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110 NOTES surt l'enseignement secondaire.
incomplet, trop timide, à notre avis, mais qui avait le mérite d'attacher le grelot. On se souvient encore de l'accueil inexplicable que ce projet trouva auprès du conseil supérieur : il sortit de la discussion amoindri et décapité. M. Zévort, découragé probablement par cet échec, hésita, depuis lors, à prendre l'initiative hardie que réclame la situation actuelle des études secondaires, bien qu'il en sentît mieux que personne la nécessité.
Nous ne savons quel choix fera M. le ministre de l'Instruction publique pour ces importantes fonctions, mais nous voyons très nettement la tâche qui attend le nouveau directeur. C'est, qu'on ne s'y méprenne pas, une tâche ardue. L'enseignement secondaire traverse une crise. Tandis que les deux autres, le primaire et le supérieur, ont trouvé leur voie, il cherche la sienne. On ne s'en étonnera pas, si l'on songe à la complexité et à la gravité des questions que soulève l'organisation de cet enseignement, mais on reconnaîtra qu'il n'est que temps de se bien orienter. Les vieilles formules sont démodées, les vieux moules se brisent. Il faut à la société moderne autre chose que le plan d'études emprunté par Napoléon aux jésuites. Il faut aux générations nouvelles un autre régime que celui qu'on persiste à leur imposer, combinaison malsaine de la caserne et du couvent. Il faut enfin que notre temps, qui a su façonner à son usage l'art et la politique, la philosophie et la croyance, cesse de se traîner servilement sur les traces du passé pour l'éducation d'une grande partie de la jeunesse, et se crée un enseignement qui lui soit propre, où il se reconnaisse en quelque sorte lui-môme, et où on le reconnaisse.
Non qu'il s'agisse de rompre absolument avec la tradition : elle a d'immenses avantages, et on doit en tenir grand compte. Mais il faut aller de l'avant, et donner à
UNE PERIODE DE STAGNATION. lH
des besoins nouveaux la satisfaction qu'ils sont en droit d'exiger. Régime intérieur des lycées et des collèges, plan d'études, système des examens, tout cela est à reprendre et ^ remanier, non par retouches successives et incohérentes, mais, autant que possible, par une grande réforme organique, dont toutes les parties, bien liées et concertées entre elles, témoignent d'une vue d'ensemble pénétrante et à longue portée.
Ce n'est pas du jour au lendemain qu'une pareille tache peut être menée à bien, et l'opinion fera certainement crédit au nouveau directeur de l'enseignement secondaire, à la condition qu'il entre aussitôt dans la voie que nous venons d'indiquer, et qu'il marque la volonté de tenter quelque chose. Les premiers points qui devront l'occuper seront évidemment la constitution de cet enseignement classique français, qui doit aboutir, qui aboutira, en dépit des alarmes et des criailleries des esprits routiniers; et la réorganisation parallèle de l'enseignement gréco-latin, qui ne saurait, sans courir les plus graves périls, demeurer dans l'état où on l'a mis.
Il serait difficile de tenter une réforme sérieuse des études, sans toucher du même coup au régime actuel des examens, qui pèsent sur tout le cours des classes, et en faussent la direction. Les difficultés seront d'ailleurs considérables, celles qui tiennent à la nature des choses, comme celles qui tiennent aux personnes. Mais nous en sommes à un point où la difficulté cesse d'être une excuse pour ne rien faire, et devient, au contraire, une raison décisive d'agir.
Octobre 1887.
Les élections au Conseil supérieur et la tâche
du nouveau Conseil.
Le mandat des membres élus du conseil supérieur touche à son terme, et un récent arrêté fixe la date prochaine du scrutin. La période électorale est ouverte dès à présent. Mais pour qui connaît le tempérament de notre Université, la modestie sincère de la plupart des maîtres, leur peu de goût pour les démarches qui ont quelque air d'ambition, il est certain d'avance que cette période s'écoulera sans agitations. Au dernier moment, on apprendra que les représentants actuels du corps enseignant sollicitent le renouvellement de leur mandat, ou que quelque candidature nouvelle est posée. Et le jour du scrutin, un petit nombre, un trop petit nombre d'électeurs iront jeter leur bulletin dans l'urne. C'est ainsi, du moins, que les choses se sont passées aux élections dernières. Nous avions déploré alors la demiindifférence dont les professeurs de l'enseignement secondaire avaient fait preuve. Nous la déplorerions bien davantage aujourd'hui, s'ils y persistaient, car la situation leur commande une tout autre attitude.
