bords de la Quebrada d'Amatillo, affluent du rio Lempa et sur les lignes divisant les terres de Nombre de Jésus, du Salvador (département de Chalatenango) et celles du village de la Virtud (Honduras). Cette grotte n'a été étudiée par le D*" Barberena et par Squier qu'au point de vue de la source curieuse de couleur rouge qui en sort : mais elle a été négligée aux points de vue paléontologique et •anthropologique.

Archéologie, — Malgré les savantes recherches du capitaine français Montessus de Ballore, la connaissance de l'archéologie précolombienne du Salvador est encore fort réduite ; voir à ce propos ma c< Notice sur r Archéologie du Salvador précolombien », t. V. des Archives internationales d'ethnographie, Leyde, 1892.

Le professeur Imendia, en 1892, a fait d'importances découvertes à l'île del Cajete (barre de Santiago, près d'AcajutIa, département de Sonsonate). On ne sait à quelles tribus attribuer la fondation de cette localité. Sa destination était-elle* uniquement la fourniture d'eau douce, recueillie dans de grands réservoirs en maçonnerie dont on voit les ruines, pour les pirogues qui passaient en vue de l'île dans leurs voyages sur les côtes de l'Océan Pacifique? Ce lieu était-il en même temps un site funéraire des ancêtres des habitants actuels de Guaymango? Consulter pour l'île de Cajete, page 579 de mes « Considérations sur quelques noms indigènes de localités de V isthme centre-américain » (compte-rendu, Congr. Int. Américanistes, Paris, 1890), ainsi que mon article du « Repertorio Salvadoreûo » (San Salvador, août 1894, p. 552) intitulé : « La Barra de Santiago », et le n^ du 16 juin 1894 du « Mémorial Diplomatique, Paris », intitulé « la Barre de Santiago ».

. Les ruines de Tehuacan (en nahuatl = lieu pierreux ou cité de Dieu) ou de la ferme d'Opico (département de San Vicente) sont situées sur le versant est du volcan de San Vicente par IS'» 39' lat. nord, et 88^ 48' 30' long, ouest. D'après le D"" D. Gonaçalez, ce qu'il y ai de plus important dans ces

74 NOTES SUR L*AMÉRIGANISME

ruines, c'est la jurande pyramide, entourée de pyramides de petites dimensions, de murailles et de tertres. Les chroniqueurs de la conquête sont restés muets à Tégard de ces ruines. Les indigènes actuels n'ont aucune tradition à leur égard. Elles offrent une certaine analogie avec les ruines de Copan et Quirigua.

Faudrait-il assimiler ces ruines à celles situées sur le flanc sud-ouest du volcan qui la sépare du lac d'Ilopago et dont l'accès a été interdit au capitaine de Montessus en 1885? Depuis 1840, date où un prêtre en a extrait de belles pièces, entre autres un grand puma de pierre, les Indiens des environs ne laissent pas, parait-il, les étrangers aborder les ruines.

Il y avait aux portes de San Salvador, près de la route de Santa Tecla, de beaux tertres non explorés en 1888.

Dans le « Censo gênerai de la Repubtica del Salvador levantado en i899j San Salvador, 1893 », Georges Da'wson se plaint de l'abandon dans lequel sont laissées les sépultures indigènes de Cuzcatlan du département actuel de la Libertad. Ces monuments précolombiens offrent pourtant un grand intérêt archéologique et appellent de sérieuses explorations.

Y a-t-il existé dans le lac Chanmico, situé à la base du volcan de San Salvador, un sanctuaire vénéré des Pipiles, dont les Espagnols conquérants précipitèrent les statues colossales au fond de l'eau ? S'il en était ainsi, des sondages dans ce lac seraient de grand intérêt.

Un autre lac du Salvador, celui de Gûija, à la frontière du Guatemala et du Honduras, appellerait des sondages pour retrouver les ruines de la ville indigène qui en occupait le centre.

