Décrets du 28 et du 20 août
Ce n'est pas à dire que ces décrets soient sans portée. D'abord ils précisent des points qui étaient restés vagues jusqu'ici. Puis, ils codifient toute la matière : ce sont là déjà deux résultats appréciables. En outre, ils assurent aux maîtres des avantages dont ceux-ci se montrent fort jaloux, comme de figurer à leur place dans les cérémonies universitaires, de porter la robe, etc. Enfin, et c'est là le point vraiment important, ils assimilent les maîtres aux professeurs des collèges (assimilation légitime, les grades et titres étant les mêmes) et ils ménagent à un certain nombre de maîtres une carrière dans le répétitorat, en leur assurant une situation matérielle convenable, en leur donnant le droit de loger hors du lycée, s'ils sont mariés, etc. C'est quelque chose, si ce n'est pas tout ce que réclamait l'Association, dont il était manifestement impossible d'admettre soit les prétentions en matière de traitements, soit cette idée paradoxale que le maître répétiteur est toujours, partout, nécessairement, un professeur adjoint. Le budget de l'enseignement secondaire aurait fléchi sous la charge que l'Association prétendait lui imposer. Et les trois quarts de nos classes auraient été désorganisées, si le professeur s'était vu contraint d'accepter, dans son enseignement, le concours de collaborateurs dont les qualités les plus saillantes n'auraient peut-être pas toujours été la discrétion et la docilité.
Ainsi, pas de réforme radicale, mais de notables améliorations apportées au sort des maîtres, voilà l'esprit des deux décrets. On sera, sans doute, surpris d'apprendre non seulement que l'Association des maîtres répétiteurs s'en déclare mal satisfaite, mais encore qu'elle témoigne des dispositions les plus belliqueuses. Son intention est, paraît-il, d'en appeler du ministre au Parlement, la discussion du budget de l'Instruction publique fournissant à celui-ci une occasion toute natu*
LES MAÎTRES REPETITEURS. 47
rellè d'intervenir, t La bataille n'est pas perdue, disait le 1" août à un banquet qui lui était offert par ses collègues de Rodez, le président actuel de l'Association. Nous en avons appelé au conseil supérieur du travail d'une commission que nous jugions incomplet et inacceptable. Le conseil supérieur nous a donné tort. Eh bien! nous en appellerons au mois de novembre prochain à la Chambre des députés, par l'organe de nos patrons. Les points importants que le conseil n'a pas voulu examiner, comme la question de rindé[)endance et celle des traitements, la Chambre souveraine pourra peut-être les trancher au mieux des intérêts des répétiteurs. En prévision de cette lutte qui sera décisive, nous ne devons négliger aucun moyen d'action, aucune chance de réussite, etc. » C'est, on le voit, tout un plan de campagne. Et les hostilités, pour employer le langage de l'orateur, ne paraissent pas sur le point de prendre fin.
Rien de plus regrettable, et la situation, si elle se prolonge, pourrait bien ne pas tourner au profit des maîtres répétiteurs. Il est temps, il est grand temps pour eux de prendre acte des avantages qui leur ont été concédés, et de servir paisiblement, à leur poste, comme tous les autres membres de l'Université, en abandonnant à la discussion publique leur projet de réforme radicale, qu'il n'y a aucun inconvénient à étudier au point de vue théorique, tandis qu'il serait très dangereux de le faire passer tout d'un coup dans la pratique. La Chambre elle-même le comprendra, et le ministre de l'Instruction publique, s'il est appelé à s'expliquer, n'aura pas de peine à démontrer que l'on s'engagerait dans une voie semée d'écueils, en réglant à la tribune, par-dessus la tête de» ministres, la situation d'une catégorie quelconque de fonctionnaires, fussent-ils les plus sympathiques de tous. Mais, repli
quera-t-on, la Chambre peut, sans s'immiscer dans le domaine administratif, voter un ordre du jour? Assurément. Mais si M. Bourgeois déclare qu'il a fait tout ce qu'il était possible et désirable de faire, s'imagine-t-on que la Chambre mettra en doute sa bonne volonté et sa bonne foi?
Le parti le plus raisonnable que les maîtres répétiteurs aient à prendre serait, au contraire, d'inviter leurs patrons et amis de la Chambre à se montrer réservés et discrets. Après quoi, ils attendraient, pour les juger, que les mesures nouvelles aient été appliquées.
Septembre 1891.