‹ Notes sur l'art moderne (peinture), Corot, Ingres, Millet, Eug. Delacroix, Raffet, Meissonier, Puvis de Chavannes; a travers les salonsChapitre 9 sur 15 · LA « MADONE » DE M. DAGNAN— BOUVERET · texte numérisé non relu

LA « MADONE » DE M. DAGNAN— BOUVERET

Notre-Dame, — à Chartres, ■ — à la porte romane de Reims, — dans l'admirable statue en bois provenant de Saint-Martin-des-Ghamps, placée aujourd'hui dans le chœur de Saint-Denis près du tombeau de Dagobert, etc. Elle offre avec une dignité grave et douce le petit Jésus à l'adoration des hommes. Elle le touche à peine; il y a autant de respect que de grandeur dans son attitude. Pour nous, elle est reine; pour lui, humble et croyante.

A partir du xme siècle, son culte s'étend, il devient populaire, et l'entrée en scène des artistes laïques, des imagiers « gothiques » affranchis de la discipline sévère des couvents, ne tarde pas à se faire sentir dans les images de plus en plus nombreuses de la Madone. Certes, on l'adore toujours; mais on sent bientôt se mêler à son culte une sorte de familiarité fraternelle et tendre. Sa statue se dresse contre le trumeau des portes; debout, son fils sur le bras gauche, elle conserve d'abord, dans cette attitude nouvelle, le port de reine et la divine majesté que lui avaient imprimés les artistes de l'âge précédent; mais, peu à peu, elle s'humanise; la reine des cieux n'est plus qu'une mère souriante, avec quelle grâce chaste, tendre et jeune! L'enfant lui-même, qui d'abord bénissait, joue maintement avec sa mère. Ce n'est plus le globe ou le livre, c'est une pomme, un hochet ou un oiseau qu'il tient à la main. Le dragon que la Vierge foulait aux pieds, le serpent qu'elle écrasait disparais-

sent également. La Vierge de Longpont, celle de la porte de droite de la façade occidentale d'Amiens, appartiennent au premier type; celle du portail de la Vierge dorée d'Amiens, celle de Reims, au second. La Vierge du portail septentrional de Paris marque la transition entre les deux. L'art français n'a jamais rien fait de plus charmant ni de plus délicat. Le modelé discret et caressé des têtes, le jet souple et harmonieux des draperies, l'élégance des mains fines, longues, aux doigts fuselés, sont un enchantement... Ce n'est pas seulement sur le trumeau des portes qu'elle paraît; elle revient sur les pieds-clroits, à l'ébrasement des portails, dans les scènes de l'Annonciation, de la Visitation, de la Présentation au temple, — dans les statuettes de voussures, — sur les linteaux où sa Mort et sa Mise au tombeau fournissent un thème admirable qui a inspiré aux statuaires du xmc siècle de délicieux chefs-d'œuvre, — au sommet de l'arc des tympans, où elle reçoit, humble, timide et souriante, la couronne des mains de son fils, — au Jugement dernier enfin, où, avec saint Jean, elle intercède pour les pêcheurs et atténue par son sourire et sa prière les rigueurs de la justice suprême.

Son rôle en effet dans l'imagination populaire, interprétée par les artistes, est tout de conciliation, d'inépuisable indulgence. C'est elle qui défait l'œuvre du diable, qui est toujours prête à inter-

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