OVAIRES ET OBÉSITÉ
1° Obésité et Ovariotomie.
Percival Pott fut le premier à pratiquer sur les ovaires une intervention réellement chirurgicale et
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raisonnée en 1790. Percival Pott, parlant du résultat éloigné chez sa malade, dit : « Elle jouit d’une bonne santé, mais elle est devenue plus grasse et n’a pas été réglée depuis l’opération. »
Ïl faut aller ensuite jusqu’en 1843 pour retrouver l’ovariotomie double, pratiquée dans un but gynécologique. Elle fut faite, à cette époque, par J.-L. Astlee sur une malade présentant un kyste de l'ovaire; cette opération fut suivie d’un grand nombre d’autres, exécutées par Washington en Amérique, Walsch, Clay, Bird, Baker Brown, Spencer-Wils en Angleterre, Koeberlé et Péan en France.
Pendant cette période et jusqu’en 1870, il faut bien dire qu’on intervenait que contraint et forcé pour de grosses tumeurs, et que les opérations étaient d’une gravité extrême, aussi se préoccupait-on beaucoup plus des résultats immédiats que des résultats éloignés, et on n’envisageait pas l’obésité comme suite opératoire tardive.
Jusqu'en 1871, on pensait que la femme privée de ses ovaires changeait complètement d’habitus extérieur, et même qu’elle prenait un aspect viril. L’antique aphorisme romain vivait toujours : « Propter solum ovarium mulier est quod est. »
Cependant, à partir de cette époque, l'attention commence à être attirée du côté des effets de la castration chez la femme, et Bailly présente, en 1871, une thèse intitulée : « Considérations physiologiques sur la castration chez la femme. »
Dans cette thèse, il parle d’une malade opérée par Auger qu’il examina trois ans après : « Avant l’intervention, elle pesait 90 livres, actuellement elle pèse 165 livres; affaiblissement de la mémoire ét de la vue, la voix a changé de timbre. »
Par contre, en 1873, dans une étude sur les ovaires et leur añomalie, Puech nie la réalité de l'action de
la castration sur la morphologie et le psychisme féminin.
Kœæberlé, en 1878, émet à peu près la même opinion que Puech.
Par contre, Péan, en 1880, accuse une tendance à l’embonpoint chez les ovariotomisées.
En 1888, lorsque Dercum fit connaître la maladie qui porte son nom, il l’attribuait à une intoxication thyroïdienne.
Cette adipose douloureuse de Dercum se caractérise par le développement de masses graisseuses symétriques des membres, surtout des membres inférieurs, et prédominantes à leur racine; ces masses graisseuses sont douloureuses. Souvent on observe en même temps des troubles sérieux, principalement des troubles psychiques.
Envisageons, maintenant, les travaux sur l’obésité des auteurs classiques qui, au xix° siècle, ont écrit des traités classiques de pathologie interne.
Trousseau ne nous a pas laissé de clinique sur l'obésité. Le dictionnaire Dechambre, dans l’article « Obésité », nous apprend cependant qu’il prescrivait contre l’obésité les alcalins, qui étaient alors fort utilisés en Angleterre; il nous est expliqué comment agit la potasse : « La potasse est éliminée naturellement par les glandes sébacées; chez les moutons, elle est entraînée avec le suin, dans le lavage des laines : or, les races ovines, dont la laine fournit peu de suin et de potasse, sont très aptes à l’engraissement, tandis que les mérinos, dont la toison contient à poids égal une quantité plus forte de potasse et de suin, ne peuvent jamais être engraissés.
< Introduite dans l’organisme, la potasse provoque une élimination abondante des matières grasses en excitant la sécrétion sébacée. »
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Jaccoud, dans les trois volumes de son Traïté de Pathologie interne, en 1883, ne consacre pas d'article spécial à l'obésité. Dans la partie de l’ouvrage consacrée aux affections cardiaques, il parle pourtant de surcharge graisseuse du cœur, qui se produit :
1° Au cours de la polysarcie chez les individus à vie sédentaire qui ingèrent une grande quantité de substances grasses ou amylacées, et dans ce cas elle
est associée à une maladie générale.
2° C’est un simple fait local contrastant avec l’émaciation du reste du corps. C’est ce qui a lieu dans les obésités cardiaques produites par les anémies chroniques et par les cachexies.
Plus loin, Jaccoud signale l'obésité à propos de la chlorose : « Le défaut d’énergie musculaire frappe d'autant plus chez ces malades, que les muscles n’ont rien perdu de leur volume et que l’embonpoint est souvent entièrement conservé; quelquefois, la graisse du tissu conjonctif est extrêmement développée. »
Dieulafoy, dans son Traité de Pathologie interne (1894), consacre quelques pages à l’obésité que nous résumons ici.
