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DOUTE ET CROYANCE

des deux types, il y a un mouvement alternatif de faveur et de défaveur. Chaque type oscille ; les deux types alternent.

Connaissant la loi de succession des phases, on peut à chaque moment prévoir la phase suivante, et agir sur la venue de celle-ci. Connaissant la tendance des théories à passer d'un extrême à Tautre, et à faire un grand chemin en zigzag -r- pour qu'en somme la progression de la science sur Taxe ou la ligne moyenne soit assez lente — , on peut, et doit, tâcher de limiter les pertes de temps, de chemin et d'énergie.

Doute et Croyance

La science progresse plus ou moins suivant que l'attitude d'esprit des chercheurs est plus ou moins favorable, suivant que les penseurs ont plus ou moins tendance à croire qu'ils connaissent déjà la vérité absolue, ou, au contraire, à douter de leurs connaissances actuelles et à chercher les moyens de contrôle qui permettront de réduire le doute.

Nous voyons, dans l'évolution de la science humaine, des périodes de doute et des périodes de croyance.

Le doute peut être celui du pur sceptique (qui dit ne pouvoir s'arrêter à aucune opinion), ou celui de Montaigne (qui se demande si, sur bien des points, il peut s'appuyer sur une croyance, et qui ne résout pas le problème), ou celui de Socrate ou de Descartes (qui, se posant la question, veulent et croient la résoudre, qui, partant du doute, arrivent à l'affirmation) .

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3j8 l'histoire générale des sciences

Le doute scientifique — celui de Descartes, par exemple — est une bonne chose, mais une chose bonne quand elle est adaptée aux besoins et capacités d'un certain esprit, d'un individu donné. Tout remettre en question est un exercice que tous les hommes ne peuvent pas pratiquer, qui dépasse les forces de beaucoup d'entre eux. Et les savants qui, comme Aug. Comte, ont des tendances dogmatiques, tout en proclamant la nécessité du libre examen qui remet tout en question, restreignent dans une mesure plus ou moins large le droit d'en user.

L'esprit scientifique, l'esprit qui fait avancer la science, est opposé à l'esprit d'autorité ou de croyance aveugle. Les grands novateurs, ceux qui ont lutté personnellement ou ont vu lutter les autres contxe les préjugés, contre l'autorité d'une parole humaine ou divine (Léonard de Vinci, Galilée, Descartes, Pascal, etc.), ceux-là ont su écrire contre l'autorité des pages pleines de force et de clarté.

Si le droit de tout remettre en question peut être refusé à certains esprits, il doit être accordé à toutes les époques de l'histoire, aux époques futures, en particulier. Il serait bon qu'à des époques déterminées — tous les siècles, par exemple — les savants s'entendissent pour remettre en question tout, ou au moins toutes les théories. (V. La Méthode dans les Sciences exp,, p. 334 sq.)

En efl*et, les théories et les faits ne progressent pas simultanément et parallèlement. A toutes les époques de l'iiistoire il y a dés discordances entre les cadres, qui sont les tliéories, et les faits à encadrer. D'autre part, certains faits admis comme authentiques parce qu'ils passent pour avoir été observés par tel grand savant, n'ont pas été observés en réalité, sont faux ou inexistants : et l'affirmation de leur existence a été introduite par erreur dans la science.

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CONSTRUCTION ET MATERIAUX : LES FAITS 3g

A chaque moment de Thistoire, une science donnée telle qu'on renseigne est un composé de faits pins ou moins bien observés et vérifiés (qui sont comme les pierres de Tédifice), et de théories plus ou moins bien faites (qui sont comme le ciment qui lie et coordonne). Les faits et les théories enseignés ne sont pas toujours et nécessairement Texpression de la vérité. A côté des faits vraiment connus, il y a des faits qui sont seulement supposés. Et dans le cadre de la théorie, bien des points sont sans fait correspondant, bien oes cases sont inoccupées. Le contrôle, la revision et Texamén attentif doivent ne pas être négligés trop longtemps.

Une revision, un contrôle général et périodique des faits, des théories et de l'accord des faits et des théories serait fort utile. 11 serait mieux fait et plus facile à faire, si le travail était exécuté par des associations scientifiques compétentes, au lieu d'être essayé, comme on le voit parfois, par des individus isolés.

Construction et Matériaux : les Faits

Deux grands courants poussent le monde, deux tendances générales manifestent alternativement leur action dans l'évolution de la science.

Tantôt les esprits se portent vers les grandes conceptions, vers les conceptions de grandes synthèses ou de vastes ensembles : ils veulent construire le monde et l'enfermer dans quelques formules générales. Tantôt, au contraire, les esprits se portent vers l'étude des menus faits, ils évitent de construire des

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4o l'histoire générale des sciences

ensembles, réduisant leur souci et leur gloire à la cueillette des faits particuliers (i).

Il est plus facile d'imaginer le monde que de Tobserver et de le connaître vraiment. Aussi les âges primitifs, les peuples enfants ou jeunes — et même les individus jeunes d'âge ou d'esprit — aiment-ils mieux construire avec leur imagination qu'observer patiemment. Ils aiment mieux élever des constructions, même fragiles, inconsistantes, sans base, que recueillir des matériaux, même solides.

« Lorsqu'il osa pour la première fois s'abandonner à lui-même, il (l'esprit humain) chercha à deviner le monde et à le construire, au lieu de l'observer. » (Berthelot : Science et Philosophie, p. ii.)

Aux périodes où la construction est en faveur, elle sévit avec force ; et les esprits ne manquent pas de pousser jusqu'à l'exagération cette tendance légitime et nécessaire de l'intelligence humaine. L'abus de la tendance constrùctive finit par être aperçu. On se lasse à la fin de construire des systèmes — vastes et beaux, mais vains — , quand on voit qu'aucun d'eux ne tient, que la poussée des faits observés les renverse tous l'un après l'autre. Et l'on se tourne alors vers les faits, vers les faits en qui réside la force, vers les faits qui jettent bas les théories les plus belles.

A ce moment, l'abus de la construction tend à faire

(i) Renan, dans son beau livre sur V Avenir de la Sciencey expose longuement (chapitre XVI) comment « l'esprit humain, dans sa marche, traverse trois états qu'on peut désigner sous les trois noms de syncrétisme, d'analyse, de synthèse ».

Cette vue est semblable, par bien des points, à celle que j'expose ici et un peu plus loin. Pourtant, au lieu de reconnaître l'alternance constante des deux tendances, analytique et synthétique, Renan indique un mouvement en trois temps seulement, synthétique d'abord, analytique ensuite, puis synthétique avec arrêt sur ce temps.

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