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ieure part de leur vie, voulurent, selon Tusage de leurs ancêtres, être entourés, dans le silence de la sépulture, de tout ce qui avait trait à Tobjet de leurs soucis d'ici-bas ; c'est à eux que nous devons de connaître les mœurs militaires des Egyptiens. Les murs de ces sombres demeures sont couverts de figures représentant les divers exercices auxquels se livraient les soldats. On leur enseignait Tescrime au bâton, mais la lutte semble leur avoir été surtout familière. Ce n'était pas une lutte barbare, sans règles et sans conventions. Grâce aux dessins qui en reproduisent les différentes phases, on se rend compte que la lutte s'est peu modifiée depuis cette époque reculée. Chacune de ses phases a sa désignation propre, chacune des poses reproduites porte un nom et ce seul fait indique bien que l'on se trouve en présence d'un exercice réglementé, raisonné et jouissant d'une certaine vogue. Le lutteur, quand il a renversé son adversaire, cherche à faire ce toucher )) ses deux épaules contre le sol, ce qui mettra fin au combat \
Le tir à l'arc était naturellement pratiqué par
I . Chez les Grecs la lutte ne se terminait pas ainsi : il fallait que Tun des deux adversaires s'avouât vaincu ou fut mis dans l'impossibilité de se relever.
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les soldats ; peut-être auçsi se livraient-ils à la course ; en tous cas, c'étaient de solides marcheurs. Leurs étapes auraient été en moyenne de douze lieues. Il est difficile de se tromper à cet égard ; les marches de l'armée sont indiquées nettement par les noms de localités qui existent encore. Dans les occasions où le roi se trouvait à la tête de l'armée, il payait de sa personne et prenait sa part de ces fatigues, ce qui prouve qu'il avait lui-même reçu l'éducation militaire. Il ne paraît pas que les marins aient été formés avec le même soin que les soldats. Cependant, dès la plus haute antiquité, une marine fluviale, forte et active, avait existé sur le Nil et d'ailleurs, au cours de Thistoire, si longue du peuple égyptien, il y eut des périodes de puissance et d'unité pendant lesquelles les dynasties furent assez fortes pour avoir une marine militaire et tenter d'audacieuses expéditions. Mais les guerres maritimes eurent un caractère exceptionnel. La natation fut probablement peu pratiquée ; on possède un document dans lequel un Egyptien se vante d'avoir appris a nager. En tous les cas, les exercices physiques revêtaient un caractère utilitaire et intermittent. On ne s'y livrait qu'en vue d'un but déterminé, non pour y chercher quotidien-
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nement une jouissance et une satisfaction personnelles.
Nous remarquons bien quelque chose d'analogue au seuil de la civilisation grecque. L'idée du « sport pour la guerre », du Ludus pro patria vient assez naturellement à Fesprit de rhomme : et si elle a fait défaut chez certains peuples civilisés, même durant des périodes de luttes et de conquêtes, on en trouve par contre les traces jusque chez les communautés indiennes de l'Amérique du Nord, primitives et barbares. Mais cette idée ne suffît point à expliquer l'athlétisme grec qui dura dix siècles, exerça sur la pensée, sur l'art, sur la politique une action considérable et aida puissamment à l'unification de l'hellénisme et à son expansion au dehors. Ni la religion de la guerre, ni la religion de la beauté, encore que l'une ait dominé Sparte d'une façon permanente et que l'autre ait poussé sur le sol athénien des racines si profondes, n'auraient pu élever et maintenir l'institution à un pareil niveau.
Dans un dialogue célèbre de Lucien, Solon, répondant aux questions d'Anacharsis, insiste
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à plusieurs reprises sur ce double point de vue : il loue, dans Tathlétisme, la préservation de rharmonie individuelle et l'entretien de la force nationale. Un peu plus loin, il démontre comment le désir de se distinguer, la soif de la renommée, qui en découlent habituellement, deviennent des stimulants favorables au perfectionnement social de la nation En réalité
ce ne sont là que des motifs divers d'approuVer l'athlétisme, de bonnes raisons qui militent en sa faveur : mais ce qui le soutient, c'est l'existence d'un instinct que j'appellerai l'instinct sportif et dont nous tacherons précisément de déterminer, tout à l'heure, la nature et les caractères.
Cet instinct-là ne s'était pas manifesté chez les peuples de l'Orient. On le pressent en quelque sorte en lisant dans l'Iliade le récit des jeux auxquels se livrent, sous les murs de Troie, les guerriers hellènes. Il apparaît nettement et s'affirme dans l'organisation savante du gymnase grec, établi sur un plan uniforme avec ses portiques où se tiennent les promeneurs et les curieux, ses bains, ses exèdres où enseignent les philosophes et les rhéteurs, ses salles de jeux et ses terrains d'exercices. Ceux qui viennent là sont bien en quête de la joie de
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vivre. Ils cherchent, comme des fumem's d'opium, renivremenl dont ils ont pris la poignante habitude ; mais cet enivrement est sain ; il est fait d'énergie, de santé, de rapidité, d'adresse,
d'équilibre, de puissance vécue Beaucoup,
peut-être, échapperaient à l'attirance, mais, dans la cité grecque, tout vise à réduire le nombre des dissidents et à rendre cette attirance plus générale et plus irrésistible. Le spectacle athlétique est le premier qui sollicite Tattention de l'enfant et le dernier qui fixe celle du vieillard ; il est, pour l'un, le symbole des promesses de la vie, pour l'autre le gage de la continuité de la race. Le génie sous ses formes variées, le culte et ses pompes prestigieuses, concourent à en rehausser l'éclat. Comment, encadré et cultivé de la sorte, l'instinct sportif ne prendrait-il pas un développement inattendu et anormal ?
