‹ Notes sur l'enseignement secondaireChapitre 46 sur 63 · I. La Réforme aaiversitaire · texte numérisé non relu

I. La Réforme aaiversitaire

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supprimera les rubriques sous lesquelles il publiait jusqu'ici des entrefilets contre les personnes, et qu'il se renfermera dans les discussions de principes. Comme, au premier moment, il n'avait pas été parlé de cette condition, M. Fallicres a mis une certaine coquetterie à n'en pas revendiquer le bénéfice. Il a eu bien tort, car, en la posant et en la faisant accepter, il rendait un réel service à la cause des maîtres répétiteurs. Mais tout se divulgue à la longue, môme les clauses secrètes d'actes diplomatiques d'une portée beaucoup plus grande que la convention qui nous occupe, et, dût la modestie de M. Fallières en prendre ombrage, il faut le féliciter d'avoir parlé ferme sur ce point aux députés qui étaient venus lui apporter les doléances de la Réforme universitaire.

Il est certain que les maîtres répétiteurs ont le droit de discuter, dans un journal à eux, toutes les questions que soulève leur situation actuelle, et que, s'ils s'étaient bornés à des articles de ce genre, nul n'aurait songé à les en blûmer. On a déjà fait beaucoup pour améliorer la condition des maîtres. Peut-être reste-t-il encore beaucoup à faire, surtout pour ceux des collèges, qui se trouvent livrés à l'arbitraire des principaux, et personne n'est mieux placé que le maître répétiteur lui-même pour apporter sa contribution à l'enquête que l'opinion publique et l'administration ne demandent pas mieux que de rouvrir. Il y a des points qui appellent tout naturellement la controverse, et qui veulent être examinés avec soin, en tenant compte de tous les éléments d'appréciation. Nous n'en citerons qu'un exemple, mais il est caractéristique.

Lorsqu'il y a quelques années on agita au ministère de l'Instruction publique la question du répétitorat, tout le monde à peu près fut d'accord pour soutenir que le meilleur maître est celui qui ne fait que passer au lycée,

qui s'occupe des élèves tout en travaillant pour son compte, et qui leur donne, en passant des examens et en conquérant des grades, le meilleur des exemples. C'est la .thèse que j'avais soutenue pour ma part, et je fus très heureux de la voir adopter. L'ère du maître d'études selon l'ancienne formule, qui s'éternisait dans une fonction ingrate et paresseuse, qui réussissait mal à gagner le respect des élèves, témoins quotidiens de sa flânerie morose et parfois débraillée, était close à jamais. On ne devait plus voir dans nos lycées que des jeunes gens actifs, désireux de se créer une carrière dans le barreau, l'enseignement ou la médecine, et qui acceptaient le répétitorat comme un moyen provisoire de subsister. Si j'ai bonne mémoire, la plupart des maîtres répétiteurs admettaient alors ce point de vue, et se réjouissaient de voir l'administration s'y placer à son tour. Pourquoi donc soutiennent-ils aujourd'hui l'opinion contraire?

Par une raison fort simple ; c'est que l'élan a été vif parmi eux; c'est qu'un bon nombre de ces jeunes gens ont, en effet, travaillé, conquis des grades, principalement le grade de licencié, qui devait, dans leur pensée, leur ouvrir à deux battants les portes de l'enseignement. Or, il y a beaucoup de licenciés à l'heure actuelle, beaucoup de candidats pour la moindre chaire de collège vacante, et ils sont forcés de marquer le pas. Que les victimes de cette situation se plaignent, rien de plus naturel; nous-mêmes nous les plaignons sincèrement. Il est pénible d'avoir à attendre deux, trois ou quatre ans un poste, et les avantages matériels que ce poste confère. Est-ce, toutefois, une raison pour condamner d'une manière absolue le système inauguré quelques années auparavant? pour proclamer que le répétitorat doit être une carrière, et avoir sa fin en luimême? pour risquer, par conséquent, de ramener par

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une voie nouvelle le vieux péril qui avait été précédemment conjuré, les vieux errements qu'on avait réussi à corriger, la réapparition du type qu'on avait voulu supprimer? En tout cas, c'est là une contre-réforme, qui veut être mûrement réfléchie.

