‹ Notes sur l'enseignement secondaireChapitre 43 sur 63 · Circulaire du 9 sept. 1882, loc. cit.y p · texte numérisé non relu

Circulaire du 9 sept. 1882, loc. cit.y p

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trente ou quarante pages de prose, les cinq ou six cents vers qu'il fallait savoir. Ils en étudiaient les moindres détails avec une patience d'artistes; et le grand jour arrivé, ils donnaient vraiment un spéciale au reste de la classe. Quand ils étaient par hasard plusieurs à se disputer le prix, le professeur se trouvait dans un grand embarras. Quelquefois même, il fallait recourir au plus héroïque de tous les moyens : les deux ou trois rivaux récitaient chacun, depuis le premier mot jusqu'au dernier, tous les morceaux du concours, et la palme était à celui qui ne faisait pas une seule hésitation. Nous connaissons des lycées où ce concours était devenu un genre de sport comme un autre. Il y avait des favoris, et Ton pariait. Que faire d'autre, pendant ces interminables séances?

Tel qu'il était devenu dans les derniers temps, le concours de récitation manquait de prestige. Il disparaîtra sans exciter de grands regrets. Je me reprocherais, cependant, de ne pas faire remarquer que c'est grâce à ce concours que l'art de la lecture et l'art de la diction avaient trouvé, avant M. Legouvé, un modeste accès dans nos classes. On sait que rien n'est lamentable comme la façon dont les élèves récitent la leçon de chaque jour. Eh bien! ils se rattrapaient au concours. Les professeurs, qui se contentaient le reste du temps d'une sorte de psalmodie inintelligible, exigeaient ce jour-là qu'on mît le ton : humbles commencements d'une réforme encore à développer, et qu'il serait injuste d'oublier.

On a bien raison de proscrire la nomenclature a toute outrance, et le concours de récitation ne mérite pas qu'on le regrette. Mais il est une remarque qui se présente d'elle-même à l'esprit : si l'enseignement doit avoir en vue autre chose que le progrès de la mémoire, s'il doit s'adresser à l'intelligence tout entière plutôt

qu'à une seule de nos facultés, il ne doit pas cependant, dédaigner la mémoire.

Autant il est absurde d'en faire le tout de l'éducation, autant il serait dangereux de prétendre s'en passer. La mémoire, qui ne suffit nulle part, est utile partout. De là, la nécessité de la cultiver. On sait de reste que cette culture est aisée, puisqu'il y suffit d'un exercice régulier, constant, et qui commence de bonne heure. Ce serait donc un grand tort de ne pas exercer la mémoire des très jeunes écoliers.

Personne ne songe à tomber dans cette extravagance, ni le conseil supérieur, ni le ministre. On y songe d'au- J tant moins, que l'on sait très bien que cet apprentissage, bien conduit et sagement dispensé, n'est pas pénible à l'enfant. Nous le plaignons beaucoup, quand nous le voyons obligé de retenir ce qu'il nous en coûterait fort d'apprendre. En réalité, il ne se donne pas le mal que nous serions contraints de nous donner nous-mêmes pour en faire autant. La mémoire est très docile et très complaisante à cet âge; elle prend môme plaisir à fonctionner. Tous ceux qui vivent auprès de jeunes enfants le savent bien.

Il s'agit de ne pas dépasser la mesure, de ne pas changer en supplice ce qui peut n'être qu'un jeu, j mais un jeu salutaire pour l'enfant; enfin, de bien choisir le champ où la mémoire devra se donner carrière: Ne pas faire apprendre trop de choses^ et faire apprendre, s'il se peut, autre chose que de la nomenclature toute sèche — qu'il s'agisse d'histoire ou de chimie, peu importe — tel est le principe pédagogique, très simple et très sage, que les maîtres ne devraient jamais perdre de vue.

Septembre 1882.

Les heures de classe.

La revision du plan d'études de 1880 s'imposait au nouveau conseil supérieur de l'Instruction publique. On ne lui reprochera point d'avoir perdu du temps pour se mettre à la tâche, puisque, dès sa première session, il a examiné, discuté et voté des modifications importantes à l'œuvre élaborée par ses prédécesseurs. Ces modifications, adoptées et proposées par l'unanimité des membres de la section permanente, portent sur quatre points : la suppression des classes du jeudi, sauf pour la division supérieure, dans des cas déterminés; la réduction du nombre des heures de classe, de vingt-quatre à vingt par semaine; l'enseignement des éléments de la langue grecque rendu au professeur de cinquième; enfin, renseignement de l'histoire rendu au professeur de grammaire, en sixième et en cinquième. Ce sont, à peu de chose près, les retouches déjà réclamées par le conseil académique de Paris. Notons pourtant que cette assemblée avait demandé que le latin, au lieu de commencer en sixième, fût reporté en septième. Le vœu n'a pas été déféré au conseil supérieur, l'administration ayant déclaré, devant la section permanente, qu'elle n'entendait même pas poser la question. Il convient d'ajouter que le point en litige est d'un intérêt secondaire. A tout prendre, puisqu'il ne s'agit plus d'écrire en latin, mais seulement de comprendre le latin, l'étude de cette langue peut, sans grave inconvénient, être différée jusqu'à la sixième.

