‹ Notes sur l'IndeChapitre 98 sur 142 · FES · texte numérisé non relu

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a pris des teintes d’un rose nacré, se soutient sur un enfant chétif dont les narines purulentes et fétides sont défoncées. Un homme porte au cou et aux aisselles d'énormes paquets verruqueux que chacun touche émerveillé. Un vieux, squelettique et plein d'ulcères, dort en un coin; des mouches l'assaillent et se régalent, puis vont chatouiller de leurs pattes impures le visage des gens qui passent.

C'est devant l'enceinte de la pagode, sur la place, que sont immolés des animaux offerts par les dévots. Un sacrificateur est debout au pied d'un arbre, devant une flaque rutilante sur laquelle des plumes se sont collées; il a saisi par la tête un coq qu'un fidèle tient par les pattes; il tire et, quand le cou s’est bien tendu, abat sa serpette d'un geste sec; la tête est tranchée d’un seul coup comme fut celle de Rénuka par Parassu-Rama ; aux mains du fidèle reste le corps dégouttant de sang et convulsé tandis que la tête a été jetée à l'écart sur un monceau d'autres têtes; et, sur toutes ces têtes inanimées, la nouvelle venue se tor-

lle et cabriole frénétiquement pendant une

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PR RE SE TR RO PR SDRRE CRE ou deux minutes en un dernier effort de vie. Puis trois hoquets entr'ouvrent le pauvre bec, les paupières se rabattent, blanches sur les yeux troubles, et la tête s’affaisse inerte sur le tas qu’elle a grossi. Le fidèle a disparu emportant le corps dont il fera un ragoût fastueux; demain, la pagode vendra les têtes à son profit.

À l'autre bout de l'énorme place, s'élève, gigantesque, le char de la déesse: c’est un monument de bois sculpté, haut comme les cocotiers, lourd de nombreuses tonnes, pavoisé de tentures et d'oriflammes, monté sur quatre roues de bois massif. Devant lui, la foule se presse et, de long en large, un éléphant se promène, défoncant le sol de ses pieds géants; cet éléphant est immense, noirâtre ; il porte sur le crâne des poils longs et touffus comme des cheveux, et, sur le front, des raies de cendre et du carmin en l'honneur des dieux; par instants, il s’arrêlte, se dandine lourdement, fait chenoter ses yeux malins el saisit une aumône qu'il passe à bout de trompe au cornac Juché

sur son cou.

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Au pied du char, six musiciens efflanqués et suants sont réunis; l’un frappe éperdument sur une peau tendue; deux autres entrechoquent des cymbales de cuivre; un quatrième tire d'une trompette plus haute que lui des notes stridentes, et les deux derniers lancent au travers de cornes d’airain longues et larges un souffle puissant qui jette au loin des sons épais. Les mêmes notes stridentes et les mêmes sons épais se reproduisent, inlassablement, sur un rythme toujours le même, ahurissant.

Le char, qui fait briller au soleil son bois sculpté barbouillé d'huile et les mille clochettes pendues à ses flancs et ses dorures, domine de sa hauteur fantastique la foule entière. À son sommet, sous des broderies et des festons, en une niche soigneusement ornée, repose, au milieu de fleurs et de parfums, Mari-Ammé, la déesse aux quatre bras.

Elle est en bronze, vêtue d’habits précieux et parée de bijoux superbes; elle porte un bonnet pointu finement ciselé et tient en ses mains nombreuses ses attributs. Elle est entourée de bananes et de cocos brisés; et, continuel-

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lement, à ses pieds, du camphre brûle par

petits morceaux sur des feuilles de bétel. Les fidèles, au bas du char, se grandissent autant qu'ils peuvent pour voir l’Étre sacré qui protège de la variole, tendent vers la divinité des regards suppliants et se crispent d'amour et d'espoir.

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L'homme est constitué par l'union de la matière et de l'esprit.

La matière est peu de chose dans cette association, si peu que certains philosophes hindous ne la considèrent pas comme un principe autonome, mais comme une partie constituante de l'esprit.

L'esprit est un tout complexe dont dépendent la faculté de juger et de comprendre qui est caractéristique de l'intelligence ; la faculté d’avoir des sensations (sensibilité générale et sensibilités spéciales); celle de trouver ces sensations agréables ou pénibles ; celles de parler, de se mouvoir; l'idée de sa personnalité : la volonté, la beauté et l’âme ; ce dernier principe seul est immortel et, après la mort du corps, passe en d’autres corps d'une valeur plus ou moins élevée suivant les mérites qu’elle a acquis dans la vie dernière.

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Dans les livres mystiques, l’homme est souvent représenté par une sorte de croix, dessinée ci-dessus, dont les quatre extrémités symbolisent l’origine, la vie, la mort et la vie postérieure à la mort.

Le corps est animé ‘par trois fluides vadham, pitham et cabham ; le premier siège entre la plante des pieds et l’hypogastre, le deuxième entre l'hypogastre et le cœur, le troisième entre le cœur et les cheveux: ils agissent continuellement sur l'organisme ; toutefois, le cabham a une action prédominante le matin et pendant la jeunesse, le pitham l'après-midi et pendant l’âge mur; le vadham le soir et pendant la vieillesse.