Il est trop évident, en effet, que la tâche du nouveau conseil supérieur sera de réorganiser cet ordre d'enseignement. De l'enseignement primaire et de l'enseigne-
ment supérieur, il nV a pas à se préoccuper pour le moment. On a beaucoup fait en leur faveur; on a tant fait que le mieux est de laisser les mesures prises porter leurs fruits, et la construction se tasser. Si elle pèche par quelque endroit, on s'en apercevra plus aisément, et on y portera remède. Mais l'enseignement secondaire, je l'ai dit bien des fois, et l'occasion est bonne pour le redire, n'a pas encore trouvé sa voie. Impossible de regarder sa constitution actuelle comme définitive. D'une part les études grecques et latines affaiblies, moins par les modifications de programmes, que par l'application souvent peu consciencieuse des programmes nouveaux; d'autre part, l'ancien enseignement spécial remanié, mais maintenu en tutelle, et à qui l'on n'a pas osé donner, avec une organisation plus large et une méthode plus libérale, le nom qui lui revient d'enseignement classique français; les familles rendues hésitantes par l'incertitude môme de l'Université; les classes de nos lycées encombrées d'élèves qui n'y profitent pas, et qui en sortent avec le dégoût du travail et le dédain de la culture intellectuelle; l'opinion publique, enfin, persuadée qu'une réforme est nécessaire, et qu'il faut sacrifier une partie des traditions sur lesquelles on vit pour sauver le reste, mais inquiète de ne trouver nulle part des vues arrêtées et une impulsion ferme : tel est, en somme, l'état de choses actuel. On conviendra qu'il laisse à désirer.
Aussi voudrait-on voir l'Université se remuer davantage, et faire des droits que la loi lui concède un usage plus actif. Pourquoi ne pas employer la période électorale à des discussion^, à des réunions d'où sortiraient peut-être, en même temps que des candidatures heureusement choisies, des idées intéressantes, et qui, en tout cas, permettraient à toutes les opinions de s'exprimer, à toutes les tendances de se produire? Il ne
m'appartient pas de dire à mes collègues ce qu'ils ont à faire. Mais qu'ils se persuadent bien que le public a les yeux sur eux, et qu'il s'étonnerait de les trouver passifs et comme indifférents dans des questions qui intéressent tout le monde, mais où ils sont, en définitive, les premiers intéressés.
Quant à l'administration, elle n'a pas cru devoir, au moins jusqu'ici, se prononcer, ni fournir une « platform » aux élections prochaines. C'est son droit, à la condition que cette abstention soit simplement de la réserve, et non pas un parti pris d'immobilité.
Les élections ont lieu après-demain, et un certain nombre de personnes, qui suivent avec une attention particulière les efforts que je fais pour les tenir au courant des choses de l'Université, s'étonnent que je n'aie encore rien dit des candidatures posées et des professions de foi publiées. La t*aison de ce silence est assez simple. Pour l'enseignement secondaire, qui me préoccupe par-dessus tout, parce qu'il est le seul à n'avoir pas encore trouvé sa voie, et à se traîner dans la période des tâtonnements, il n'y a pas grand'chose de nouveau à signaler.
En dehors de l'ordre des langues vivantes, où les candidats ne manquent pas, on ne voit guère surgir de compétitions, ni s'accuser de conflits d'idées. Presque tous les membres sortants du conseil se représentent. Il faut dire, à leur décharge, qu'ils ont commencé par faire mine de laisser le champ libre. Puis, après avoir \\n peu. attendu, ne voyant pas paraître de champions, ils ont. pris le parti de solliciter le renouvellement de leur mandai; non sans qu'il en coulât quelque chose
à leur modestie. A mon avis, les professeurs de l'enseignement secondaire ont perdu là une excellente occasion de faire acte d'initiative. Elle se retrouvera dans quatre ans. Souhaitons que les mœurs et l'état des esprits dans l'Université aient changé d'ici là.
Toutefois, une candidature nouvelle s'est produite, et dans des circonstances qui la rendent particulièrement intéressante. Un groupe d'agrégés des lettres a demandé à M. Ernest Dupuy, professeur de rhétorique au lycée Henri IV, de se mettre en avant. Et comme il est jeune, comme il a des idées auxquelles il tient, M. Dupuy s'est dévoué. Il a bravement rédigé une cir- . culaire que je n'ai pas grand mérite à louer, car elle reproduit sur quelques points essentiels les idées que je défends depuis longues années.
