LA SCIENCE, L HISTOIRE DES SCIENCES, ETC
est une, parce que la pensée humaine est elle-même une. L'histoire de la pensée humaine faisant la science ou THistoire générale de la Science n'est autre chose que l'histoire de l'Esprit scientifique ou de la Méthode scientifique. Aussi, la véritable préparation à la connaissance de l'Histoire générale de la Science, l'antichambre qui y conduit, est-elle l'étude de l'Esprit scientifique ou de la Méthode scientifique.
Le but de la science est de découvrir le permanent sous le transitoire et le divers, de déterminer les lois des phénomènes passés qui permettront de prévoir les phénomènes futurs et aussi d'agir sur eux.
Pour découvrir ce qu'il y a de permanent sous les phénomènes divers, ce qui reste semblable dans des temps et des lieux différents, il faut d'abord recueillir de nombreux phénomènes, puis les comparer.
Les pliénomènes que nous voulons étudier, il nous faut les demander au passé proprement dit, et à ce passé proche encore de nous que nous nommons le présent ou le temps actuel (i). Les faits étudiés, nous les empruntons à des temps qui ne sont pas précisément le nôtre et à des lieux différents du nôtre : et c'est l'histoire — entendue dans le sens large du mot — qui nous les fournit.
Les excursions que l'histoire nous fait accomplir à travers le temps (et aussi l'espace) ressemblent à celles que le voyageur fait à travers des pays inconnus de lui : les effets sont semblables. Les faits de la nature et de l'homme que le voyageur croyait d'abord permanents et nécessaires parce qu'il les avait observés chez lui, il voit qu'ils peuvent être ou différents
(i) « La science positive, en toutes ses démarches, procède donc de la même façon : elle décompose l'expérience actuelle, puis, à Taide des éléments ainsi obtenus, cWe compose V expérience future» , (LiARD : La Science positive et la Métaphysique, 3« édit.. p. 27).
Digiti
lo l'histoire généraub des sciences
ou absents ailleurs. Le voyageur qui obsefve est un historien du présent, conime l'historien est un voyageur dans le passé ou parcourant le passé.
Le présent, le passé et l'avenir ne sont pas toujours aussi distincts, dans notre esprit et dans la réalité, qu'il le paraît d'abord.
Nous vivons dans le présent et, semble-t-il, du présent. En réalité, c'est du passé que nous vivous. Ce qui constitue notre vie présente, c'est la conscience que nous en avons; mais nous n'avons conscience que du passé : notre conscience présente se rapporte à des phénomènes qui sont tous passés.
En effet, nous ne connaissons les phénomènes (ou ce qu'on peut appeler le présent des phénomènes) que par l'intermédiaire de nos sensations ou de nos sens. Or, nos sens ne nous mettent en rapport qu'avec le passé. La vue que j'ai d'un objet n'entre dans tna conscience présente que un certain temps — mesurable — après que la lumière qui me le fait connaître a frappé mon œil. Et la lumière venant de l'objet ne frappe mon œil qu'après avoir quitté l'objet, le frappe seulement après qu'un certain temps — mesurable — s'est écoulé. Et je ne vois présentement l'objet comme je le vois que parce qu'il était comme je le vois et où je le vois dans un temps passé, passé depuis plus ou moins longtemps (i).
Si je considère le ciel par un soir de lune, je puis voir au même moment et d'un seul regard l'oiseau qui vole, l'étoile filante qui passe, la lune tranquille qui m'éclaire, et la nombreuse série d'étoiles que mon champ visuel embrasse. Et ces différents objets
(i) Si Ton voulait* exprimer la même chose d'une façou plus frappante — mais inexacte, à la vérité — , on pourrait dire :
Nous ne voyons les choses telles (jue nous les voyons que parce qu*elles ont été ainsi autrefois, que parce qu'elles ne sont pas ou plus ainsi, que parce qu'elles n'existent pas.
Digiti