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Trois siècles plus tard, Rousseau protesta au nom de la nature. Ni la Renaissance ni la Réforme n'avaient produit de réaction. Si Rabelais et Montaigne en France, Luther, Mélancthon et Commenius en Allemagne, Milton et Locke en Angleterre émirent des opinions favorables à la culture physique, ce furent le bon sens naturel des uns, la tendance classique des autres, voire même Tanticléricalisme naissant qui les leur inspirèrent. lis ne firent rien pour passer des idées aux actes.
Lorsque Rousseau intervint, Tinstinct sportif était mort. Il restait, en province, quelques seigneurs opiniâtres qui préféraient une journée de chasse au spectacle d'un bal à Versailles. L'Allemagne possédait encore des Ritterschulen ou Adels-Akademien où les jeunes nobles apprenaient à manier les armes et les chevaux ; mais l'équitation elle-même avait changé de caractère ; à l'équitation athlétique sortie d'Espagne, avait succédé l'équitation artistique née en Italie et importée en France par M. de Pluvinel, écuycr de Henri III. Le manège en était le théâtre habituel et le quadrille, la suprême
expression : allures lentes, évolutions rythmées qu'accompagnait la musique : passages, piaffers, voltes, changements de pieds, airs bas et airs relevés, en constituaient les éléments principaux. Les tendances théâtrales prirent rapidement le dessus; les carrousels, donnés en 1662 à Paris et en i664 à Versailles, en l'honneur de M'^° de La Vallière, eurent un caractère allégorique tiré de la fable ou de l'histoire. Au milieu des préciosités, des raffinements , des quintessences du xvni^ siècle, les admirateurs de Rousseau étaient peu à même de tirer de son enseignement les énergiques conclusions qu'il eût comportées. Lui-même d'ailleurs ne les indiquait qu'en traits vagues et hésitants. Toutefois l'un d'eux, le célèbre Basedow, tenta quelque chose. Dans l'école qu'il fonda en 1774 à Dessau, les exercices physiques eurent une place d'honneur ; on alla jusqu'à restaurer le Pentathlon des Grecs. Mais les athlètes firent défaut. Pestalozzi ne fut guère plus heureux dans ses entreprises successives (1780- 1810). Entre temps, le Directoire avait institué à Paris des Jeux Olympiques qui moururent aussitôt d'anémie et presque à la même date, un Américain de marque, Noah Webster, s'adressant à la jeunesse de son pays pour lui re-
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commander les exercices virils, avait prononcé celte parole audacieuse: « Une salle d'armes n'est pas moins nécessaire dans un collège qu'une chaire de mathématiques. »
Tout cela fut en vain ; l'instinct sportif ne naquit point. Et certes, en un sens, l'Europe d'alors ne manquait ni de vigueur ni d'entrain. L'entêtement des Anglais à reprendre sans cesse la lutte, l'apre résistance des Espagnols, l'espoir tenace des Prussiens, le grandiose sacrifice des Russes et jusqu'à l'héroïque passivité des Autrichiens firent a l'épopée napoléonienne un cadre digne d'elle. Et l'Amérique, qu'un gigantesque effort venait d'émanciper, ne pouvait davantage méconnaître la valeur de la force physique.
Cette valeur en effet ne passa point complètement inaperçue. Nous verrons plus tard ce qu'il advint des disciples de Basedow et de Pestalozzi et comment leurs théories prirent racine et se développèrent dans les deux mondes. Ce qui est étrange, c'est de noter parmi ces races que secoue le frisson guerrier, parmi cette jeunesse qui goûte l'apre volupté des batailles, l'absence totale de toute tendance vers le sport. On dirait que le soldat de cette grande époque et principalement le
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soldat français est un hypnotisé, un suggestionné du génie, Tinstrument d'une âme collective qui a supprimé son individualité en s'en emparant. Il accomplit des besognes étonnantes, il fait preuve d'une merveilleuse endurance, mais vienne à cesser le souffle qui le transportait, il est désorienté, déraciné : il erre à Taventure, sans initiative, sans volonté. Lorsque à Waterloo, Tépopée prend fin, une paix s'établit qui sera à la fois durable et agitée parce que si les muscles des hommes sont las, leurs nerfs sont exaspérés. Le sang leur monte au cerveau et enfièvre les imaginations. Tout tourne en idées, en aspirations, en exaltations, en effervescences. Le peuple qui le premier retrouvera son équilibre parce que le premier il le cherchera, ce sera le peuple anglais et dans cette recherche d'équilibre, le sport tiendra une grande place.
Après avoir aimé et pratiqué certains jeux virils, les Anglais s'en étaient peu à peu détachés. Nous avons vu que leurs souverains les y avaient aidés. L'ordonnance tyrannique d'Edouard III fut renouvelée en i388 par