‹ Notes sur l'IndeChapitre 104 sur 142 · La nature de ce livre m oblige à ne pas insister · texte numérisé non relu

La nature de ce livre m oblige à ne pas insister

davantage sur ces questions d'ordre purement scienti-

lique ; je me permets de renvoyer ceux que ces problèmes

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Nous supplions les Hindous de se faire vaceiner; ils s’y refusent obstinément:; nous dépensons leurs roupies à les doter, malgré eux, de vaccinateurs et nous voulons les vacciner par Ja force : pendant que les enfants sont à l'école, loin des parents, nous envoyons nos agents avec ordre de vacciner tous les petits ; ceux-ci, effrayés, veulent fuir; les portes ont été fermées ; ils poussent des cris, se sauvent par-dessus les murs et courent apeurés jusqu à chez eux. Ensuite de quoi, nous reprochons aux Hindous de manquer de franchise dans leurs rapports avec nous et nous déplorons que les parents ne nous confient pasleurs enfants plus souvent. Or, outre que le vaccin détermine souvent chez les Hindous des plaies considérables et d’une cicatrisation difficile, il se trouve que les Hindous sont aujourd’hui vaccinés naturellement du fait qu'ils ont subi depuis des siècles l'atteinte de la variole; l'immunité que confère la maladie à tout individu variolé s’est héréditairement transmise: à

intéresseraient à l'étude que j'ai publiée dans la Revue scientifique du 9 septembre 1905 (Prophylaxie rationnelle des infeclions).

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chaque génération, l’immunité s’est accrue de nouvelles transmissions et, actuellement, on peut voir des varioleux se promener et travailler sans autre manifestation que quelques pustules très discrètes, et des enfants atteints de variole jouer avec des enfants sains, sans que ceux-ci contractent forcément la maladie.

Nous répétons aux Hindous que les enfants ne doivent être nourris qu’au lait ; ils le savent depuis longtemps et la mère hindoue, au contraire de maintes mères européennes, ne se permettrait pas de frustrer son petit du lait qui gonfle ses seins ; mais, si ses mamelles sont vides, et si ses moyens lui interdisent de se faire suppléer par une nourrice

ou même par une vache ou par une chèvre,

elle donne du riz à son rejeton, non par

manque d'hygiène, mais par pauvreté; el nous, qui savons, grâce aux impôts, entretenir des vaccinateurs dont les Hindous n’ont pas besoin, nous ne trouvons pas d'argent pour acheter du lait aux enfants misérables.

Nous nous étonnons que les indigènes

vivent dans d'étroites et sombres cabanes

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faites de terre battue et de branchages et nous leur déclarons que de telles habitations sont malsaines, qu'il faut des chambres spacieuses et très ouvertes, pour que le soleil puisse y entrer; ils le savent; et nul, peutêtre, plus que l'Hindou, ne reconnaît les heureux effets du soleil dont il a fait un dieu bienfaisant et qu'il considère comme la source des énergies; mais comment demander à des gens qui gagnent péniblement quelques sous par jour, tant la main-d'œuvre est à vil prix, d’avoir des demeures confortables ?

En ce qui concerne la médecine, nous vantons nos théories et nos procédés et condamnons les leurs ; évidemment, les Hindous qui, depuis des siècles, entretiennent les mêmes croyances et les mêmes coutumes scientifiques, trouvent nos allégations révolutionnaires et s’en méfient : ils ne nous croiront que sur preuves manifestes et avant de nous juger, nous regardent à l'œuvre : or, au point de vue chirurgical, nous avons obtenu certains succès remarquables qui ont entraîné quelques convictions, mais, en raison des conditions climatériques défavorables et de

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notre oulillage rudimentaire{, des insuccès très nombreux qui nous ont fait un tort énorme. Au point de vue médical proprement dit, les indigènes nous demandent de guérir leurs deux grands fléaux : le choléra et l’envenimaltion ; nous ne guérissons mi l’un ni l’autre.

D'ailleurs, les Hindous nous écoutent d'une oreille distraite; car les missionnaires qui sont des gens convaincus el dévoués mais peu psychologues ont, sans s’en douter, brûlé notre influence, en prêchant à la fois la supériorité de la civilisation française et de Ja religion catholique; les indigènes, en effet,

1. A Karikal, l'hôpital est aménagé dans une maison quelconque que l'administration loue très cher à un Hindou ; cet hôpital ne comporte pas de salle d'opérations, ce qui oblige le chirurgien à opérer sous une vérandah, en plein air; à mon arrivée à Karikal, la table d'opérations était constituée par une table en bois ornée de moulures et garnie d'épais coussins...

