‹ Notes sur l'enseignement secondaireChapitre 58 sur 63 · V Enseignement au point de vue national^ p · texte numérisé non relu

V Enseignement au point de vue national^ p

son livre, aux menaces qui, récemment encore, planaient sur renseignement philosophique *, et qu'il a voulu apporter l'appui de son autorité personnelle à ceux qui ont entrepris de conjurer ces menaces. On devra désormais, si la discussion se rouvre, tenir grand compte des arguments produits par M. Fouillée.

L'enseignement classique français, dont nous sommes le partisan résolu, compte bien des adversaires. Aucun d'entre eux n'a jamais dressé contre cet enseignement un réquisitoire aussi formidable que celui de M. Fouillée. Non pas qu'il méconnaisse la nécessité de remanier profondément les cadres de l'enseignement secondaire actuel, et de créer de nouveauxs ystèmes d'études, appropriés aux exigences du temps présent, aux besoins de la démocratie. Il se complaît même à tracer des programmes pour ces enseignements nouveaux. Mais l'idée contre laquelle il s'élève avec force, c'est qu'un enseignement qui exclura le grec et le latin puisse prétendre au titre de classique, et à être mis sur le pied d'égalité avec les vieilles humanités. L'enseignement classique français, dit M. Fouillée, c'est < un monceau de contradictions », c'est « un enseignement général-spécial, un enseignement désintéressé-utilitaire.... Votre instruction, continue-t-il, prétendue classique, comme la chauvesouris de la fable, peut dire : je suis générale, libérale, littéraire et poétique : voyez mes ailes. Je suis spéciale, industrielle, commerciale et agricole : voyez mes pattes. >

Tout dépend, répliquerons-nous, de la manière dont sera conçu, rempli et dirigé l'enseignement français. Certes, si l'on se borne à remanier une fois de plus les programmes de l'enseignement spécial, sans prendre résolument parti sur la question de principe, sans

I4 Voir plus loin, p. 286, et suivantes.

décider que Ton va faire du nouveau, et sans rompre en visière à ce qui existe; si, sous prétexte de mettre de tout dans l'enseignement nouveau, on en livre successivement les élèves, au cours de leurs années d'études, à une multitude de maîtres, dont aucun ne les aura jamais sous sa direction à titre principal, dont aucun ne pourra, par conséquent, exercer sur eux une influence sérieuse; si l'on ne pénètre pas cet enseignement d'un esprit esthétique et moral; s'il doit être, en un mot, une création mal venue, quelque chose qui n'aura ni corps, ni âme, oh! alors, toutes les objections de M. Fouillée prendront une force saisissante, et nous serons le premier à les rétorquer contre ce que l'on nous offrira sous le nom d'enseignement classique français, ou d'humanités modernes.

Mais si, au contraire, on se dégage des souvenirs de l'enseignement spécial, si on fait résolument du nouveau, si l'on s'oriente dans le sens que nous venons de marquer tout à l'heure, nous persisterons à penser, malgré M. Fouillée, que le titre de classique ne sera pas usurpé. L'organe pourra remplir la fonction sociale à laquelle il est destiné.

Mars 1891.

Le système de M. Berthelot.

La question de renseignement secondaire < moderne » est à l'ordre du jour. Mais si tout le monde s'accorde à la poser, les opinions sur la manière de la résoudre varient singulièrement. On sent qu'il faut faire quelque chose; mais quoi? L'idée, à première vue la plus naturelle, consiste à rajeunir les traditionnelles humanités, à demander aux langues vivantes, et aux littératures qu'elles ont produites, exactement le même genre de service qu'on avait demandé jusqu'ici aux langues mortes, aux littératures grecque et latine. Mais aussitôt on se heurte à des objections graves. Hier, c'était M. Fouillée qui soutenait qu'on ne saurait organiser, dans ces conditions, un enseignement digne du nom de classique. Aujourd'hui, c'est M. &erthelot qui assure que les langues vivantes et les littératures modernes ne peuvent fournir qu'une copie affaiblie du vieil enseignement classique, et que, si l'on veut créer un enseignement approprié aux exigences du temps présent, il faut que les sciences en soient la base et l'élément essentiel.

L'étude de M. Berthelot * est considérable, non pas seulement à cause du nom de l'auteur, mais parce qu'elle est remplie de faits et d'idées. M. Berthelot procède d'une manière positive. 11 se demande à combien

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