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LA MÉTHODE

n'ont pu encore se défaire complètement de celle-là : Aug. Comte paraît être de ces esprits.

En politique, où révolution oscillatoire est très apparente et où personne ne peut ne pas la voir, Fanthropocentrisme ne perd pas tous ses droits. Voyant nettement que les tendances politiques changent avec les époques, qu'elles ont toujours alterné, ranthpopocentrisme ne peut considérer la phase actuelle comme la phase définitive, la phase typique de révolution. Alors, pour ramener tout à nous-même, pour faire de notre temps Tépoque typique ou importante pour révolution historique, nous sommes amenés à dire que notre époque est importante, non pas parce que Tétat actuel se maintiendra toujours, mais parce que la tendance actuelle — celle que manifeste notre temps et que nous manifestons nous-mème — va produire des effets considérables, tels qu'il y en a eu peu de semblables dans l'histoire . « Nous sommes à un tournant de l'histoire », dit-on volontiers dans tous les temps. Nous croyons toujours être à un tournant de l'histoire, parce que nous voulons toujours faire tourner l'histoire autour de nous, autour de notre individu, de notre nation, de notre pays et de notre temps.

La Méthode

L'Histoire générale des Sciences coïncide sensiblement avec l'histoire de ce qu'il y a de commun à toutes les sciences, c'est-à-dire avec l'histoire de l'Esprit scientifique ou de la Méthode scientifique.

Or, l'ensemble de la « Méthode de recberche » peut être réparti dans les sections suivantes :

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i® Questions à poser;

20 Manière de poser les questions ;

3° Manière d'observer les faits;

4° Manière d'imaginer les hypothèses explicatives;

5» Manière d'expérimenter ou vérifier ;

6» Manière de tirer les conclusions.

L'Histoire générale des Sciences doit donc exposer l'histoire des efforts faits et des résultats obtenus touchant ces diverses parties de la méthode.

Aug. Comte a étudié la partie de l'histoire de la méthode qui se rapporte à la 4® section, c'est-à-dire à la manière d'imaginer les hypothèses explicatives ou les théories. Et il a énoncé (après d'autres auteurs, qu'il cite lui-même) et commenté longuement une loi — à la fois phylogénétique et ontogénétique, pourrait-on dire — du développement des idées. Elle a été nommée « loi des trois états ».

« Intégralement conçue, la loi fondamentale de l'évolution intellectuelle consiste dans le passage nécessaire de toutes les théories humaines par trois états successifs. Le premier, théologique ou fictif, est toujours provisoire; le second, métaphysique ou abstrait, purement transitoire; et le troisième, positif ou scientifique, est seul définitif» (A. Comte : Traité de Politique positive, t, III, ch. I, p. 28).

Dans le premier état — état théologique — , la théorie que l'homme émet, l'hypothèse qu'il imagine pour expliquer les faits consiste à attribuer leur production aux dieux ou à des actions divines.

Dans le deuxième état — état métaphysique — , la théorie consiste à expliquer les faits par l'action d'entités métaphysiques.

Dans le troisième état — état scientifique —, la théorie consiste à expliquer les faits par l'action des lois naturelles agissant dans des conditions déterminées.

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RÉVOLUTIONS DANS LA METHODE Sq

La succession de ces trois états dans les générations humaines — et aussi dans l'esprit de chaque individu humain — est réelle et facile à observer, si Ton consent à considérer les choses de haut ou en gros. Si Ton veut descendre jusqu'au détail et considérer les plus petits mouvements de la pensée humaine, on rencontre des exceptions importantes, dont il faut tenir un compte suffisant.

• En somme, il me paraît que cette loi — ou ce fait général — mérite d'être conservée dans l'Histoire générale de la Science (bien qu'elle ignore le mouvement oscillatoire ramenant du troisième état au premier). Mais il me paraît impossible d'admettre qu'elle soit le tout de cette science, ni même qu'elle soit la base sur laquelle tout repose dans cette science. En réalité, l'Histoire générale des Sciences n'est pas faite encore ; et même sa base n'est pas encore sûrement établie. Il reste aux chercheurs à fixer les bases, et à construire ou éditier cette importante science générale.

Révolutions dans la Méthode

L'Histoire des Sciences montre et marque les caractères des époques de la pensée humaine.

Les grandes époques de la science — celles où il semble qu'une révolution ou un grand progrès se soit fait dans la pensée humaine — correspondent chacune à une révolution dans la méthode, sont contemporaines et dépendantes d'une révolution dans la méthode. Et les noms les plus marquants à la fofs et les plus « représentatifs » de l'époque sont ceux des

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fio l'histoire générale des sciences

penseurs qui ont apporté quelque chose de nouveau dans la méthode (i).

Soerate « fit descendre la philosophie du ciel sur la terre », en faisant passer le courant de la recherche du domaine de la nature au domaine de l'homme . Mais, en même temps qu'il dirigeait ainsi la pensée humaine vers un nouvel objet, les sciences morales, il le fit en employant une nouvelle méthode, Tobservation. Il apprit aux hommes (qui jusque-là aimaient mieux construire des systèmes, beaux mais fragiles

— parce qu'ils manquaient de base positive), il apprit aux hommes à douter d'abord des choses qu'ils ignoraient (ce qui est le commencement et le fond de la science), puis à oberver autour d'eux et en euxmêmes les faits dont on aurait à tirer des conclusions, à les analyser, puis à conclure, en « accouchant » leur propre esprit des idées qui y étaient contenues en germe,

Aristote, entre autres choses, étendit aux sciences positives du monde l'observation que Soerate avait appliquée aux sciences morales.

