Circulaire du 1.3 sopt. 1884, loc, cil., p
APRES LA REFORME DE i880. 15
nients pour les élèves des divisions différentes d'une même classe, et pour les élèves de chaque classe dans les différents lycées. Mais, en revanche, le maître sera stimulé. Bon gré mal gré, il lui faudra prendre parti, agir de son chef, y mettre du sien. Pour la première fois, peut-être, dans l'histoire des études en France, celui qui donne l'enseignement sera appelé à se faire dos idées personnelles sur l'enseignement, et libre d'appliquer ses idées sous sa responsabilité. Un grand bien sortira ainsi d'une situation qui, en elle-même, est irrégulière et fâcheuse. Les programmes sont tellement hors de proportion avec les heures de classe, qu'on peut les considérer comme virtuellement abrogés. En réalité, chaque professeur improvisera le sien.
Puisse ce souffle émancipateur qui va passer sur l'Université y faire lever tous les germes de progrès qu'elle contient, et que des circonstances ennemies ont si longtemps opprimés!
La circulaire du ministre ne se borne pas à solliciter de chaque professeur dans sa classe un effort isolé. Elle convie aussi les assemblées générales des lycées et collèges à étudier les expériences tentées par leurs membres, et à en dégager des conclusions qui seront portées devant la section permanente du conseil supérieur, pour l'éclairer dans la refonte des programmes. Le ministre fait remarquer à ce propos qu'il ne s'agit pas seulement de resserrer les programmes en proportion du nombre des heures supprimées, mais qu'il faut, pour répondre aux vues du conseil, < supprimer résolument ce qui peut être retranché sans donnnage pour l'instruction générale ». Excellent conseil! On serait tenté de dire : louable concession des auteurs du plan d'études de 4880 aux réclamations de l'Université et du public, à la voix du bon sens, à la saine pédagogie! Ainsi les professeurs sont invités à retrancher
tout ce qui leur paraît charger inutilement les programmes, et on les avertit qu'ils n'ont pas à se contenter de quelques rognures, mais qu'ils ont le droit de tailler en plein drap. A eux d'user largement de la permission.
Jamais la partie ne s'est offerte plus belle à l'Université. Jusque vers 1880, elle n'avait pas eu de part au règlement de ses affaires. Lors de la reconstitution du conseil supérieur, on lui a concédé les apparences brillantes, plutôt que la réalité solide du self Qovcrnment. Le plan d'études n'a pas été tout à fait son œuvre à elle ; on prétend même qu'il y a bien paru, lorsqu'il s'est agi de l'appliquer. Aujourd'hui, la réforme est jugée. On en a vu le fort et le fail)le. Tout le monde convient qu'elle est perdue, et qu'elle risque de perdre avec elle l'enseignement public, si l'on n'y apporte de promptes et intelligentes modifications. Les modifications seront ce que l'Université voudra qu'elles soient. La voilà en possession de choisir, et d'imposer son choix. La consultation qu'on lui demande sera, si l'Université sait en tirer parti, un des épisodes principaux de son affranchissement.
Septembre 1884.
Toutes les classes doivent-elles avoir
même durée?
Les élèves de nos lycées et de nos collèges n'auront plus, à partir de la rentrée prochaine, que vingt heures de classe par semaine. Ainsi le prescrit la dernière circulaire du ministre. On réduit le chiffre aujourd'hui; on relèvera peut-être demain. Mais il y a quelque chose qui ne varie point : c'est la durée de la classe. D'un bout à l'autre du cours d'études, un type immuable règne.
En huitième, comme en philosophie, la classe dure deux heures. Quelle belle uniformité, et propre à simplifier les mouvements intérieurs de chaque établissement! Au même coup de tambour, le jeune homme de seize ou dix-sept ans entre gravement dans une salle où il écoutera quelque docte leçon de métaphysique; et le bambin de huit ans se précipite dans une autre classe, où le maître essayera de l'initier aux beautés du rudiment. Au même coup de tambour, l'un et l'autre plient leur serviette. Le professeur de philosophie, comme le professeur de huitième,, s'arrête au milieu de la phrase commencée. Encore une fois, rien de plus simple, de mieux ordonné, de plus régimentaire, mais, pour peu qu'on y réfléchisse, d'aussi absurde.
Les assemblées de professeurs feraient bien, semblet-il, de mettre le plus tôt possible cette question à l'ordre du jour de leurs réunions. Ce n'est pas une petite question : c'en est une très importante. Il suffit de l'étudier un moment, pour remarquer qu'elle en commande beaucoup d'autres. Elle suppose, d'abord qu'on s'est fait une idée de la nature, des facultés de Tenfant ou de l'adolescent, et qu'on cherche non pas à domestiquer l'élève pour l'enseignement, mais à distribuer l'enseignement selon les besoins et les forces do relève : principe qui devrait être un lieu commun, et qui a tout l'air d'un paradoxe. Le jour où l'on s'appliquerait à en tirer les conséquences, on irait à une révolution dans notre système d'études. Mais non, il est entendu qu'une classe, au collège et au lycée, doit durer deux heures, et toutes les classes durent deux heures, sans qu'on puisse en donner d'autre raison que la coutume, et peut-être aussi la commodité des maîtres d'études, des surveillants généraux, des censeurs. Ni Tune ni l'autre de ces raisons ne paraît très forte. La fonction n'est pas faite pour l'agrément du fonction-
riaire. Quant à la coutume, si elle est mauvaise, il faut la changer : nous ne sommes pas en Chine.
