‹ Notes sur l'Histoire de l'ObésitéChapitre 24 sur 40 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

1° Il fallut de nombreuses expériences et polémiques avant que fût admise, au xix‘ siècle, la transformation des hydrates de carbone en graisse.

Les expériences de Soxhlet, en 1881, jugèrent définitivement du problème.

2° On a, par contre, facilement reconnu l’accumulation par simple déport de la graisse dans l’organisme.

3° La production des graisses à partir des matières protéiques a été longtemps soutenue, cette opinion n’est plus aujourd’hui communément admise.

4 Dancel, le premier en France (1863), a essayé d'établir un régime de l’obésité basé sur une systématique scientifique. Il a préconisé le premier la restriction sévère de l’eau dans la cure de l’obésité.

5° Dubourg a insisté sur l’étiologie scrofuleuse et cardiaque possible de l'obésité.

6° Worthington a préconisé en France le régime dit de Banting.

7° Les classiques Trousseau, Jaccoud, ne semblent pas avoir apporté d'éléments nouveaux au problème de l'obésité. Dieulafoy en a cependant donné une élégante description clinique et a préconisé une théra-

peutique antiobésité d’après les idées alors à l’ordre du jour.

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8° Bouchard a apporté de nombreux éléments à l'étude de l’obésité.

a) Une description d’allure scientifique;

b) Une doctrine pathogénique (l’obésité est une maladie par ralentissement de la nutrition);

c) Un élément étiologique : il rattache, avec nombreuses preuves à l’appui, l'obésité à la grande diathèse neuro-arthritique;

d) Une thérapeutique rationnelle;

e) Un élément clinique nouveau : la chlorose des géants.

Il faut dire cependant que, dans sa doctrine, Bouchard admet la transformation des protéines en graisse, ce qui est actuellement loin d’être prouvé.

9° Dans sa thèse (1899), Laval nie la valeur de la restriction hydrique dans la cure de l'obésité, et préconise la valeur thérapeutique de l’amaigrissement rapide.

10° Bien que non médecin, Brillat-Savarin semble avoir pressenti, dès le début du xix° siècle, la transformation des hydrates de carbone en graisse; il parle de disposition naturelle à l’engraissement, et décrit un type morphologique de sujet prédestiné à l’obésité; il rejette la médication acide et vante le quinquina.

11° Bordier, en 1889, dans son traité de Pathologie comparée de l’homme et des êtres organisés, groupe tout un ensemble de remarques sur les végétaux et les animaux susceptibles d'éclairer la pathologie humaine.

12° Barié, en 1894, étudie les troubles cardiaques chez les obèses.

13° L’endocrinologie qui marque une date dans l’histoire de l’obésité prend naissance en 1855, avec Adisson et Claude Bernard, mais le premier travail

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éndocrinologique précis est dû à Brown Séquard (1856).

14° Dès 1841, Mohr avait signalé üne ôbésité associée à une tumeur de l’hypophyse, mais il n’est pas établi qu’il ait vu üné relätion entre la léion hypophy$aire et obésité.

Babinski, en 1900, marqué la relation possible ‘entre l'obésité et une tumeur hypophysairée.

15° Bien que Percival Pott ait signalé, dès 1790, la possibilité de rapport entre l’ovariotomie et l’obésité, ce n’est qu’en 1871 que Boully signale ces rapports d’une manière plus précise.

Ils sont du reste, par la suite, niés par Puech (1873) et par Kæberlé (1878).

Péan affirme leur réalité en 1880.

Güll, en 1875, signale l’altération du corps thyroïde dans le myKædème ; bien ‘que lé myxœdème Se ‘différencie de l’obésité, il s’y trouve parfois associé, C’est pourquoi on peut considérer Gull comme un précurseur de la notion d’obésité thyroïdienne,

Dercum, en 1888, décrit la maladie qui porte son nom et la rattache à une lésion thyroïdienne.

Buquin, en 1895, dans sa thèse, en se basant sur des observations de Chauffard et de Bouchard, utilise le corps thyroïde contre l’obésité; cette médication eët étudiée Simultanément Par Davies en Añéletérre.

Bournéville l'étudie à nouveau en 189,6.