Description. — L’obésité est un état pathologique causé par hypertrophie généralisée du tissu adipeux. À un degré moindre c’est l’embonpoint, puis l'obésité, enfin la polysarcie. Il faut distinguer l’obésité des adiposes localisées (lipome, hypertrophie lipomateuse des muscles, adipose sous-cutanée paralytique).
La répartition de l'obésité n’est pas identique.
Siège. — Tissu cellulaire sous-cutané, inter-musculaire; franges épiploïques mésentériques, atmosphère celluleuse des reins, surface du cœur, tissu cellulaire de l'orbite.
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Chez les gros mangeurs, elle siège de préférence à l'abdomen, qui peut présenter des vergetures; parfois le sujet présente un triple menton.
L’adiposité respecte la verge et le scrotum, mais elle prend le foie, les reins, le cœur en particulier qui peut être envahi par la graisse.
Dieulafoy distingue :
1° Une adipose récente et peu prononcée qui entraîne essouflement, fatigue rapide, apathie, digestion lente, pénible, mais c’est plus une infirmité qu’une maladie.
2° Une adipose excessive chez un malade âgé avec cyanose de la face, démarche pénible, oppression, appétit diminué ou augmenté, soif accrue, digestion très pénible, foie augmenté de volume.
— Troubles cardiaques (bruits sourds, mal frappés, irréguliers, pointe difficile à trouver).
— Troubles cutanés (sueur, fétidité, intertrigo, eczéma).
— Troubles urinaires (polyurie, glycosurie, albuminurie, sécrétion uréique augmentée ou diminuée, d’où division des obèses en deux groupes).
— Mort par asystolie progressive, pneumonie, bronchite généralisée, érysipèle ou une autre affection diathésique.
Etiologie et Pathogénie. — Elle frappe l’âge adulte, la femme de préférence, rare chez le vieillard.
Elle apparaît volontiers aux époques de la vie génitale (puberté, mariage, grossesse).
Volontiers héréditaire.
Elle survient parfois après des maladies infectieuses.
Elle peut être associée à migraines, lithiase biliaire, gravelle urique (en un mot arthritisme).
C’est une maladie par ralentissement de la nutrition, aussi se voit-elle dans quelques maladies du système nerveux qui s’accompagnent de ralentissement de la nutrition (hystérie, anémie pernicieuse progressive).
Elle trouve son explication :
1° Dans l’alimentation :
— Alimentation graisseuse.
— Aliments féculents, sucrés.
— Boissons alcooliques (vin, bière).
2° Dans une désassimilation exagérée :
Production de graisse aux dépens des matières azotées. Chez ces malades, on trouve dans lurine un excès d’urée et une substance albuminoïde formée également aux dépens des éléments protéiques incomplètement brülés.
Traitement. — Supprimer sucres, féculents, les boissons, supprimer l’alcoo!, la bière; le thé et le café sont permis.
— Prescrire le massage, frictions sèches, exercices physiques.
— Eviter le surmenage, surtout chez les sujets avancés en âge.
Médicaments. — Iode, iodure de potassium, purgatifs répétés, alcalins.
Eaux minérales. — Marienbade, Kissingen Montmirail, Brides, agissant comme alcalins et laxatives.
Mais au cours du xix° siècle, celui qui, en France, s’attacha le plus aux maladies de la nutrition fut, sans conteste, le professeur Bouchard.
-À différentes reprises, il fit sur l'obésité de nom-
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breuses communications et créa la doctrine du ralentissement de la nutrition.
Ses travaux sur l’obésité, jusqu’en 1876, sont résumés dans l'exposé de ses titres scientifiques (1876).
Nous reproduisons ici les paragraphes qui ont trait aux recherches sur lobésité.
Bouchard : Exposé de titres scientifiques.
Des modifications des urines dans l'obésité
En général, les urines des obèses sont diminuées comme quantité; leur densité est en rapport inversé avec la quantité. L’urée est très sensiblement diminuée du tiers, de la moitié. Les phosphates s’éliminent en moindre quantité. L’acide urique est le plus souvent augmenté. Les matières colorantes sont aussi en quantité plus grande qu’à l’état normal. Dans des cas exceptionnels, la quantité de l’urée et des phosphates est augmentée, de là une indication importante pour le traitement; l’iodure de potassium ne äoit être employé que si le dosage des urines a montré qu’il n’y a pas d’azoturie.
Leçon sur les diabètes, 187% De l'abaissement de la température centrale dans l'obésité
De même que dans le diabète sucré, la température peut être abaïissée dans l’obésité. Le matin au réveil, le thermomètre marque dans le rectum 36°7 à 37°. Dans la journée, et surtout après les repas, la température se relève et les oscillations diurnes sont plus accusées que dans l’état de santé.
