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RÉVOLUTIONS DANS LA METHODE

des *aits et des lois positives, en excluant les pouvoirs divins et les suppositions invérifiables.

Aug. Comte ne prétend pas avoir inventé seul ce qu'il appelle « Tesprit positif » (il cite lui-même ceux de ses précurseurs qu'il connaît). Ce qu'il apporte est plutôt une codification nouvelle — et importante — qu'une invention de chose absolument nouvelle.

Une révolution reste à accomplir dans la scièncfe et dans la méthode — et par la méthode — , une étape importante reste à parcourir. Cette étape est celle de « l'Organisation de la Science », ou de la Science organisée succédant à la Science inorganisée ou amorphe. C'est la tâche qui revient aux savants contemporains de préparer d'abord cette organisation, puis d'y procéder, en utilisant premièrement tout ce que les premiers savants ont dit ou pratiqué en fait de méthode, en utilisant ensuite les pensées nouvelles qui peuvent surgir touchant cet objet. Il fcxut, pour le progrès de la science humaine, s'occuper d'ouvrir l'ère des Méthodes et de l'Organisation de la Science.

« Qu'est-ce que organiser la science, où donner une organisation à la science? C'est constituer la science en coordonnant ses parties de manière à produire le résultat cherché"(qui est de faire que l'homme sache beaucoup et sache bien).

« La science se présente à nous sous trois aspects différents : la science faite, la science qui se fait, la science qu'on enseigne. Par suite, l'organisation de la science peut être considérée sous trois aspects : l'organisation de la science faite, l'organisation dans la confection de la science ou dans la recherche scientifique, et l'organisation dans l'enseignement ou de l'enseignement.

« Qu'il s'agisse de science faite, de recherche scientifique, ou d'enseignement, c'est toujours le travail

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de rhomme qui intervient pour produire Tobjet dont rhomme s'occupe ; et, toujours, on doit prendre soin d'établir l'organisation du travail. » (L'Organisation de la Science y p. VIL)

« Pour que la science — ou le savoir humain en général — remplisse le mieux possible sa fonction, il faut que cette science, vue sous ses trois faces (science faite, recherche scientitique, et enseignement) soit bien organisée, c'est-à-dire faite d'éléments aussi bons que possible, aussi bien fixés que possible, surtout ceux de la base, aussi nombreux que possible (afin qu'il n'y ait pas de vide compromettant la solidité de l'ensemble), et aussi bien coordonnés que possible, chacun étant mis exactement à la place qui lui convient et se trouvant bien lié aux voisins. Il faut aussi que le travail de ceux qui s'occupent de la science envisagée sous ses trois faces, soit bien organisé, c'est-à-dire combiné de telle sorte que, avec des éléments donnés, l'ensemble du travail produise des effets maxima, ou ait un rendement maximum : et pour cela, il faut établir des liens entre les travailleurs (comme on en aura établi entre les parties de la science), donner une direction d'ensemble au travail, établir la division du travail, et la coopération qui résultera de l'entente. Là où maintenant on voit l'isolement réel des travailleurs et des travaux juxtaposés, il faut établir la solidarité des travaux, ainsi que la solidarité des travailleurs et. la combinaison des efforts. La foule des travailleurs est une foule d'isolés, faite d'éléments voisins mais sans liens : il faut mettre entre ^ux le lien d'une pensée commune. » (L'Organisation de la Science, p. XXXIX.)

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Le Vrai et l'Utile

L'Histoire de la Science s'occupe non seulement de l'attitude générale de l'esprit en face des objets à étudier, mais encore de ces objets même — ainsi que des résultats obtenus dans la recherche.

L'objet de la recherche varie avec l'époque considérée. L'histoire nous montre l'alternance de deux tendances générales. Tantôt on a tendance à rechercher l'utile; et la faveur publique va à ceux qui se livrent à cette recherche. Tantôt on a tendance à rechercher seulement le vrai — ou, d'une façon plus générale, l'inutile.

Aux premières époques de l'histoire, l'homme recherche exclusivement ce qui peut lui être utile, ce qui peut l'aider à entretenir la vie et la santé de son corps (i). La curiosité pour le vrai, le culte désintéressé de la vérité — de la vérité inutile, inutile à la satisfaction des besoins matériels — ne vient qu'après. Aux premières époques ce sont seulement quelques hommes, plus intelligents et meilleurs que les autres, qui s'attachent à la recherche de la vérité, à l'œuvre de la science ; mais, à mesure que le temps marche et que la recherche se poursuit, on passe de plus en plus de l'utile au vrai qui est inutile directement, et aussi du concf et à l'abstrait. La science abstraite naît alors. (Dans l'Occident, elle naît — ou, plus exactement, s'établit — vers l'époque de Thaïes.)

Alors, il semble de plus en plus à la foule que ce qui caractérise le mieux l'intelligence et la valeur

(i) Promélhée dérobant le feu du ciel pour rulilité de l'homme, est un symbole qui traduit ou exprime les tendances utilitaires de ceux qui ont créé le mythe.