Aussi quand il meurt, n'est-ce pas d'épuisement mais d'excès. L'enthousiasme des foules a fini par créer le professionnel, l'homme qui y donne toute son existence, y sacrifie au besoin sa santé et en retour se procure la richesse et une gloire de mauvais aloi. Avec le temps, cet homme-là deviendra le gladiateur, l'athlète de décadence légué par la Grèce vaincue à l'empire romain, son vainqueur.
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Rome n'a point passé par les mêmes phases.
Soldais laboureurs, les contemporains de Scipion l'Africain et deCatonle Censeur se contentaient d'alterner avec leurs travaux agricoles les exerc.ices militaires du Champ de Mars.
Quand Néron construisit les luxueux gymnases pour lesquels il faisait venir à grands frais le sable du Nil \ il se flattait sans doute de restaurer l'athlétisme : il ne fît qu'en hâter la décrépitude. Les Thermes déjà l'avaient accentuée. Ce n'était plus la salutaire et saine hydrothérapie qu'aimaient les Grecs, mais une succession savante de frictions, d'onctions, de massages dans la vapeur et les parfums. Puis vint le cirque avec ses bestialités ; il fallut à la
foule des blessures, du sang, des agonies
L'instinct sportif n'exista plus à l'état collectif; mais, sans doute, on eût pu, à travers la décadence romaine et plus encore à travers la décadence byzantine, en suivre, chez les individus, l'aflaiblissement graduel, les manifestations de plus en plus rares. Peut-être quelques convaincus réussirent-ils à provoquer une réaction
I. Les « Hellénisateurs » procédèrent en général de la même façon. Renan a raconté la curieuse tentative d'Antiochus le Grand pour helléniser Jérusalem. C'est un gymnase qu'avant tout il décida d'} créer.
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iTiomentanée , l'empire grec, en somme, a
duré mille ans et son histoire est peu connue. Elle contient sans doute bien des relèvements partiels, des renaissances avortées, de ces alternatives de forcé et de faiblesse propres aux maladies chroniques des peuples comme à celles des particuliers.
Le sport hellénique avait été démocratique au sens que pouvait avoir ce mot, en un temps d'esclavage : le sport du moyen âge fut aristocratique. La vie physique du futur chevalier le prenait dès l'enfance. A un âge invraisemblable on le plaçait sur un cheval ; puis il apprenait l'escrime du bâton, de la lance et de Tépée. Il suivait son père à la chasse ; au sortir des murailles sombres du donjon féodal, le plein air le grisait ; il louchait le moins possible aux livres, les jugeant bons pour les estropiés. Un rude apprentissage commençait ensuite pour lui, celui d'écuyer. Le mot est gracieux et Ton se représente mal l'écuyer soumis à un régime d'obéissance passive et devant s'abaisser jusqu'aux corvées d'écurie. Il en était ainsi, mais le but à atteindre illuminait la route, de même
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qu'à la caserne, aujourd'hui, la besogne la plus vile est anoblie, aux yeux des soldats, par Tidée de la patrie pour laquelle ils l'accomplissent . Enfin venait le jour où, son stage terminé, le jeune écuyer entrait dans la chevalerie. La cérémonie rappelait la « remise des armes » en usage chez les Germains. Ses parrains lui remettaient les éperons, la cotle de mailles, le casque et enfin l'épée dont le premier contact l'armait chevalier. Alors il devait, d'un bond, sauter sur son cheval ; c'eût été un déshonneur de toucher Tétrier *. Au grand galop, il s'élançait pour abattre la quintaine, La quintaine représentait le Sarrasin, l'ennemi symbolique. C'était un pieu très épais, enfoncé en terre et supportant un trophée d'armes. Percer d'un coup de lance le bouclier et si possible, renverser le pieu, voilà le tour de force et d'adresse qu'on attendait de lui.
Ce fut l'origine des tournois dont les (( carrousels )) modernes peuvent donner quelque idée. Les tournois eurent une vogue de quatre siècles environ et laissèrent derrière eux, en Allemagne principalement, un souvenir du-
I. L'invention de l'élrier est, croit-on, postérieure à Théodose. 11 en est fait mention pour la première fois dans un livre sur l'art de la guerre, attribué à l'empereur Maurice.