Ce fait, qui peut être attribué à la diminution de
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la combustion des graisses, est également en rapport avec la diminution de l'oxydation des matières azotées.
Leçons sur les diabètes, 1874 Observations d’obésité
Contresignées dans la thèse de M. Worthington (1875), elles montrent l'extrême fréquence de larthrite dans les antécédents héréditaires ou personnels des obèses.
Mais, désireux de précision scientifique, le Prof. Bouchard voulut définir l’obésité d’une manière scientifique.
Quetelet, mathématicien et statisticien belge, né à Gand (1796-1874), avait déjà établi pour des tailles données des poids moyens en rapport avec ses tables.
« Bouchard, écrit Paul Mathieu (1929), dans son livre : Pourquoi on engraisse et comment on maïgrit, a proposé une méthode plus scientifique et plus exacte pour mesurer le degré d’adiposité. Ses tables indiquent pour une taille donnée, non seulement le poids moyen du corps, mais aussi le poids de ce qu’il appelle le segment anthropométrique moyen, et la quantité de graisse contenue dans ce segment. »
À quoi correspond le segment anthropométrique ?
« Bouchard suppose le corps humain transformé en un cylindre ayant pour hauteur la taille de l’individu, pour volume le volume de l'individu, pour masse la masse de l'individu. Il partage ce cylindre en tranches superposées de un centimètre de hauteur. Chaque tranche représente un segment anthropométrique, dont le poids est égal au poids du corps en kilogrammes. P divisé par la hauteur de la taille en
ae décimètres H, c’est-à-dire à —.
en —
La valeur du segment varie avec l’âge, la complexion (ampleur et solidité de la charpente), et la musculature. Bouchard donne, dans des tableaux de correction, la valeur des coefficients par lesquels on
P devra multiplier le quotient — pour obtenir la valeur H
du segment normal correspondant au type idéal.
Chez le sujet soumis à l’examen, le segment anthropométrique réel s’écarte plus ou moins du segment moyen idéal. On admet que la différence entre les deux esi due uniquement à la graisse. Il est donc facile de connaître la quantité de graisse du corps. Quant au degré d’adiposité, il est égal au rapport entre la quantité de graisse contenue dans le corps du sujet et la quantité que contiendrait le corps d’un sujet normal.
En 1882, Bouchard fait paraître un traité : Maladies par ralentissement de la nutrition, où deux chapitres sont consacrés à l’obésité.
1° Pathogénie et étiologie de l’obésité.
2° Thérapeutique de l’obésité.
Nous résumons ces deux chapitres.
Pathogénie. — La graisse qui s’accumule chez les obèses a une double origine, comme chez les hommes sains :
— Alimentation, désassimilation.
Pourquoi la graisse s’accumule-t-elle chez l’obèse?
Parce qu’il y a défaut de combustion des graisses, ralentissement des oxydations qui permet le cumul, soit des graisses alimentaires, soit des graisses de désassimilation.
Mais, quelle est la cause de ce ralentissement des oxydations ?
Une dyspepsie par exemple à type pancréatique, qui émulsionnerait la graisse, mais ne la décomposerait pas, ou même la graisse neutre dissoute.
Or, cette graisse émulsionnée s’oxyde avec une grande lenteur.
« Si donc, chez certains individus, c’est à l’état de graisse neutre exclusivement que la graisse alimentaire pénètre dans la circulation, on comprendra qu’elle ait le temps de se soustraire aux combustions en s’enkystant dans les cellules du tissu adipeux. »
Voilà pour l’alimentation, mais « la maladie peut se produire tout aussi bien par un défaut d’oxydation des graïsses élaborées par les éléments anatomiques. Que la graisse se forme par la désassimilation de la substance azotée, c’est un fait aujourd’hui incontestable ».
L'apport d'oxygène n'étant pas suffisant pour la détruire, la graisse s’accumule dans l’organisme.
Ex. : Ictère grave, empoisonnement par le phosphore, anémie pernicieuse où le sang apporte moins d'oxygène aux tissus,
Bouchard, après avoir envisagé comme nous venons de le voir le métabolisme troublé, dans l’obésité, de la graisse et des matières albuminoïdes, discute l’origine possible de la graisse dans la matière glycogène, mais il émet simplement cette hypothèse sans conclure.
Bouchard envisage le rôle du foie dans l'obésité.
Il regrette la théorie de Bénech qui pense que l'abondance trop grande de la bile peut engendrer l'obésité, en rendant plus complète l'absorption des graisses; mais il accorde de la valeur à la théorie de