LES IDEES ET LE MILIEU RECEPTEUR
L'opposition des systèmes peut être recommandée comme méthode, pour faire ressortir ce que les systèmes ont de diflférent (et c'est alors une partie ou une dépendance de la méthode comparative). Mais Tessai de conciliation doit toujours suivre l'opposition .
L'essai de conciliation est chose toujours utile. En effet, pour concilier deux systèmes en apparence contradictoires, il faut nécessairement retourner de toutes les façons l'objet étudié , considérer celui-ci sous toutes ses faces : et, par suite, on est conduit à bien le voir et à bien le connaître. Aussi, l'essai de conciliation, même lorsqu'il n'aboutit pas à la conciliation réelle, est-il un travail fructueux — à recommander, par conséquent.
Les Idées et le Milieu récepteur
Pour qu'il y ait progrès, il faut que ce qui est nouveau et meilleur pénètre dans le milieu auquel il est destiné, soit adopté et assimilé par le milieu.
Pour qu'une action communiquable soit communiquée et produise tous ses effets, il faut un « producteur » et un « récepteur » qui soient accordés : il faut qu'il y ait un appareil ou individu producteur, un appareil ou individu récepteur, et que les deux appareils ou individus soient dans un état préliminaire assez semblable, qui permette aux vibrations ou actions de l'un d'influencer l'autre appareil ou individu.
L'action scientifique est comme les autres actions : il faut, pour qu'elle se communique et produise ses effets, que l'individu producteur ou inventeur d'une
Digiti
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idée ait un correspondant adapté ou accordé avec lui, un individu récepteur qui, assez semblable au producteur, puisse vibrer sous Tinfluence de l'action. Si le milieu récepteur dans lequel une idée scientifique est lancée n'est pas convenablement préparé, ridée ne produit rien, ne germe pas.
L'idée peut ne jamais germer et fructifier, si le milieu scientifique ne devient jamais favorable à la germination et à Taccroissement et à la fructification (ce cas est probablement rare). L'idée peut encore ne jamais germer, si la parole qui l'a exprimée n'a pas été traduite et fixée par l'écriture, ou si l'écriture qui devait la fixer (sur la pierre, le papyrus, le papier, etc.) n'a pu durer, a été détruite ou perdue.
Quelquefois — et trop souvent — les esprits les plus originaux ne sont pas compris de leurs contemporains (i) : la semence de vérité qu'ils jettent au sillon reste des années ou des siècles sans germer, parce que le terrain n'est pas préparé pour la recevoir. Et l'on voit des esprits qui sont en avance sur leur siècle passer longtemps pour des médiocres, et parfois pour des fous oii des illuminés, jusqu'à ce que le progrès des idées dans le milieu récepteur, dans la foule de ceux qui pensent, ait permis à leur pensée d'être comprise et de porter ses fruits.
Christophe Colomb et Bernard Palissy passèrent pour des illuminés, jusqu'à ce que leur pensée, se traduisant en actes sensibles à tous, ait pu faire, éclater sa valeur.
L'opposition ou l'oubli, tel est souvent le lot des
(i; S'il est juste de dire que souvent les hommes de génie ne sont pas compris de leur temps, U faut se garder d*énoncer ou d'admettre la réciproque, c'est-à-dire de croire (comme on est tenté de le faire, lorsqu'on est soi-même en cause) que les hommes incompris sont des hommes de génie ou encore des esprits originaux.