L'enseignement secondaire seul se condamne' aux classes de deux heures à perpétuité. Dans l'enseignement primaire, la durée varie avec les âges : on n'a fort heureusement pas songé à modeler l'école maternelle sur l'école primaire, ni celle-ci sur l'école normale. Dans l'enseignement supérieur, la leçon du Collège de France ne dure pas aussi longtemps que la conférence de l'École normale supérieure, et la plus longue des deux ne dépasse pas une heure et demie.
N'est-il pas de toute évidence que l'élève de huitième, qui a huit ou neuf ans au plus, devrait être traité comme l'élève un peu grand de l'école primaire, et l'élève de rhétorique ou de mathématiques spéciales, comme l'étudiant de la Faculté de droit ou de la Sorbonne? En tout cas, c'est une grave atteinte portée au sens commun, que de soumettre à un régime uniforme la division élémentaire et la division supérieure de nos lycées. Si l'on considère le genre de travail qui s'impose aux élèves de huitième ou de septième, et celui qui s'impose aux rhétoriciens, aux candidats des grandes écoles, nulle ressemblance. L'un doit apprendre presque tout de la bouche de son professeur; l'autre doit travailler par lui-même.
Si l'on compare la nature et le tempérament du jeune homme à ceux de l'enfant, la contradiction devient encore plus flagrante. Une classe de deux heures, qu'un jeune homme peut supporter sans trop d'impatience, est un supplice pour l'enfant. Cet ûge, comme dit quelque part un maître auquel il faut toujours revenir, Bersot, cet âge « est ivre de mouvement ». Le contraindre à l'immobilité, c'est le torturer. Croit-on aussi que l'esprit d'un gamin de huit ans soit capable d'une attention soutenue pendant deux heures d'horloge?
Il paraissait récemment un travail dont on ne saurait trop recommander la lecture aux maîtres et aux parents. C'est un rapport rédigé par le docteur Javal, au nom d'une commission qui a été constituée en 1882, pour étudier, entre autres points, les procédés d'instruction dans leur rapport avec l'hygiène. Composée d'universitaires éminents et de spécialistes, la commission a recueilli une foule de documents et de témoignages précieux : son rapporteur général a su très bien mettre en lumière les principaux résultats de l'enquête. Par exemple, sur la question qui nous occupe, le docteur Javal fait un raisonnement irréfutable. L'objet des premières années de l'enseignement, dit-il, c'est de rendre l'esprit capable d'attention. Pour obtenir de l'enfant tout ce qu'il peut donner, il faut se garder de dépasser la limite d'attention que son âge comporte. Tout ce qu'on exige en surcroît l'habitue < à être présent de corps et absent d'esprit », et va, par conséquent, à rencontre du but qu'on se propose. Notre auteur ose même dire qu'avec les règlements actuels t le cerveau des enfants ne résiste que grâce à leur merveilleuse faculté d'inattention, sur laquelle on finit par compter ». Impossible d'être plus cruel, et plus justement, pour des pratiques détestables.
Ces pratiques ont pour elles la durée et une possession presque ininterrompue. Voilà ce qui les rend redoutables. Si nous avons des classes de deux heures, c'est que depuis longtemps les classes sont de deux heures. 11 m'a paru intéressant de faire quelques recherches à ce sujet.
En voici les résultats : au collège de Clermont, en 1769, il y avait classe, le matin, de huit heures un quart à dix heures et demie; le soir, de deux heures un quart à quatre heures. L'Université impériale a conservé cette tradition, avec bien d'autres. L'arrêté du
s^BBo^imamKm^Bimamamaa!'.
10 juin 1803, qui porte règlement général des lycées, spécifie que les classes dureront deux heures le matin, une heure trois quarts le «oir. On peut dire que, dès lors, le sort de la génération d'aujourd'hui était fixé. Les variations postérieures sont insignifiantes. Le statut du 28 septembre 1814, qui modifie l'arrêté du 10 juin 1803 sur bien des points, respecte soigneusement la durée des classes : deux heures le matin, deux heures le soir, et deux heures et demie dans le second semestre, pour la géographie et l'histoire. En 1821, sous le ministère de M. de Corbière, cette demi-heure est supprimée; on revient au type consacré, pour ne pas dire révélé. j
Ni Guizot, qui, en 1833, ajoute une classe le jeudi, ni *^ Cousin, en 1840, ne touchent à l'arche sainte. Villemain, en 1843, fixe les heures encore en usage aujourd'hui : de huit à dix heures le matin, de deux heures et demie à quatre heures et demie le soir. M. Fortoul, qui change tout, n'a pas changé les heures, et son rapport à l'empereur, daté du 2 décembre 1851, pose comme le premier des principes de la nouvelle organisation scolaire < qu'il y aura par semaine dix classes, de deux heures chacune ».