La Renaissance réinventa l'observation abandonnée

— ou négligée — pendant le moyen-âge (i). Les sa-

(i) L'histoire, quand elle est sérieusement faite, nous montre que toujours les grands révolutionnaires de la science ont eu des précurseurs : toujours de petits savants sont venus d'abord, qui ont fait ou dit avant les grands ce que ceux-ci passent pour avoir apporté de nouveau.

Si donc je ne cite ici que les grands noms, en négligeant les précurseurs, c'est simplement pour abréger l'exposé. r

(i) A toutes les époques de l'histoire, il y eut des individus qu^ pratiquèrent les divers procédés de la méthode (l'observation, en particulier). Mais, suivant les époques, ils le firent avec plus ou moins de bonheur et ils furent plus ou moins nombreux à le faire. L'Histoire généiale des Sciences ou de l'esprit humain s'appliquant à montrer surtout le sens des grands courants, à esquisser le tableau des grands mouvements, on peut dans cette large esquisse omettre les petites agitations qui n'ont pas imprimé une direction d'ensemble à la pensée humaine.

Le moyen-âge fut comme une période de nuit dans l'évolution

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vants et penseurs de la Renaissance furent des observateurs, qui portèrent dans les sciences positives (sciences proprement scientifiques et sciences littéraires, philologiques *^et morales) et dans tous les domaines (religieux et autres) le souci d'observer les faits avant de conclure. Qulls soient théoriciens où praticiens de la science, l'observation fut leur arme et leur souci : ils observèrent dans le grand livre du monde, au lieu de regarder seulement dans les livres des hommes ; ils exaltèrent Fautorité des faits, en rejetant celle des hommes ou des écrits. Le libre examen, l'observation et Tétude directe — et indépendante — des faits et des textes, fut ce qui caractérisa la Renaissance dans le domaine de la pensée.

Christophe Colomb, Léonard de Vinci, Bernard Palissy, Montaigne, Bacon, Galilée — pour ne citer que peu de noms — furent des pratiquants ou des partisans et théoriciens de l'observation des faits scientifiques et de leur examen fait librement, c'est-à-dire sans égard pour l'autorité. Luther et les chefs de la Réforme furent des observateurs, qui voulurent examiner librement les faits et les idées de la religion et en tirer les conclusions que la raison leur indiquait.

Le libre examen suppose le doute préalable, le doute qui semble admettre que la science n'est pas faite et qu'elle est, par conséquent, à faire, que les livres déjà écrits ne disent pas tout, et que ce que les livres (scientifiques ou religieux) disent peut être interprété de plusieurs manières différentes. Le libre examen et le doute scientifique sont chose importante

de la pensée humaine. Mais la nuit ne fut pas absolue — comme une étude superficielle pourrait le faire croire — : elle fut seulement relative. Les précurseurs et les germes de la pensée moderne se trouvent parfois, souvent même, dans le moyen-âge ou chez les penseurs de cette époque.

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dans la méthode scientifique : les établir, c'est servir la méthode.

Descartes rénova la méthode en l'orientant surtout vers la construction (i). S'il fit des observations et des expériences, et si plus d'un de ses préceptes s'applique à l'observation et à l'expérience et à l'induction, son effort porta surtout sur les procédés déductifs et les résultats qu'ils fournissent.

Pour ce qui concerne le doute, il ne fit que le codifier. Descartes fut dans le domaine du doute le continuateur de là Renaissance, et non le premier inventeur.

Quant à Aug. Comte — qui prétendait lui aussi être un chef d'école — , il apporta quelque chose de nouveau, de relativement nouveau, dans la méthode.

Si l'on considère (comme je le fais ailleurs) que les grandes sections de la méthode peuvent être intitulées : lo questions à poser, a» manière de poser les questions, 3° manière d'observer les faits, 4'' manière d'imaginer les hypothèses, 5° manière d'expérimenter, 6o manière de tirer les conclusions, on peut dire que l'apport d'Auguste Comte se rattache aux première et quatrième sections. En effet, la méthode positive de cet auteur demande qu'on ne pose que certaines questions (questions de fait vérifiable et de loi), et qu'on n'admette comme hypothèse explicative que

(i) Descartes voulut construire, construire un système où tout se tenait, et où le lien rattachant toutes les parties était constitué par la méthode. La construction ou synthèse et la méthode se tiennent dans son système.

Il est d*autres exemples à citer pour montrer qu'une révolution dans la connaissance peut être obtenue par la méthode conduisant à la synthèse, à la synthèse envisagée sous Tune quelconque de ses formes (synthèse subjective ou synthèse objective), même sous une forme très différente de la synthèse subjective de Descartes. Ainsi, la synthèse objective introduite en chimie, en même temps qu'elle fut une révolution dans la méthode, apporta une révolution dans la science chimique.

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