‹ Notes sur l'Histoire de l'ObésitéChapitre 36 sur 40 · PRES · texte numérisé non relu

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Les urines de l’obèse pléthorique renferment toujours une quantité normale ou exagérée d’urée, enfin il n’y a pas de rétention chlorurée.

Quant à l’obèse anémique, au contraire, il est hypo-azoturique et il existe souvent des troubles de l'élimination des chlorures.

Oulmont et Ramond étudient en outre la marche de la propagation graisseuse et disent : « En somme, l’infiltration s’effectue d’abord dans les régions normalement les plus riches en graïsses pour envahir ensuite les autres parties du corps; elle obéit à la loi qu'Hensinger a formulée pour l’homme normal. » La quantité de graisse sous-cutanée est en raison inverse de la pigmentation cutanée.

L’adipose est donc nulle au niveau de la verge, scrotum, paupières.

« Peut-être est-ce pour des raisons analogues que les gros se rencontrent de préférence parmi les individus blonds et à peau rosée. »

Oulmont et Ramond font des remarques intéressantes sur les rapports de l’obésité et du psychisme. « Chez une de nos malades sujette à des crises d’engraissement exagéré, les phénomènes débutaient par l'apparition de la phobie de l’espace. »

M. Sainton s’est beaucoup occupé d’endocrinologie et a donné de nombreux articles ayant trait à l’obésité.

D'un long article de la Semaine des Hôpitaux de Paris (avril 1929), nous extrayons ce passage où M. Sainton pose la question de la peau glande adipeuse.

« La peau n'est-elle point elle-même une glande adipeuse? Cette théorie n’est pas nouvelle, puisqu’elle a déjà été soutenue par Milne Edwards: elle est analogue à celle qui attribue à la peau une fonction pigmentaire propre. Elle a été à nouveau évoquée

par Menetnei et Henri Bénard, à propos de l’adénolipomatose. »

Ces auteurs se demandent si, dans certaines circonstances, le système adipeux ne serait point capable de révéler son individualité, comme sous l’influence du processus leucémique, les systèmes lymphoïdes et myéloïdes révèlent la leur. Il y a des cas dans lesquels ce système paraît atteint dans sa totalité, où les qualités de la sécrétion paraissent modifiées; on rencontre quelquefois des malades obèses chez lesquels la peau a une épaisseur particulière, formant une sorte d’enveloppe imperméable et restant froide, quelle que soit la température extérieure comme si la lipase y était à un état spécial.

En dehors des « officiels », d’autres médecins spécialisés ou non dans les maladies de la nutrition, se sont occupés du problème de l'obésité.

Burnier, dans sa thèse, en 1922, sous la direction d’Aubertin, a étudié la tension des obèses hospitalisés à l’hôpital de Brévannes.

i° Chez les obèses confinés au lit, la tension artérielle est constamment élevée au Pachon moyenne des systoliques 22,8, les diastoliques 9,8.

2° Parmi les obèses demi-valides, la proportion d’hypertendus est très forte (deux fois seulement les tensions furent normales sur dix-huit cas).

3° Parmi les obèses valides, la tension est en général moins élevée (moyenne de tensions systoliques Pachon 18,8, diastoliques 9,5.

Cette coïncidence si fréquente de l'hypertension chez les obèses d'hôpital ne se rencontre pas chez les malades de ville. Chez ces derniers, en effet, sui vant la statistique du D' Aubertin, les tensions nor-

males s’observent dans 63,6 % des cas, alors que chez

les malades hospitalisés elles ne se rencontrent que dans 10 % des cas.

En recherchant les rapports qui existent entre l'intensité de l'obésité et le degré d’hypertension, Coursier a constaté que plus l'indice d’obésité est élevé, plus l'hypertension est constante.

La longue spécialisation de M. Heckel, ses nombreuses fiches d’observations (plus de 16.000 en 1925), les nombreux articles et publications qu'il a fait paraître ne sont pas sans donner du poids à ses conceptions.

Nous allons essayer d'indiquer quel est son apport en puisant dans les publications qui nous paraissent les plus caractéristiques.

Il y a une grande différence entre les définitions rationnelles propres aux sciences exactes et les définitions qui se rapportent aux sciences d'observation. Les premières sont parfaites du premier coup, définitives, immuables, Pesprit les produisant librement y met ce qu’il veut et sait ce qu’il met; il en est tout autrement des secondes qui sont forcément empiriques; elles ont pour objet de faire connaître la nature des êtres réels, elle n’ont qu’une valeur relative et se perfectionnent avec les sciences, elles sont progressives et donc provisoires.

L’obésité étant complexe de pathogénie discutée accompagnée parfois de tout un cortège de maladies et suivie de complications, il sera difficile de trouver une définition qui indique toute cette complexité.

On a donné beaucoup de définitions de l'obésité.

Celle de Mouriquand est souvent adoptée, souvent citée; pour Mouriquand « l'obésité est le résultat d'un trouble du métabolisme des corps gras caractérisé par une aptitude spéciale de l'organisme à retenir les graisses alimentaires et à transformer en graisse les autres aliments (notamment les hydrates

de carbone), ce trouble est l’exagération d’un processus normal. »

Cette définition est surtout pathogénique, elle n’englobe pas tout le cortège de l’obésité, complications entre autres, elle tient peu compte du facteur clinique.