M. Dupuy regrette l'abus des concours, qui n'indiquent jamais qu'avec une précision très relative la valeur des élèves et les résultats de leur travail. Je le regrette comme lui, et, soit dit en passant, je ne puis m'apitoyer, comme le font bien des gens, sur la suppression du concours général dans les classes de seconde ou de troisième. M. Dupuy déplore « les mœurs scolaires actuelles » ; il réclame, en attendant qu'on puisse supprimer l'internat, des « palliatifs » à ses vices. On sait assez ce que nous pensons à ce sujet. M. Dupuy est d'avis qu'au lieu de chercher à restaurer les exercices condamnés en 1880, on fasse un peu plus de place € dans la journée de quinze heures de l'écolier » à la gymnastique, aux jeux, à tous les « sports virils » où se passionnent les jeunes Anglais. Et, ici encore, il me donne pleine satisfaction.
M. Dupuy n'a pas la superstition des programmes. Il ne pense pas que tout doive être réglé jusque dans les moindres minuties. Il croit à la nécessité d'une certaine indépendance, d'une certaine autonomie pour
le maître. On nous a entendu maintes fois élever la môme protestation, contre la tendance commune à toutes les administrations, mais plus marquée chez nous que partout ailleurs, à tout uniformiser, depuis le régime intérieur des lycées qui devraient pourtant, selon la région et le climat, différer entre eux; jusqu'aux exercices de chaque classe, dont le choix et la répartition proportionnelle devraient être laissés, dans une très large mesure, aux professeurs; jusqu'au plan d'étude lui-même, et au système total d'enseignement. Tout serait-il perdu, le jour où la jeunesse française cesserait d'être coulée dans un moule unique, un moule qui ne donne pas que des exemplaires de choix? Et Dieu sait ce que vaut le rebut !
C'est là, à vrai dire, la question capitale, et le candidat dont nous commentons la circulaire la traite en termes irréprochables. Sans nier la haute valeur de la culture gréco-latine, qui sera toujours nécessaire à certaines professions, qui seule est apte à produire le lettré, l'artiste en fait de style, le connaisseur en matière de goût, M. Dupuy pense qu'on peut, par le français seul, par les langues vivantes, façonner d'excellents esprjts, et il verrait sans inquiétude, il verrait même avec satisfaction s'ouvrir, à côté des lycées réservés aux lettres anciennes, des lycées où les lettres modernes serviraient de substance à l'enseignement. On n'ignore pas que tel est aussi mon vœu. Je voudrais voir tenter, ne fût-ce au début que dans une maison, cette expérience qui n'a rien de chimérique ni d'effrayant, puisqu'elle séduit les esprits les plus tempérés, et les moins portés aux extrêmes. Il suffira de citer M. Gréard, qui s'est depuis si longtemps prononcé pour la multiplication des types de lycées.
La circulaire de M. Dupuy touche encore à bien d'autres points, que je ne puis examiner. Il en est un
OÙ je suis plus révolutionnaire que lui : c'est le baccalauréat. Des correctifs, des amendements suffiraient à M. Dupuy. J'estime, pour ma part, qu'on ne s'en tirera pas à si bon compte, et qu'il n'y aura pas de vraie réforme de l'enseignement secondaire, aussi longtemps que le baccalauréat pèsera sur le cours des études. Le baccalauréat, voilà l'ennemi! Telle est la formule de . toute vraie et hardie rénovation. Mais il ne faut pas trop demander à un candidat, qui est obligé de compter avec la moyenne des opinions de ses électeurs.
Le véritable intérêt de l'élection du 21 avril sera dans l'accueil fait par les agrégés des lettres à cette candidature *. Si la majorité s'y rallie, elle aura donné un gage très précieux à l'esprit réformiste. Mais, dans le cas contraire, il ne faudra pas tirer de conclusions précipitées. Il restera vrai d'abord que les agrégés des lettres ne sont pas tous les électeurs; ensuite, que les électeurs au conseil supérieur ne sont pas tout le corps enseignant; enfin, que les élections ne sont jamais prises complètement au sérieux. Beaucoup s'abstiennent; beaucoup votent par camaraderie; bien peu sont convaincus qu'en votant ils remplissent un devoir. Indifférence ou scepticisme très blâmable.
Avril 1888.
On ne fera rien....
Le ministre de l'Instruction publique a ouvert hier la première session du conseil supérieur, renouvelé en partie par les récentes élections. 11 ^ prononcé à cette' occasion un discours où ne manquent ni les idées justes, ni les expression heureuses, notamment dans le