Les constitutions individuelles sont caractérisées par la prédominance congénitale d’un des fluides sur les autres; il y a donc, d'une façon schématique, trois genres de cons-

htutions ; mais chaque fluide se divise en un

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certain nombre de fluides secondaires et, suivant que la prédominance vient de tel ou tel de ces fluides secondaires, chacune des trois grandes constitutions revêt tel ou tel caractère particulier; cela explique que les individus aient tous des constitutions différentes, quoiqu'il n’y ait au fond que trois constitutions.

Tant que l'équilibre congénital des fluides se maintient, il y a santé: mais dès que cet équilibre est rompu, ou qu'un fluide substitue son action à celle d’un autre fluide, il y a maladie; les maladies sont divisées en trois grands groupes Suivant qu'elles sont occasionnées par lirritation de l’un des trois fluides: il y a les maladies de vent qui dépendent du vadham ; les maladies de bile qui dépendent du pitham et les maladies de flegme qui dépendent du cabham. De même que les trois constitutions principales se subdivisent en beaucoup d’autres, de même et pour les mêmes raisons, les trois principales maladies comportent un grand nombre de variétés caractérisées par l’irritation de l’un quelconque

des fluides secondaires; voilà pourquoi les

maladies, tout en se ramenant à trois genres, présentent une très grande quantité et mobilité de symptômes; c’est ainsi que les Hindous reconnaissent vingt-cinq fièvres, sept diarrhées, cinq rachitismes, trois constipabions, trois choléras, trois tumeurs du rectum, vingt et une affections vermineuses, six lèpres, trois ictères, cinq asthmes, cinq tuberculoses, quatre convulsions, cinq maladies du cœur, sept soifs, huit maladies abdominales, cinq hoquets, sepl vomissements, huit rétentions d'urine, seize ulcères, vingt diabètes, sept affections de la face, dix-huit de l'oreille, quatre-vingt-quatorze de l'œil etc.

Quand, à propos d’une maladie, la mort survient, cela prouve que le fluide malade s’est éteint; car la vie n'est possible que si

les trois fluides sont vivants dans l'organisme.

Fluide vadham. I] préside aux mouvements, à la respiration, à la phonation, à la déglutition, aux phénomènes mécaniques de la diœestion, à la miction, à l'érection et à la sensibilité générale de l'organisme. Les personnes

à constitution en vadham sont maigres : leur

peau est sèche ; leurs cheveux sont courts et peu abondants ; elles sont frileuses, bavardes, colères, d’un caractère difficile: elles ont l'habitude de marcher vite: elles sont peu appréciées, trouvent difficilement à s'unir et n ont jamais beaucoup d'enfants.

Les maladies qui viennent de ce fluide sont le rhumatisme, les paralysies, l'asthme, les cachexies, les coliques, les indigestions, les rétentions d'urine, la stérilité, l'impuissance etc. L'irritation de ce fluide est due le plus souvent au surmenage physique et aux excès sexuels.

Fluide pitham. M préside aux phénomènes chimiques de la digestion, à la vision, aux facullés intellectuelles; il donne au visage son éclat et sa beauté et au corps entier sa chaleur. Les personnes à constitution en pitham ont une physionomie agréable : leurs cheveux blanchissent de bonne heure: elles sont intelligentes, entreprenantes, autoritaires: elles aiment les flatteries et manquent quelquefois de courage ; elles sont gourmandes surtout pour ce qui est très épicé ou sucré; elles

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aiment les fleurs et rêvent souvent au feu el aux éclairs.

L'irritation de ce fluide amène des troubles psychiques, de l'ictère, des dyspepsies, des œdèmes etc. Cette irritation est due le plus souvent aux abus des épices, aux exces

sexuels el à l'usage de l’alcool.

Fluide cabham. NH préside particulièrement à l'énergie. Les personnes qui ont une constitution en cabham sont solides : poitrine large, chevelure abondante, teint clair; elles sont aimables, franches, prévoyantes et Justes; elles aiment la musique et, dans leurs rêves, voient des oiseaux, des fleuves ou la mer.

Les maladies qui viennent de ce fluide s'accompagnent d'expulsion de glaires (diarrhées, dysenterie, bronchites, etc.). L'irritation de ce fluide est due le plus souvent aux excès alimentaires, aux refroidissemenis, à l'habitude prise de veiller la nuit et de dormir le jour.