Depuis M. Fortoul, que de changements, que de bou-
leversements dans l'Université ! Que de péripéties pour i
les plans d'études ! Une seule chose est demeurée debout, -ê
inattaquée et inattaquable, la classe de deux heures pour les petits comme pour les grands, pour les enfants comme pour les hommes. Une tradition de la vieille Université, dont l'origine doit se perdre dans la nuit du moyen âge, acceptée par Napoléon comme un procédé commode pour donner au lycée une ressemblance de plus avec la caserne, voilà ce qui pèse sur nous.
Septembre 1884.
Ije réforme proposée et la réforme à faire K
Le Journal officiel publiait dernièrement le rapport de la commission instituée par M. Paul Bert pour recueillir et dépouiller les vœux des maîtres d'études. On a vraiment bien fait de penser à eux. Tout change dans rUniversité : comment seraient-ils les seuls à ne pas voir leur situation changer? D'ailleurs, beaucoup de bons esprits se préoccupaient de leur sort. Il ne reste plus rien à dire sur le rôle si considérable qu'ils jouent dans l'éducation. De tous les fonctionnaires du lycée ou du collège, il n'y en a pas un autre qui vive aussi près des élèves, qui ait sur eux autant d'action. Entendonsnous : il ne s'agit pas seulement de l'influence que le maître exerce en surveillant, ou en dirigeant le travail; il s'agit surtout de l'influence qui vient de l'homme même, qui se dégage de son caractère, de sa conduite, de toute sa façon d'être et d'agir.
1 . On trouvera rapprochés ici un certain nombre d'articles dont la suite montre comment a évolué, de 1882 à 1891, la question du répétitorat.
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Un jeune homme qui a passé dix ans dans un internat connaît fort peu le monde; mais il connaît très bien son maître d'études. Il l'a vu à l'œuvre — ou à l'oisiveté — du soir au matin. Il en sait le fort et le faible; et tout naturellement, sans même qu'il s'en aperçoive, il juge à travers le maître d'étude une foule de choses : l'étude, d'abord, ce qui est injuste; la vie, ensuite, ce qui risque d'être funeste. On ne sait pas assez combien de pensées mauvaises, combien de dégoûts précoces, combien d'abandons de soi-même naissent ainsi, dans le demi-silence d'une salle d'études, quand l'esprit voyage, et que les yeux sont sans cesse ramenés sur le visage d'un homme qu'on n'aime guère, qui ne mérite pas toujours d'être aimé, mais à qui l'on prête d'ordinaire plus de défauts encore qu'il n'en a.
On me fera la grâce de croire que je n'accuse pas tous les maîtres d'études de démoraliser la jeunesse. Il est certain qu'on trouve chez eux autaqt de nobles caractères et de droites consciences que partout ailleurs. Il est certain, d'autre part, que, si les mauvais sont très puissants pour le mal, les bons sont très puissants pour le bien. Je veux seulement montrer que, bons ou mauvais, ils peuvent beaucoup sur l'esprit et le cœur de leurs élèves, et qu'on a tout intérêt, par conséquent, à ce qu'ils soient bons.
Le moyen de les rendre tels paraît fort simple : on a dit plus d'une fois qu'il suffirait de les réconcilier avec leur fonction. Cette fonction est pénible; elle est ingrate. On ne la choisit guère par goût; et, quand on la conserve, c'est faute d'en trouver une autre. Si on la rendait plus agréable, plus honorée, tous les inconvénients disparaîtraient du coup. Des publicistes, des romanciers, ont agité la question. Los uns nous ont attendris sur des souffrances très respectables; les autres ont proposé des remèdes à ces souffrances. Il va
sans dire que les intéresses sont très flattés et très touchés du bruit qu'on fait autour d'eux. Ils ne demandent qu'à profiter de la bienveillance générale : on leur a oflert une occasion de parler; ils l'ont saisie avec empressement. Le travail du rapporteur met le public au courant des demandes qui se sont produites, et des réponses que la commission a cru devoir y faire.
Il convient d'abord de rendre justice aux intentions de tout le monde. Les maîtres d'études se sont certainement proposé de donner une bonne opinion d'euxmêmes, en traitant avec sagesse, avec dignité, de leurs intérêts les plus graves. La commission, composée de personnes très compétentes, et d'une expérience éprouvée, a voulu montrer aux maîtres d'études et au public avec quelle sollicitude les plus hauts fonctionnaires de l'Université s'occupent des plus modestes. Sur tous ces points, il n'y a qu'à louer, et l'on a plaisir à le faire. Le rapport est conçu dans un excellent esprit. Les vœux des maîtres d'études, qui, par malheur, ne sont pas publiés, mais qu'on entrevoit à travers le rapport, paraissent fort étudiés et fort complets.
