‹ Notes sur l'histoire générale des sciencesChapitre 31 sur 32 · CE QU ELLE DOIT FAIRE II · texte numérisé non relu

CE QU ELLE DOIT FAIRE II

nues valables, il se soumettra : il se soumettra pleinement et sans arrière-pensée. Il distinguera la preuve du fait, qui peut être établie avec une force très grande, de la preuve de ^explication, qui n'est jamais établie qu'avec une force moindre. .

« En critiquant les preuves, il verra qu'elles ont des degrés diflérents de force probante, et que les faits qu'elles soutiennent sont, par conséquent, plus ou moins probables, inégalement probables. Il essayera d'attribuer à ses différentes affirmations les probabilités (tant 0/0) qui leur correspondent en raison des preuves fournies. Il affirmera dans la mesure où il a des preuves : il sera prudent dans ses affirmations,

«c L'esprit scientifique possède donc, en un mot, le sens de la preuve. Il possède le sentiment de l'évolution scientifique, ou — si l'on peut ainsi parler — le sens de la science qui se fait et n'est jamais faite.

« Ne voulant pas donner pour vérité ce qui est erreur, il ne parlera que de ce qu'il connaît,

« L'esprit scientifique, voyant combien la vérité est difficile à saisir, sera modeste et tolérant. Il sera modeste, il ne se croira pas infaillible, parce qu'il aura remarqué que tous les savants étudiés ont failli. Il sera tolérant, pour les prétendues erreurs et envers les hommes qui les soutiennent, parce qu'il aura constaté que ce qui passe auprès de tous pouï* vérité à un moment quelconque de l'évolution scientifique n'est parfois qu'une erreur déguisée en vérité (erreur classique), tandis que ce qui passe pour erreur n'est parfois qu'une vérité pas encore prouvée : il permettra à Galilée de dire que la terre se meut, et de prouver son dire.

« L'esprit scientifique — aimant la vérité et voulant la connaître — fera, pour y parvenir, tout ce que lui impose une méthode rigoureuse. » (L'Esprit scienti- Jique et la Méthode scientifique, p. 7;; sq.)

Digiti

ii8 l'histoire générale des sciences

La connaissance de THistoire générale des Sciences nous rend modestes et hardis.

Elle nous rend modestes, en nous montrant toujours la science qui se fait, et jamais la science faite ; elle nous empêche par là de croire que la science de notre époque représente le terme dernier de révolution scientifique. Elle nous rend modestes, en nous montrant que nos grandes inventions ne sont souvent que des inventions de choses non pas neuves, mais seulement renouvelées ou remises à neuf. Elle nous rend modestes, parce qu'elle nous montre où conduit l'orgueil : elle nous montre que, lorsque les savants, frappés d'orgueil pour leur science propre ou pour la science de leur temps, Ont voulu imposer des bornes à la science de l'avenir, en disant « cela est impossible à faire », la science de l'avenir leur a infligé un cruel démenti. Aug. Comte et Pasteur — pour ne citer que deux nonts pai*mi les plus grands — lorsque, croyant trop à la valeur de la science de leur temps, ils ont voulu marquer un terme à la découverte dans un domaine spécial, ont été convaincus d'erreur : la preuve de leur erreur s'est montrée vite.

L'Histoire générale des Sciences nous rend hardis. En nous montrant que rien (ni les difficultés naturelles, ni les affirmations des hommes, même très savants, qui nient la possibilité de telle ou telle chose) n'a pu arrêter dans sa marche la science, elle nous permet de croire que celle-ci continuera ses progrès, qu'elle étendra sa juridiction sur un domaine toujours de plus en plus vaste. En nous montrant qu'il est possible de faire avancer la science, elle nous donne la hardiesse nécessaire pour entreprendre cette tâche : elle nous donne aussi la ténacité.

L'Histoire générale des Sciences nous fait voir l'alternance des phénomènes scientifiques, l'alternance et l'oscillation des théories, des points de' vue, etc.

Digiti

Page 1