D'ailleurs, les excès sexuels, le surmenage physique, l’abus des épices, les refroidissements etc., ne sont que prétexles à l'irritation

des fluides ; la véritable cause de la maladie

LES BASES DE LA MÉDECINE HINDOUE 293 —————— est la volonté des dieux: ceux-ci, en effet, permettent aux fluides de s’irriter en punition de fautes commises soit dans la vie actuelle, soit dans une vie antérieure; d’après le médecin Harida, l’assassin d'un brahme ou d’une vache sera atteint de lèpre; l'assassin d’un roi aura la tuberculose; celui qui torture une vache sera asthmatique; celui qui défèque dans une pagode aura une maladie du rectum: l’avare sera Constipé; l’empoisonneur aura des vomissements ; celui qui vole les deniers publics sera rachitique. En outre, d’après le médecin Soushrouda, les dieux font payer à lenfant les fautes commises par les parents et surtout par la mère pendant la grossesse.

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Le médecin appelé près d'un malade doit examiner la langue, les yeux, le pouls, la VOIX, l'urine et les selles: il fait le diagnostic et établit les prescriptions d’après les réflexions que lui suggère ce qu’il constate. Le pouls est examiné avec soin car c’est lui qui aide le plus à faire le diagnostic: il est palpé à la

radiale gauche chez les femmes, à la radiale droite chez les hommes; si le pouls est olissant et donne au doigt la sensation d'un serpent qui rampe, le fluide vadham est atteint; si le pouls frappe des coups secs et vigoureux, le fluide pitham est malade ; si le pouls frappe péniblement des coups faibles, c’est le cabham qui est irrité. Pour examiner les musulmanes, celles-ci ne pouvant s’exposer à d’autres regards masculins qu'à ceux de

leurs maris!, le médecin se borne à interroger

1. A Karikal, je reçus un jour la visite d'un paterfamilias musulman qui, devant partir avec les femmes de sa famille à la Mecque, en pèlerinage, désirait pour elles un certificat constatant leur bonne santé; ce certificat devait leur éviter la quarantaine et les visites sanitaires en cours de route: je déclarai au musulman qu'il ne m'était pas possible de certifier la bonne santé d’un individu sans voir cet individu et que, concernant un départ en pèlerinage, je serais particulièrement coupable d'agir autrement, les pèlerins étant souvent des infectés qui vont chercher la guérison dans les lieux saints. Le musulman se déclara obligé avant de prendre une décision de Cconférer avec les autres hommes de sa famille. Quelques heures plus tard, il revint avec deux musulmans de ses parents et tous trois m'offrirent une grosse somme d’argent pour que j'établisse mes certificats sans voir Îles femmes. Je refusai et ils partirent. Le lendemain, ils revinrent et me demandèrent quelles parties du corps je serais obligé de regarder; je désignai la figure, le coue

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la femme cachée derrière un rideau: ; pour que le pouls puisse être connu du den le mari attache l'extrémité d’une ficelle au poignet de sa femme et donne l’autre extrémité au médecin: celui-ci prend un air réfléchi et prétend sentir les pulsations se propager le long de la ficelle. La médecine hindoue préconise contre les maladies : des vœux, des mantras ou des médicaments: mais l’efficacité du traitement est absolument liée au bon vouloir des dieux ; les dieux nous envoient les

maladies ; eux seuls peuvent nous en délivrer.

les avant-bras. Ils partirent encore et, plus tard, revinrent

‘annoncer qu'ils consentaient à ce que la visite fût faite. Je considérai celte concession comme un vé ritable triomphe. Dans la maison du musulman je trouvai, groupées autour du chef de famille et tremblantes huit femmes complètement voilées:; le musulman les fit défiler devant moi, tenant à chacune un poignet pendant que je tenais l'autre pour tâter le pouls, les obligeant à se découvrir jusqu'au cou pour que je pusse regarder la langue et tâter les ganglions du cou. L'une de ces femmes, affolée de montrer sa figure à un Européen, fondit en larmes. A toutes, le musulman prodiguait des paroles de ‘calme et de résignation. Je reçus le lendemain lA visite du chef le famille qui me remercia de ma discrétion et m'assura qu il m'enverrait des clients. De ce jour, en effet, je dus donner mes soins à de nombreux musulmans de Karikal et des environs.

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296 NOTES SUR L'INDE ——— Les vœux, qui sont une sorte de marché, de compromis proposé aux dieux, sont loin de toujours être efficaces; car les dieux ne les exaucent que s'ils y trouvent leur compte: les Hindous s’ingénient donc en promesses alléchantes, compliquées et originales de nature à capliver l'attention et la convoitise divine: certains s'engagent à porter au bras pendant un certain temps l'effigie du dieu invoqué:

d'autres promettent des fruits, de l'argent, du bétel, du camphre et tout ce dont les dieux sont réputés friands ; d’autres promettent d'entreprendre un pèlerinage lointain ou de se mutiler. Beaucoup jurent de couper leur longue chevelure et de l’offrir à la pagode 1. Les formules magiques ou mantras, lorsqu'elles sont dites suivant toutes les règles, sont le moyen le plus sûr de guérir parce qu'elles forcent la volonté divine; la plupart des dieux, en effet, passent pour avoir promis

dans certaines circonstances de leur existence

1. Les prêtres hindous tirent de gros bénéfices de la vente de ces chevelures laissées en ex-voto : le commerce des-faux cheveux est en effet très répandu et très florissant dans l'Inde.

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