Celle d’'Heckel a pour nous le mérite d’englober ou de tenter d’englober l’obésité sous son angle à la fois pathogénique, étiologique et clinique. En effet, pour Heckel : « les obésités sont des syndromes à extension progressive due aux altérations des fonctions adiporégulatrices du système nerveux produites par les intoxications endogènes ou exogènes, syndrome caractérisé :

« 1° Par la surcharge et parfois la dégénérescence du tissu adipeux;

« 2° Par un ensemble de troubles fonctionnels (musculaires, nerveux, digestifs, rénaux et cardiovasculaires). »

D'un point de vue clinique, Heckel a essayé de préciser l’importance de l’obésité au moyen de mesures avec le mètre souple. Il mesure en des points déterminés : mesure circulaire du cou à la partie moyenne (37 cm. chez l’homme, 30 chez la femme).

Mesures thoraciques (au-dessus, au niveau et audessous du mamelon). La première mesure donne 89 cm. chez l’homme, 78 cm. chez la femme.

Mesures abdominales horizontales au niveau de l’ombilic (78 à 80 cm.).

Mesures du bassin.

Heckel distingue quatre grandes périodes dans l’évolution de l’obésité.

Première période : de préparation et d’imminence morbide. Engraissement, obésité symptôme.

Deuxième période : d'installation, embonpoint accentué, obésité syndrome.

Troisième période : lésionnaire, obésité maladie.

Quatrième période : de cachexie adipogene.

Se fondant sur la localisation de la graisse, Heckel établit des formes à pronostic différent.

Le pronostic de l’infiltration diffuse sous-cutance est meilleur que celui d’une surcharge abdominale intrathoracique.

Une obésité intra-thoracique et intra-abdominale légère peut-être accompagnée de troubles graves intra-organiques.

Les obésités localisées à l’abdomen sont lindice d’un trouble fonctionnel du tube digestif.

Les obésités pléthoriques avec hypertension portale et infiltration des membres, de l’abdomen et du thorax mènent toujours à l’artériosclérose de très bonne heure.

L’obésité localisée à l’abdomen et accompagnée de ptoses chez la femme est susceptible d'évoluer pendant longtemps sans complications graves.

L’obésité sous-ombilicale de la cinquantaine doit faire soupçonner la néphrite chronique urémigène

lorsqu’elle s'accompagne de dyspnée, de pâleur de la face, etc...

Au point de vue diagnostic :

L’obèse sera examiné nu et surtout de profil, le

profil est le meilleur moyen pour décéler une obésité débutante.

On appréciera l’épaisseur du pli cutané qui ne doit pas dépasser quelques millimètres.

Et surtout, on usera de pesées fréquentes.

Au point de vue thérapeutique, Heckel, dès 1914, dans le Journal Médical Français, expose ses idées sur le traitement de l’obésité. Nous les résumons ici.

Aux deux rôles reconnus des aliments :

1° Apport de matière (pour construire ou remplacer les protoplasma) ;

2° Apport de matériel énergétique pour les échanges métaboliques, pour les nécessités vitales.

Heckel ajoute un troisième rôle considérable, l’action dynamogénique excito réflexe. « En dehors de son apport matériel énergétique somme de ses composants en H. C. Az. etc, qu’on peut mesurer en calories, chaque aliment est susceptible par ses qualités organoleptiques, par son mode de préparation et son association avec d’autres aliments de produire sur l’appareil nerveux une excitation sensitive et sensorielle qui retentit dans le domaine moteur et sécrétoire de l’appareil digestif d’abord et des autres appareils ensuite.

« Dans ce rôle dynamogénique excito réflexe, il y a toujours une participation psychique, car notre mémoire sait retrouver les souvenirs des images sensorielles, olfactives, gustatives, tactiles, qui ont pris naissance dans nos expériences gastronomiques antérieures. »

C’est pourquoi Heckel évite les régimes tristes. « Aussi faut-il utiliser une cuisine agréable, variée et très soignée. Si vous prescrivez des œufs, rien n’empêche qu’ils soient brouillés aux truffes ou aux champignons. Il est inutile qu’une sole soit desséchée ou bouillie, elle peut être agrémentée. Les légumes verts au jus de poulet sont aussi agréables qu’au beurre.

« Un peu de lait peut être utilisé dans les sauces

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que je permets et qui ne sont point redoutables quänd elles ne sont prises en grande quantité avec le pain. »

Donc régime mixte modérément restreint.

Heckel, à moins de conditions exceptionnelles et passagères, est adversaire déclaré du régime végétarien.

L’albumine est la constituante essentielle des cellules.

Elle donne le tonus nécessaire à la vie.

Les végétariens sont atones, sans énergie vitale, ils sont impropres à la conception et à la production fertile.

L’athlète a tendance à la nourriture azotée, même s’il s’en défend, cette nourriture est réelle.

L’albumine végétale ne vaut pas l’albumine animale.