Nombre de bons esprits pensent que l'on pourrait chercher une solution intermédiaire, et, tout en conviant la plupart des maîtres répétiteurs à considérer leur situation comme provisoire et à travailler beaucoup pour en sortir le plus tôt possible, créer dans chaque lycée quelques emplois, en petit nombre, qui devinssent le but et la récompense des maîtres particulièrement aptes au métier d'éducateur. Si, d'autre part, l'administration réservait aux répétiteurs licenciés le plus possible des chaires qui deviennent vacantes, il y aurait peut-être moyen, sinon de satisfaire tout le monde, du moins de désarmer les plus légitimes d'entre les mécontentements. Et aussi les plus intéressants, ceux qui ne se répandent pas en protestations bruyantes, et qui ne cherchent pas une vengeance de qualité suspecte, dans le plaisir de signaler aux ennemis de ^Université la dépopulation de ses établissements.

Avril i889.

Le conflit.

Il existe aujourd'hui, à n'en pas douter. Le ministre de l'Instruction publique a préparé un projet où il se flatte d'avoir mis la solution de la question. L'association des maîtres répétiteurs, de son côté, en a préparé un autre, et les d€ux projets ne coïncident pas. Com-

ment est né ce conflit? Voilà ce que je voudrais expliquer aussi brièvement que possible. Mais il me faut protester auparavant contre l'interprétation que ne manqueront pas de donner à mon langage ceux d'entre les répétiteurs qu'il ne satisfera pas entièrement. C'est avec un très sincère et très réel intérêt pour eux que je parle, et quand il m'arrive de n'être pas de leur avis, je ne fais qu'user du droit de dire les choses telles que je les vois et les comprends. Ces divergences entre nous ne prouvent pas nécessairement que j'aie tort, et ne signifient en aucune manière que je tienne la cause pour indifférente. Voilà une profession de foi qui paraîtra superflue à beaucoup. Convaincra-t-elle au moins ceux auxquels elle s'adresse?

11 faut remonter de quelques années en arrière, pour s'expliquer la situation actuelle. A ce moment, la question du répétitorat avait déjà été posée dans les conseils de l'Université, et dans la presse. L'opinion que j'exprimais alors peut se résumer ainsi : Le meilleur maître répétiteur est celui qui donne à ses élèves l'exemple du travail personnel, celui qui conquiert des grades, qui s'élève à un poste supérieur, soit dans l'administration, soit dans l'enseignement. Si l'on veut améliorer la condition morale des maîtres répétiteurs, le mieux à faire est de leur donner du 'loisir pour travailler, et de leur mettre aux mains des instruments de travail. Ainsi fut fait. Et il faut reconnaître que les maîtres répétiteurs ont su profiter de ces avantages, qu'un grand nombre d'entre eux ont conquis des grades élevés, la licence es lettres, une ou môme deux licences scientifiques. C'est môme là qu'est la cause initiale de la crise actuelle.

En effet, si les maîtres répétiteurs ont beaucoup travaillé, d'autres travaillaient aussi — par exemple les boursiers des Facultés — et remplissaient, à mesure qu'elles devenaient vacantes, les chaires des collèges et

des lycées. Occupées à présent par des professeurs jeunes, ces chaires vaquent plus rarement, et l'on se trouve en somme avoir un très grand nombre de candidats, et un très petit nombre de fonctions à leur offrir. De là un mécontentement, un malaise qui s'expliquent parfaitement. Des répétiteurs licenciés ou bilicenciés marquent le pas, dans une situation qu'on leur dépeignait comme provisoire. Ils s'impatientent, et personne ne peut songer à leur en faire un reproche.

Si c'était là toute la crise, elle pourrait assez facilement, semble-t-il, se dénouer. Il suffirait de réduire, ainsi qu'on l'a déjà fait, le crédit des bourses de licence — sans toutefois le supprimer — et d'accorder aux répétiteurs licenciés de véritables tours do faveur, à notes égales, pour la nomination aux chaires vacantes. Ces tours de faveur, dans ces conditions, seraient certainement justifiés. On pourrait encore assurer quelques avantages matériels aux licenciés, pendant la période d'attente qu'ils seraient forcés de subir. Avec de l'argent et de la bonne volonté, on viendrait à bout de ces difficultés. L'argent, les Chambres ne le refuseraient pas; la bonne volonté, pourquoi la supposer absente?