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d'un homme, c'est la tendance qu'il a à s'occuper de choses inutiles directement et aussi abstraites que possible. Le culte de la science inutile, de « la science pour la science » (corrélatif et d'ordinaire contemporain du culte de « l'art pour Tart »), de la science pure et abstraite se développe, tandis que la science appliquée, peu goûtée, reste à peu près stationnaire. La faveur publique va à ceux qui font de la science pure. Et quelques petits penseurs (ce sont toujours ceux-là qui exagèrent les tendances et les actions en provenant) en arrivent à opposer nettement — dans leur esprit, sinon en paroles — la science appliquée à la science pure, et à mépriser ou dédaigner les arts utiles et la science appliquée, que, pour un peu, ils nommeraient volontiers « la science impure ».

Les grands esprits, ceux qui ont marqué le plus fortement leur empreinte dans la science ou l'histoire de la pensée humaine, sont ceux qui ont su manifester et utiliser les deux tendances, ceux qui ont su voir qu'elles étaient non pas contradictoires, mais pour ainsi dire complémentaires.

Socrate, qui rechercha le vrai — surtout dans le domaine des sciences de l'homme —, rechercha aussi l'utile. Il voulut que les idées acquises servissent au perfectionnement physique ou matériel, et intellectuel et moral du citoyen et de la société.

Descartes, qui rechercha le vrai — et fit avancer considérablement la science abstraite —, voulut aussi être utile au perfectionnement physique, aussi bien qu'intellectuel et moral, de l'homme. Il a écrit : « J'ai résolu de n'employer le temps qui me reste à vivre à autre chose qu'à tâcher d'acquérir quelque connaissance de la nature, qui soit telle qu'on en puisse tirer des règles pour la médecine, plus assurées que celles qu'on a eues jusqu'à présent ». (Discours sur la Méthode y G^ partie).

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Leibnitz aussi voulut être utile à l'homme, agir sur rhomme physique, intellectuel et moral, et contribuer à le rendre meilleur en tout.

Aug. Comte visa expressément l'utilité et l'application, quand il se donna pour lâche de fonder une politique positive basée sur l'étude scientifique des sociétés (celle-ci fondée elle-même sur l'étude scientifique du monde et de l'homme).

Actuellement, les applications visant l'utilité sont de plus en plus nombreuses, et en particulier les applications industrielles, celles qui visent l'utilité que les objets matériels peuvent posséder. Mais il parait encore, à bien des gens, moins noble de s'occuper de sciences appliquées ou utiles que de s'occuper de science pure. Et, même lorsque le savant qui s'occupe d'applications ne recherche aucun bénéfice pécuniaire personnel dans les études faites, ses recherches industrielles, ou agricoles, etc., paraissent encore, à quelques esprits, de moindre valeur que ses recherches de science pure.

Mais de notre temps, comme toujours, les esprits les plus avancés ne se laissent pas arrêter par les barrières étroites que d'autres hommes ont posées. Ils recherchent l'application possible des découvertes scientifiques à la satisfaction des besoins de l'homme, des besoins physiques (nutrition, santé, etc.), intellectuels (science, découverte, méthode pour découvrir), esthétiques et moraux. Ils veulent que l'homme soit meilleur et plus fort ou plus puissant, non seulement dans les choses de la science, mais encore dans les choses de la vie courante, non seulement pour lui-même, mais encore pour la société : ils veulent que l'homme s'approche toujours plus — quoiqu'il ne puisse jamais l'atteindre — de l'idéal de perfection qu'ils voient ou rêvent.

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La Médecine et l'Agriculture

Dans rétude de révolution de la science, on remarque des voisinages et des parentés, on voit que certains objets ont été étudiés en même temps et de la même manière.

L'agriculture et la médecine, par exemple, sont deux sœurs qui ont toujours vécu Tune près de l'autre et ont progressé parallèlement — la médecine paraissant marcher devant, d'ordinaire.

La médecine et l'agriculture sont nées avec les premiers besoins — les premiers 'en date — que l'homme a éprouvés. Le corps est ce à quoi l'homme a songé d'abord : « il faut vivre, avant de philosopher », il faut donner au corps la nourriture, les vêtements et les soins d'hygiène qui préviennent les maladies, et les soins médicaux qui repoussent les maux déjà venus.

L'agriculture et la médecine recherchent l'utile, qu'elles atteindront au moyen de la connaissance du vrai.

Médecine et agriculture ont été d'abord l'affaire (directe ou indirecte) des prêtres, l'affaire de ceux qui savent obtenir de la divinité — soit par des cadeaux, soit par des paroles, soit par des gestes appropriés — les effets qu'on désire. Hippocrate tira la médecine du temple, l'arracha des mains des prêtres. (Et pourtant, après vingt-trois siècles on voit encore que des prières publiques — des paroles appropriées — sont dites pour repousser les fléaux ou les contagions.) L'agriculture, qui a toujours été cultivée par le simple mortel, semble n'être plus en rien chez nous l'affaire de ceux qui ont des rapports directs avec la divinité. (Pourtant, à l'heure actuelle, des prières sont

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