Bien qu’il n’adopte pas dans toute son intégrité la doctrine morphologique de Claude Sigaud, Heckel voit cependant la possibilité de prédominance fonctionnelle et traite différemment les malades suivant leur prédominance.

L’obèse à type digestif qui tire son excitation fonctionelle de son tube digestif doit être nourri, d’où régime différent pour les obèses :

a) Gros mangeurs.

b) Petits mangeurs.

A) Gros mangeur. — Beaucoup de masse alimentaire : deux repas quotidiens comme suit :

1° Hors-d'œuvre végétaux en vinaigrette : tomates, céleris, concombres, salades, radis : 100 grammes ;

2° Un œuf préparé ad libitum :

3° Une viande ou poisson avec sauce ou sans sauce (toutes préparations permises), dont le poids, l’ali-

ment étant cuit, représente en grammes le même nombre que celui du poids du malade (soit 80 grammes pour un homme de 80 kilos) ;

4 Un légume vert à discrétion comme quantité et préparé au jus de viande dégraissé;

5° Des fruits crus ou cuits à discrétion (pas de fruits secs).

Peu d’exercice au début.

B) Petit mangeur. — À chacun des repas comme ci-dessus :

1° Une viande;

2° Un légume vert;

3° Fruits.

Peu d’exercice au début.

Heckel différencie encore les petits obèses des gros obèses.

C) Petit obèse. — À chacun des deux repas :

1° Un œuf ou 50 grammes de poisson;

2° Une viande (même règle que plus haut);

3° Un légume vert ou féculent (dans ce cas limité à 100 grammes);

4° Des fruits.

Beaucoup d’exercice dès le début avec hydrothérapie chaude ou froide, suivant les cas.

D) Grand obèse. — Premier jour : purge et diète hydrique; deuxième jour : purge et diète végétarienne. |

Ensuite, à chacun des deux repas :

1° Hors-d’œuvre végétaux;

2° Œuf ou poisson;

3° Viande;

4° Légumes verts une fois par jour alterner avec pommes de terre non frites (120 grammes);

5° Fruits, café et un verre à bordeaux de Bordeaux.

Peu d’exercice au début.

Telles sont les conceptions thérapeutiques que M. Heckel exprimait en 1914 dans le Journal Médical Français.

En 1995, dans la Collection des Travaux de Pathologie Comparée, M. Heckel, sous le titre de « Ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire pour maigrir », a fait une forte critique de la thérapeutique traditionnelle. Dans cet ouvrage, il étudie les régimes par la méthode barygraphique, et au moyen de courbes, il montre l’action insoupconnée de certains aliments :

« L’étude des courbes barygraphiques permet de résoudre, dans la cure de l’obésité, quelques points de diététique jusqu'ici inexplicables.

« Comment une minime infraction, telle que l’absorption intempestive et unique d’une coupe de champagne ou d’une petite quantité d’un vin très agréable ou fortement excitant (porto), ou d’un mets de haut goût (foie gras, confit d’oie, cassoulet, bouillabaisse), peut-elle se traduire dès le lendemain par une prise de poids considérable, eu égard à la valeur calorique de l'infraction?

« Dans ce cas, c’est vraiment l’excitation fonctionnelle digestive qui accroît l’assimilation sur tout le reste des aliments constituant le repas, et qui se perpétue pendant plusieurs repas consécutifs, jusqu’à ce qu’enfin le calme réapparaisse.

« Comme conclusion thérapeutique, je recommande à mes patients, lorsqu'ils ont fait une infraction et qu’ils veulent éviter de la payer trop cher en reprise de poids, d’absorber un sédatif glandulaire (bella-

done, bromure) qui remet, en effet, les choses en ordre, »

Egalement, par l'emploi du contrôle barygraphique, Heckel montre l’action néfaste sur la cure d’obésité de certains procédés physicothérapiques et de l’oxygénothérapie.

Il insiste sur l'influence du repos comme moyen systématique de traitement dans l’obésité, associé, bien entendu, à l’emploi d’un des régimes restreints en graisse, hydrocarbonate et alcool.

L’indication de l’exercice n’apparaît qu’à la fin de la période d’amaigrissement, et encore ne doit-il pas être lent et modéré, car, dans ce cas, il est engraissant comme le montre le contrôle barygraphique.

Il doit aller jusqu’à la fatigue, non jusqu’au surmenage.

Heckel fait en outre, dans cet ouvrage, une critique très vive de la gymnastique électrique passive (méthode Bergonié) et du massage, qui fait toujours engraisser les gras et les obèses.

Par contre, il préconise l’action heureuse de la thyroïdine à forte dose (18 à 20 grammes).

Heckel a encore fait paraître, en 1930, un ouvrage : Maigrir, Pourquoi, Comment? où il résume toute son expérience clinique et thérapeutique et où il réserve un long chapitre sur les modalités de l’escroquerie à l’obésité.

Enfin, en 1931, il écrit dans le Journal Médical Français un long article, où il expose une phase préadipeuse et où il donne d’intéressantes conceptions pathogéniques.

Nous résumons cet article intitulé : « Quelques aperçus sur la nature et la signification des syndromes lipogènes et de l’obésitét. »

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