Mais ce n'est pas tout. Lès maîtres répétiteurs profitent de l'occasion pour mettre en avant une conception nouvelle du répétitorat. Ce serait désormais une carrière définitive, où toutes les ambitions trouveraient à se satisfaire. Cette conception nouvelle du répétitorat, ils la donnent pour une pièce nécessaire du système d'éducation de nos lycées et de nos collèges. Repoussez-la : vous portez, suivant eux, un coup mortel à l'enseignement public. L'administration s'est mise à la remorque, et, sans accepter entièrement le projet des maîtres répétiteurs, elle se déclare prête à y puiser largement pour établir le sien.

Il se peut, et je ne conteste pas le moins du monde

cette manière de voir, qu'il y ait place dans nos lycées et dans nos collèges pour des fonctionnaires qui soient, avant tout, des éducateurs. La force de certaines maisons ecclésiastiques consiste précisément dans la présence de collaborateurs de ce genre, fort appréciés des parents. Toutefois, nulle comparaison n'est possible entre ces hommes-là et les maîtres répétiteurs, qui recherchent tout naturellement, et qui ont grandement raison de rechercher des avantages matériels, pour eux et leurs familles. Le ministre propose la création de postes nouveaux, mieux rétribués. Soit : mais ces postes ne seront jamais ni assez rétribués pour contenter les \ aspirations légitimes d'hommes de mérite, ni môme assez nombreux pour fournir un débouché suffisant. Bientôt il se produira aux portes de ces fonctions un encombrement égal à celui qui barre aujourd'hui les portes de l'enseignement. Et alors que ferat-on?

Le ministre propose, d'autre part, d'associer certains maîtres répétiteurs au travail de la classe, d'en faire les adjoints du professeur. En principe, ce n'est pas impossible, et l'idée paraît séduisante. Mais, dans la pratique, combien de difficultés ! Quelles chances de conflits aigus! Quel rôle pour les chefs d'établissement! A-t-on songé à tout cela? A-t-on tout prévu? Au vrai, la principale objection à faire, c'est que la réforme a plutôt l'air d'une mesure de tacticiens, qui cherchent à se défendre, que d'une innovation pédagogique mûrement pesée et délibérée. Si l'on s'était placé, en eflet, au point de vue pédagogique, on aurait commencé par le commencement, c'est-à-dire par l'organisation d'une préparation spéciale, et de concours sérieux grâce aux- (juels se formeraient et se révéleraient les hommes destinés au rôle si nouveau et si délicat d'éducateur. Aussi longtemps qu'on n'aura pas créé cette organisation, on

aura eu recours à un expédient commode; on n'aura pas réellement fondé une institution.

Est-ce à dire qu'il n'eût fallu rien faire auparavant? Non pas. On aurait pu tenter une expérience; essayer dans un certain nombre de maisons l'association au professorat; procéder enfin sagement, et graduellement. Au lieu de cela, pour sortir d'un pas plus ou moins épineux, on abandonne, sans nécessité démontrée, un système qui avait du bon, et on en installe de toutes pièces un autre, dont on ne voit aujourd'hui que les avantages, dont on verra les inconvénients plus tard, et dont peut-être les maîtres répétiteurs seront les premiers à se plaindre, dans quelques années d'ici.

Juillet 1891.

Le Journal officiel vient de publier deux décrets qui règlent le service des maîtres répétiteurs et qui fixent les chifTres de leurs traitements *. On connaît en gros l'histoire de ces décrets. Ils ont été préparés par une commission spéciale pour répondre aux vœux de l'Association des maîtres répétiteurs, communiqués aux délégués de cette Association, déférés enfin au conseil supérieur, qui s'est jugé incompétent pour régler la question financière, n'a retenu que le premier des deux projets, et l'a sensiblement atténué. Tels qu'ils sont sortis de ces diverses épreuves, les décrets ne répondent entièrement ni aux appréhensions de ceux qui craignaient de voir l'administration s'embarquer un peu à la légère dans une aventure, ni à l'attente de l'Association des répétiteurs, ou plutôt de son bureau, lequeF s'était flatté d'obtenir plus et miux.

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