Toutes les questions sont touchées en passant, depuis les grandes jusqu'aux petites, si l'on peut appeler petites celles qui ne portent que sur les détails de la vie du lycée ou du collège — la table, le logement, la liberté des allées et venues. On demandera peut-être quelle impression d'ensemble laisse ce rapport, et quelles conclusions pratiques il est possible d'en tirer? C'est ici que commence l'embarras. Les bonnes paroles abondent; les promesses aussi — vagues, comme il convient à des promesses. Sur quelques points, un complet assentiment est donné aux vœux des maîtres d'études. Je dis assentiment, car la commission n'avait pas à organiser : elle avait à étudier et à indiquer son avis. Elle est d'avis que les charges doivent être
allégées, le personnel augmenté et le service partagé : service des études, fait par un maître, service des mouvements, des récréations, des dortoirs, fait par un autre.
La commission pense qu'il convient d'instituer des préfets d'études, attachés à chaque groupe d'une centaine d'élèves, et qui seraient, selon les expressions du rapport, « de véritables éducateurs ». Elle admet que les traitements doivent être relevés ; qu'une indemnité doit être accordée au maître qui s'est fait recevoir licencié. Elle demande qu'on multiplie pour les maîtres les instruments de travail, et qu'on leur accorde à cet égard toutes les facilités compatibles avec les exigences du service. Tout cela, encore un coup, est fort bon. Si l'on tient compte des idées de la commission, un progrès se trouvera réalisé, les maîtres d'études seront satisfaits. Non qu'on leur accorde tout; mais on leur accorde quelque chose ; et en gens avisés, ils ont peut-être réclamé le plus pour avoir le moins. Mais la (juestion sera-t-elle vraiment tranchée? N'y aura-t-il plus jamais de difficultés, ni de plaintes, ni de regrets, ni d'inquiétudes? Je ne le pense pas.
Voici pourquoi : on a corrigé des points de détail. On ne s'est élevé à aucune vue d'ensemble. Les maîtres, comme la commission, seraient fort embarrassés de dire quel principe les a guidés, ceux-ci, dans la mise en forme de leurs demandes; celle-là, dans ses décisions. Sans doute, on a voulu des deux parts faire pour le mieux. Mais cela ne suffît point. Tant qu'on n'aura pas trouvé un principe supérieur, sur lequel on puisse se régler, tout restera vague et incertain. Il faudrait essayer de dégager la philosophie de la question. La commission ne l'a pas tenté, et je ne saurais lui en faire un reproche. Ce n'était point son rôle. Je demande seulement la permission d'entreprendre pour mon compte cette recherche.
LES MAÎTRES REPETITEURS. 25
On peut concevoir deux types bien distincts du maître d'études : Tun, que l'on pourrait appeler l'ancien, car, s'il existe encore, on ne le rencontre plus guère; l'autre, que l'on peut appeler le moderne, ou le nouveau. L'ancien maître d'études est un homme qui, rarement par goût pour les choses de l'intelligence, presque toujours contraint par la nécessité, accepte, telle qu'elle est, une profession qu'il connaît mal avant d'y entrer, d'où il n'a pas grandes chances de sortir, et où il passe sa vie. Sans ambition, souvent sans moyens, il s'accommode de sa tache, ou s'en déprend, selon son humeur. Il est tantôt un modèle de régularité, tantôt un modèle de désordre, très utile ou très nuisible à l'établissement auquel il appartient. Quand il a de la dignité dans la conduite et dans la tenue, du dévouement, l'amour de la jeunesse, c'est le maître d'études idéal de la vieille Université à la RoUin.
Sans doute, on peut reprocher à ce maître d'études bien des défauts. Il manque souvent d'initiative, il n'est pas assez instruit pour guider dans leur travail les élèves des classes supérieures. Mais il a le sens de la discipline, la vénération de ses chefs. Moitié par cette douceur de caractère, que l'on prend en général à force de vivre au contact de l'enfance ; moitié par une certaine austérité de mœurs, il a de l'autorité sur ceux qu'il surveille. On le respecte ; il arrive qu'on l'aime. De là son influence dans l'éducation, influence qui est très réelle, qui peut être très salutaire, et dont l'accroisse ment ou la consécration paraît à certaines personnes le but suprême de toutes les réformes à tenter.
Le nouveau maître d'études est quelque chose de très différent. Étudiant en médecine ou en droit, candidat à
la licence ès sciences ou es lettres, il n'est pas assez riche pour travailler sans gagner sa vie. Il s'engage dans l'Université, avec la pensée qu'il aura là toutes les facilités nécessaires pour préparer ses examens. Il est d'ordinaire très jeune. Il sort à peine du lycée, qu'il connaît bien. Sa profession n'est donc pas absolument nouvelle pour lui. Il a pu en mesurer d'avance les inconvénients et les avantages. Mais la grande dilTérence, c'est qu'il n'entre i)as dans la carrière pour y rester. Il y entre pour en sortir au plus vite.
