INTRODUCTION. XLIII
et jusqu'à certains instincts. Il faut apprendre à Tenfant à se priver de ce qui lui plaît. Tu as envie de faire telle chose, mon bonhomme? Eh bien, tu t'en passeras! C'est le grand mot, dans notre éducation, le mot des parents, et celui des maîtres. Il n'est pas « évocateur de tendances », j'en conviens. Mais il est très sensé, et même très profond, si Ton commence par accorder — ce qui, chez nous, fut toujours une vérité admise — que, pour « élever » un enfant, il faut réussir à le porter au delà et au-dessus du point où la nature vous le livre.
Nous ne sommes pas aussi éloignés qu'il semble de la question des programmes. Réduisons-les, pour ne pas charger outre mesure l'écolier, pour lui laisser le temps de respirer, et de se fortifier par les exercices et les jeux. Mais, tout en opérant ces retranchements, ne perdons jamais de vue qu'aucune des qualités dont on mène ailleurs tant de bruit, ni la force physique, ni l'adresse manuelle, ni une certaine entente des choses de la terre (utile surtout, soit dit en passant, à ces fils de gros bourgeois, qui auront un jour des domaines à faire valoir, des exploitations à surveiller) ne remplace, ni ne vaut la « culture ». Tout, dans nos programmes, tend vers cet objet. Nous voulons faire des esprits cultivés. Cela n'est pas facile, et cela prend du temps. Si nous renoncions à cette ambition, nous cesserions d'être nousmêmes. On sait faire, partout, un bon comptable ou un bon contremaître, un bon ingénieur, un bon