‹ Notes sur l'histoire générale des sciencesChapitre 13 sur 32 · FANTAISIE ET SCIENCE · texte numérisé non relu

FANTAISIE ET SCIENCE

fantaisistes et les ignorants, c'est chose facile, mais ce n'est pas chose scientifique. Il n'est pas plus scientifique de faire cela qu'il ne l'aurait été, il y a quelques siècles, de rejeter l'étude des transformations de la matière, sous le prétexte que c'étaient des fantaisistes (les alchimistes) qui s'en occupaient alors. (V. : La Méthode dans les Sciences expér., p. 3i2 sq.).

Quand un sujet est aux mains des charlatans, les savants officiels ont d'ordinaire peur, pendant un temps, de l'aborder : ils ont peur de perdre leur temps et aussi leur réputation. Ici, comme ailleurs, la peur est mauvaise conseillère.

Plus le sujet est difficile, plus l'empirisme a régné longtemps, plus les chances d'erreur sont grandes, plus aussi il importe que les hommes qui abordent le sujet soient de vrais savants, connaissant la méthode scientifique, sachant comment on repousse l'erreur et saisit la vérité. Et ce sont de vrais savants, en petit nombre, qui essayent maintenant de pénétrer dans le domaine des phénomènes dits « psychiques », avec l'espoir d'en expulser les fantaisistes : ils espèrent rejeter l'erreur qui semble être largement répandue dans ce domaine, et recueillir, s'il existe, le grain de vérité (semblable au grain de vérité que le chimiste peut trouver dans l'alchimie) qui, après germination et développement, pourra donner un jour une véritable science positive et naturelle. L'Institut général psychologique s'occupe de débrouiller le chaos où les petits esprits se perdent ou se noient : les savants qui sont à la tète du groupe d'études des Phénomènes psychiques (i) sont capables d'accomplir bien une œuvre extrêmement difficile.

(i) C'est une excellente tactique que celle qui a consisté, pour l'Institut, à encadrer ce groupe d'un certain nombre d'autres groupes (de Psychologie zoologique, de Psychologie morale et criminelle, etc ), qui abordent l'étude de sciences déjà établies ou plus

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64 l'histoire générale des sciences

Anthropocentrisme et Anthropomorphisme

En face du monde, Tattitude de rhomme est simple d'ordinaire : il ramène tout à soi, il se met au centre du monde, au centre de tout. Sa personne est ce qui importe au monde, son pays est le point central de la terre et de Tunivers, son temps est le temps ou répoque typique et terminale du progrès humain. Ce qui est « nous » et ce qui est « nôtre » est le tout du monde.

La tendance que nous avons à tout ramener à nous (chose injuste), après avoir considéré tout par rapport à nous (chose juste et nécessaire), se trouve chez chacun de nous, pousse chacun de nous. Mais elle pousse avec plus de force les uns que les autres : elle nous pousse d'autant plus que nous sommes plus ignorants en général et, en particulier, plus ignorants de l'existence de cette tendance. Quand nous connaissons l'action de cette tendance, nous pouvons réagir contre elle, et ne pas nous laisser entraîner au-delà des limites raisonnables. Il importe donc de montrer la tendance, et de rendre conscient pour nous ce qui agissait inconsciemment ou sans éveiller notre conscience.

L'anthropocentrisme peut prendre bien des formes différentes. Certaines de ces formes ont été étudiées (i); d'autres n'ont pas encore été mises en lumière.

faciles à établir et dans lesquelles les moyens adaptés de contrôle scientifique sont déjà mieux assurés. Dans le cas — improbable — où la prudence scientifique tendrait à abandonner certains chercheurs plus ou moins dissidents trop pressés de conclure ou d'affirmer, l'ensemble des groupes, par son inertie, jouerait te rôle de régulateur automatique ramenant le mouvement dans la juste mesure.

(i) « L'anthropomorphisme a joué un rôle historique considérable dans la genèse de la mécanique » . (Poincaré : La Science et l'Hypothèse, p. i3o).

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