Si on lui disait qu'il court le risque de demeurer maître d'études toute sa vie, on le peinerait fort. Cela se voit pourtant. Tout le monde n'a pas une égale aptitude, ni une égale ardeur. Les uns avancent, tandis que les autres piétinent sur place, Il en est qu'un échec anime à mieux faire; d'autres tombent si bas qu'ils ne se relèvent plus. Mais, au début, tous ont la même pensée : cette fonction qu'ils acceptent, qu'ils recherchent, ils ne la regardent que comme un moyen d'en conquérir une autre. Ils seront médecins, avocats, professeurs, n'importe quoi; ils ne resteront pas maîtres d'études.
Il y a là un péril et un avantage. Le péril, c'est que les maîtres d'études, à force de songer à eux-mêmes, ne négligent un peu le lycée. L'avantage, c'est que rien n'est plus propre à faire travailler les élèves que la vue de ces jeunes gens, à peine plus âgés qu'eux, qui travaillent avec tant de zèle, dans des conditions si difficiles. Que le maître d'études — le nouveau — joigne à cette activité ce dont il lui est impossible de se passer s'il veut avoir de l'influence — le rospect de lui-même dans les grandes comme dans les petites choses, une conduite irréprochable, les vertus du caractère — alors, il vaudra infiniment mieux que l'ancien, celui dont nous parlions tout à l'heure. Il aura toutes ses qualités; il
en aura môme une de plus, et qui n'est pas la moindre : plein d'ardeur et d'entrain, il animera tout autour de lui. Il sera pour la maison un principe de vie.
Entre ces deux façons de concevoir le maître d'études, il faut faire un choix. Toutes les mesures à prendre pour réformer l'institution dépendent de ce choix. Si l'on veut garder l'ancien idéal, il s'agit d'améliorer la position, de la rendre assez sortable pour qu'on y puisse passer toute une vie. Si l'on se propose, au contraire, ridéal nouveau, il faut chercher le moyen de concilier avec les exigences légitimes du service, les exigences non moins légitimes du travail personnel.
A vrai dire, le choix n'est pas à faire : il est fait d'avance, il s'impose. L'ancien idéal est mort, au moins pour l'Université. Certaines congrégations religieuses, celle des Maristes, par exemple, se le proposent encore. On trouve là des hommes qui n'ont pas tous une grande valeur personnelle, mais que l'éducation ecclésiastique prépare merveilleusement à jouer le rôle effacé et utile qui leur est dévolu. Le mariste surveillera, sa vie durant, les élèves du collège, se mêlera à leurs jeux s'ils sont petits, les accompagnera dans leurs promenades s'ils sont grands. Il ne songe pas à tenter une autre fortune, et faisant peut-être de nécessité veHu, il met son ambition à ne pas avoir d'ambition.
L'Université doit reconnaître les mérites des maî-tres d'études de ce genre; elle ne peut pas demander aux siens de leur ressembler. Tout ce qu'elle peut faire, c'est de tirer un bon parti des obstacles mômes qui s'y opposent. Le maître d'études de nos collèges, de nos lycées, est un homme qui traverse cette fonction : il ne s'y installe pas. La fonction doit donc être aménagée de telle sorte qu'il y trouve un abri passager, plutôt qu'une demeure définitive. Au risque de paraître paradoxal, je dirais volontiers que la meilleure* manière de
réformer la condition des maîtres d'études, dans l'intérêt des maîtres comme dans celui des élèves, c'est de la rendre telle qu'on ne 'puisse pas s'en contenter longtemps. Faciliter le travail personnel, qui facilite l'avancement, donner à ce travail une impulsion et une sanc" tion, le laisser assez libre pour qu'il serve au maître, et tâcher de le faire servir au bien de la maison elle-même : tel est le but à viser. 11 ne peut être atteint que par un ensemble de mesures bien concertées, liées toutes entre elles, pénétrées d'un même esprit.
On voit maintenant pourquoi je ne puis approuver sans réserve le rapport de la commission. Elle n'a pas assez nettement distingué les deux systèmes en présence. Parmi les mesures qu'elle recommande, il en est qui ramènent à l'ancien type du maître d'études, d'autres qui conduisent au nouveau. De là une contradiction intime, qui n'est pas de nature à fortifier l'ensemble du travail.
La commission propose, par exemple, d'instituer des préfets d^étvdes, qui tiendraient le milieu entre le maître actuel et le surveillant général. Ces préfets auraient la direction d'un petit groupe d'élèves qu'ils connaîtraient bien, et où il leur serait possible d'exercer une action morale plus forte que celle du maître, plus directe que celle du surveillant général. Ce seraient des hommes ayant le goût de la pédagogie, et qui prendraient au sérieux leur tâche d'éducateurs. On leur ferait au lycée une position matérielle suffisante pour les retenir longtemps, ou toujours. Assurément, cette idée peut se défendre. Je comprends qu'elle séduise certains esprits. J'aurais bien de la peine à m'y rallier.
