Décret du 10 juillet
nances personnelles, ou les lenteurs de la justice administrative, retiennent dans des lycées de moindre importance. Il n'y a pas là seulement une inégalité choquante. Il y a, pour les professeurs les plus favorisés en apparence, un péril. Arrivés, du premier coup, à peu près au maximum du traitement qu'ils peuvent atteindre, ils n'ont plus devant eux cette perspective d'avancement régulier qui tient un fonctionnaire en haleine, et qui lui fait paraître le temps moins long. De là des impatiences ou des découragements, qui, à un moment donné, privent l'Université d'hommes dont elle pouvait beaucoup attendre. D'après le nouveau décret, tout fonctionnaire, quelle que soit sa résidence, débutera par la dernière des classes personnelles. Ainsi se trouvent supprimés et le danger, et l'inégalité.
A un point de vue plus élevé, l'ancienne organisation présentait encore un défaut capital. Il n'y avait d'avancement possible que par le passage d'un lycée d'une catégorie moindre à un lycée d'une catégorie supérieure. D'où, une incessante mobilité du personnel, dont les villes et les familles se plaignent à juste titre. Les succès mêmes qu'un professeur remportait dans un établissement devenaient la raison de son départ pour un autre, plus considérable. Les petits lycées en étaient réduits à servir soit de lieu de passage pour les jeunes maîtres, frais émoulus de leurs examens, soit d'asiles et comiTie de refuges pour les fonctionnaires incapables ou indignes d'avancement. Exception faite, bien entendu, pour quelques excellents maîtres, que des considérations de famille, ou d'autres convenances, fixaient une fois pour toutes dans une maison, dont ils devenaient l'ornement et l'honneur.
On n'aura plus besoin maintenant de changer de lycée pour recevoir l'avancement dû au talent et aux services. Il sera donné sur place, et il est hors de doute que
nombre de fonctionnaires profiteront de cette disposition pour s'attacher à un lycée et à une ville. Que renseignement doive y gagner, que le prestige même des établissements de l'État doive s'en accroître, c'est ce qu'il est superflu de prouver. L'une des principales causes du succès des établissements ecclésiastiques n'est-elle pas que les familles en connaissent les maîtres, qui ne se déplacent guère, et entre les mains desquels passent souvent, de pères en fils, plusieurs générations d'élèves? Nos lycées participeront à cette stabilité, et ils s'en trouveront bien.
Les objections ne manquent pourtant pas. On peut faire remarquer, d'abord, que les grandes villes garderont pour beaucoup de fonctionnaires tout leur attrait, soit parce qu'elles sont plus agréables à habiter, soit parce qu'elles ofl'rent plus de mouvement intellectuel, et plus de facilités de travail. Il ne faut pas demander aux professeurs de l'Université l'abnégation, l'oubli de soi-même, que certaines congrégations trouvent tout naturellement chez leurs membres. Ceux-ci ont. fait vœu de renoncer à Satan et à ses pompes, tandis que ceux-là n'ont nullement juré de ne pas se faire un nom. Il serait donc assez chimérique de croire qu'on tuera chez les professeurs l'amour des grandes villes, et qu'à partir de la promulgation du décret, ils vont rester à leur poste actuel, comme des papillons fixés sur un bouchon de liège dans une boîte, attendant avec calme et sérénité les promotions de classe que l'administration leur octroiera à intervalles capricieux. Nul doute que l'on ne continue en général, dans l'Université, à préférer Marseille et Bordeaux à Pontivy et à Alençon, Paris à Bordeaux ou à Marseille. Pour les jeunes professeurs, cela est de toute évidence. Pour les hommes d'îlge, mariés, pères de famille, c'est moins certain. Mais là même, il y a un risque à courir.
La vie matérielle dans une petite ville est évidemment beaucoup plus large, à traitement égal, que dans une grande. Il y aura, par conséquent, des professeurs, qui, mettant une certaine aisance au-dessus de toutes les autres considérations, fuiront nos principaux lycées. Ne sera-t-on pas réduit dès lors à peupler ceux-ci de jeunes gens auxquels l'expérience et la maturité pourront manquer? En sorte que la réforme, tout au profit des petits établissements, des centres de médiocre importance, tournerait en définitive contre les grands lycées? Et comme ce sont ces lycées-là qui se trouvent en évidence, comme c'est sur les résultats qu'ils donnent qu'on juge l'Université, on n'aurait remédié à un mal que pour en créer un autre. •
Juillet 1887.
L'enseignement secondaire trouvera-t-il sa voie?
La direction de renseignement secondaire est vacante, en ce moment, par suite de la retraite de M. Zévort, qui, après avoir été durant de longues années, et sauf une interruption sous le ministère de M. Paul Bert, le collaborateur dévoué des différents ministres qui se sont succédé rue de Grenelle, se voit contraint par l'état de sa santé, à prendre un repos bien gagné.
L'administration de M. Zévort a été très remplie, surtout pendant les premières années. C'est lui qui a présidé à la revision des programmes, et dirigé la réforme de 1880, non sans se heurter à bien des obstacles, dont les principaux ont été le mauvais vouloir d'une partie du corps enseignant, et l'hostilité latente d'un certain nombre d'inspecteurs généraux. C'est lui qui a créé l'enseignement secondaire des jeunes filles, destiné à prendre chaque jour plus de développement. C'est encore lui qui, par une série de mesures très justes, mais mal accueillies en général dans l'Université, dont elles choquaient les préjugés, a relevé la situation des maîtres de l'enseignement spécial. C'est lui, enfin, qui, sous le ministère de M. Goblet, avait préparé un projet d'organisation de l'enseignement classique français *, projet