A Pondichéry, l'hôpital est assez spacieux mais très mal aménagé ; il n’y a pas de salles en maçonnerie pour les femmes; celles-ci sont parquées sous des hangars (pandals) que le vent démolit et qui ne protègent pas de la pluie. Il n'y a pas de salle réservée aux opérations; les opérations sont pratiquées dans la salle des pansements et sur des tables en bois sculpté qui sont également les tables à pansements.

LE « MAMOUL » 253 TEE CA A DORA SEEN ar A A PR ne RSS NS ont pu croire, en voyant les égards officiels dont jouissaient les missionnaires, que ceuxci parlaient non seulement au nom de l'Église mais encore au nom du gouvernement; or, les missionnaires ont vanté la Trinité chrétienne, Marie qui a pu concevoir tout en restant vierge et la Charité, et ont conjuré les Hindous d’abjurer le brahmanisme, alors que, précisément les brahmaniques reconnaissent une Trinité (Trimourti), des multitudes de Vicrges qui, tout en restant vierges, ont eu des quantités de maris et d’enfants ét pratiquent la Charité avec un grand cœur. La rehgion catholique ne prêchant rien de nouveau n'a donc pas élé capable d'intéresser les Hindous; certaine secte, par politesse, a mis Jésus-Christ parmi les incarnations de Vichnu, pêle-mêle avec Buddha, avec la tortue, le poisson, le porc et les autres avatars : certains natifs ont pris l'habitude d'aller à l’éghse le dimanche et à la pagode les autres

1. Les incarnations ou avatars de Vichnu sont au nombre de dix : incarnation en poisson, en tortue, en porc, en lion, en nain, en Parassu-Rama, en Rama, en Bala-Rama, en Buddha, en cheval.

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jours; un curé, plein de courtoisie, qui possédait dans la nef deux rangées de statues représentant des saints, fit peindre toute une rangée en brun pour que les blancs ne fussent pas les seuls à avoir des honneurs célestes : mais, malgré ces concessions mutuelles, le catholicisme a fait dans l'Inde un krach formidable.

Cela n'aurait aucune importance si ce krach n'avait pas retenti d’une facon désastreuse sur nos efforts de civilisation : les Hindous qui venaient de retrouver dans notre religion tout ce qui caractérise la leur, ne nous prirent plus au sérieux; et c’est ainsi que, dans un journal indigène, publié sur la côte malabare, dans les environs de Mahé, on imprimait, il y a quelques mois : « La civilisation est partie de l'Inde et s’est répandue dans le monde enlier ; tout ce qu'enseignent les Européens, nous le savons, puisque c’est nous qui l’avons trouvé. »

Nous avons le tort, en général, quand nous allons dans l'Inde, de nous attendre à trouver un pays vierge, où vivent des gens in-

cultes : tel ce haut fonctionnaire qui, nommé

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dans l'Inde, et croyant débarquer au milieu de sauvages, crut bon, pour frapper l'esprit des masses, de faire peindre tous ses bagages en bleu, blanc, rouge ; il fut accueilli par des rires. Les Hindous sont des civilisés ; mais ils pâtissent d'avoir atteint du premier coup un degré trop élevé dans la civilisation et de s'être de ce fait confits de vanité; on trouve, par exemple, dans les légendes anciennes, que les Hindous étaient tellement civilisés qu'il ne restait rien à leur apprendre et que les intellectuels, pour ne pas rester inoccupés, durent entreprendre d’instruire les singes.

Actuellement, le peuple hindou vit à peu près dans le même état de civilisation qu'il y a plusieurs siècles; c’est un peuple parvenu très haut d’un seul bond et qui s'est arrêté ; il se cramponne à l'échelon auquel il est arrivé et n’en démarre plus; il est figé dans ses convictions ; les hommes de grande valeur qui ont illustré l’Inde à l’aurore de sa civilisation et que, par la suite, on a divinisés, ont parlé au nom des dieux, ce qui était une arme . à deux tranchants ; d’une part, c'était exploiter adroitement la crédulité du peuple jeune

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et faire adopter comme un dogme tous leurs enseignements ; mais, d'autre part, précisément parce que ces enseignements étaient présentés comme émanant de dieux, c'était leur donner une solidité hostile à toute évolution ultérieure.

Il est juste de reconnaître d'ailleurs qu'aucun système d'éducation des masses n’est parfait ; celui-ci du moins aura eu l'avantage de partager les Hindous en castes et d’obtenir une admirable division du travail ! : depuis deux mille ans, les Hindous sont divisés en quatre grandes castes : celle des intellectuels, des guerriers, des agriculteurs et des industriels. Cela n’est pas éloigné de l’idée de Platon qui, discernant dans l’âme humaine trois grandes manifestations : l'intelligence, le senliment et la sensation, reconnaît dans toute collectivité trois classes d'hommes : les philosophes, chez qui l'intelligence prédomine : les guerriers, chez qui dominent les sentiments ardents, el les agriculteurs et les artisans qui, sous l'empire de leurs sensations ins-

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