Que de difficultés et d'inconvénients ! Il faudra recruter un personnel de choix et, cependant, assez nombreux Il faudra faire le départ des attributions, ce qui n'esjamais commode. Que prendra-t-on au maître, au surt veillant général, au censeur? Le lycée compte déjà beaucoup de fonctionnaires'; est-il indispensable d'en instituer un de plus? Et ceux qui se plaignent, avec raison, de ce que le censeur et le proviseur soient trop éloignés des élèves, croient-ils rapprocher les distances en multipliant les intermédiaires?
Mais ce qui me touche le plus, c'est que cette institution nouvelle se trouverait en contradiction absolue avec les principes que j'ai exposés. Le maître d'études est fait pour devenir autre chose qu'un maître d'études. Aidons-le à sortir de sa fonction, et ne lui facilitons pas les moyens d'y rester. Sans doute, au début, on aura des préfets triés sur le volet. Mais, à la longue, la routine aidant, la vogue décroissant, il faudra en rabattre. On ne choisira plus : on prendra ce qu'on aura sous la main, et cette institution, en dépit des espérances de ceux qui la prônent, risquera d'être le refuge de la paresse ou de l'incapacité. Ce sera l'avancement à l'ancienneté dans toute sa splendeur : on ne trouvera plus, comme préfets d'études, que les maîtres d'études qui n'auront pas réussi.
C'est pour la môme raison que je craindrais d'élever le traitement. Il faut avoir le courage de le dire : ce traitement n'est pas considérable, mais il peut suffire. Étant nourri, logé, ayant une centaine de francs, par mois pour le vêtement et les menues dépenses, le maître d'études est aussi riche qu'un professeur marié, père de famille, et qui touche 4 000 ou 5 000. francs par an. Que l'on me comprenne bien : je ne refuse pas au maître un léger surcroît, qui serait sans doute le bienvenu, et qui ne Tenrichirait pas encore. Mais je tiens à mon idée : plus
le traitement sera fort, plus la paresse aura beau jeu. Il faut craindre tous les sophismes : un tel se dira qu'ayant 1800, 2000 francs par an, avec le vivre et le couvert, il peut s'estimer très heureux, réfréner ses ambitions, et faire le philosophe. Après tout, Diogène était plus pauvre. Nous ne pensons pas de mal des philosophes, mais nous n'estimons pas la philosophie qui n'est qu'une abdication.
La plaie de l'internat, c'est le vieux maître d'études, celui qui s'incruste dans sa fonction parce qu'il n'a pas eu, en temps utile, le courage ou l'ardeur qu'il fallait pour en trouver une autre. Plus nous rendrons la fonction agréable, plus nous avons de chances d'y voir vieillir ceux qui la compromettent. Ainsi, point d'augmentation dans les traitements, si ce n'est à titre de prime, après un succès d'examen. Le maître qui se fait recevoir licencié doit toucher une allocation supplémentaire : ia commission est de cet avis. On ne ferait que compléter et interpréter sa pensée, en Jiroposant que l'admissibilité à elle seule entraînât une petite augmentation. C'est ce qui se pratique pour l'agrégation. De même que l'agrégé reçoit un traitement spécial, de même le candidat qui a traversé heureusement les épreuves écrites a droit à une indemnité moindre, mais proportionnée. C'est une juste récompense et un précieux encouragement. Le budget fait d'autres sacrifices, plus lourds, moins rémunérateurs.
La limite d'âge serait encore un excellent remède. Mais il faudrait la tenir très bas. Tous les maîtres âgés ne sont pas de mauvais maîtres; tous les jeunes ne sont pas de bons maîtres. Il suffit pourtant qu'il en soit ainsi très souvent, pour justifier craintes et précautions. Je ne demande pas non plus qu'on jette sur le pavé les malheureux qui auront servi tant bien que mal l'Université pendant quelques années : on les
LES MAÎTRES REPETITEURS. 31
dédommagera d'une manière ou d'une autre. Il y a tant de fonctions, en France, où l'on peut être impunément incapable! Mais qu'on débarrasse les lycées de ces maîtres-là, par souci, par respect de la jeunesse.
Au reste, il y a un autre moyen, peut-être moins barbare d'apparence, et dont je me contenterais, car il revient au même : chaque maître d'études, en entrant dans la carrière, serait tenu de préparer l'examen du grade immédiatement supérieur à celui qu'il possède. S'il est bachelier, il devra travailler à sa licence ; s'il est licencié, songer à l'agrégation. De même, avec les variantes nécessaires, pour les étudiants en médecine ou en droit. Un règlement fixerait le nombre de fois où le candidat pourrait se présenter à chaque examen. Il y aurait lieu de beaucoup réfléchir à ce chifl"re, d'admettre des exceptions, des dispenses, si l'on veut. Mais il faut tenir ferme au principe, qui seul nous délivrera de l'une des plaies de nos examens universitaires : le candidat perpétuel.
