LA FLÈCHE, CLÉANTE
La Flèche, sortant du jardin, ai>e% une caissette. — Ah! Monsieur, que je vous trouve à propos ! suivez-raoi vite, Cléante. — Qu'y a-t-il?
cache son or. Il part ; je me coule en bas de mon arbre ; je déterre la marmite pleine d'or et je m'en vais... » (1). Comme Strobile, La Flèche s'est perché sur un arbre pour guetter les allées et venues d'Harpagon. Il a quitté la scène à l'acte II, scène iv, et nous ne l'avons plus revu depuis.
Or l'acte II se jouait le miatin et, à la fin de l'acte IV, l'après-midi est avancé. Il peut être cinq heures ou cinq heures et demie. Si La Flèche est resté en observation depuis onze heures ou midi, on comprend qu'il dise qu'il a « guigné tout le jour ». Ayant noté les visites fréquentes d'Harpagon au jardin, visites, entre parenthèses, qui calment les anxiétés du bonhomme en lui permettant de constater que « tout va comme il faut » (acte II, scène v), c'est-à-dire que la terre ou l'herbe n'ont pas été touchées, mais qui attirent bien maladroitement l'attention, La Flèche s'est tapi dans le feuillage et a attendu. Harpagon a fini par arriver à pas de loup, a jeté son coup d'œil sur la cachette, examiné peut-être une pierre, une
La Flèche. — Suivez-moi, vous dis-je : nous sommes bien,
Cléante. — Comment?
La Flèche. — Voici votre affaire.
Cléante. — Quoi?
(1) Nam ut dudum hinc abii, multo illo adveni prior, Multoque prius me conloca^^i in arhorem; Indeque expectaham ubi aiirum ahsirudehat senex. Ubi nie abiit, ego me deorsum duco de arbore; Effodio aulam auri plénum. Inde exeo...
{Aululaire, IV, vi.)
branche, une motte de gazon qui lui servent de témoins et est rentré dans la maison (c'est son entrée en scène, acte II, scène ii, lorsqu'il a surpris Cléante baisant les mains de Mariane).
Pendant les trois scènes de Cléante, Harpagon et Maître Jacques, notre La Flèche, prestement, descend de son arbre, creuse, déterre, n'a guère .le temps de remettre tout en place car il entend du bruit : ce sont les cris du père et du fils qui se querellent, c'est Harpagon qui revient au jardin. La Flèche se plaque contre la maison pour se dissimuler, bondit dans l'embrasure de la fenêtre de la loggia et frappe au carreau en voyant son maître. Cléante, qui sortait, lui ouvre, La Flèche saute dans la maison avec le magot où les louis d'or tintent agréablement et tous deux s'enfuient.
Scène vu. — C'est le monologue célèbre où des comédiens, même ordinaires, obtiennent des succès faciles et où les plus grands s'assurent encore tous les jours des triomphes. Tout y est effet, et chacun
La Flèche. — J'ai guigné ceci tout le jour. Cléante. — Qu'est-ce que c'est?
La Flèche. — Le trésor de votre père, que j'ai attrapé, Cléante. — Comment as-tu fait?
La Flèche. — Vous saurez tout. Sauvons-nous, je l'en tends crier.