Magnus Lévy, ‘ên 1894, Commence à appliquer

l'étudé ‘du métabolisme ‘de basé aux troubles pathologiques; cette étude prendra de l'importance par Ja suite, dans l’étude de l'obésité ‘en rapport avec un vice de fonctionnement thyroïdien.

Œstreich et Slawick signalent, en 1899, une obésité asSociéé à une tumeur épiphysaïre.

Daris Pensemble, le xixt siècle à quitté l’empirisme

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médical pour essayer de donner à l’étude de l’obésité des méthodes scientifiques. Il a vu naître la science endocrinologique et tente des rapprochements entre les données de cette science et l’obésité.

L'obésité au XX’ siècle

De 1900 au moment présent, la question de l’obésité a donné lieu à de nombreuses controverses, certains restant dans les idées classiques, d’autres battant en brèche les conceptions traditionnelles.

Cependant, de nouveaux éléments cliniques pathogéniques et thérapeutiques s’ajoutent au problème de l’embonpoint.

Les mêmes auteurs principaux, au cours de ce début de siècle, défendent leurs conceptions dans des publications diverses.

Leven, en 1901, présente une thèse souvent citée et dont, par la suite, l’auteur a souvent défendu les conceptions qui y étaient exprimées.

Dans cette thèse, Leven combat une conception pathogénique de V. Noorden, exprimée dans la publication Die Tettsucht Wien (1900), par des arguments tirés de Bouchard.

Que soutenait, en effet, V. Noorden? Cet auteur avançait que l’engraissement survenait lorsque le nombre de calories utilisées était plus petit que le nombre de calories reçues; il ajoutait à cela que ce principe restait vrai, quelque fût la nature de l’aliment, et qu’il n’y avait pas lieu de s’occuper de la teneur en graisse, seule la valeur calorique était utile à connaître.

« Cette transformation des idées était peut-être due, dit Leven, à la notion nouvelle que la graisse ne provient pas seulement de la graisse; elle provient encore des hydrates de carbone et des albuminoïdes. »

A BETS

Leven oppose à cette conception les statistiques de Bouchard qui, sur 100 obèses, trouvait :

50 obèses à régime normal;

40 gros mangeurs;

10 dont la ration quotidienne était inférieure à la normale.

D'autre part, l’engraissement, dit Leven, est variable suivant différentes phases de la vie, certains maigrissent avec des féculents, et sur ces données, il entrevoit déjà la dyspepsie comme cause explicative.

Puis il combat, toujours par les données de Bouchard, les conceptions de Bunge, qui soutenait que l'insuffisance de l'exercice était la seule et unique cause de l’engraissement.

En effet, sur 100 obèses :

35 avaient une vie normalement active;

28 une vie plus active que la moyenne;

37 une vie insuffisamment active; et Leven conclut par une phrase de Bouchard :

« L’obésité, cette maladie des gourmands et des paresseux, ne reconnaît pour cause ni l’abus des aliments, ni le défaut d'exercice. »

Mais alors, à quoi attribuer la cause de l'obésité?

Leven, se basant sur des observations recueillies par son père, M. Leven, insiste sur la dyspepsie associée et cause de l'obésité :

« Jamais on ne trouvera en défaut la notion que l’obèse est toujours un dyspeptique. Lorsque j'ai passé en revue les différentes questions intéressant l'étiologie de l’ohésité, j'ai considéré successivement les rapports de l’engraissement avec la grossesse, la menstruation, l’alimentation, le mouvement, ete.

£ Dans ces différents états, la dyspepsie entre toujours en jeu, elle est constamment l'intermédiaire necessaire. » À

De plus, Leven insiste vivement sur le rôle des

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émotions, des névroses dans la genèse de l'obésité. Pour cela, il cite entre autres des observations d’auteurs antérieurs, une de Worthington, une de Féré, si caractéristique que nous la reproduisons; elle est tirée de la Pathologie des émotions, parue en 1892. C'est l'histoire d’un père qui engraisse après la mort de sa fille.

« À partir de ce moment, il commença à prendre de lembonpoint, ceci linquiéta, et il ne comprenait pas qu'il pût engraisser en vivant aussi tristement et aussi simplement. Avant tous ses tourments, M. P... n'avait jamais pesé plus de 60 kgs. Il mesure 1”*64. Le 30 octobre 1885, il pèse 82 kgs; le 16 janvier 1886, 90 kgs 500. Il essaya des exercices violents sans aucun résultat. Le 12 mai 1886, il pèse 102 kgs; le 15 juillet, 106 kgs. Depuis son poids oscille entre 102 et 106 kgs. » Il conclut que chez tous les obèses on constate l’existence de symptômes de névrose ou de neurasthénie.