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rable. Là encore, l'instinct sportif s'affirme. Les sentiments et les idées qui servirent d'assises u la chevalerie se modifièrent assez rapidement sous Faction des circonstances, mais en eût-il été autrement que l'athlétisme du moyen âge n'y aurait pas puisé de quoi fournir une si longue carrière. La force impulsive d'une idée, d'un sentiment survit rarement à la seconde génération. Un instinct au contraire, dès qu'il est puissamment éveillé et suffisamment répandu, a la vie dure et sa résistance est longue.
La grande infériorité des sports de cette époque vint de leur caractère aristocratique et coûteux, jalousement maintenu d'ailleurs par les princes et les seigneurs. Une ordonnance d'Edouard III d'Angleterre défendit soas peine de mort au peuple anglais de se livrer à d'autres exercices que celui du tir à l'arc. En 1869, Charles V de France, lui-même grand amateur de paume \ en interdit la pratique à ses sujets. De Charles V à François ^^ les édits prohibitifs furent souvent renouvelés. Le roi et les
I. Il avait fait construire, pour lui-mêrne, deux jeux, l'un au Louvre, l'autre dans les dépendances de Ihôtel Saint-Paul. Les jeux de paume qui dans le principe ne furent pas couverts (le premier jeu couvert fut bâti au Louvre par François I*^*") étaient nombreux dans Paris ; on les appelait des tripots.
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nobles entendaient se réserver la paume et, malgré eux, le goût s*en répandait en province parmi la bourgeoisie et le peuple. Il est certain qu'au moyen âge Tinstinct sportif se fût aisément développé en Europe si Tesprit féodal ne lui avait barré la roule. Quelque dépourvus de réglementation sportive qu'aient été la soûle ou certains jeux similaires, en vogue dans TOuest au xiv° et au xv'' siècles, il est permis de penser que leur influence ne fut pas nulle sur la formation de rinfanterie anglaise qui vainquit à Crécy, à Poitiers, à Azincourt et plus tard des redoutables bataillons français qui envahirent l'Italie.
Vers le milieu du moyen âge, l'instinct sportif rencontra un autre ennemi, non moins redoutable que l'exclusivisme féodal : ce fut l'Eglise. Le christianisme avait, dès ses débuts, regardé l'athlète d'un mauvais œil. Si les Pères de l'Eglise primitive, prompts à l'anatlième, l'ont en général épargné, c'est probablement que, voyant sa décadence se précipiter, ils réservaient leurs forces pour abattre des institutions plus vivaces et, partant, plus in-
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quiétantes. Tant que le jeune chevalier fut animé par une foi robuste et une charité ardente, tant que son idéal fut la (( défense des faibles » ou la conquête de la Terre Sainte, TEglise qui avait grandement contribué à armer son bras suivit avec sympathie son entraînement et bénit sa vaillajice. Mais lorsque ces formules furent devenues vaines, lorsque les tournois, en se transformant, eurent apporté dans l'existence du jeune noble un élément mondain et romanesque, elle se souvint de cette source de péché que TEcriture Sainte appelle d'un nom si suggestif : l'orgueil de la vie.
Ces mots ne sont pas seulement applicables au sport ; ils le définissent, ils l'expliquent, ils l'éclairent d'une clarté effrayante pour les pieux chrétiens, tentés de prendre au pied de la lettre le texte sacré. Aujourd'hui, le nombre de ceuxlà a singulièrement diminué. Si l'humilité compte encore au nombre des vertus qui gagnent le ciel, il est depuis longtemps reconnu qu'elle ne gagne pas la terre et nul ne souhaite de la voir pratiquer par ses fils : je parle de la véritable humilité et non de cette qualité charmante qu'on nomme la modestie. Mais, en ces îours lointains où l'univers n'offrait point en-
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core à Tactivité humaine des perspectives indéfinies, où les croisades ayant pris fin et TAmérique n'étant point découverte, l'Europe vivait un peu repliée sur elle-même, l'Eglisb redoutait par-dessus tout l'orgueil de la vie parce qu'elle voyait en lui un dangereux précurseur de l'indépendance de la pensée.
Elle ne le combattit point en prêchant l'ascétisme exalté d'un saint Antoine ou d'un saint Siméon Stylite, mais en répandant la doctrine ascétique adoucie, mise à la portée de tous. Elle inspira à l'homme autre chose que le mépris — la méfiance — de son corps. Elle montra ce corps, non seulement vil dans son origine, mais rempli de germes vicieux qui sont autant de pièges tendus à l'âme. Le prestige de l'Eglise, en ces siècles de foi, s'accroissait de tout l'art dépensé dans la construction de ses cathédrales, de toute la science amassée dans ses monastères. Sa parole fut trop entendue et détermina une sorte de déséquilibre de l'être humain, dont les lointaines conséquences se sont manifestées jusqu'à nous. Il y a telle lacune de nos lois, telle contradiction dans nos mœurs, telle bizarrerie de nos habitudes héréditaires qui n'ont pas d'autre cause que cette théorie de l'antagonisme forcé de l'âme et de la chair.