Toutes ces mesures seraient vaines, qu'on le sache bien, si le travail qu'on exige du maître d'études n'était pas contrôlé de près. A Paris, et dans les villes de Facultés, les maîtres d'études suivent des conférences qui préparent aux examens. Dans tous les autres lycées, il existe un cours de licence, fait en général par le professeur de rhétorique. Les maîtres sont tenus d'y assister. En fait, il n'est pas rare que ce cours soit presque désert. Pourquoi, sinon parce que le proviseur est désarmé devant l'indifférence ou la mauvaise volonté du maître d'études? Il convient d'en finir avec cette pratique : donnant, donnant. On augmente le personnel, on allège le service, on met une chambre à la disposition de chaque maître, on lui fournit des moyens de travail : il est juste qu'on puisse surveiller l'usage qu'il en fait. Le surveillant naturel, c'est le proviseur.
Il resterait bien des points encore à toucher, si je me proposais d'être complet, et bien des détails à examiner, s'il s'agissait de refaire l'œuvre de la commission. Tel n'est pas mon dessein. J'ai voulu seulement tracer les grandes lignes du sujet. On me trouvera peut-être bien sévère pour les maîtres d'études, et que je leur porte un intérêt bien compromettant pour eux. Je ne saurais accepter ce reproche. Oui, leur situation est très digne d'intérêt. Mais, encore un coup, c'est à eux qu'il appartient de l'améliorer, par l'énergie et l'assiduité au travail. Je demande qu'on rende ce travail aussi aisé que possible; je demande en outre qu'on le rende effec- . tif et obligatoire. Il faut se défier des entraînements et des faiblesses d'un jeune homme. Il les regrette plus tard, mais il commence par s'y abandonner. Défendons-le contre lui-même. Il n'y perdra rien, et le lycée, par la contagion de l'exemple, y gagnera.
C'est réclamer de cette jeunesse, dans son intérêt même, tout ce qu'elle peut donner. Qu'elle sache bien, avant d'entrer dans ce chemin, qu'on y rencontre des obstacles, mais que, du moins, il n'aboutit pas à une impasse. Que si, d'aventure, le recrutement des maîtres d'études devenait malaisé, nous connaissons des gens qui s'en consoleraient. Ils se diraient que l'internat aurait d'autant plus de chances de disparaître de nos lycées. Sans aller jusque-là, n'ayons pas trop peur de faire peur. Les maîtres d'études, qu'effrayeraient d'aussi salutaires exigences, ne mériteraient point qu'on les regrettât. Quant à ceux qui les accepteraient, on pourrait compter sur eux.
Mai-Juin 1882.
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Une circulaire et un décret.
11 vient de paraître une circulaire aux recteurs, sur la question des maîtres d'études *. Cette circulaire est la réponse de l'honorable M. Goblet à la pétition dont il a été saisi il y a quelques mois. Elle est excellente, et digne des plus grands éloges. Elle respire une sympathie véritable pour les répétiteurs, qui se traduit par des conseils de libéralisme et de bienveillance à l'adresse des proviseurs et censeurs des lycées. Le ministre, toutefois, n'a garde de perdre de vue la vraie nature de la fonction dont il parle, et il s'exprime à ce sujet dans les termes les plus dignes d'approbation.
M. Goblet dit aux maîtres répétiteurs, comme je le leur ai déjà dit maintes fois, qu'ils ne doivent pas chercher dans leurs fonctions une carrière définitive. Elle n'est qu'un stage à l'entrée d'autres carrières. Qu'ils demandent à l'Université de les aider à devenir professeurs, médecins, avocats, ils ont bien raison ; mais qu'ils ne lui demandent pas de les aider à rester toute leur vie maîtres répétiteurs. Sous prétexte de modération dans les désirs, et le plus souvent, en réalité, par mollesse, par apathie, par abandon de soi-même, certains maîtres s'éternisent dans leurs fonctions. Ce ne sont en général ni les meilleurs, ni les plus respectés des élèves ; en revanche, ce sont ceux qui se plaignent le plus. Leurs plaintes se comprennent, en ce sens qu'une situation qui est tolérable pour un jeune homme de vingt ans, soutenu par quelque ambition, et par l'espoir de se faire une vie meilleure, devient intolérable pour un homme
1. Circulaire du 20 octobre 1880, loc. cit. y p. 781 et suivantes.
de cinquante ans, usé, fini, qui n'a devant lui pour toute perspective qu'une suite de jours fort tristes, et en tout pareils à ceux qui les ont précédés. Mais, quelque compassion que l'on puisse éprouver pour ces naufragés — dont quelques-uns, d'ailleurs, sont les artisans de leur propre infortune — ce n'est pas à eux que l'Université doit penser d'abord; ce n'est pas pour eux qu'elle doit régler la question des maîtres d'études. Les plus intéressants, les plus dignes d'une attentive sollicitude sont les jeunes gens qui se proposent de traverser les lycées et les collèges.