Des fouilles méthodiques parmi les tertres de la plaine de San Andres et Zapotitlan, amèneraient sans doute de belles découvertes. Le capitaine français Touflet y avait trouvé en 1884 maints produits de l'art céramique des habitants précolombiens du Salvador.

Il y aurait intérêt à débarrasser des broussailles qui le recouvrent le grand roc sculpté de la Quebrada del Idolo près Panchimalco.

Une exploration serait fructueuse à la côte du département d'Ahuachapan, à l'endroit d'où M. Gustave d'Aubuisson avait, en 1892, fait venir une grande pierre sculptée avec représentation du soleil et des caractères laissant pressentir un calendrier nahuatl.

Anthropologie. — Le D"" Barberena à vu en 1888 deux pierres curieuses près de la Cuesta del Gigante, située entre les villages salvadoriens d'Arambala et de Perquin (dép. de Morazan). Dans l'une est creusé un pied humain assez grand et parfait ; à Im. 50 de distance se trouve l'autre empreinte avec une main ouverte en creux. On n'a encore pu assigner de date à cette empreinte, qu'on peut rapprocher de celle de pieds, des en virons de Managua (Nicaragua),. et d'Amanalco (E. de Mexico) au Mexique.

Races. — Dans la séance du 6 février 1897 de la Société de géographie de Paris, M. L. Pinart, en parlant de sa tournée minière au Honduras, dit avoir retrouvé la trace des Indiens Amerrisques et Chaparristiques. Selon cet explorateur, ces peuplades auraient été chassées des bords de la Mosquitia, auraient traversé le Honduras où quelques-uns d'entre eux seraient restés, po||r aboutir au Salvador, à San Miguel. A ce point, ces bandes se seraient divisées en deux branches. L'une serait passée par Moncagua, Chinameca, Jucuapa et les hauteurs de Tecapa, pour descendre à la côte vers l'embouchure du Lempa. L'autre, suivant les hauteurs de Tigre (estrce rtle?), d'Oromontique, passant par le volcan d'Usulutan, se serait rendue à la côte aux environs de Jiquilisco. Quoiqu'on puisse faire de nombreuses variantes à cet itinéraire, on pourrait en principe, à mon avis, en admettre le tracé, mais en sens inverse, c'est-à-dire avec point de départ du Salvador vers le Honduras, le Nicaragua et la Mosquitia, de l'ancienne Taguzgalpa (voir mes Essais de localisation des populations précolombiennes du Nica^ vagua y Paris, 1888).

Linguistique. — Domingo Juarros, dans son Historiade Guatemala(p. 102, t. 1) parle de la langue popoloca parlée à Yayantique, province de San Salvador, partido de San Miguel, et s'étendant aux villages de Gonchagua et Intipuca. Comme, d'après Brinton, ce nom de langue popoloca est trop général, il s'agirait de déterminer le nom exact de la langue à laquelle fait allusion l'historien guatémalien. Est-ce la langue chaparristique ? est-ce l'amerrisque, comme prétend A. L. Pinart? je ne le crois pas. J'aurais plus de tendance à lui donner celui de lenca.

Onomatologie. — Parmi les nombreux noms indigènes de localités dont on ne peut déchiffrer encore Tétymologie exacte, il faut citer :

celui de Cux^catlan : signifie-t-il la vallée des hamacs ou le pays des joyaux ou richesses ?

celui de PaZyPaia ou Pai-aco, qui a servi à désigner la rivière qui sépare le Guatemala du Salvador; que signifie-t-il? Peut-on l'identifier avec le nom de la ville actuelle d'Ahuachapan ?

L'étymologie du nom de chapin donné par lesSalvadoriens aux Guatémaltèques viendrait du k'kitché, d'après le D"" Barberena [La Universidad San Salvador, janv. 1892); il voudrait dire ou flèches pointues ou petite voix?

Quant au nom de ]?/p/7 donné, paraît -il, par les K'kitché aux Cuzcatleca, il aurait deux étymologies : l'une, nahuatl : petits ; l'autre k'kitché (d'après Barberena) == voix qui gène. Ces étymologies sont peu sûres.

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