En même temps qu'il se prononçait sur les questions que je viens* d'énumérer, et dans un sens certainement conforme aux vœux et aux opinions de la grande majo-

rite, sinon de l'unanimité des professeurs, le conseil prenait une résolution importante, qui sera diversement appréciée.

La réduction des heures de classe exige une répartition nouvelle des matières enseignées, par conséquent, une refonte des programmes. Cette refonte, toute l'Université la réclame avec instance. On souhaite que des enseignements parasites, surtout dans les classes élémentaires, disparaissent ou soient réduits à la portion congrue. On souhaite que les sciences, et en particulier les sciences physiques et naturelles, soient ébranchées. On souhaite surtout qu'aucune matière nouvelle ne s'introduise aux places laissées vides par les réductions opérées, afin que la revision aboutisse à un véritable allégement, et non pas à un simulacre. La tâche de l'administration, qui devra préparer ce remaniement, est lourde. Il importe d'y procéder avec soin, afin d'asseoir sur des bases aussi solides que possible l'enseignement secondaire, et de ne pas être condamné à refaire dans quelques années une opération nouvelle, du genre de celle qui est en train de s'accomplir. Aussi le conseil a-t-il décidé que les vacances et les premiers mois de l'année scolaire seraient employés à une grande enquête auprès des corps compétents. C'est seulement à la session de décembre que la haute assemblée sera saisie des résultats de cette enquête. Alors s'engagera la discussion sur les programmes. Dans la session actuelle, le conseil a donc simplement voulu tracer un cadre, quitte à le remplir plus tard. Bien des raisons justifient cette manière de procéder, et nous n'en contesterons pas la prudence. Toutefois, il est permis de se demander si la prochaine année classique ne commencera pas dans de déplorables conditions, et si toute une génération d'écoliers ne pâtira pas plus ou moins de ce retard?

Que vont faire, en effet, maîtres et élèves, au mois d'octobre prochain, avec des programmes décriés et sans autorité? On n'osera plus suivre dans toutes ses parties le plan d'études de 1880; et comment anticiper sur celui de 1885? Quel désarroi, et comme les chefs d'établissement, les maîtres et les familles vont se trouver à plaindre dans cette situation î Excellente en théorie, la méthode adoptée par le conseil risque d'avoir dans la pratique des résultats désastreux.

Qu'on ne s'y trompe pas : le débat qui s'ouvrira en décembre prochain sur l'organisation de notre enseignement secondaire sera décisif, capital. Tout l'avenir de cet enseignement, et par conséquent, dans une certaine mesure, l'avenir intellectuel de la France s'y trouvera engagé. La réforme de 1880, pour des raisons diverses, a été une méprise. Encore une méprise du même genre, et c'en sera fait, ou peu s'en faudra, des études secondaires.

Juillet 1884.

On se souvient que le conseil supérieur de l'instruction publique avait décidé, dans sa session de juillet, que le nombre des heures de classes serait réduit dans les lycées et collèges, mais que la refonte des programmes, conséquence nécessaire de cette réduction, n'aurait lieu que l'année prochaine, après une enquête approfondie dont les assemblées de professeurs et les Facultés des lettres et des sciences fourniraient les éléments. Il résultait de cette double décision que l'année classique 1884-1885, avec un chiffre de classes réduit et des programmes non encore allégés, serait forcément une année de transition et de transactions. Une circu-

laire que le ministre vient d'adresser aux recteurs a pour objet de déterminer les conditions dans lesquelles se fera la reprise des cours, à la rentrée prochaine *. Pour toutes les classes, le nombre des heures est réduit à vingt. La classe du jeudi, qui a toujours soulevé les plus vives et les plus justes récriminations dans l'Université comme dans les familles, est supprimée. Dans

f certaines circonstances particulières, cependant, cette

classe pourra être conservée. Bien que la circulaire ne

j; l'indique pas avec une précision suffisante, il s'agit des

exigences de la préparation aux grandes écoles. Si les élèves de la division supérieure seuls, comme il est vraisemblable, sont exposés à un surcroît de travail, il n'y a que demi-mal. L'essentiel est que les jeunes enfants soient à l'abri.

Comment faire pour enfermer en vingt heures les matières d'un programme qui, même avec vingt-quatre, était infiniment trop chargé? C'est le problème que chaque professeur va être appelé cette année à résoudre, selon les lumières de sa propre expérience. Le ministre convie, en effet, les chefs d'établissements à s'en remettre sur ce point à la sagesse des maîtres. Beaucoup d'entre eux se plaindront de cette obligation nouvelle et assez embarrassante. Car il faut avouer que tous les professeurs de nos lycées n'ont pas un goût égal pour l'indépendance et l'initiative. Il en est qui se plaisent aux tâches toutes tracées, aux réglementations minutieuses, pour ne pas dire à la routine. Toutefois,

À il semble qu'il y ait plutôt lieu de les féliciter de cet inci-

1 dent que de les plaindre.

L'enseignement sera (pielque peu abandonné à la discrétion des maîtres. Il s'ensuivra une certaine disproportion, une certaine variété qui aura ses inconvé-

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