A ceux-là, ce qu'il faut avant tout, c'est du loisir et des instruments de travail. M. Goblet le reconnaît, et il répond à leurs vœux dans la mesure du possible. Il distingue trois catégories de réformes : celles qui peuvent être accomplies directement par le ministre, celles qui supposent l'intervention du conseil supérieur, celles qui exigent le concours des pouvoirs publics ou des municipalités.
Ces dernières sont les réformes relatives aux traitements, et aussi à la diminution des heures de service qui entraînerait une augmentation de personnel, et par conséquent un sacrifice budgétaire, évalué au minimum à 1 300 000 francs. M. Goblet ne peut que promettre aux répétiteurs de saisir toutes les occasions qui s'offriront à lui d'insister auprès des municipalités pour que, dans les collèges, les traitements et le service soient réglés dans de bonnes conditions. Quant aux lycées, force est d'attendre que les Chambres puissent voter de nouveaux crédits. Pour le moment, toutes prétentions de ce genre semblent interdites. Il n'y a pas là une marque d'indifférence envers les maîtres d'études : beaucoup d'autres fonctionnaires de l'enseignement secondaire attendent encore la réalisation de promesses anciennes. Les maîtres d'études attendront avec eux.
De même que l'intervention des pouvoirs publics et des municipalités est ici nécessaire, de même le conseil supérieur est seul compétent pour changer les dispositions relatives à la nomination, à la révocation, et à l'interdiction des maîtres. Le ministre annonce qu'il prépare, pour le soumettre au conseil dans sa prochaine session, un règlement nouveau. En attendant, et comme mesure transitoire, il décide que, pour tout déplacement, le proviseur devra prendre conseil du recteur. Il n'y a rien dans cette partie de la circulaire qui ne réponde aux vœux formulés par la pétition.
Enfin, pour toutes les réformes dont il peut prendre spontanément l'initiative, M. Goblet accorde ce qu'on lui demande : des conférences préparatoires aux examens, des livres, des salles de travail meublées, chauffées, éclairées; une table distincte au réfectoire, des permissions du soir plus fréquentes, et, ce qui est une nouveauté pédagogique très louable dans son principe, des réunions mixtes, au cours de l'année, entre professeurs et maîtres d'études, pour t délibérer sur des questions intéressant les élèves qui leur sont communs ». Peutêtre tous les professeurs n'accueilleront-ils pas avec une .satisfaction sans mélange cette réforme, mais je n'hésite pas à l'approuver. Elle peut donner, si elle est sérieusement acceptée, et pratiquée avec bonne humeur par le corps enseignant, d'excellents résultats.
La conclusion à tirer de tout ceci, c'est que les maîtres d'études, à qui l'on accorde beaucoup, et à qui l'on ne refuse que ce que la force des cho.ses oblige à refuser, doivent y mettre du leur désormais, pour vivre en bons termes avec les administrateurs. Ils sont souvent animés à regard de leurs chefs d'un esprit de défiance et d'hostilité qui n'a pas toujours été sans raison, mais qui devient, qui deviendra surtout, après cette circulaire, de moins en moins justifié. Qu'ils y renoncent désor»
mais, et qu'ils ne pensent qu'à remplir leurs obligations envers l'Université, comme à profiter dos moyens que l'Université leur offre pour se faire une carrière indé- |iendante.
Octubrc tSHO.
Voici, enfin, un décret en trente articles ', rendu sur avisdu conseil supérieur de l'Instruction publique, et qui règle dans ses moindres détails la sitnation des maîtres répélileurs des lycées et des collèges. C'est la réponse du ministre à la pétition qui lui avait été remise il y a quelques mois par les délégués des maîtres répétiteurs. Cette réponse ne s'est pas fait attendre, et les intéressés auraient mauvaise grflce à ne pas reconnaître l'empressement avec lequel l'Université a déféré A leur requête. Si toutes les réformes s'accomplissaient avec cette rapidité, l'administration française cesserait de mériter le reproche d'atermoiements perpétuels, et de lenteurs indéfinies, qu'on lui adresse si justement dans la plupart des cas. Pour nous, qui avons appuyé, en ce qu'elles avaient de légitime, les réclamations des maîtres répétiteurs, nous remercions le ministre de cette prompte et libérale solution, un peu, il est vrai, comme ce personnage d'Edmond Abnut qui disait : « Monsieur le préfet m'a toujours témoigné la même bienveillance depuis dix ans, bien qu'il ait changé plusieurs fois dans l'intervalle. > Le ministre, lui aussi, a changé : c'est M. Goblet qui a préparé le décret; c'est M. Berthelotqui l'a porté au conseil supérieur et qui l'a signé. Mais cela ne fait rien, la bienveillance est demeurée la méiue.