Pour donner un appoint au rôle du système nerveux dans lobésité, Leven cite dans sa thèse l'exemple suivant, qu’il prend à Weir Mitchell!.

C’est une observation qui concerne une fille de 12 ans, chez qui le tissu adipeux faisait complètement défaut dans la moitié supérieure du corps, alors qu’il était normal dans toutes les autres régions. Pour Leven, l'intégrité de la peau, des masses musculaires et du squelette semblerait démontrer la possibilité de centres nerveux distincts capables d'empêcher la formation de la graisse.

En réalité, cette observation présente pour nous un haut intérê‘, car nous croyons voir là la première observation de la lipodystrophie progressive qui fut décrite par Simmons en 1911. |

1. American Journal of medical Sciences, p. 105, vol. XCG, juillet 1885. } f EI 55 SIC Ÿ tr 254 Ÿ FE id, 2

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Dans un Traité de l'obésité paru en 1904, cet auteur reprend les notions qu’il avait déjà indiquées dans sa thèse, et d’un point de vue thérapeutique, insiste sur la nécessité de soigner les malades en envisageant le côté dyspeptique. Ils doivent manger à leur faim et boire à leur soif; et, peut-être le premier, il insiste sur le rôle thérapeutique de la station couchée dans le traitement de l’obésité.

Cet auteur est revenu par la suite, dans différentes publications, sur les idées qu’il avait déjà énoncées. La notion d’obésité commençante ayant prêté souvent à discussion, pour Leven, « le véritable poids « phy- « siologique » est le poids moyen resté fixe pendant de nombreuses années, aussi longtemps que le sujet a été bien portant ».

L’obésité commence donc au-dessus de ce poids physiologique.

C’est en 1901, après Babinski, que Frohlich signale les rapports de l’hypophyse et de certaines obésités; nous reproduisons ici les constatations radiographiques et opératoires de l’observation de Frohlich.

Constatations radiographiques et opératoires de l'observation de Frohlich

La radiographie faite chez Holsknecht montra la destruction du corps du sphénoïde et de la selle turcique avec constatation des apophyses clinoïdes antérieures.

L’ablation de la tumeur hypophysaire fut pratiquée par Von Eiselsberg, le 21 janvier 1907: il choisit la voie nasale.

La masse était formée par un kyste hématique de lhypophyse, renfermant plusieurs cuillerées de sang. L'examen de la paroi du kyste fait par Stœrck permit

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de supposer qu’il « s’agissait d’un carcinome ». Les suites opératoires furent très simples. La plaie était cicatrisée le douzième jour, il ne restait plus qu’une déformation due à l’ablation de la glabelle. L'état du malade s’améliora beaucoup, à tel point que les douleurs de tête, les troubles oculaires disparurent.

À la suite de cette observation, Frohlich rassembla les faits comparables épars dans la littérature médicale, et formula la conclusion suivante :

« En présence de symptômes qui font supposer l'existence d’une tumeur de la région pituitaire, lorsque les symptômes acromégaliques font défaut, mais que l’on constate d’autres troubles trophiques, tels qu’une adiposité se développant rapidement en des modifications cutanées rappelant le myxœdème, on est en droit d'admettre l'existence d’une tumeur ayant pour point de départ l’hypophyse elle-même. »

Notons ici qu’en 1903 Sicard et Roussy', en se basant sur deux observations prises dans les services de Raymond à la Salpétrière, et de Darier à la Pitié, rapportent l’adipose douloureuse à l’ablation des ovaires. Ils proposent de donner de la glande ovarique dans l’adipose douloureuse.

Carnot (P.), en 1904 et 1906, a effectué des recherches intéressantes sur l’étiologie et la pathogénie de l'obésité.

Il a insisté notamment sur diverses obésités toxiques et infectieuses dont les plus fréquentes sont les obésités alcooliques et tuberculeuses et qu’il a pu reproduire expérimentalement avec Amet. Il a repris d'autre part l’étude de certaines obésités endocriniennes.

a) Obésité toxique. — Suivant la dose, certaines

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