‹ Notes sur l'IndeChapitre 19 sur 142 · HA L · texte numérisé non relu

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à élablir un diagnostic, je décidai de considérer la malade comme dûment mordue et j'entrepris de faire une saignée et une inJection de sérum artificiel comme 1l est rationnel dans les empoisonnements aigus. J'avais à peine enfoncé ma lancette au pli du coude, que l'Indienne eut une violente crise de larmes; cette fin, qui est la fin ordinaire des sommeils spontanés d'origine hystérique, m'arrêta dans mes entreprises antivenimeuses; la malade était guérie. J'appris plus tard qu'elle était sujette à dé violentes crises de nerfs.

C'était donc une hystérique qui, s'étant blessée au pied, et s'étant crue victime d’un serpent, avait, par auto-suggestion, présenté les symptômes d'intoxication venimeuse qui sont dans l’Inde de notion absolument couranle.

Comment le médecin indigène conduira-t-1l son enquête? Il demandera au client s'il n éprouve pas l'irrésistible besoin de se nettoyer les ongles ou d'en mordiller les bouts ; il Jui demandera de se boucher les oreilles et de dire s’il entend un bourdonnement intérieur; il lui demandera s’il distingue nettement la

lumière du soleil ou de la lune ou d’une source lumineuse quelconque; il lu tirera les cheveux et lui demandera si cette traction est douloureuse; enfin, il lui fera manger des choses amères et lui en demandera le goût; car un individu mordu par un serpent passe pour avoir la manie de soigner ses ongles, pour ne plus entendre de bruit intérieur quand il bouche ses oreilles, pour ne plus voir nettement la lumière, pour avoir le cuir chevelu insensible et pour trouver un goût sucré aux choses amères.

Sans même rechercher le bien fondé des indications ci-dessus, il convient de les condamner toutes, dans leur ensemble; sans doute, l'idée d'une enquête destinée à dépister l’auto-suggestion est excellente, mais il faut avoir soin de n’accepter pour documents dans cette enquête que des phénomènes objectifs et absolument à l'abri des influences psychiques: or toutes les indications énumérées plus haut ont un substratum exclusivement psychique qui leur retire tout intérêt scientifique et en fait au besoin des causes d'erreur.

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S1 le médecin indigène reconnaît qu'il y a eu morsure,1l cherche si la morsure est venimeuse, ou non : si la morsure n’est pas venimeuse,la partie mordue se soulève en dos de tortue, la peau de cette région noircit et on sent, aux alentours de la plaie, un peu d’ensgourdissement. Si la morsure est venimeuse, la partie mordue prend une coloration extrêmement noire; alors, s’il s'écoule du sang par la plaie, le pronostic est très mauvais.

Si la morsure n’est pas venimeuse, il n’y a aucune inquiétude à avoir sur l'avenir du malade ; mais, 1l est bien évident qu'aucun médecin indigène ne serait assez peu soucieux de sa réputation pour dire au client : « Allez mon ami; votre morsure est sans importance; vous guérirez tout seul. » Autant que si la morsure était redoutable, le médecin effraie son client ce qui lui assure un triomphe retentissant, des honoraires abondants, un accroissement de chentèle et la facilité de hausser ses prix. Ce sont ces cures de maladies inexistantes qui font la réputation des médecins indigènes.

51 la morsure est venimeuse, 1l convient de

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