CONTRADICTION ET CONCILIATION
dès maintengint écrire sur « la Méthode dans les Choses de la vie courante ».)
Voyant la fin ou le but auquel nous tendons inconsciemment encore, nous sommes conduits à y tendre enfin consciemment et délibérément. Nous sommes, conduits à appliquer tous nos efforts au travail qui permettra d'atteindre le but ou de s'en rapprocher indéfiniment. Nous sommes conduits à porter nos efforts sur le développement de la ]Méthode scientifique appliquée à tous les objets — aux choses de la vie courante, entre autres.
Contradiction et Conciliation
L'histoire des sciences montre ce à quoi conduit révolution de la pensée : les directions suivies, et les résultats obtenus.
L'histoire nous montre que les directions successives de la pensée humaine, que les théories qui se succèdent ne sont pas aussi contradictoires qu'elles le paraissent d'abord, môme lorsqu'elles prétendent s'opposer nettement l'une à l'autre.
C'est la même nature que nous observons tous, c'est avec les mêmes sens et le même cerveau que nous l'étudions : et nos façons de voir ont nécessairement bien des points communs. Il y a aussi dans nos vues des différences : mais elles proviennent des différences dans les points de vue auxquels nous nous plaçons, dans les biais par lesquels nous considérons les choses, dans les faces différentes que nous considérons dans les objets, bien plutôt qu'elles ne proviennent des différences dans les organes et les fonctions humaines.
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86 l'histoire générale des sciences
Aussi l'opposition réelle et la contradiction apparente (i) disparaissent-elIes le plus souvent, quand nous consentons à nous placer au même point de vue que l'adversaire ou que la théorie adverse. Et souvent nous pouvons concilier ce qui paraissait d'abord contradictoire. Et chercher la conciliation des théories et des tendances (conciliation plus difficile à obtenir que l'opposition) est la marque d'un puissant ou ferme esprit. Certains parmi les puissants esprits ont pour caractère le plus saillant d'avoir cherché la conciliation : Leibnitz est de ce nombre.
II faut considérer les divers aspects ou les diverses faces des objets.
« Les subjects ont divers lustres et diverses considérations ; c'est de la que s'engendre principalement la diversité d'opinions ; une nation regarde un subject par un visage et s'arreste à celuy-la, l'aultre par un aultre ». (Montaigne : Essais, chap. XII.)
« Les choses sont vraies ou fausses, selon la face
par où on les regarde ». (Pascal : Pensées j art. III, i3.)
« Quand on veut reprendre avec utilité, et montrer à un autre qu'il se trompe, il faut observer par quel côté il envisage la chose, car elle est vraie ordinairement de ce côté-là... » (Pascal : Pensées, art. VI, 29.)
« La plupart des. sectes ont raison dans une bonne partie de ce qu'elles avancent, mais non pas tant en ce qu'elles nient. » (Leibnitz. — Erdm, 702 a).
On a traduit cette dernière pensée — d'une façon moins exacte, mais plus frappante — de cette nouvelle manière : « Tous les systèmes sont vrais dans ce qu'ils affirment, et faux dans ce qu'ils nient ».
En réalité, l'opposition et la conciliation ont chacune leurs avantages particuliers.
(i) La contradiction, quand elle est réelle, est seulement dan» les opinions — ou les théories, ou les interprétations de faits — , mais jamais dans les faits même. Il n'y a pas de faits contradictoires.
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